Jour 61 ☼ — Le Serpent d'Airain
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 21 du livre des Nombres : la victoire sur le roi d'Arad, les serpents brûlants et le serpent de bronze dressé sur un mât, la marche vers Moab, puis les victoires sur Sihon, roi des Amorites, et Og, roi de Bashan. Le commentaire souligne le changement d'ambiance : le peuple râle toujours, mais il monte enfin au combat, comme les poilus de 14-18. Le serpent d'airain réunit les deux grandes tentations de la Bible — le serpent d'Éden et le bâton de Moïse — retournées en signe de salut. Le livre de la Sagesse puis Jésus lui-même, chez saint Jean, en dévoilent le sens : la Sagesse de Dieu crucifiée.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
You lucky boys ! Vous arrivez dans mes passages préférés du livre des Nombres. Alors là, ça va truculer comme anecdote. Ce n'est pas du tout français ce que je viens de dire, mais vous sentez mon petit enthousiasme. On va commencer très fort avec le serpent de bronze. Le peuple s'est remis en marche, même si l'ambiance n'y est plus. Dieu reprend les choses en main. Courage, mes petits bichons, il est en train de leur dire.
Lecture : Nombres 21
Le roi d'Arad, un Cananéen habitant le Néguev, apprit qu'Israël arrivait par le chemin des Atarim. Il combattit contre Israël et lui fit des prisonniers. Alors Israël fit ce vœu au Seigneur : « Si tu consens à livrer ce peuple entre mes mains, je voue ces villes à l'anathème. » Le Seigneur écouta la voix d'Israël et lui livra les Cananéens. On les voua à l'anathème, eux et leurs villes, et l'on donna à cet endroit le nom de Horma, c'est-à-dire « voué à l'anathème ».
Ils quittèrent Hor, la montagne, par la route de la mer des Roseaux, en contournant le pays d'Édom. Mais en chemin, le peuple perdit courage. Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable. »
Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple.
Et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant et dresse-le au sommet d'un mât. Tous ceux qui auront été mordus, s'ils le regardent, alors ils vivront. » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie.
Les fils d'Israël partirent et campèrent à Oboth. Puis ils partirent d'Oboth et campèrent aux ruines des Abarim, dans le désert qui est en face de Moab, du côté du soleil levant. Ils partirent de là et campèrent au désert de Zéred. Ils partirent de là et campèrent au-delà de l'Arnon, qui, dans le désert, sort du territoire des Amorites. L'Arnon, en effet, marque la frontière de Moab, entre Moab et les Amorites.
C'est pourquoi on mentionne dans le livre des guerres du Seigneur : « Vaheb en Soufa, les torrents de l'Arnon, et les pentes de ces torrents qui s'inclinent vers le site d'Ar et longent la frontière de Moab. »
De là, ils allèrent à Beer, c'est-à-dire « le puits ». À propos de ce puits, le Seigneur avait dit à Moïse : « Rassemble le peuple et je leur donnerai de l'eau. » Alors Israël chanta cette chanson sur le puits : « Acclamez-le, ce puits que les princes ont creusé, que les nobles du peuple ont foré avec leurs sceptres, avec leurs cannes. »
Du désert, ils allèrent à Mattana, de Mattana à Nahaliel et de Nahaliel à Bamoth, et de Bamoth au vallon qui se trouve au champ de Moab, vers le sommet du Pisga, qui fait face à la steppe et la domine.
Alors Israël envoya des messagers à Sihon, le roi des Amorites, pour lui dire : « Laisse-moi traverser ton pays. Nous ne ferons pas de détour par les champs ni par les vignes. Nous ne boirons pas l'eau des puits, nous irons par la voie royale jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire. » Mais Sihon ne permit pas à Israël de traverser son territoire. Il rassembla tout son peuple et sortit à la rencontre d'Israël en direction du désert. Il arriva à Yahats et combattit contre Israël. Israël le passa au fil de l'épée et prit possession de son pays, de l'Arnon jusqu'au Yabboq, jusqu'à la frontière des fils d'Ammon, car la frontière des fils d'Ammon était fortifiée.
Israël prit toutes ces villes. Il s'installa dans toutes les villes des Amorites, à Hesbon et dans tout ce qui en dépendait. En effet, Hesbon était la ville de Sihon, le roi des Amorites, qui avait fait la guerre au précédent roi de Moab et avait conquis de sa main tout le pays jusqu'à l'Arnon.
C'est pourquoi les poètes disent : « Venez à Hesbon, qu'elle soit rebâtie, qu'elle soit restaurée, la ville de Sihon. Car un feu est sorti de Hesbon, une flamme de la cité de Sihon ; elle a dévoré Ar-Moab, les Baals des lieux sacrés de l'Arnon. Malheur à toi, Moab ! Tu es perdu, peuple de Kamosh ! On fait de tes fils des fugitifs, on fait de tes filles des captives pour Sihon, roi des Amorites. Nous les avons percés de flèches. Tout a péri de Hesbon jusqu'à Dibon. Nous avons tout dévasté jusqu'à Nofa et jusqu'à Madaba. »
Israël s'installa donc dans le pays des Amorites. Moïse envoya des espions à Yazer. Les fils d'Israël s'emparèrent des villes qui en dépendaient et chassèrent les Amorites qui s'y trouvaient.
Puis ils firent demi-tour et montèrent par la route du Bashan. Og, le roi de Bashan, sortit à leur rencontre avec tout son peuple pour livrer bataille à Édréï. Mais le Seigneur dit à Moïse : « Ne le crains pas. Je l'ai livré entre tes mains, avec tout son peuple et tout son pays. Tu le traiteras comme tu as traité Sihon, roi des Amorites, qui siégeait à Hesbon. » Ils le battirent donc, ainsi que ses fils et tout son peuple, au point de ne laisser aucun survivant. Et ils conquirent le pays.
Commentaire
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi j'ai l'impression que le peuple commence à changer un peu. Pour la première fois du livre des Nombres — et c'est pas rien, ça mérite d'être dit quand même — il va y avoir des batailles, et elles vont être victorieuses. Enfin !
Ce passage-là, il me fait penser au poilu de la guerre d'usure de 14-18. Les soldats français râlaient, ils bougonnaient, mais ils faisaient le boulot, et on ne se moquait pas d'eux. Eh bien là, les Israélites commencent à faire le boulot. Et là, ils commencent à dire, plutôt que d'avoir peur : « On va faire un contrat avec Dieu, avec notre général. Donne-nous la bataille et on détruira absolument tout. »
Si tu consens à livrer ce peuple entre mes mains, je voue ces villes à l'anathème.
Et derrière la destruction des ennemis, ce qu'il faut entendre, c'est la volonté de respecter de manière intégrale la loi de Dieu, au point de vouloir enlever toute influence et toute tentation étrangère.
De la même manière, le chapitre d'avant, il y avait eu Édom qui était venu avec une force importante, et on était passé par un autre chemin. Et là, c'est à peu près la même chose avec Sihon qui sort à la rencontre d'Israël, mais cette fois-ci, on le passe au fil de l'épée. Et même, une fois, mais en plus, on récidive une deuxième fois avec Og, le roi de Bashan. Et je mentionne ces deux noms, Sihon, le roi des Amorites, et Og, le roi de Bashan, parce que dans l'imaginaire juif, ça reviendra comme une sorte de refrain. Vous le retrouverez parfois dans les psaumes : Sihon, le roi des Amorites, et Og, le roi de Bashan, que Dieu livra entre nos mains. Parce que dans la mémoire juive, c'est là les premières victoires significatives.
Alors, en attendant, le peuple râle. Oui, le peuple continue de râler. Mais ces râleries, c'est pas tout à fait la même chose. C'est une chose de râler et de ne pas monter au combat, comme c'était le cas dans le début du livre des Nombres, et c'est autre chose de râler et de quand même monter au combat, comme c'est le cas maintenant. Et d'ailleurs, ces râleries, eh bien écoutez, c'est pas comme si c'était la première fois qu'on les entendait, mais pour une fois, il n'y a rien de nouveau dedans. C'est simplement des vieilles râleries que, par habitude, le peuple continue d'avoir. Il ne faut pas y voir une rébellion outre mesure.
C'est comme les poilus qui râlaient dans leur tranchée. C'était en même temps l'expression d'un caractère national, la râlerie française, et en même temps, paradoxalement, l'expression de leur bravoure. Ils étaient enfoncés dans la guerre, et ils râlaient par habitude pour se maintenir en vie. C'est pas exceptionnel, mais on ne leur en tenait pas rigueur. Ils étaient enfoncés dans la guerre, ils étaient endurcis au combat. Alors oui, Dieu, là, les punit, mais vous sentez bien qu'il n'en rajoute pas trop dans la punition.
Et c'est là qu'intervient ce fameux épisode du serpent d'airain, le serpent de bronze. C'est peut-être une surtraduction, en fait. Il s'agit peut-être d'un serpent brûlant, ce qui désignerait une catégorie de serpents du désert. Bon, OK. En attendant, on a un serpent au bout d'un mât. Ce qui est quand même assez curieux, hein, comme manière de guérir les gens. On sent qu'il y a là quelque chose de très primitif, qui s'apparente quand même de loin à une certaine forme de magie.
Alors, comment ça marche, cette affaire ? Moi, ce que je remarque, c'est qu'il y a un serpent et qu'il y a un bâton. Mais souvenez-vous qu'il a été question de sceptres, de fanions, de bâtons, il n'y a pas si longtemps que ça. Si vous voulez, c'est quand même curieux que, pour l'instant, les deux principales tentations que l'on ait vues depuis le début du livre de la Genèse — le serpent, le jardin d'Éden, et le bâton qui amenait la chute de Moïse — on les retrouve quasiment unies sur un même symbole. C'est comme si Dieu avait pris les deux principales tentations et les avait mises en un seul lieu. Adam, qui est chassé de la terre promise ; Moïse, qui ne pourra pas y rentrer : il les réunit en un seul symbole. Et il dit même : « Maintenant, regardez ça, et ça vous guérira. »
Alors, comment est-ce qu'on passe d'un symbole négatif à un symbole positif ? Eh bien ça, c'est le mystère qu'il y a de caché dans la Bible. C'est un mystère qui va traverser tout l'Ancien Testament, depuis ce serpent d'airain pour arriver jusqu'au pied de Jésus.
Parce qu'en fait, il faut imaginer Jésus qui était jeune et qui méditait sur cet épisode, et qui devait se dire comme nous : « C'est quand même curieux, cette affaire ! » Et qui, en continuant ses méditations bibliques, arrive sur un autre livre de la Bible, le livre de la Sagesse, qu'on lira plus tard, et qui reprend cet épisode, chapitre 16. Je cite :
Celui qui se tournait vers ce signe — le serpent — était sauvé non pas à cause de ce qu'il regardait, mais par toi, le Sauveur de tous.
Et donc Jésus, méditant sur ce passage, a dû probablement se dire : pour que ce soit repris dans le livre de la Sagesse, ça veut dire qu'il y a autre chose de bien plus important derrière. Et là, il comprend qu'en fait, le bâton devient le symbole et la puissance de Dieu, et que le serpent, qui est le plus rusé des animaux, devient le symbole de la Sagesse de Dieu. Et il comprend alors sa mission d'être la Sagesse crucifiée. Et ça vous donne, Évangile selon saint Jean, chapitre 3, Jésus qui parle à Nicodème :
De même que Moïse éleva le serpent d'airain dans le désert, de même faut-il que le Fils de l'homme soit élevé.
Autrement dit, ce que disait en réalité le texte que vous venez d'entendre, c'est : quand vous regarderez la manière dont vous crucifiez Dieu avec votre péché, là, vous comprendrez son amour et sa sagesse pour vous, et là, vous serez sauvés.
Psaume 28
Rendez au Seigneur, vous, les dieux, rendez au Seigneur la gloire et la puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom, adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force, voix du Seigneur qui éblouit, voix du Seigneur, elle casse les cèdres, le Seigneur fracasse les cèdres du Liban. Il fait bondir comme un poulain le Liban, le Sirion comme un jeune taureau.
Voix du Seigneur, elle taille des lames de feu, voix du Seigneur, elle épouvante le désert, le Seigneur épouvante le désert de Cadès. Voix du Seigneur qui affole les biches en travail, qui ravage les forêts. Et tous dans son temple s'écrient : « Gloire ! »
Au déluge, le Seigneur a siégé. Il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours. Le Seigneur accorde à son peuple la puissance, le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix.
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