CapBibliqueCapBiblique

Jour 63 ☾ — Le successeur de Moïse et la justice des héritages

← J63 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J64 ☼ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 27 du livre des Nombres, où les filles de Séloféade réclament et obtiennent le droit d'hériter de leur père mort sans fils, et où Moïse, averti de sa mort prochaine, institue Josué comme successeur. Le commentaire montre comment cette règle de droit prolonge la remise en cause du droit d'aînesse commencée dans la Genèse et fonde le primat chrétien de la personne. Il souligne ensuite le renversement discret opéré par Dieu : désormais c'est un prêtre qui guidera un prophète. Enfin, il médite sur ce Josué — Jésus en hébreu — dont le portrait de chef devient, dans la bouche du Christ, celui du bon berger. L'épisode s'achève par une prière pour les familles éprouvées par les questions d'héritage.

Introduction

Livre des Nombres, chapitre 27. Souvenez-vous, je vous avais parlé de Séloféade, qui était apparue dans la généalogie. Et là, un petit zoom particulier sur cette famille.

Lecture : Nombres 27

Se présentèrent alors les filles de Séloféade, fils de Héphère, fils de Galaad, fils de Makir, fils de Manassé. Elles appartenaient à l'un des clans de Manassé, fils de Joseph. Voici le nom des filles de Séloféade : Mahla, Noa, Hogla, Milka et Tirsa.

Elles se tinrent devant Moïse, devant les responsables et toute la communauté, à l'entrée de la tente de la Rencontre. Elles dirent : « Notre père est mort dans le désert. Il ne faisait pas partie de la communauté de ceux qui se liguèrent contre le Seigneur, la communauté de Coré. Il est mort à cause de sa propre faute, mais il n'avait pas de fils. Pourquoi le nom de notre père devrait-il disparaître du clan, parce qu'il n'a pas eu de fils ? Donne-nous une propriété. »

Moïse présenta leur requête devant le Seigneur. Et le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Les filles de Séloféade ont bien raison. Oui, tu leur donneras en héritage une propriété parmi les frères de leur père. Tu leur transmettras l'héritage de leur père. Et tu parleras aux fils d'Israël. Tu diras : "Si un homme meurt sans avoir de fils, vous transmettrez son héritage à sa fille. S'il n'a pas de fille, vous donnerez l'héritage à ses frères. S'il n'a pas de frère, vous donnerez l'héritage au frère de son père. Et si son père n'a pas de frère, vous donnerez l'héritage au plus proche parent de son clan. Il en prendra possession." »

C'est, pour les fils d'Israël, une règle de droit, comme le Seigneur l'a ordonné à Moïse.

Le Seigneur dit à Moïse : « Monte sur la montagne des Abarim que voici. Regarde la terre que j'ai donnée aux fils d'Israël. Tu la regarderas, puis tu seras réuni aux tiens, toi aussi, comme l'a été Aaron ton frère. En effet, vous vous êtes rebellés contre ma parole au désert de Çîn, quand la communauté m'a cherché querelle, alors que l'eau jaillissante aurait dû manifester à leurs yeux ma sainteté. » Cela se passait aux eaux de Mériba de Cadès, les eaux de la querelle de Cadès, dans le désert de Çîn.

Alors Moïse parla au Seigneur. Il dit : « Que le Seigneur, Dieu des esprits qui animent tout être de chair, établisse à la tête de la communauté un homme qui parte en campagne et revienne à leur tête, qui les fasse sortir et rentrer. Ainsi la communauté du Seigneur ne sera pas comme du petit bétail sans berger. »

Le Seigneur dit à Moïse : « Prends Josué, fils de Noun, un homme habité par l'Esprit. Tu poseras la main sur lui, puis tu le placeras devant le prêtre Éléazar et devant toute la communauté, et tu lui donneras tes ordres sous leurs yeux. Tu mettras en lui une part de ton rayonnement, pour que toute la communauté des fils d'Israël l'écoute. Il se tiendra devant le prêtre Éléazar, qui le soumettra devant le Seigneur au jugement des Ourim. À sa parole, tous les fils d'Israël sortiront, à sa parole ils rentreront, lui et tous les fils d'Israël avec lui, toute la communauté. »

Moïse fit comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il prit Josué et le plaça devant le prêtre Éléazar et devant toute la communauté. Il posa les mains sur lui et lui donna ses ordres, et il en fut comme le Seigneur l'avait dit par l'intermédiaire de Moïse.

Commentaire

Cette question des filles de Séloféade que vous venez d'entendre est plus importante qu'il n'y paraît. Elle fait écho au livre de la Genèse, qui ne cessait de remettre en question le droit d'aînesse : avec Ismaël et Isaac — Ismaël étant l'aîné d'Isaac, quand même —, avec Ésaü et Jacob, et puis ce sera Jacob qui gagnera, avec Joseph et ses frères, et c'est Joseph qui gagnera. Donc le droit d'aînesse, qui avait été constamment remis en cause dans la Genèse, ici devient le droit des femmes à hériter. Les femmes ont le droit d'hériter quand il n'y a pas d'hommes, ce qui est encore une autre remise en cause du système traditionnel patriarcal.

Bref, une attention particulière portée aux femmes est aussi une attention particulière portée à l'individu, à la personne. Ce qui est important ici, c'est que la personne survive. Qu'elle survive à travers un héritage qui passe soit à ses filles, soit à son frère, mais que la mémoire de cet homme soit gardée. Et ça, ça vous donnera un principe politique chrétien très important : le primat de ce qu'on appelle la personne, parce que c'est la personne qui est à l'image de Dieu. Ce qui ne veut certainement pas dire que la communauté n'est pas importante — ce n'est pas du tout chrétien, ça. Mais Dieu fait attention aux personnes. Les personnes humaines, c'est là le siège de la dignité humaine.

Alors, ces filles de Séloféade, on les retrouvera plus tard, à la fin. Donc en fait, cette généalogie, si vous voulez, ça vous permet de faire un très beau passage. Ça vous permet de clôturer quelque chose qui avait été commencé en Nombres 1 : une génération qui devient une autre génération. Hop là, on a fermé quand même 26 chapitres du livre des Nombres. Et maintenant, on est en train de gentiment s'acheminer vers la fin, parce que les filles de Séloféade dont il est question, on les retrouvera au dernier chapitre.

En attendant, on reste toujours sur cette idée de transition, avec Moïse qui établit des descendants et des successeurs. À la place de Moïse, ce sera Josué. Et à la place d'Aaron, ce sera Éléazar. Et là, on retrouve la grande humilité de Moïse, qui accepte alors qu'il n'est pas mort. Il pourrait mal le prendre, cette affaire. Il accepte de lui transmettre une partie de sa majesté.

Vous vous souvenez, la majesté de Moïse, c'est quand il avait vu la face de Dieu, l'image de Dieu. Et c'est là d'ailleurs que c'est quand même très étonnant. Ce que je veux dire : Moïse, qui était sur le mont Sinaï, qui voit l'image de Dieu, donc l'homme parfait, qui le retranscrit ensuite en décalogue, eh bien ensuite, il donne une partie de son rayonnement à quelqu'un qui s'appelle Jésus. Ben oui, parce que Josué et Jésus, en hébreu, c'est le même prénom. Ce Josué dont, d'ailleurs, le livre de l'Exode nous dit qu'il était souvent dans la tente de la Rencontre. Étonnant, non ?

En attendant, tout humble qu'il soit, Moïse reste Moïse. Il y a encore un petit marchandage avec Dieu. Ce qu'il demande à Dieu, c'est que quelqu'un soit comme lui son successeur pour gouverner le peuple et le conduire. Mais Dieu ne se laisse pas avoir au marchandage de Moïse. C'est très subtil, cette affaire. C'est comme s'il lui disait : « Écoute, mon petit bonhomme, le premier chef en Israël, ce ne sera pas, malgré ce que tu me demandes, ton successeur, mais le successeur d'Aaron. » Non pas Josué, mais Éléazar. Et dans la cérémonie d'investiture de Josué, Dieu prend soin de le placer sous le patronage d'Éléazar. C'était un prophète qui guidait un prêtre jusqu'à présent ; dorénavant, ce sera le contraire : ce sera un prêtre qui guidera un prophète.

Avant de clore ce passage, mettons-nous deux secondes dans la peau de Jésus, qui devait lire et méditer. Et qu'est-ce que Jésus s'est dit en lisant ça ? Jésus s'est dit : « Tiens, quelqu'un s'appelle Josué, ça m'intéresse. » Et donc il regarde ce que Moïse voulait pour ce Jésus-Josué. Et Moïse a dit, on l'a lu à l'instant :

Qu'il parte en campagne et revienne à leur tête, qu'il les fasse sortir et rentrer. Ainsi la communauté du Seigneur ne sera pas comme du petit bétail sans berger.

Et Jésus, qui sait lire les Écritures, va comprendre que, malgré les apparences et les connotations militaires, en fait il est bien question de pastorale et d'un véritable berger. Et donc Jésus se présentera non pas comme un chef militaire, mais bien comme un berger qui prend soin du petit bétail, et qui les fait rentrer et qui les fait sortir. Et vous trouverez ces mots tels quels dans le discours du Bon Pasteur. Jésus, le véritable Josué, qui succède à Moïse pour faire rentrer le peuple dans la Terre promise, comme un berger qui connaît ses brebis et qui les fait sortir — sous-entendu : qui les fait sortir de la synagogue et du culte pharisien — pour les faire rentrer, sous-entendu, dans le Royaume des cieux.

Nous terminons par une prière. Et écoutez, il a été question d'héritage avec les filles de Séloféade. Et je sais que les héritages, c'est une vraie question, et qu'il y a beaucoup de drames dans les familles. Donc moi je dis, une petite prière pour ça, ce sera pas mal.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu sais que les questions d'héritage, les questions d'argent, les questions de famille sont compliquées. Nous te demandons, Seigneur, d'avoir la même attention pour nos familles que celle que tu as eue pour les familles d'Israël. Et nous te demandons que les questions d'héritage et de changement de génération ne soient pas l'occasion pour nos familles de se désunir, mais de se retrouver auprès de toi. Seigneur, nous te confions nos familles, vraiment.

Et vous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


← J63 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J64 ☼ →