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Jour 64 ☼ — Les ordres des offrandes

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Résumé : Le frère Paul-Adrien introduit le chapitre 28 des Nombres en montrant comment les offrandes prescrites sanctifient le temps et l'espace : l'holocauste perpétuel du matin et du soir dresse l'axe qui relie le ciel et la terre, le sabbat sanctifie la semaine, la néoménie le mois, les fêtes l'année entière réglée sur les astres. Après la lecture, il dévoile la nouveauté cachée du texte : le prêtre en est absent, car ce calendrier est présenté du point de vue des familles, dans le prolongement du recensement passé d'une optique militaire à une optique familiale. Il en tire une méditation sur la transmission de la foi, qui se joue d'abord à la maison, et raconte comment ses parents l'ont conduit à la messe même au temps de ses questions d'adolescent. L'épisode se termine par la seconde partie du psaume 30.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Ne vous réjouissez pas trop vite : on est reparti, après la généalogie, sur le calendrier liturgique. Encore des prescriptions ! Souvenez-vous quand même que si le Seigneur a libéré Israël du peuple égyptien, c'était pour qu'il lui offre un culte. Et qu'il y a une nouvelle génération qui vient d'arriver ; il faut donc aussi la remettre au parfum, si je puis dire. Et donc là, on va reparler des fêtes et de ce qu'il faut sacrifier.

Mais une ou deux petites choses pour agrémenter votre lecture, parce que sinon, je vous connais, vous allez être comme les Hébreux au désert, vous allez râler contre Dieu. Et qu'est-ce qu'il se passerait alors ? Donc je veux vous éviter la colère.

Nous allons commencer par l'offrande continuelle. L'offrande continuelle, cela veut dire qu'il y a tous les jours un sacrifice le matin et un sacrifice le soir. Et qu'avec le sacrifice, vous avez une fumée qui va s'élever. Alors en ce moment, on est dans le désert, mais plus tard, ce sera une fumée qui s'élèvera depuis le Temple, depuis le mont de Jérusalem, jusqu'au ciel. Ce qui veut dire que deux fois par jour, vous avez de quoi visualiser, représenter à travers cette fumée, l'axe du monde, la verticalité qui unit le ciel et la terre. Sanctification de l'espace : le monde est offert à Dieu et se retrouve en communion.

Et puis ensuite, on va parler du sabbat, et donc de la sanctification de la semaine. Et puis ensuite, de la sanctification du mois, quelque chose qu'il faut offrir tous les premiers du mois. Et ensuite, on va partir sur l'année, qui va être ponctuée par les dates. Et ça, c'est une nouvelle manière aussi de sanctifier le cosmos, parce que ces dates vous sont données par des constellations, par des étoiles, par la lune — comme dit le psaume, « la lune qui marque les temps ». Ça, ça vous donne aussi la sanctification du cosmos entier. À nouveau, on retrouve une certaine grandeur, une certaine vision du monde qui s'exprime à travers cela.

Et maintenant que je vous ai introduit dans la structure de ce que vous allez entendre, laissez-moi vous poser une question pour essayer d'éveiller votre curiosité : qu'est-ce qu'il y avait de nouveau, en dehors de ce que je viens de vous dire ? Parce qu'il y a une petite chose nouvelle. Ça a vaguement un rapport avec la nouveauté qui était introduite dans le recensement. Alors, vous avez peut-être déjà complètement oublié… Eh bien voilà, mais justement, un effort de mémoire, les cocos ! On y va.

Lecture : Nombres 28

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Donne cet ordre aux fils d'Israël. Tu leur diras : Les présents qui me sont réservés, mes vivres, sous forme de nourriture offerte en agréable odeur pour moi, vous aurez soin de me les apporter à la date prescrite.

Tu leur diras encore : Voici la nourriture offerte que vous apporterez au Seigneur : des agneaux de l'année sans défaut, deux par jour, en holocauste perpétuel. Tu présenteras le premier agneau au matin, et le second au coucher du soleil. Et comme offrande, un dixième d'épha de fleur de farine pétrie dans un quart de mesure d'huile d'olive vierge. C'est là un holocauste perpétuel, tel qu'il fut fait au mont Sinaï, une nourriture offerte en agréable odeur pour le Seigneur. La libation qui l'accompagne sera d'un quart de mesure pour le premier agneau ; c'est dans le sanctuaire qu'on versera pour le Seigneur la libation de boissons fortes. Tu offriras le second agneau au coucher du soleil ; tu feras l'offrande de céréales et la libation comme le matin. C'est une nourriture offerte en agréable odeur pour le Seigneur.

Le jour du sabbat, tu offriras deux agneaux de l'année sans défaut, avec deux dixièmes de fleur de farine pétrie à l'huile, et la libation qui l'accompagne. C'est l'holocauste du sabbat, à offrir chaque sabbat, en plus de l'holocauste perpétuel et de la libation qui l'accompagne.

Au commencement de chaque mois, vous offrirez un holocauste au Seigneur : deux taureaux, un bélier, sept agneaux de l'année sans défaut. On ajoutera, comme offrande de céréales, trois dixièmes de fleur de farine pétrie à l'huile pour chaque taureau, deux dixièmes de farine pétrie à l'huile pour l'unique bélier, et un seul dixième de farine pétrie à l'huile pour chaque agneau. C'est un holocauste d'agréable odeur, une nourriture offerte pour le Seigneur. Et les libations qui l'accompagnent seront d'une demi-mesure de vin par taureau, d'un tiers de mesure pour le bélier et d'un quart de mesure par agneau. Tel est l'holocauste du mois, à offrir chaque mois, tous les mois de l'année. On ajoutera un bouc offert au Seigneur en sacrifice pour la faute, en plus de l'holocauste perpétuel et de sa libation.

Le premier mois, le quatorzième jour du mois, c'est la Pâque pour le Seigneur. Le quinzième jour de ce mois, c'est la fête. Pendant sept jours, on mangera des pains sans levain. Le premier jour, il y aura une assemblée sainte : vous n'accomplirez aucun travail, aucun labeur. Vous apporterez en nourriture offerte, comme holocauste au Seigneur, deux taureaux, un bélier et sept agneaux de l'année ; vous les choisirez sans défaut. L'offrande qui les accompagne sera de la fleur de farine pétrie à l'huile : vous en présenterez trois dixièmes par taureau et deux dixièmes pour le bélier. Tu en présenteras un seul dixième pour chacun des sept agneaux. On ajoutera un bouc offert au Seigneur en sacrifice pour la faute, afin d'accomplir sur vous le rite de l'expiation. C'est indépendamment de l'holocauste du matin, qui fait partie de l'holocauste perpétuel, que vous ferez cela. Vous ferez ainsi chaque jour, pendant sept jours, l'offrande du pain, la nourriture offerte en agréable odeur pour le Seigneur ; cela s'ajoutera à l'holocauste perpétuel et à sa libation. Le septième jour, vous tiendrez une assemblée sainte : vous n'accomplirez aucun travail, aucun labeur.

Le jour des prémices, quand vous apporterez au Seigneur la nouvelle offrande de céréales pour la fête des Semaines, vous tiendrez une assemblée sainte et vous n'accomplirez aucun travail, aucun labeur. Vous apporterez au Seigneur, pour l'holocauste d'agréable odeur, deux taureaux, un bélier et sept agneaux de l'année. L'offrande de céréales qui les accompagne sera de la fleur de farine pétrie à l'huile : trois dixièmes par taureau, deux dixièmes pour le bélier, un seul dixième pour chacun des sept agneaux. On ajoutera un bouc pour accomplir sur vous le rite de l'expiation. Indépendamment de l'holocauste perpétuel accompagné de son offrande de céréales, vous les présenterez avec les libations. Vous choisirez des bêtes sans défaut. »

Commentaire

Eh bien, est-ce que vous avez trouvé ce qu'il y avait de nouveau ? Peut-être pas. J'avoue que c'est dur, et si jamais je n'avais pas mes livres de commentaires, je serais bien en peine de répondre, quant à moi, à cette question.

Mais ce qu'il y avait de nouveau, c'est que là, d'accord, on vous parle des dates, on vous parle des sacrifices, mais on ne vous parle pas du tout de ce que doit faire le prêtre. C'est comme s'il était totalement absent. En fait, le calendrier qui vient de vous être présenté est présenté du point de vue des familles. C'est un calendrier de fêtes familiales. Vous devez venir tel jour, telle heure, pour offrir des sacrifices à Dieu, et là il faut imaginer un climat de réjouissance, où l'on prend soin des familles pour leur dire : voilà les fêtes que vous aurez pour vous retrouver tous ensemble et célébrer la grande joie de votre peuple, qui est passé de la Pâque, la libération, à la Terre promise, jusqu'aux prémices, là où l'on fête les moissons, les récoltes. Et c'est ce qui fait le lien avec le recensement, qui était passé d'une optique militaire à une optique familiale.

Vous savez l'importance de ces choses-là. Peut-être que vous avez eu la chance de grandir dans une famille chrétienne ; et si jamais vous n'avez pas eu cette chance, vous aurez peut-être celle de fonder une famille chrétienne, et il faudra veiller à la transmission des rites et des fêtes. Il y a toute une culture derrière une religion, et transmettre la foi, ça s'inscrit dans une vie, dans une vie quotidienne.

C'est ce que j'avais découvert quand on regardait les sondages sur la transmission de la foi aux États-Unis. On s'est aperçu que les familles qui transmettaient le mieux la foi, c'était les familles qui pratiquaient chez elles la foi. Le premier lieu de pratique, ce n'est pas l'église, c'est dans la famille. Et donc là, en fait, on vous a parlé des fêtes — alors évidemment, celles que vous faites au Temple, mais derrière, c'étaient des fêtes que vous alliez faire en famille. Et pour la messe du dimanche, ce qu'il y a de plus beau, c'est de voir ça non pas comme un rite d'Église, mais comme un rite familial.

Pour ce que ça vaut, ma petite histoire : chez nous, c'était présenté comme la famille qui va à la messe. Quand j'étais jeune, je ne me posais pas de questions, et quand j'ai commencé à m'en poser, ma mère m'a dit : « Tu es gentil avec tes questions, mais n'oublie pas qu'ici c'est une famille chrétienne et qu'on va à la messe le dimanche. Alors oui, est-ce que Dieu existe, est-ce qu'il n'existe pas ? Ce sont de vraies questions, des questions que toi tu portes et qui te regardent. En attendant, ça ne t'empêche pas, le dimanche, d'aller à la messe, parce que moi, je n'ai pas terminé l'éducation de ta sœur. » Et comme la manière de pratiquer la religion de mes parents était intelligente, bienveillante, je n'avais pas de raison particulière, sinon la flemmardise, de ne pas aller à la messe ; ce n'était pas le lieu de mettre ma révolte existentielle de la crise d'ado. Alors ça ne m'a pas empêché de perdre la foi, mais ça m'a certainement permis d'y retourner plus rapidement.

Oui, les détails ont leur importance. Par exemple la période de l'Avent, où l'on met sa petite crèche ; la période du Carême, où l'on commence par le mercredi des Cendres… Enfin bref, mille rites quotidiens qui permettent de vivre sa foi, qui permettent de s'identifier à une famille et à une culture. Ça donne de l'épaisseur à la foi. Ça ne fait peut-être pas grandir de manière automatique votre vertu, mais ça vous permet de la vivre au jour le jour, de manière intégrée dans un univers et une création que Dieu a faits pour vous.

C'est de la même manière que l'on décrit ici les fêtes juives, parce que ça inscrit notre vie dans une histoire, dans une histoire qui nous dépasse, dans une histoire de la Révélation, dans une histoire divine. Ça met du relief à votre vie.

Petite transition poétique, au milieu que nous sommes du calendrier liturgique, qui n'est pas fini. Courage ! Suite du psaume 30.

Psaume 30

J'entends les calomnies de la foule : de tous côtés, c'est l'épouvante. Ils ont tenu conseil contre moi, ils s'accordent pour m'ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, je dis : « Tu es mon Dieu ! » Mes jours sont dans ta main : délivre-moi des mains hostiles qui s'acharnent.

Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ; sauve-moi par ton amour. Seigneur, garde-moi d'être humilié, moi qui t'appelle ; mais qu'ils soient humiliés, les impies, qu'ils entrent dans le silence des morts, qu'ils deviennent muets, ces menteurs, car ils parlent contre le juste avec orgueil, insolence et mépris.

Qu'ils sont grands, tes bienfaits ! Tu les réserves à ceux qui te craignent, tu combles, à la face du monde, ceux qui ont en toi leur refuge.

Tu les caches au plus secret de ta face, loin des intrigues des hommes. Tu leur réserves un lieu sûr, loin des langues méchantes.

Béni soit le Seigneur ! Son amour a fait pour moi des merveilles dans la ville retranchée. Et moi, dans mon trouble, je disais : « Je ne suis plus devant tes yeux. » Pourtant, tu écoutais ma prière quand je criais vers toi.

Aimez le Seigneur, vous, ses fidèles : le Seigneur veille sur les siens ; mais il rétribue avec rigueur qui se montre arrogant.

Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur.


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