Jour 62 ☼ — Balaam et la puissance immuable des Bénédictions
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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit le cycle de Balaam avec le chapitre 23 du livre des Nombres : par deux fois, Balak dresse sept autels et offre taureaux et béliers pour obtenir une malédiction contre Israël, et par deux fois Dieu met dans la bouche de Balaam une bénédiction. Le commentaire met en garde contre la tentation de faire de Balaam un fidèle du Dieu unique : il s'agit d'un visionnaire mercenaire, dans un rapport de magie et de syncrétisme, comparable aux médiums qui invoquent Jésus après les divinités païennes. Ce qui le retient de maudire Israël n'est pas la piété mais la peur d'une puissance qui lui échappe. Reste que ses oracles vont s'amplifiant, car il voit vraiment Dieu et explore peu à peu la pensée divine. L'épisode se conclut par le psaume 29.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Vite, vite, vite, vite, vite, on se dépêche : en plein milieu de Balaam, on y retourne. Pour ceux qui n'arrivent pas à raccrocher les wagons ou qui ont déjà oublié ce qui s'était passé : Balaam est parti avec son âne pour maudire Israël, sur l'ordre de Balak. Sauf que Dieu lui a dit que ce serait un peu plus compliqué que ça. Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Livre des Nombres, chapitre 23.
Lecture : Nombres 23
Balaam dit à Balak : « Construis-moi ici sept autels et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. » Balak fit ce qu'avait dit Balaam. Puis Balak et Balaam offrirent un taureau et un bélier sur chaque autel.
Balaam dit à Balak : « Tiens-toi debout près de ton holocauste. Moi, je m'en irai plus loin. Peut-être le Seigneur viendra-t-il à ma rencontre, et ce qu'il m'aura fait voir, je te le communiquerai. » Balaam s'en alla sur une hauteur.
Dieu vint à la rencontre de Balaam, qui lui dit : « J'ai préparé les sept autels et j'ai offert un taureau et un bélier sur chacun d'eux. » Alors le Seigneur mit une parole dans la bouche de Balaam, puis il dit : « Retourne vers Balak, c'est ainsi que tu lui parleras. »
Balaam retourna donc vers Balak, qui se tenait debout près de son holocauste avec tous les princes de Moab, et il prononça ces paroles énigmatiques :
« Balak m'a fait venir d'Aram, le roi de Moab m'a fait venir des monts d'Orient : "Viens, maudis pour moi Jacob ! Viens, menace Israël !" Comment vais-je maudire celui que Dieu n'a pas maudit ? Comment vais-je menacer celui que le Seigneur n'a pas menacé ? Quand du sommet des rochers je le regarde, quand du haut des collines je le contemple, je vois un peuple qui demeure à part et n'est pas recensé parmi les nations. Qui a pu dénombrer la poussière de Jacob ? Qui a pu compter la multitude d'Israël ? Que moi-même je meure de la mort du juste, que la fin de ma vie soit pareille à la sienne ! »
Balak dit à Balaam : « Que m'as-tu fait là ? C'est pour maudire mes ennemis que je t'ai choisi, et voici que tu les couvres de bénédiction ! » Balaam répondit : « Ce que le Seigneur met dans ma bouche, c'est cela que je dois veiller à dire. »
Alors Balak reprit : « Viens donc avec moi en un autre lieu, d'où tu verras le peuple ; mais tu n'en verras qu'une partie, tu ne le verras pas tout entier, et de là-bas, maudis-le pour moi. » Il l'emmena vers les champs du Guetteur, au sommet du Pisga, et construisit sept autels ; il offrit un taureau et un bélier sur chacun d'eux.
Balaam dit à Balak : « Tiens-toi debout ici près de ton holocauste. Quant à moi, Dieu viendra à ma rencontre. » Alors le Seigneur vint à la rencontre de Balaam, il mit une parole dans sa bouche, puis il dit : « Retourne vers Balak, c'est ainsi que tu lui parleras. »
Il revint auprès de Balak, qui se tenait debout près de son holocauste avec les princes de Moab. Balak lui demanda : « Que t'a dit le Seigneur ? » Et Balaam prononça ces paroles énigmatiques :
« Lève-toi, Balak, écoute ! Prête-moi l'oreille, fils de Cippor ! Dieu n'est pas un homme pour mentir, un fils d'Adam pour se rétracter. Va-t-il dire et ne pas agir ? Prononcer une parole et ne pas l'exécuter ? Voici que je prends le parti de bénir : il a béni, et je n'y reviendrai pas. Il n'a pas aperçu d'action mauvaise en Jacob, il n'a pas vu d'oppression en Israël. Le Seigneur son Dieu est avec lui, chez lui retentit l'ovation royale. Dieu l'a fait sortir d'Égypte, sa vigueur fut pour lui comme celle du buffle. Pas de présage en Jacob, pas de divination en Israël ! Aussi, au temps voulu, sera dit à Jacob, à Israël, ce que Dieu accomplit. Voici qu'un peuple se lèvera comme une lionne, comme un lion il se dressera ; il ne se couchera pas sans avoir dévoré sa proie, sans avoir bu le sang des victimes. »
Alors Balak dit à Balaam : « Si tu ne peux pas le maudire, au moins ne le bénis pas ! » Mais Balaam répondit à Balak : « Ne te l'ai-je pas dit ? Tout ce que dira le Seigneur, je le ferai. »
Balak dit à Balaam : « Viens donc, je vais te mener en un autre lieu. Peut-être plaira-t-il à Dieu que, de là-bas, tu le maudisses pour moi. » Balak emmena Balaam au sommet du Péor, qui fait face à la steppe et la domine. Balaam dit à Balak : « Construis-moi ici sept autels et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. » Balak fit comme avait dit Balaam : il offrit un taureau et un bélier sur chaque autel.
Commentaire
C'est pas extraordinaire, cette histoire ? Mes commentateurs disent, et ils ont raison : « L'histoire de Balaam aux prises avec Balak va faire vivre aux lecteurs des instants d'humour et de farce, bienvenus au terme de chapitres si tendus. » Ah, on l'a mérité, cette histoire ! Entre les descriptions interminables du début, et ensuite ces querelles à répétition, et les compétitions… mon Dieu, que ça fait du bien, un peu de légèreté.
Alors permettez-moi de revenir un peu sur ce personnage de Balaam et sur ce qu'il est en train de faire. Ne me faites pas tout de suite de Balaam, s'il vous plaît, un adorateur du Dieu unique. Oui, il est présenté comme un voyant ici, mais… mais non. Et d'ailleurs, l'Ancien Testament, quand il citera Balaam, verra en lui un visionnaire mauvais.
Alors comment est-ce qu'on peut à la fois voir Dieu, lui obéir comme fait Balaam, et en même temps ne pas être un de ses fidèles ? Eh bien, vous êtes ici comme ces personnes, les magiciens, les sorciers, les médiums — les médiums aujourd'hui. Vous avez plein de médiums qui parfois vont invoquer le Dieu des chrétiens sans être chrétiens, parce qu'ils sont dans un rapport de magie avec lui. Et le nombre de médiums païens en France qui invoquent Jésus et la Vierge Marie après avoir invoqué les divinités babyloniennes des jeux de tarot, ça existe ! Parce qu'en fait, ce qu'eux cherchent, c'est la puissance d'un oracle. Ce n'est pas la vérité. Et donc, ils se vendent au plus offrant. Balaam, lui, s'est vendu en ce moment au Dieu d'Israël, mais peut-être que plus tard il se vendra à un autre dieu. Souvenez-vous de l'inscription qu'on a retrouvée à Deir Alla, où on vous parlait d'un Balaam qui était polythéiste.
D'ailleurs — parce que ça nous permet de creuser dans cette mentalité magicienne — vous voyez bien la manière dont Balaam invoque Dieu. Il fait sept sacrifices avec un taureau et un bélier, et on sent qu'il y a mis le meilleur de lui-même. Vous savez comme c'est, un magicien : la question du rite, il n'y en a pas beaucoup pour s'en soucier autant, mais alors je peux vous dire que le rite, il est suivi à la lettre, parce que la puissance de la magie provient de la puissance du rite. Et donc là, emphase sur ces sept sacrifices.
Sauf que, quand vous regardez bien, en tout cas le premier de ces sacrifices, il est fait en un lieu qui s'appelle Bamoth-Baal, donc un lieu où on peut supposer que Balak adorait Baal. Et donc là, vous êtes en train d'invoquer Dieu en lui faisant un superbe sacrifice en plein sanctuaire païen, ce qui est typique de la mentalité syncrétiste de la magie, où tout est dans tout et réciproquement. La preuve : les sacrifices qu'il fait ne respectent pas du tout ce qui était prescrit dans le Lévitique. Alors vous allez me dire : « Mais on en a marre, du Lévitique ! » Eh bien oui, mais pour le narrateur biblique, en fait, ces lois et ces préceptes sur les sacrifices sont une métaphore pour vous dire d'obéir à la volonté de Dieu. Donc là, ça veut dire que Balaam fait de superbes sacrifices, mais il n'obéit pas du tout à la volonté de Dieu.
Par ailleurs, Balaam fait ça pour l'argent. Quand vous allez voir un médium, il fait ça pour l'argent. Soyons clairs : ce qu'il cherche, c'est la puissance et l'efficacité. La seule chose qui l'empêche de maudire Israël, c'est la puissance de cette divinité qu'il a invoquée et qu'il ne parvient pas à maîtriser. Ça lui échappe, et il en a peur. Et ensuite, il vous transforme ça en une certaine forme d'éthique. Il vous dit : « Non, non, moi je n'ai pas peur. Simplement, je vais dire ce qu'elle me dit, parce que je suis un vrai voyant et que, voilà, je fais bien mon boulot ; et donc je transmettrai fidèlement le message de ces divinités et de ces puissances surnaturelles que j'ai à invoquer. » Donc il transforme ça en une éthique, une déontologie du médium devant Balak. La vérité, c'est qu'il crève de trouille, comme tous les médiums qui invoquent des divinités qui leur échappent et des esprits impurs dont ils vont finir esclaves.
Ça n'empêche pas qu'il y ait quand même une forme de progression spirituelle dans ce chapitre. Vous avez vu ces deux discours : vous avez senti qu'ils allaient en s'amplifiant et qu'à chaque fois ils devenaient plus profonds. Parce qu'en attendant, Balaam est un vrai visionnaire, et donc il voit vraiment Dieu. Et au fur et à mesure qu'il l'invoque, il est en train d'explorer ce qu'il y a dans la pensée divine. Je n'en parle pas maintenant, parce qu'on n'est pas encore au bout de nos peines. Donc, on attend.
Et en attendant, un court récit poétique vous sera proposé en guise d'interlude.
Psaume 29
Je t'exalte, Seigneur : tu m'as relevé, tu m'épargnes les rires de l'ennemi. Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m'as guéri.
Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme et revivre quand je descendais à la fosse.
Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu'un instant, sa bonté toute la vie. Avec le soir viennent les larmes, mais au matin les cris de joie.
Dans mon bonheur, je disais : « Rien, jamais, ne m'ébranlera ! » Dans ta bonté, Seigneur, tu m'avais fortifié sur ma puissante montagne ; pourtant, tu m'as caché ta face et je fus épouvanté.
Et j'ai crié vers toi, Seigneur, j'ai supplié mon Dieu : « À quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? La poussière peut-elle te rendre grâce et proclamer ta fidélité ? Écoute, Seigneur, pitié pour moi ! Seigneur, viens à mon aide ! »
Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie. Que mon cœur ne se taise pas, qu'il soit en fête pour toi, et que, sans fin, Seigneur mon Dieu, je te rende grâce !
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