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Jour 62 ☾ — Balaam et la Tentation de Moab

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 24 et 25 du livre des Nombres : les derniers oracles de Balaam, la colère de Balak, puis l'épisode de Baal-Péor où Israël se prostitue avec les filles de Moab et de Madiane. Le commentaire part d'une question : où est passé Balaam au chapitre 25 ? Réponse : c'est lui qui a conseillé à Balak de faire tomber Israël par la séduction, faute d'avoir pu le maudire. Le frère relit ensuite la vision de Balaam comme la vision du campement idéal du début des Nombres, et l'astre issu de Jacob comme l'étoile que suivront les rois mages.

Introduction

Suite et fin de l'histoire de Balaam, Nombres chapitres 24 et 25. Avec le chapitre 25, je vous préviens, vous avez le sentiment qu'en fait on ne parle plus de Balaam, qui va comme disparaître du récit. Erreur ! Donc voilà ce que je vous propose. Au début, on va parler de Balaam. À un moment donné, il va disparaître. Et la question, c'est : quel est le petit coup par derrière que Balaam a quand même réussi à faire aux Israélites ?

Lecture : Nombres 24-25

Balaam vit qu'aux yeux du Seigneur c'était bien de bénir Israël. Et il n'alla pas, comme les autres fois, à la recherche de présages. Il tourna son visage vers le désert. Levant les yeux, il vit Israël qui campait, rangé par tribus. L'Esprit de Dieu fut sur lui et il prononça ces paroles énigmatiques :

« Oracle de Balaam, fils de Béor ! Oracle de l'homme aux regards pénétrants ! Oracle de celui qui entend les paroles de Dieu ! Il voit ce que le Puissant lui fait voir. Il tombe en extase et ses yeux s'ouvrent.

Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes demeures, Israël ! Elles s'étendent comme des vallées, comme des jardins au bord d'un fleuve. Le Seigneur les a plantées comme des aloès, comme des cèdres au bord des eaux.

Un héros sortira de la descendance de Jacob. Il dominera sur des peuples nombreux. Son règne sera plus grand que celui de Goliath. Sa royauté sera exaltée.

Dieu a fait sortir Israël d'Égypte. Sa vigueur fut pour lui comme celle du buffle. Israël dévore les nations qu'il attaque. Il leur brise les os. Il les frappe de ses flèches. Puis il s'accroupit, il se couche comme un lion, comme une lionne. Qui le fera se relever ? Béni soit celui qui te bénira, maudit soit celui qui te maudira. »

La colère de Balak s'enflamma contre Balaam. Il tapa des mains et dit à Balaam : « C'est pour maudire mes ennemis que je t'ai appelé. Or voici que tu les couvres de bénédiction, et cela par trois fois. Et maintenant, déguerpis et va-t'en chez toi. J'avais dit que je te comblerais d'honneur, mais voilà, le Seigneur te refuse les honneurs. »

« D'argent et d'or, je ne pourrai transgresser la parole du Seigneur en amenant de moi-même bonheur ou malheur. Ce que le Seigneur dira, je le dirai. Et maintenant, je vais rejoindre mon peuple. Viens, que je t'avertisse du traitement que ce peuple infligera à ton peuple dans les temps à venir. »

Balaam prononça encore ses paroles énigmatiques : « Oracle de Balaam, fils de Béor ! Oracle de l'homme au regard pénétrant ! Oracle de celui qui entend les paroles de Dieu, qui possède la science du Très-Haut. Il voit ce que le Puissant lui fait voir. Il tombe en extase et ses yeux s'ouvrent.

Ce héros, je le vois, mais pas pour maintenant. Je l'aperçois, mais pas de près. Un astre se lève, issu de Jacob. Un sceptre se dresse, issu d'Israël. Il brise les flancs de Moab. Il décime tous les fils de Seth. Il prendra possession d'Édom, possession de Séïr, son ennemi. Israël déploiera sa puissance. Et de Jacob surgira un dominateur qui fera périr tout survivant de la ville. »

Balaam vit ensuite Amalek et il prononça ses paroles énigmatiques : « La première des nations, Amalek. Mais sa fin, c'est sa ruine. »

Il vit les Kénites. Il prononça ses paroles énigmatiques : « Ta demeure est solide, ton nid posé sur un rocher, mais Caïn sera la proie des flammes. Combien de temps Assur te tiendra-t-il captif ? »

Balaam prononça encore ses paroles énigmatiques : « Ah ! Qui donc pourra survivre quand Dieu en disposera ? Quand des navires viendront de Kittim pour opprimer Assur et opprimer Héber ? Israël, lui aussi, court à sa ruine. »

Balaam se leva et s'en alla. Il s'en retourna chez lui, tandis que Balak, lui aussi, s'en allait par son propre chemin.

Israël alla habiter Shittim. Et le peuple commença à se livrer à la prostitution avec les filles de Moab. Elles invitèrent le peuple au sacrifice offert à leur dieu. Le peuple mangea et il se prosterna devant leur dieu. Israël s'attacha à Baal-Péor, et la colère du Seigneur s'enflamma contre Israël.

Le Seigneur dit à Moïse : « Saisis tous les chefs du peuple et qu'on les écartèle pour le Seigneur, devant le soleil. Alors la colère ardente du Seigneur se détournera d'Israël. »

Moïse dit aux juges d'Israël : « Que chacun de vous tue parmi ces hommes ceux qui se sont attachés à Baal-Péor. »

Et voici qu'un homme, un des fils d'Israël, arriva. Il amena à ses frères une Madianite, et cela sous les yeux de Moïse, sous les yeux de toute la communauté des fils d'Israël, alors qu'ils pleuraient à l'entrée de la tente de la Rencontre.

Voyant cela, Pinhas, fils d'Éléazar, fils du prêtre Aaron, se leva du milieu de la communauté, saisit en main une lance, entra dans l'alcôve à la suite de l'homme d'Israël, et il les transperça tous deux, l'homme d'Israël et la femme, au bas-ventre. Alors s'arrêta le fléau qui accablait les fils d'Israël. Vingt-quatre mille moururent de ce fléau.

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Pinhas, fils d'Éléazar, fils du prêtre Aaron, a détourné ma fureur des fils d'Israël, parce qu'il a été animé, au milieu d'eux, de la même ardeur jalouse que moi. Aussi je n'ai pas exterminé les fils d'Israël dans mon ardeur jalouse. Parle donc ainsi : voici que moi, je lui donne mon alliance de paix. Ce sera pour lui et pour sa descendance après lui une alliance qui lui assurera un sacerdoce perpétuel, parce qu'il a été animé d'une ardeur jalouse pour son Dieu et qu'il a accompli le rite d'expiation sur les fils d'Israël. »

L'homme d'Israël qui fut frappé, frappé avec la Madianite, se nommait Zimri, fils de Salou, responsable d'une famille de Siméonites. Et la femme madianite qui fut frappée se nommait Cosbi, fille de Sour. Ce dernier était chef de clan d'une tribu en Madiane.

Le Seigneur parla encore à Moïse. Il dit : « Attaquez les Madianites et battez-les, car ils vous ont attaqués avec leurs intrigues, les intrigues dont ils ont usé contre vous dans l'affaire de Péor et dans l'affaire de Cosbi, leur sœur, fille d'un responsable de Madiane, celle qui fut frappée le jour du fléau, dans l'affaire de Péor. »

Voilà ce qui arriva après le fléau.

Commentaire

Après « Où est Charlie ? », c'est « Mais où est Balaam ? ». On parlera après de la vision qu'il a eue, mais je commence par la fin, parce que vous l'avez encore frais dans votre tête.

À la fin, vous voyez des Israélites qui se prostituent avec des Madianites. Se prostituer, ici, ça veut dire qu'ils adorent les divinités des Madianites. Bon, eh bien, il est où, Balaam ? Eh bien, Balaam, en ce moment, il était en train de parler avec Balak. Et Balak, c'est un Madianite. Et Balaam, en fait, d'après la tradition — enfin, même d'après Moïse, on l'entendra plus tard dans le livre des Nombres — il aurait conseillé à Balak, alors je vous le dis avec mes mots : « Je n'ai pas réussi à les maudire, mais voilà ce qu'on va faire. On va mettre des filles de ton peuple, des Madianites, à côté des Israélites, pour que tes filles les pervertissent et que, ainsi, la malédiction que je n'ai pas pu attirer sur eux, ce soit eux-mêmes qui se l'attirent sur eux. »

Habile, non ? Parce que, de fait, ça marche. Et derrière, il y a une morale évidente : le mal ne peut pas atteindre le peuple de Dieu, à moins que le peuple de Dieu lui-même ne succombe à la tentation.

Alors maintenant, revenons en arrière et parlons de ces visions que Balaam a eues. Là, Balaam a changé de posture. Verset 1 :

Balaam vit qu'aux yeux du Seigneur c'était bien de bénir Israël, et il n'alla pas, comme les autres fois, à la recherche de présages. Il tourna son visage vers le désert.

Ça veut dire que là, Balaam a arrêté de faire des pratiques magiciennes et a décidé d'aller dans l'Esprit de Dieu, qui l'a gratifié d'une véritable vision. Vision qui commence par ces mots, ou presque : « Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes demeures, Israël ! » C'est juste une phrase en passant, mais qu'est-ce que Balaam vient de voir ? Ce qu'il vient de voir, c'est le campement des Israélites. Le campement des Israélites qu'il trouve magnifique, beau, nombreux, bien rangé.

À quoi ça vous fait penser, ça ? Eh bien, certainement pas au peuple israélite qui est en bas de la montagne et qui, en fait, est exténué par ses quarante ans de désert et qui continue de râler devant Dieu. On ne peut pas dire que les campements, en ce moment, des Israélites soient agréables à Dieu. Non, ce que Balaam a vu, c'est la vision qui inaugurait le livre des Nombres. Vous vous souvenez, au début des Nombres, quand on a fait défiler tout le monde devant Dieu et qu'ensuite on a rangé tout le monde en bon ordre, avec Juda à l'est, avec les autres tribus au nord, au sud et à l'ouest, et que tout le monde a apporté des présents à Dieu ? Eh bien, c'est ça que Balaam a vu. Ce qu'il a vu, c'était cette vision dont on a dit, au début du livre des Nombres, qu'elle était totalement fantasmée, parce que ça ne s'était jamais passé comme ça, probablement, mais qui, en fait, existe bien dans l'esprit de Dieu.

En fait, au début du livre des Nombres, vous étiez dans la pensée divine, vous étiez dans la Jérusalem céleste, dans le projet de Dieu pour son peuple, qu'il avait bien rangé en ordre de bataille quasi liturgique ; la Jérusalem céleste qui vient d'en haut comme une épouse bien parée. Et au fur et à mesure du livre des Nombres, on a comparé cette vision céleste que Dieu avait pour son peuple à la réalité du peuple dans le désert, et là, on a déchanté. Mais Balaam, lui, l'a vue.

Et ce qu'il voit va encore plus loin dans la pensée divine. Derrière ce campement, il voit un héros à venir. De la même manière qu'on a dit que dans l'ombre de Moïse et dans l'ombre d'Aaron il y avait un Jésus en germe, ça aussi, c'est ce que Balaam voit. Verset 17 :

Ce héros, je le vois, mais pas pour maintenant. Je l'aperçois, mais pas de près. Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d'Israël.

Et ça, vous voyez ? Eh bien maintenant, je sors mon évangile selon saint Matthieu, chapitre 2 :

Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le berger de mon peuple.

C'est exactement la prophétie de Balaam, mais que vous retrouvez cette fois-ci dans le Nouveau Testament, et que vous trouvez réalisée. Et par qui ? Par les rois mages. Ce que Balaam a vu, mais n'a pas accompli, c'est ce que les rois mages vont, eux, accomplir. Parce qu'en fait, cet astre qui se lève, que Balaam a vu mais comme en songe, cet astre-là, c'est l'étoile que suivirent les rois mages.

Voyant l'astre, les mages se réjouirent d'une grande joie et le suivirent jusqu'à ce qu'il s'arrête au-dessus d'une maison. Ils entrèrent et se prosternèrent devant l'enfant et sa mère. Alors, ouvrant leur trésor, ils lui apportèrent l'or, l'encens et la myrrhe.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te demandons d'être comme des rois mages. Nous scrutons la vérité, nous cherchons le sens de notre vie, nous cherchons par-delà les cieux une réponse à nos questions, et nous avons vu ta lumière, Seigneur.

Permets-nous d'arriver jusqu'à toi, jusqu'au berceau où s'élèvera le sceptre de Juda. Et que nous puissions te donner l'or, en reconnaissant ta royauté en nous ; que nous puissions te donner l'encens, en reconnaissant ta divinité ; et que nous puissions t'offrir la myrrhe, parce qu'un jour tu donneras ta vie pour nous. Apprends-nous à donner la nôtre pour toi.

Et vous, que le Seigneur vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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