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Jour 77 ☼ — Règles pour une communauté juste

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 23 du Deutéronome, véritable code civil d'Israël qui mêle règles d'admission dans l'assemblée, propreté du camp, protection de l'esclave fugitif, interdiction de la prostitution sacrée, de l'usure, et respect des vœux. Le commentaire souligne l'oscillation entre le sublime et le déroutant, puis montre que ce passage déploie le septième commandement, « tu ne voleras pas ». Deux thèmes sont développés : une approche de l'immigration à la fois hospitalière et lucide, et l'interdiction du prêt à intérêt, illustrée par la servitude pour dettes des chrétiens du Pakistan. Le frère rapproche enfin ce texte du paragraphe 2409 du Catéchisme de l'Église catholique, écrit vingt-cinq siècles plus tard dans le même esprit.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On continue de parcourir les lois de l'ancien Israël. On a l'impression d'être un étudiant dans une fac de droit, à Assas ou à Jussieu, en train d'étudier le code civil. Sauf que le code civil, ce n'est pas celui de la France du XXIᵉ siècle, mais celui d'Israël du moins sixième, moins septième siècle. Et là, on se dit : c'est quand même — c'est déjà parfois pénible, les recueils de lois français —, mais là, en plus, quand ce n'est pas notre peuple…

Mais vous voyez, la parole de Dieu, la Bible, ce n'est pas uniquement les grands principes abstraits de morale, qui sont d'ailleurs magnifiques, et c'est par ça que le Deutéronome a commencé. Mais à un moment donné, il faut mettre la main dans le cambouis et vérifier le concret de notre engagement pour savoir où on en est. C'est de ça dont il est question, et on ne peut pas le mettre trop vite de côté.

En attendant, c'est vrai que le Deutéronome, il y a 25 siècles qui vous séparent de sa rédaction. Donc il y a un ensemble baroque de règles qui, à la fois, sont très belles, et de choses qui sont un peu particulières. Et justement, cet aspect baroque, vous verrez, est bien accentué dans ce passage. Alors, ça demande un effort de lecture pour se dire : comment est-ce que je peux l'appliquer en ce moment ? Parfois, honnêtement, ce n'est pas possible. Enfin, moi, en tout cas, je n'y arrive pas. Peut-être qu'il y aura un ou deux exemples qui vont arriver. Vous verrez bien, je n'en dis pas plus.

Lecture : Deutéronome 23

Un homme ne prendra pas la femme de son père. Il ne portera pas atteinte aux droits de son père.

L'homme aux testicules écrasées et l'homme à la verge coupée n'entreront pas dans l'assemblée du Seigneur. Un bâtard n'entrera pas dans l'assemblée du Seigneur. Même à la dixième génération, il n'y entrera pas. L'Ammonite et le Moabite n'entreront pas dans l'assemblée du Seigneur. Même à la dixième génération, ils n'y entreront pas. Cela parce qu'ils ne sont pas venus au-devant de vous avec le pain et l'eau sur la route, quand vous sortiez d'Égypte. Et parce que le Moabite a soudoyé contre toi, pour te maudire, Balaam, fils de Béor, de Pétor, en Aram des deux fleuves. Mais le Seigneur ton Dieu a refusé d'écouter Balaam. Le Seigneur ton Dieu a changé pour toi la malédiction en bénédiction, car il t'aime, le Seigneur ton Dieu. Et jamais, tant que tu vivras, tu ne t'inquiéteras de leur prospérité ni de leur bonheur.

Tu ne prendras pas en abomination l'Édomite, car c'est ton frère. Et tu ne prendras pas en abomination l'Égyptien, car tu as été un immigré dans son pays. À la troisième génération, leurs fils pourront entrer dans l'assemblée du Seigneur.

Lorsque tu partiras en campagne contre tes ennemis, tu te garderas de toute souillure. S'il y a parmi vous un homme qui n'est pas pur, à la suite d'une pollution nocturne, il sortira du camp et n'y rentrera pas. Mais à l'approche du soir, il se baignera dans l'eau, et au coucher du soleil, il rentrera dans le camp.

En dehors du camp, tu disposeras d'un coin où te mettre à l'écart. Dans ton équipement, tu auras une petite pioche. Et quand tu t'accroupiras à l'écart, tu t'en serviras pour creuser, et puis tu recouvriras tes excréments. Car le Seigneur ton Dieu va et vient à l'intérieur du camp pour te protéger et te livrer tes ennemis. Ton camp sera donc saint, et il ne faut pas que le Seigneur voie quelque chose d'inconvenant, sinon il se détournerait de toi.

Tu ne livreras pas à son maître un esclave qui s'est sauvé de chez son maître et s'est réfugié auprès de toi. Il habitera avec toi, chez toi, au lieu qu'il aura choisi, dans l'une de tes villes où bon lui semblera. Tu ne l'exploiteras pas.

Il n'y aura pas de courtisane sacrée parmi les filles d'Israël, ni de prostitué sacré parmi les fils d'Israël. Tu n'apporteras jamais dans la maison du Seigneur ton Dieu, pour t'acquitter d'un vœu quelconque, le gain d'une prostituée ou le salaire d'un chien, car tous deux sont une abomination pour le Seigneur ton Dieu.

Tu ne feras à ton frère aucun prêt à intérêt, qu'il s'agisse d'argent, de nourriture ou de quoi que ce soit qui puisse rapporter des intérêts. À un étranger, tu pourras prêter à intérêt, mais pas à ton frère, afin que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes entreprises, sur la terre où tu vas entrer pour en prendre possession.

Lorsque tu fais un vœu au Seigneur ton Dieu, tu ne tarderas pas à l'accomplir, car le Seigneur ton Dieu t'en demanderait certainement compte. Tu te chargerais d'un péché. Mais si tu t'abstiens de prononcer un vœu, tu ne te chargeras pas d'un péché. Ce qui sort de tes lèvres, veille à le mettre en pratique. Exécute le vœu que tu as fait spontanément au Seigneur ton Dieu et que tu as formulé de ta propre bouche.

Lorsque tu entreras dans la vigne de ton voisin, tu pourras manger du raisin autant que tu veux, jusqu'à satiété, mais tu ne pourras pas en emporter dans ton panier. Et lorsque tu entreras dans le champ de blé mûr de ton voisin, tu pourras cueillir des épis avec la main, mais tu n'y mettras pas la faucille.

Commentaire

Alors, ça vous a plu ? Je vous avais dit qu'on allait osciller entre le sublime et le bizarre. Le bizarre, c'est cette histoire de testicules écrasées. Et puis le sublime, c'est quand on vous dit par exemple qu'on n'a pas le droit de livrer un esclave fugitif, parce que ça veut dire qu'il est malheureux et qu'il faut prendre soin de lui. Extraordinaire !

Ce qu'on considère généralement, c'est que ce passage-là commente le septième commandement : tu ne voleras pas.

Une première manière de déployer ce commandement, c'est de regarder la question de l'immigration. Le Deutéronome s'avère ici singulièrement hospitalier.

Tu ne prendras pas en abomination l'Édomite, car c'est ton frère.

Ou encore l'Égyptien. On vous dit : tu ne prendras pas en abomination l'Égyptien. Là, on arrête d'entretenir la rancune et on se souvient du bien aussi qu'ils nous ont fait.

Tu as été un immigré dans son pays.

C'est vrai que quand il y avait une famine, Joseph est parti là-bas. Donc il y a peut-être eu l'esclavage, mais tout n'a pas été mauvais en Égypte. Et Jésus, qui prendra les traits de l'immigré. Jésus qui dira : j'étais un étranger, vous m'avez accueilli.

À l'inverse, le Deutéronome vous dit aussi que dans l'immigration, c'est compliqué, parce qu'il y a immigration et immigration. Donc, par exemple, l'Ammonite et le Moabite, eux, ils n'entreront pas, parce que derrière, il y avait une dureté de cœur chez ce peuple, et puis aussi parce qu'ils ont essayé de pervertir la religion des Israélites. Et ainsi, sur cette question de l'immigration, le Deutéronome s'avère à la fois singulièrement hospitalier et singulièrement lucide, voire ferme. C'est un grand texte dans lequel est sauvé à la fois l'ordre de la charité et l'ordre du réalisme politique.

Par exemple aussi, tu ne voleras pas. Ça vous donne le verset 20 :

Tu ne feras à ton frère aucun prêt à intérêt.

Donc, interdiction de l'usure. Évidemment, l'interdiction du taux usuraire est à remettre dans un contexte. Et c'est là où, encore une fois, ça devient compliqué, parce qu'il y a intérêt et il y a intérêt, de la même manière qu'il y a immigration et immigration. Il y a les grands principes et puis ensuite, il faut discerner. Ça s'appelle la morale appliquée. Il ne faut pas être naïf, mais il ne faut pas non plus manquer de charité.

Donc, il y a intérêt et il y a intérêt, parce que dans l'Antiquité, l'intérêt, c'était du 33 %, c'était du 50 %. Donc ça servait en fait à réduire les gens en esclavage. Et ça, ça existe encore. Par exemple, vous allez au Pakistan. Au Pakistan, il y a des chrétiens qui vivent dans des briqueteries. Donc leur manière de gagner de l'argent, c'est de fabriquer des briques. Ça ne paye pas lourd, de fabriquer des briques. Donc qu'est-ce qui se passe ? Si jamais vous avez un de vos enfants qui a un problème médical et qu'il faut payer une opération chirurgicale, les chrétiens au Pakistan qui travaillent dans les briqueteries vont voir leur employeur, qui leur donne généreusement de l'argent, mais soit avec un taux d'intérêt tel qu'ils ne pourront pas rembourser, soit avec des salaires tellement faibles que de toute façon, ils ne peuvent pas rembourser tout court, et avec un système tel qu'en fait, les dettes passent à la génération suivante. Ça veut dire que concrètement, il se réduit en esclavage non seulement lui, mais aussi sa famille, qui dorénavant appartient à l'employeur de la briqueterie. Eh bien, ce que vous rappelle le Deutéronome : on n'est pas là pour spéculer sur la misère d'autrui.

Mais en attendant, c'est vrai qu'on peut aussi prêter de l'argent et que les taux d'intérêt peuvent servir à couvrir l'inflation. Les taux d'intérêt, c'est aussi une manière de couvrir la prise de risque. Ce n'est pas la même chose de prêter à une société et à des individus. Ce n'est pas la même chose de prêter à des gens qui sont dans le besoin et à des gens qui sont riches. Donc il y a taux d'intérêt et taux d'intérêt, comme il y a immigration et immigration. Mais derrière, vous sentez les grands principes : la fraternité, tu ne voleras pas.

C'est là où moi, je trouve que c'est extraordinaire, parce qu'en lisant ce texte du Deutéronome, malgré les apparences, moi, j'ai l'impression de lire un passage du Catéchisme de l'Église catholique. Vous allez voir, c'est quand même assez étonnant. Les deux essayent de faire la même chose : ils essayent de commenter le Décalogue et de vous donner des cas particuliers et des principes de morale appliquée. Il y a 25 siècles d'écart, et on sent que c'est le même esprit qui les gouverne.

Paragraphe 2409 du Catéchisme de l'Église catholique : « Toute manière de prendre et de détenir injustement le bien d'autrui, même si elle ne contredit pas les dispositions de la loi civile, est contraire au septième commandement. Ainsi, retenir des biens prêtés ou des objets perdus, frauder dans le commerce, payer d'injustes salaires, hausser les prix en spéculant sur l'ignorance ou la détresse d'autrui sont moralement illicites. Sont encore moralement illicites : la spéculation par laquelle on agit pour faire varier artificiellement l'estimation des biens en vue d'en tirer un avantage au détriment d'autrui ; la corruption par laquelle on détourne le jugement de ceux qui doivent prendre des décisions selon le droit ; l'appropriation et l'usage privé des biens sociaux d'une entreprise ; les travaux mal faits, la fraude fiscale, la contrefaçon des chèques et des factures, les dépenses excessives, le gaspillage ; infliger volontairement un dommage aux propriétés privées, etc. »

Étonnant, non ?

Psaume 40

Heureux qui pense aux pauvres et aux faibles : le Seigneur le sauve au jour du malheur. Il le protège et le garde en vie, heureux sur la terre. Seigneur, ne le livre pas à la merci de l'ennemi.

Le Seigneur le soutient sur son lit de souffrance : si malade qu'il soit, tu le relèves. J'avais dit : « Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi, car j'ai péché contre toi. »

Mes ennemis me condamnent déjà : « Quand sera-t-il mort, son nom effacé ? » Si quelqu'un vient me voir, ses propos sont vides ; il emplit son cœur de pensées méchantes, il sort, et dans la rue, il parle.

Unis contre moi, mes ennemis murmurent, à mon sujet, ils présagent le pire : « C'est un mal pernicieux qui le ronge ; le voilà couché, il ne pourra plus se lever. » Même l'ami qui avait ma confiance et partageait mon pain m'a frappé du talon.

Mais toi, Seigneur, prends pitié de moi. Relève-moi, je leur rendrai ce qu'ils méritent. Oui, je saurai que tu m'aimes si mes ennemis ne chantent pas victoire. Dans mon innocence, tu m'as soutenu, tu m'as établi pour toujours devant ta face.

Béni soit le Dieu d'Israël, béni soit le Seigneur, depuis toujours et pour toujours ! Amen.


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