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Jour 66 ☼ — Un engagement avant l'héritage

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Résumé : Le frère Paul-Adrien introduit la lecture en rappelant que les seuls textes qui méritent d'être lus sont ceux que l'on ne comprend pas, et que l'Ancien Testament demande un exercice patient de l'intelligence et de l'humilité. La lecture du chapitre 32 du livre des Nombres raconte la demande des fils de Gad et de Roubène de s'installer à l'est du Jourdain, la colère de Moïse qui y voit la faute des pères recommencée, puis le compromis : ils passeront en armes à la tête d'Israël avant de recevoir leur héritage. Le commentaire souligne la difficile transmission de la mémoire, la docilité redoublée de la nouvelle génération, et surtout le thème lancinant des femmes et de la famille qui ronge toute la fin du livre des Nombres. L'épisode se conclut par le psaume 32.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Nous étions hier avec des textes compliqués, et vous sentez que le texte résiste. Le texte biblique est compliqué. L'Ancien Testament, ça reste pour beaucoup d'aspects une parabole. Il faut s'exercer à le lire, et encore, et encore, et encore. Et en tout cas, pour ma part, ça fait quoi, ça fait vingt ans que je le scrute. Et vous voyez encore que les explications que j'ai pu vous donner, comme celles d'hier, je suis allé jusqu'au bout de mon art et je n'ai pas forcément le sentiment d'avoir été hyper convaincant.

Eh bien, rendons grâce à Dieu. Vous savez, en fait, les seuls textes qui méritent d'être lus, c'est les textes que vous ne comprenez pas. Enfin, ça sert à quoi de lire les textes qu'on comprend ? Le but, c'est de ressortir grandi d'une lecture. C'est d'avoir exercé son intelligence, sa sagacité et aussi son humilité. Et si déjà on arrive à enlever de notre œil toutes les préconceptions que l'on a sur Dieu, les images de catéchisme parfois un peu trop pieuses et trop naïves qu'on a sur son mystère et sa transcendance, eh bien, ce sera déjà pas mal. Alors, le Dieu de l'Ancien Testament, jaloux, vindicatif et violent, oui, mais vous sentez combien c'est plus compliqué que ça, et comment ce n'est certainement pas le fin mot de cette affaire.

En attendant, nous retournons à notre livre des Nombres. Je parle trop, la parole à Dieu. Livre des Nombres, chapitre 32.

Lecture : Nombres 32

Les fils de Roubène et les fils de Gad possédaient des troupeaux nombreux qui étaient de grande qualité. Ils virent le pays de Yazèr et le pays de Galaad, et voici que la région convenait bien pour des troupeaux.

Les fils de Gad et les fils de Roubène vinrent donc trouver Moïse, le prêtre Éléazar et les chefs de la communauté, et ils dirent : « Ataroth, Dibôn, Yazèr, Nimra, Heshbôn, Élalé, Sebam, Nebo, Béon sont des villes faisant partie d'un pays que le Seigneur a frappé devant la communauté d'Israël. Ce pays convient bien pour des troupeaux. Or, tes serviteurs ont des troupeaux. »

« Si nous avons trouvé grâce à tes yeux, ajoutèrent-ils, que ce pays soit donné en propriété à tes serviteurs. Ne nous fais pas passer le Jourdain. »

Mais Moïse répondit aux fils de Gad et aux fils de Roubène : « Vos frères partiraient-ils en guerre, et vous, vous resteriez ici ? Pourquoi donc découragez-vous les fils d'Israël de passer dans le pays que le Seigneur leur donne ? C'est ainsi que nos pères ont agi quand je les ai envoyés de Cadès-Barné pour voir le pays. Ils sont montés jusqu'au torrent d'Èshkol ; après avoir vu le pays, ils ont découragé les fils d'Israël d'entrer dans le pays que le Seigneur leur a donné.

Le Seigneur s'enflamma de colère ce jour-là. Il fit ce serment : "Jamais les hommes qui sont montés d'Égypte, tous ceux de plus de vingt ans, ne verront la terre que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, car ils ne m'ont pas suivi sans réserve, à l'exception de Caleb, fils de Yefounné, le Qenizzite, et de Josué, fils de Noun, car eux ont suivi le Seigneur sans réserve."

Le Seigneur s'est enflammé de colère contre Israël. Il l'a fait errer dans le désert pendant quarante ans, jusqu'à ce que disparaisse toute la génération qui avait fait le mal aux yeux du Seigneur.

Et voici que vous, engeance de pécheurs, vous vous insurgez à la suite de vos pères, en attisant encore l'ardeur de la colère du Seigneur contre Israël. Si vous vous détournez de lui, il prolongera encore le séjour au désert, et vous aurez détruit tout ce peuple. »

S'approchant de Moïse, ils dirent : « Nous allons construire ici des parcs à moutons pour nos troupeaux et des villes pour nos petits-enfants. Nous-mêmes, alors, nous prendrons les armes, prêts à marcher à la tête des fils d'Israël, jusqu'à ce que nous les ayons fait entrer dans le lieu qui leur est destiné. Nos petits-enfants resteront dans les villes fortifiées, où ils seront à l'abri des habitants du pays. Nous ne reviendrons pas dans nos maisons avant que chacun des fils d'Israël ait pris possession de sa part d'héritage, car nous ne posséderons aucune part d'héritage au-delà du Jourdain, ni plus loin, puisque la nôtre se trouve de ce côté-ci, à l'orient du Jourdain. »

Moïse leur dit : « Si vous faites comme vous le dites, si vous prenez les armes en présence du Seigneur, si tous vos guerriers passent le Jourdain en présence du Seigneur, jusqu'à ce qu'il ait dépossédé et chassé ses ennemis devant lui, et si le pays est conquis en présence du Seigneur avant que vous ne reveniez chez vous, alors vous serez quittes envers le Seigneur et envers Israël, et ce pays-ci vous sera laissé en propriété en présence du Seigneur. Mais si vous n'agissez pas ainsi, alors vous pécherez contre le Seigneur, et, sachez-le, votre péché vous rattrapera. Construisez donc des villes pour vos petits-enfants, et des parcs pour vos moutons. Mais la parole sortie de votre bouche, accomplissez-la. »

Les fils de Gad et les fils de Roubène répondirent à Moïse : « Tes serviteurs feront comme monseigneur l'a ordonné. Nos petits-enfants et nos femmes, nos troupeaux et tout notre bétail resteront ici, dans les villes de Galaad. Tes serviteurs, tous équipés pour l'armée, passeront en présence du Seigneur pour aller au combat, comme monseigneur le dit. »

Moïse donna des ordres à leur sujet au prêtre Éléazar, à Josué, fils de Noun, et aux chefs de famille des tribus des fils d'Israël. Il leur dit : « Si les fils de Gad et les fils de Roubène passent avec vous le Jourdain, tous armés pour le combat, en présence du Seigneur, et si le pays en face de vous est conquis, alors vous leur donnerez le pays de Galaad en propriété. Mais s'ils ne passent pas en armes avec vous, alors ils n'auront de propriété que parmi vous, au pays de Canaan. »

Les fils de Gad et les fils de Roubène répondirent : « Ce que le Seigneur a dit à tes serviteurs, oui, nous le ferons. Nous-mêmes, en présence du Seigneur, nous passerons en armes au pays de Canaan, et nous aurons notre propriété, notre part d'héritage, de ce côté-ci du Jourdain. »

Moïse donna aux fils de Gad et aux fils de Roubène, ainsi qu'à la demi-tribu de Manassé, fils de Joseph, le royaume de Sihon, roi des Amorites, et le royaume d'Og, roi de Bashân, soit le pays avec les villes à l'intérieur du territoire et les villes frontalières du pays.

Les fils de Gad construisirent Dibôn, Ataroth, Aroër, Atroth-Shofane, Yazèr, Yogbeha, Beth-Nimra et Beth-Harane, des villes fortifiées, ainsi que des parcs à moutons. Les fils de Roubène reconstruisirent Heshbôn, Élalé, Quiriataïm, Nebo, Baal-Méone, dont on changea le nom, et Sibma. Ils donnèrent des noms aux villes qu'ils avaient reconstruites.

Les fils de Makir, fils de Manassé, allèrent s'emparer du Galaad. Ils dépossédèrent les Amorites qui s'y trouvaient, et Moïse donna le Galaad à Makir, fils de Manassé, qui s'y installa. Yaïr, fils de Manassé, alla s'emparer de leurs campements ; il les appela « Campements de Yaïr ». Nobah alla s'emparer de Qenath et de ses dépendances ; il lui donna son propre nom, Nobah.

Commentaire

On pourrait appeler ça « la difficile transmission de la mémoire ». Déjà, au chapitre dernier, l'armée était revenue ayant épargné les femmes, et il avait fallu que Moïse rappelle l'ancienne querelle qui avait opposé les Israélites aux Madianites, comme si on l'avait déjà oublié. Et là encore, il faut que Moïse rappelle aux tribus de Roubène et de Gad que leur comportement lui fait curieusement penser à leurs pères, qui avaient refusé de rentrer dans la Terre promise.

Sauf que dans ce chapitre-ci, comme dans le chapitre précédent, la nouvelle génération redouble d'efforts de docilité pour montrer sa bonne foi. À l'armée qui s'est dépouillée de tous ses bijoux correspondent Roubène et Gad qui promettent qu'ils feront même partie des troupes de choc de la nouvelle armée, pourvu qu'on les laisse s'installer. Verset 17 :

Nous-mêmes, nous prendrons les armes, prêts à marcher à la tête des fils d'Israël, jusqu'à ce que nous les ayons fait entrer dans le lieu qui leur est destiné.

On venait de constituer l'armée au chapitre précédent, et voilà qu'on est même en train de constituer la troupe de choc.

En face de tout cela, on a un Moïse qui ressemble plutôt à un grand-père bougon, qui s'énerve contre ses petits-enfants et qui, avec un soupir de lassitude, finit par essayer d'arranger les choses. Donc là, ce qu'il trouve comme solution de compromis, c'est de donner la demi-tribu de Manassé à l'est du Jourdain, sachant que l'autre tribu, Éphraïm — parce que Manassé et Éphraïm, c'est la même tribu, issue de Joseph — sera, elle, à l'ouest du Jourdain. Et donc comme ça, il y aura au moins un trait d'union. La crainte de Moïse, c'était que ces territoires à l'est ne finissent par devenir totalement indépendants.

En attendant, en attendant, c'est toujours quand même ce même thème qui revient. Là encore, les femmes. Et à travers les femmes, la famille. Vous sentez que ce thème des femmes et de la famille n'arrête pas de nous suivre : ce recensement qui était axé sur les familles, ensuite ces histoires avec les femmes madianites, ensuite ces prises de guerre, ensuite cette question des vœux privés que font les femmes, et maintenant les femmes et les enfants qu'il faut bien installer. Ça revient tout le temps, partout, toujours.

Il y a là une question de fond qui n'arrive pas à faire surface pour être réglée une bonne fois pour toutes, et qui ronge comme de l'intérieur toute cette fin du livre des Nombres. Cette nouvelle génération, qui est beaucoup plus docile que la première, cette nouvelle génération en a marre et veut fonder une famille. On passe des questions militaires, des questions liturgiques, des questions cultuelles, à des questions domestiques. Et après tout, c'est ça la vie aussi, au fur et à mesure que le livre des Nombres passe. Et de là, l'enthousiasme et l'impatience de cette nouvelle génération. Vous savez, comme ces jeunes hommes de vingt ans qui ne rêvent que d'une chose : c'est de tomber amoureux et de fonder une famille. Et face à laquelle Moïse finit par acquiescer.

Si vous êtes parent, père ou mère de famille, et que vous voyez vos enfants grandir, notamment les ados, les hommes qui sont obnubilés par les femmes, peut-être que ce texte vous aura rappelé des choses.

Petite transition poétique avant de voir où tout cela va nous mener.

Psaume 32

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. Chantez-lui le cantique nouveau, de tout votre art, soutenez l'ovation.

Oui, elle est droite la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu'il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l'univers, par le souffle de sa bouche. Il amasse, il retient l'eau des mers ; les océans, il les garde en réserve.

Que la crainte du Seigneur saisisse la terre, que tremblent devant lui les habitants du monde ! Il parla, et ce qu'il dit exista ; il commanda, et ce qu'il dit survint.

Le Seigneur a déjoué les plans des nations, anéanti les projets des peuples. Le plan du Seigneur demeure pour toujours, les projets de son cœur subsistent d'âge en âge.

Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu'il s'est choisie pour domaine !

Du haut des cieux, le Seigneur regarde, il voit la race des hommes. Du lieu qu'il habite, il observe tous les habitants de la terre, lui qui forme le cœur de chacun, qui pénètre toutes leurs actions.

Le salut d'un roi n'est pas dans son armée, ni la victoire d'un guerrier, dans sa force. Illusion que des chevaux pour la victoire : une armée ne donne pas le salut.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie au jour de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. La joie de notre cœur vient de lui, notre confiance est dans son nom très saint.

Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !


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