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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 16 du livre des Nombres, qui raconte la révolte de Coré, Datan et Abiram contre Moïse et Aaron, et leur engloutissement par la terre. Il commente la dangerosité de la sainteté de Dieu et met en garde contre l’orgueil spirituel qui pousse à rejeter les médiations — sacerdoce, sacrements, hiérarchie — que Dieu a instituées pour que son peuple s’approche de lui en sécurité.

Introduction

Bon, Dieu qui redonne ses règles, Dieu qui donne un nouvel habit sacerdotal pour rappeler qu’il faut être saint comme Dieu est saint, et qu’ainsi, comme il a dit « vos yeux n’iront pas à gauche et à droite pour oublier mes commandements », ils se rappelleront ce que je vous ai dit ? Est-ce que ça, ça a marché ? On va voir tout de suite.

Lecture : Nombres 16

Coré, fils de Yiçhar, fils de Qehat, fils de Lévi, prit avec lui Datan et Abiram, fils d’Éliab, ainsi que Ôn, fils de Pèlèt, des descendants de Ruben.

Ils se dressèrent face à Moïse, ainsi que deux cent cinquante hommes ; c’étaient des fils d’Israël, responsables de communautés, délégués de l’assemblée, hommes de renom.

Ils s’assemblèrent contre Moïse et contre Aaron et leur dirent : « On en a assez de vous ! Oui, toute la communauté des fils d’Israël, eux tous, ils sont saints, et le Seigneur se tient au milieu d’eux. Pourquoi donc vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée du Seigneur ? »

En entendant ces mots, Moïse tomba face contre terre.

Puis il parla à Coré et à toute sa communauté, il dit : « Demain matin, le Seigneur fera connaître qui lui appartient, qui est saint, et celui-là, il le fera approcher de lui. Celui donc qu’il aura choisi, il le fera approcher de lui. Faites ceci : procurez-vous des brûle-parfums, vous, Coré, et toute ta communauté. Demain, mettez-y du feu, et au-dessus, placez de l’encens devant le Seigneur. Alors, l’homme que le Seigneur choisira, c’est celui-là qui est saint. On en a assez de vous, fils de Lévi ! »

Moïse dit encore à Coré : « Écoutez donc, fils de Lévi ! Ne vous suffit-il pas que le Dieu d’Israël vous ait séparés de la communauté d’Israël en vous faisant approcher de lui, pour accomplir le service de la demeure du Seigneur et vous tenir face à la communauté quand vous officiez pour eux ? Il t’a fait approcher, toi et avec toi tous tes frères, les fils de Lévi, et vous réclamez encore le sacerdoce ? Serait-ce pour cela que toi et toute ta communauté vous vous liguez contre le Seigneur ? Et Aaron, que vous a-t-il fait, lui, pour que vous récriminiez contre lui ? »

Moïse envoya appeler Datan et Abiram, fils d’Éliab, mais ils répondirent : « Nous ne monterons pas ! Ne te suffit-il pas de nous avoir fait venir d’un pays ruisselant de lait et de miel pour nous faire mourir dans le désert ? Et tu veux encore te poser en prince au-dessus de nous ? Oh non, ce n’est pas dans un pays ruisselant de lait et de miel que tu nous as fait entrer ! Tu ne nous as pas donné des champs et des vignobles en héritage ! Même si tu crevais les yeux de ces hommes, nous ne monterons pas ! »

Alors Moïse s’enflamma d’une grande colère, et il dit au Seigneur : « Ne tourne pas ta face vers leur offrande ! Je n’ai pas enlevé un seul de leurs ânes, je n’ai maltraité aucun d’entre eux ! »

« Toi et toute ta communauté, soyez là demain devant le Seigneur, toi, eux tous, et Aaron. Prenez chacun votre brûle-parfum, vous y mettrez de l’encens, et puis vous présenterez chacun votre brûle-parfum devant le Seigneur. Il y aura deux cent cinquante brûle-parfums, toi et Aaron, vous aurez aussi chacun votre brûle-parfum. »

Chacun prit donc son brûle-parfum, y mit du feu et plaça de l’encens par-dessus. Ils se tinrent à l’entrée de la tente de la rencontre, ainsi que Moïse et Aaron.

Coré avait rassemblé contre ceux-ci toute la communauté à l’entrée de la tente de la rencontre. La gloire du Seigneur apparut alors à toute la communauté.

Le Seigneur parla à Moïse et Aaron. Il dit : « Séparez-vous de cette communauté, je vais les exterminer à l’instant ! »

Mais eux tombèrent face contre terre et parlèrent ainsi : « Ô Dieu, Dieu des esprits qui animent toute chair ! Un seul homme est en faute, et c’est contre toute la communauté que toi tu t’irriterais ? »

Alors le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Parle à la communauté ! Tu diras : éloignez-vous des abords de la demeure de Coré, Datan et Abiram. »

Moïse se leva et alla trouver Datan et Abiram. Les anciens d’Israël le suivaient. Il parla à la communauté. Il dit : « Écartez-vous donc des tentes de ces hommes-là, de ces coupables ! Ne touchez à rien de ce qui leur appartient, de peur que vous ne périssiez pour toute leur faute ! »

Ils s’éloignèrent donc des abords de la demeure de Coré, Datan et Abiram, tandis que Datan et Abiram sortaient et se tenaient debout à l’entrée de leur tente, avec leur femme, leurs fils et leurs jeunes enfants.

Alors Moïse dit : « À ceci vous saurez que c’est le Seigneur qui m’a envoyé pour accomplir toutes ces œuvres. Je ne les accomplis pas de moi-même. Si ces gens meurent de la mort de tous les hommes, s’ils subissent le sort de tous les hommes, c’est que le Seigneur ne m’a pas envoyé. Mais si le Seigneur crée quelque chose, si le sol ouvre sa gueule et les engloutit avec tout ce qui leur appartient, s’ils descendent vivants au séjour des morts, alors vous saurez que ces hommes ont méprisé le Seigneur. »

Comme il achevait de dire toutes ces paroles, le sol en dessous d’eux se fendit. La terre ouvrit sa gueule et les engloutit avec leur famille, ainsi que tous les gens de Coré et tous leurs biens. Ils descendirent vivants au séjour des morts, eux et tout ce qui leur appartenait. La terre les recouvrit et ils disparurent du milieu de l’assemblée.

Et tout Israël qui était autour d’eux s’enfuit à leur cri en disant : « Pourvu que la terre ne nous engloutisse pas ! »

Un feu jaillit d’auprès du Seigneur et dévora les deux cent cinquante hommes qui présentaient l’encens.

Commentaire

C’est un dialogue de sourds, cette affaire. C’est un dialogue de sourds entre Dieu qui n’arrête pas de donner et de redonner ses commandements, et de l’autre côté son peuple qui refuse de comprendre. Et on a l’impression de toujours rejouer la même chose.

Souvenez-vous, Coré qui essaye d’offrir un feu, un encens, pour voir si jamais ça va marcher. Ça ne vous fait pas penser aux fils d’Aaron, encore eux, Nadab et Abihou — vous allez même finir par apprendre les noms par cœur — qui avaient essayé de tenter d’offrir un feu, et ça s’était retourné contre eux ? Donc ils n’apprennent rien de leurs erreurs.

En même temps, à la décharge de ce peuple hébraïque — parce qu’encore une fois, on ne vaut pas mieux qu’eux — mettez-vous dans leur peau : ils devaient être complètement paniqués. C’est-à-dire que d’un côté, ils avaient la terre promise qui était déjà occupée par les Cananéens, les Hivvites, les Jébusites, les Perizzites, etc., et qui leur faisaient peur parce qu’ils étaient de haute taille. Et de l’autre côté, ils avaient un Dieu dévorant. Souvenez-vous de mon analogie de la centrale nucléaire qui, à tout instant, risque de se fissurer pour qu’il y ait des bouffées radioactives de sainteté qui viennent vous prendre. Donc, ils s’étaient pris entre Charybde et Scylla. Et ils ne devaient plus savoir quoi dire, quoi faire.

Le Dieu avec lequel ils sont sortis d’Égypte, c’est le Dieu des dix plaies d’Égypte. Et la terre qui s’ouvre pour engloutir Coré et ses fils et son entourage, ça ne vous rappelle pas la traversée de la mer Rouge, avec les eaux qui s’engouffrent sur Pharaon et ses armées ?

Tant que vous n’avez pas compris que Dieu était dangereux, vous n’avez pas compris la Torah. Avec le Lévitique, on a dit que c’était autre chose. C’était la sainteté de Dieu qui était d’un tel excès, elle était contagieuse, et elle finissait par embraser tout ce qui n’était pas pur devant elle. C’est un Dieu qui est dangereux parce qu’il est d’une telle puissance et d’une telle sainteté que tout ce qu’il touche, il le brûle.

Mais c’est pas comme si Dieu n’avait pas prévenu tout le monde. Et le feu qui vient dévorer Coré, c’est que ce qu’ils n’avaient pas par rapport à Aaron, c’est qu’Aaron, à travers tous les rites de purification par lesquels il est passé, avec tous ses vêtements de grand prêtre, il était comme isolé pour pouvoir résister à ce feu. Ce que ça veut dire, c’est que le peuple n’a toujours pas compris pourquoi Dieu était dangereux. Et Dieu est dangereux parce que la loi qu’il vous donne est d’une telle pureté, d’une telle vie, d’une telle sainteté, qu’elle ne souffre aucun compromis.

Et vous savez, ce passage, on peut rapidement lui trouver une application moderne. Par exemple, quand tout le monde réclame de pouvoir être prêtre, quand tout le monde réclame de pouvoir avoir accès directement à Dieu, quand tout le monde dit qu’il y en a assez des prêtres, des évêques, des diacres, et puis qu’à travers la prière, on regarde directement pour s’adresser à Dieu. C’est vrai que Dieu nous a fait la grâce, par la foi, d’habiter en nous. Mais c’est faux aussi que tout le monde peut se réclamer comme grand mystique tout de suite comme ça.

La sainteté que Dieu vous a mise par sa grâce à travers l’exemple de son Fils Jésus-Christ, vous ne la maîtrisez pas encore. Elle habite en vous, oui, mais ça fait de vous des saints par participation. Ça ne veut pas dire que vous êtes saints. Ça ne veut pas dire que vous êtes totalement purs devant Dieu. Ça ne veut pas dire que — c’est ce que je vous disais — vous maîtrisez la grâce. Vous ne vous l’êtes pas encore appropriée.

Et donc, tant que vous ne vous êtes pas encore approprié la grâce à travers des actions de foi et de charité répétées qui vous permettent de mériter et de mériter encore cette grâce qui est en vous pour la faire vôtre, en attendant, vous avez besoin de médiation. Alors, les médiations dans l’Ancien Testament, c’était Aaron, c’était le prêtre, c’était le sacrifice. Pour nous, les médiations, ce sont les sacrements. Et ça reste encore la hiérarchie de l’Église.

J’y peux rien, moi, mais les médiations, ça existe. Ça a été institué par Dieu. C’est la pédagogie qu’il a voulue pour que ce soit ensemble, en communauté structurée, que nous nous approchions de Dieu et que nous rentrions dans son paradis, et qu’on ne peut pas tout court-circuiter simplement parce que nos chefs nous énervent. C’est vrai que nos chefs nous énervent. Mais en attendant, au ciel, il n’y aura pas de médiation. Au ciel, nous aurons un corps glorieux et nous aurons une volonté totalement réformée. Et donc là, nous serons les plus grands mystiques que la Terre ait jamais portés.

On n’y est pas encore. Et tant qu’on n’y est pas encore, un peu d’humilité : on fait ses classes, on obéit et on respecte les institutions, la hiérarchie, la médiation que Dieu a voulues. Parce que c’est sa pédagogie. C’est la manière que Dieu a choisie pour que sa sainteté vive au milieu de nous en attendant que nous la fassions nôtre. Avec la foi, nous avons les moyens de la faire nôtre, mais c’est par la pratique de la charité qu’elle deviendra nôtre. Et qui peut dire qu’il a accompli la charité ?

Derrière la charité, il y a la foi. Derrière la récrimination des fils de Coré, il y avait un orgueil spirituel — et la terre les a avalés.

Prière

Mes frères, prions. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, par ton œuvre de grâce, tu nous as réconciliés avec toi. Et par ton Fils, tu nous as rapprochés de toi. À travers la foi, tu as mis la grâce et tu as répandu l’Esprit Saint dans notre âme, dans notre corps, dans notre esprit.

Nous te demandons, Seigneur, que ta grâce grandisse en nous, devienne nôtre, devienne notre sainteté, et que nous puissions grandir devant ta face. En attendant, Seigneur, donne-nous de vivre les sacrements et, à travers eux, de déjà pouvoir imiter Jésus.

Ce sont tes sacrements, Seigneur, qui nous rapprochent de toi. Ce sont tes sacrements, Seigneur, qui nous rattachent à toi.

Et Seigneur, nous te remercions pour le don des apôtres. Nous te remercions pour le don des évêques. Nous te remercions pour le don des églises. Nous te remercions pour le don des prêtres qui nous ont agrégés à ton peuple et qui ont gravé en nous l’image de ton Fils éternel, Jésus-Christ, qui est mort pour nous.

Pardonne-nous nos révoltes, ne nous en tiens pas rigueur, et que l’abîme ne nous avale pas.

Et vous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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