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Jour 61 ☾ — Balaam

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 22 du livre des Nombres, où Balak, roi de Moab, envoie chercher le devin Balaam pour maudire Israël, et où l'ânesse voit l'ange du Seigneur que le voyant lui-même ne voit pas. Le commentaire souligne l'ironie savante et le charme folklorique de ce récit, puis rappelle la découverte archéologique de Deir Alla : une inscription araméenne du VIIIe-IXe siècle qui mentionne « Balaam, fils de Béor, qui voyait les dieux ». Derrière la figure biblique se tient donc probablement un personnage historique, un jeteur de sorts professionnel de l'Antiquité. L'épisode se termine par une prière pour tous ceux qui consultent médiums, voyants et oracles.

Introduction

Donc le peuple se transforme sous nos yeux de rebelle lâche en rebelle courageux. Ce n'est pas encore parfait, mais il y a un changement. Il aura simplement fallu le payer en cours de route, et c'est triste, par la mort à venir de Moïse. En attendant, Nombres, chapitre 22.

Et là, écoutez, on arrive… Enfin, j'adore ce passage. Vous savez, il y a des passages qui sont bizarres, parce qu'à multiplier les règles de pureté, de sainteté, de sacrifice, on se dit : mais voilà, quoi. Alors on essaye de trouver un sens, et on le trouve, parce que c'est la parole de Dieu. Et c'est vraiment la parole de Dieu. Je ne sais pas si ça, on peut le prouver, mais vous sentez bien toute la richesse qu'on a réussi à mettre dedans.

Mais il y a aussi des passages dans la Bible qui sont bizarres d'une autre manière. Ils sont bizarres parce qu'ils sont tellement folkloriques qu'on se dit : mais ça sort d'où, cette affaire ? Et le chapitre que vous allez entendre appartient certainement à cette catégorie. D'un bizarre à l'autre, on reste quand même dans la même ambiance de ces textes primitifs qui vous font voyager par-delà les siècles, les plus grandes intuitions religieuses de l'humanité. L'histoire de Balaam commence.

Lecture : Nombres 22

Les fils d'Israël repartirent. Ils allèrent camper dans les steppes de Moab, au-delà du Jourdain, à la hauteur de Jéricho.

Balak, fils de Cippor, vit tout ce qu'Israël avait fait subir aux Amorites. Moab eut grand peur devant un peuple aussi nombreux. Oui, Moab fut saisi d'effroi devant les fils d'Israël. Alors Moab dit aux anciens de Madiane : « Maintenant, cette multitude va tout brouter aux alentours, comme un bœuf broute l'herbe des champs. »

Balak, fils de Cippor, régnait sur Moab en ce temps-là. Il envoya donc des messagers à Balaam, fils de Béor, qui était à Petor, au bord du fleuve, son pays d'origine, pour l'appeler. Il lui faisait dire : « Voici un peuple qui est sorti d'Égypte. Le voici répandu dans tout le pays. Il s'est installé en face de moi. Viens donc, je t'en prie, et maudis-moi ce peuple, car il est plus puissant que moi. Peut-être alors pourrais-je le battre et le chasser du pays, car, je le sais, celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit. »

Les anciens de Moab et les anciens de Madiane s'en allèrent donc, munis de cadeaux pour le devin. Ils arrivèrent chez Balaam, à qui ils répétèrent les paroles de Balak. Balaam leur dit : « Passez la nuit ici, et je vous rendrai réponse suivant ce que le Seigneur m'aura dit. » Les princes de Moab restèrent donc chez Balaam.

Dieu vint auprès de Balaam et dit : « Qui sont ces hommes chez toi ? » Balaam répondit à Dieu : « Balak, fils de Cippor, roi de Moab, m'a envoyé dire : “Voici un peuple sorti d'Égypte, qui s'est répandu dans tout le pays. Viens donc et maudis-le pour moi. Peut-être alors pourrais-je combattre contre lui et le chasser.” »

Mais Dieu dit à Balaam : « Tu n'iras pas avec eux. Tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni. »

Balaam se leva de bon matin et dit aux princes de Balak : « Retournez dans votre pays, car le Seigneur a refusé de me laisser partir avec vous. » Les princes de Moab se levèrent, retournèrent chez Balak et lui dirent : « Balaam n'a pas voulu venir avec nous. »

Mais Balak envoya encore d'autres princes, plus nombreux et plus importants que les premiers. Ils allèrent donc auprès de Balaam et lui dirent : « Ainsi parle Balak, fils de Cippor : Ne refuse pas, je t'en prie, de venir chez moi. Je te comblerai de beaucoup d'honneur, et tout ce que tu me diras, je le ferai. Viens donc et maudis-moi ce peuple. »

Balaam répondit aux serviteurs de Balak : « Même si Balak me donnait plein sa maison d'argent et d'or, je ne pourrais transgresser la parole du Seigneur mon Dieu, en aucune chose, petite ou grande. Maintenant, je vous en prie, restez ici cette nuit vous aussi, car je sais que le Seigneur va encore me parler. »

Dieu vint auprès de Balaam pendant la nuit et lui dit : « Puisque ces hommes sont venus t'appeler, lève-toi, pars avec eux. Seulement, ce que je te dirai, c'est cela que tu feras. »

Balaam se leva de bon matin, sella son ânesse et partit avec les princes de Moab. Mais comme il partait, la colère de Dieu s'enflamma, et l'ange du Seigneur se posta sur le chemin en adversaire, tandis qu'il s'en allait monté sur son ânesse et accompagné de ses deux serviteurs.

L'ânesse vit l'ange du Seigneur posté sur le chemin, son épée dégainée à la main. Elle quitta le chemin et prit par les champs. Balaam frappa l'ânesse pour la ramener sur le chemin.

Alors l'ange du Seigneur se plaça dans un chemin creux qui passait dans les vignes, entre deux murets. L'ânesse vit l'ange du Seigneur et se serra contre le mur, serrant ainsi le pied de Balaam contre le mur, et Balaam se remit à la frapper.

L'ange du Seigneur les dépassa encore une fois et se plaça dans un passage étroit, où il n'était possible de dévier ni à droite ni à gauche. L'ânesse vit l'ange du Seigneur et se coucha sous Balaam, qui s'enflamma de colère et la frappa de sa cravache.

Alors le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse, qui dit à Balaam : « Que t'ai-je fait pour que tu me frappes par trois fois ? » Et Balaam dit à l'ânesse : « C'est que tu t'es moquée de moi ! Ah ! si j'avais à la main une épée, à l'instant je te tuerais ! » Et l'ânesse dit à Balaam : « Ne suis-je pas ton ânesse, celle que, depuis toujours, tu ne cesses de monter ? Ai-je l'habitude d'agir ainsi à ton égard ? » Et il lui répondit : « Non. »

Alors le Seigneur dessilla les yeux de Balaam, qui vit l'ange du Seigneur posté sur le chemin, son épée dégainée à la main. Balaam s'inclina et se prosterna sur son front.

L'ange du Seigneur lui dit : « Pourquoi as-tu frappé ton ânesse par trois fois ? Tu le vois, je suis venu moi-même en adversaire, car, à mon gré, ce voyage était précipité. L'ânesse m'a vu, elle, et par trois fois elle s'est détournée de moi. Si elle ne s'était pas détournée de moi, c'est toi qu'à l'instant j'aurais tué. Mais elle, je l'aurais laissée vivre. »

Balaam dit à l'ange du Seigneur : « J'ai péché. Je ne savais pas que tu étais là, posté devant moi sur le chemin. Mais maintenant, si c'est mal à tes yeux, je vais m'en retourner. » Mais l'ange du Seigneur dit à Balaam : « Pars avec ces hommes, mais tu diras seulement ce que je te dirai de dire. » Balaam partit donc avec les princes de Balak.

Balak apprit que Balaam arrivait et il sortit à sa rencontre. Il alla à Ar-Moab, sur la frontière tracée par l'Arnon, à la limite de son territoire. Balak dit à Balaam : « Ne t'avais-je pas envoyé assez de monde pour t'appeler ? Pourquoi n'es-tu pas venu chez moi ? Vraiment, ne serais-je pas capable de te combler d'honneur ? » Et Balaam dit à Balak : « Me voici arrivé chez toi. Mais maintenant, vais-je dire n'importe quoi ? La parole que Dieu mettra dans ma bouche, c'est elle que je proclamerai. »

Balaam accompagna Balak et ils allèrent à Kiryath-Houtsoth. Balak offrit en sacrifice du gros et du petit bétail et en remit des parts à Balaam et aux princes qui étaient avec lui. Le lendemain matin, Balak emmena Balaam et le fit monter à Bamoth-Baal, d'où il pouvait voir une partie du peuple.

Commentaire

J'espère que vous avez apprécié ce passage. Et ce n'est pas fini : on a encore deux ou trois chapitres à voyager avec Balaam, mais on gardera cette même ironie savante et subtile qui lui donne un charme particulier.

Par exemple, le fait que Balaam soit un médium, un homme des visions, reconnu et accrédité par Dieu lui-même, et qui n'est même pas capable de voir l'ange du Seigneur qui lui barre la route — et il faut que ce soit son âne qui le lui dise. C'est extraordinaire.

Et même cette histoire de colère. On ne comprend pas très bien, d'ailleurs, pourquoi Dieu se met en colère, alors qu'il l'a quand même autorisé à aller voir Balak. Les commentateurs disent que Balaam s'est mis un peu trop vite en chemin, qu'il est un peu trop pressé d'aller maudire Israël, et qu'il faut bien que Dieu lui rappelle qui est le patron.

Je ne voudrais pas, avec mon commentaire, vous enlever le petit sourire que vous avez eu en entendant ce passage. Je voudrais qu'il reste sur vos lèvres, et donc je voudrais simplement rajouter à l'étonnement un autre étonnement. Et si je vous disais que Balaam avait peut-être vraiment existé ? Est-ce que ça ne rendrait pas ce passage encore plus truculent, ce passage-là dont on est persuadé qu'il est une sorte de fable et de légende ?

Eh bien, comme toujours dans la Bible, quand on regarde du côté de l'archéologie, là aussi on va de surprise en surprise. Et la surprise, là, nous vient de Deir Alla, qui est un site à l'est du Jourdain dans lequel on a trouvé une inscription en araméen, une des plus vieilles inscriptions araméennes, qui date du VIIIe, IXe siècle, et dans laquelle, miracle, stupeur et étonnement, on nous parle d'un Balaam. Je vous lis le début, qu'on a reconstitué :

Texte de Balaam, fils de Béor, qui voyait les dieux.

Et ensuite, on vous raconte la vision de Balaam, qui voit une déesse qui répand l'obscurité sur la terre. On ne sait pas très bien pourquoi. On y a vu la déesse Shagar, ou alors la divinité solaire Shamash. Et le texte continue :

Les dieux sont venus à lui de nuit et lui ont montré une vision selon la parole d'El et des dieux. Ils ont dit à Balaam, fils de Béor : « Ainsi fera-t-il. Un malheur surgira, il frappera les hommes et les animaux. Les oiseaux du ciel et les poissons de la terre périront. »

Et, si vous voulez, le consensus maintenant des archéologues dit que derrière la figure biblique de Balaam, il y a probablement eu une figure historique, un de ces anciens jeteurs de sorts antiques professionnels.

Alors, est-ce que ça s'est passé comme il est dit dans la Bible ? Non, on est dans le domaine de l'épopée. Mais souvenez-vous de ce que je vous ai dit des épopées : basées sur une histoire vraie. Et ça, je crois, vous permettra d'apprécier d'autant mieux l'histoire de Balaam, et de rajouter à l'ironie savante de ce texte l'admiration de l'archéologie.

Avant de continuer demain, je vous propose de terminer notre épisode du jour par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions tous nos contemporains qui vont consulter des médiums, qui vont consulter des voyants, qui vont consulter des sorciers. Seigneur, nous te demandons de les aider là où ils sont et de ne pas les emprisonner dans les ténèbres des esprits impurs.

Nous te confions, Seigneur, toutes les personnes qui se confient dans le tarot, dans la cartomancie, dans les oracles. Et si jamais c'est votre cas, nous demandons pour vous la grâce de la bénédiction, et que Dieu brise les liens.

Il est le Dieu de la lumière, le Dieu de la vérité, qui parle non pas par énigme, mais par vision claire.

Que Dieu vous bénisse, qu'il bénisse nos contemporains qui cherchent comme ils peuvent Dieu là où il n'est pas, qu'il les bénisse au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.


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