CapBibliqueCapBiblique

Jour 77 ☾ — Les lois de Dieu pour la société

← J77 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J78 ☼ →


Résumé : Avec les chapitres 24 et 25 du Deutéronome, le frère Paul-Adrien achève la lecture du Code de l'Alliance, cette longue section de lois relue à travers la grille du décalogue. Le texte égrène les règles sur la répudiation, le gage du pauvre, le salaire du journalier, le glanage laissé à l'immigré, à l'orphelin et à la veuve, la loi du lévirat et l'exactitude des poids et mesures. Le commentaire montre, avec saint Paul et le bœuf qui foule le grain, comment ces prescriptions fondent la doctrine sociale de l'Église : juste salaire, option préférentielle pour les pauvres, refus de l'avilissement du frère. Il explique enfin la différence entre loi permissive et loi restrictive à partir du divorce, dont Jésus dit qu'il fut concédé « à cause de la dureté de votre cœur ». L'épisode se termine par une prière sur le commandement « Tu ne voleras pas », confiant à Dieu le monde du travail.

Introduction

Nous continuons Deutéronome chapitre 24 et Deutéronome chapitre 25, et avec ces deux chapitres, écoutez les enfants, nous allons terminer toute cette partie centrale du Deutéronome qu'on appelait le Code de l'Alliance, avec tout son fatras de lois dont on se disait : mais mon Dieu, comment va-t-on arriver au bout de tout ça ? Eh bien, nous y sommes arrivés, et nous y sommes arrivés en particulier parce que notre clé de lecture, en fait, elle marche plutôt pas mal : c'est-à-dire de reprendre le décalogue, dont on avait posé le grand exposé au tout premier chapitre, et puis là, dont on fait un exposé plus systématique et plus fouillé.

Bon, ok, il y a un petit côté enchevêtrement de lois, mais parce que c'est un vieux texte — ça lui donne d'ailleurs un certain charme, le charme baroque du bizarre au sublime — mais ça marche plutôt pas mal. Et non seulement ça marche plutôt pas mal, ça nous permet de suivre la progression de ces différents chapitres qu'on vient de lire, mais en plus, ce principe de lecture, manifestement, il est bon, parce que le Catéchisme de l'Église catholique l'a repris. C'est notre manière, à nous aussi, en morale appliquée, d'appliquer dans le concret de notre vie les grands principes « tu aimeras Dieu, tu aimeras ton prochain ». Donc en fait, là, vous êtes en train de faire coup double, les enfants : en même temps que vous lisez le Deutéronome, vous êtes en train de réviser votre Catéchisme de l'Église catholique. Oh ! Double combo !

Nous terminons. Chapitre 24, chapitre 25, on va conclure ce Code de l'Alliance, et ce seront les derniers commandements : « Tu ne voleras pas », « Tu ne porteras pas de faux témoignage », « Tu ne convoiteras pas ». Alors vous vous apercevez qu'il y avait peut-être un petit problème, qu'il m'en manquait un, mais ça, je vous le laisse en exercice : de savoir où je me suis trompé dans les différents chapitres qu'on vient de lire pour avoir le commandement qui allait bien. Ah, ce n'est pas une science exacte, l'exégèse.

Lecture : Deutéronome 24-25

Lorsqu'un homme prend une femme et l'épouse, et qu'elle cesse de trouver grâce à ses yeux parce qu'il découvre en elle une tare, il lui écrira une lettre de répudiation, la lui remettra en la renvoyant de sa maison. Si cette femme, après avoir quitté la maison, épouse un autre homme, si ce deuxième homme se met lui aussi à la détester, lui écrit une lettre de répudiation, la lui remet et la renvoie de sa maison, ou encore si ce deuxième homme vient à mourir, son premier mari ne peut la reprendre pour femme, du fait qu'elle aura été rendue impure, car ce serait une abomination devant le Seigneur. Tu n'entraîneras pas dans le péché le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage.

Lorsqu'un homme vient de prendre femme, il n'ira pas à l'armée. On ne le chargera d'aucune affaire. Il sera exempté de tout pour rester à la maison pendant un an, et il fera la joie de la femme qu'il a épousée.

On ne prendra pas en gage le moulin, ni même une seule meule, car ce serait prendre en gage la vie même.

S'il se trouve qu'un homme enlève un de ses frères parmi les fils d'Israël, qu'il veuille en tirer profit et le vendre comme esclave, l'auteur du rapt mourra. Tu ôteras le mal du milieu de toi.

En cas de lèpre, veille à observer scrupuleusement et à mettre en pratique tout ce que vous enseigneront les prêtres lévites. Veillez à agir selon ce que je leur ai commandé. Souviens-toi de ce que le Seigneur ton Dieu a fait à Myriam, sur la route, quand vous êtes sortis d'Égypte.

Lorsque tu fais à ton prochain un prêt quelconque, tu n'entreras pas dans sa maison pour lui prendre un gage. Tu resteras dehors, et l'homme à qui tu prêtes sortira pour te l'apporter. Si c'est un pauvre, tu ne te coucheras pas en gardant son gage. Tu devras le lui rapporter au coucher du soleil. Il se couchera dans son manteau et il te bénira, et tu seras juste devant le Seigneur ton Dieu.

Tu n'exploiteras pas un salarié pauvre et malheureux, que ce soit l'un de tes frères ou un immigré qui réside dans ton pays ou dans ta ville. Le jour même, tu lui donneras son salaire. Que le soleil ne se couche pas sur cette dette, car c'est un pauvre, il attend impatiemment son dû ; et ainsi il ne criera pas contre toi vers le Seigneur et tu ne te chargeras pas d'un péché.

Les pères ne seront pas mis à mort à la place des fils. Les fils ne seront pas mis à mort à la place des pères. Chacun sera mis à mort pour son propre péché.

Tu ne feras pas dévier le droit de l'immigré ni celui de l'orphelin, et tu ne feras pas saisir comme gage le manteau de la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave en Égypte et que le Seigneur ton Dieu t'a racheté. Voilà pourquoi je te donne ce commandement.

Lorsque tu feras ta moisson, si tu oublies une gerbe dans ton champ, tu ne retourneras pas la chercher. Laisse-la pour l'immigré, l'orphelin et la veuve, afin que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans tous tes travaux. Lorsque tu auras secoué ton olivier, tu ne retourneras pas chercher ce qui reste. Laisse-le pour l'immigré, l'orphelin et la veuve. Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu ne retourneras pas grappiller ce qui reste. Laisse-le pour l'immigré, l'orphelin et la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave au pays d'Égypte. Voilà pourquoi je te donne ce commandement.

Lorsque des hommes ont un litige, ils iront en justice et seront jugés. L'innocent sera déclaré innocent, et le coupable, coupable. Si le coupable mérite d'être frappé, le juge le fera se coucher par terre et lui fera donner, en sa présence, le nombre de coups proportionnés à sa faute. On pourra lui donner quarante coups, mais pas davantage, de peur de provoquer une blessure grave et d'avilir ainsi ton frère à tes yeux.

Tu ne mettras pas de muselière au bœuf qui foule le grain.

Lorsque des frères habitent ensemble, si l'un d'eux meurt sans avoir de fils, l'épouse du défunt ne pourra pas appartenir à quelqu'un d'étranger à la famille. Son beau-frère viendra vers elle et la prendra pour femme. Il accomplira ainsi son devoir de beau-frère. Le premier-né qu'elle mettra au monde perpétuera le nom du frère, et ainsi ce nom ne sera pas effacé d'Israël. Mais si l'homme ne désire pas épouser sa belle-sœur, celle-ci ira trouver les anciens à la porte de la ville. Elle leur dira : « Mon beau-frère refuse de perpétuer le nom de son frère en Israël. Il ne veut pas accomplir envers moi son devoir de beau-frère. » Les anciens de la ville le convoqueront et lui parleront. Il se tiendra devant eux et il dira : « Je ne veux pas épouser ma belle-sœur. » Alors sa belle-sœur s'avancera vers lui, sous les yeux des anciens, elle lui retirera la sandale du pied et lui crachera au visage. Puis elle déclarera : « C'est ainsi qu'on traite l'homme qui ne rebâtit pas la maison de son frère. » Et dorénavant en Israël, on l'appellera « maison du déchaussé ».

Lorsque deux fils d'Israël se battent ensemble et que la femme de l'un d'eux s'approche pour soustraire son mari aux coups de l'autre, si elle étend la main et saisit ce dernier par les testicules, tu lui couperas la main. Tu n'auras pas un regard de pitié.

Dans ta sacoche, tu n'auras pas deux poids différents, un grand et un petit. Dans ta maison, tu n'auras pas deux boisseaux différents, un grand et un petit. Tu auras un poids exact et juste, un boisseau exact et juste, afin d'avoir de longs jours sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Car tout homme qui agit de manière malhonnête est une abomination pour le Seigneur ton Dieu.

Souviens-toi de ce que t'a fait subir Amalek sur la route, quand vous êtes sortis d'Égypte. Il t'a rejoint sur la route et a massacré tous ceux qui traînaient à l'arrière, alors que tu étais fourbu, exténué. Il n'a pas craint Dieu. Aussi, quand le Seigneur ton Dieu t'aura dégagé de tous tes ennemis d'alentour et t'aura procuré le repos dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage pour en prendre possession, alors tu effaceras le souvenir d'Amalek de dessous les cieux. N'oublie pas !

Commentaire

Tu ne mettras pas de muselière au bœuf qui foule le grain.

Vas-y ! Mais qu'est-ce que ça vient faire au milieu des questions d'immigration, et puis du reste, etc. ? Mais pourquoi est-ce qu'on nous parle de bœuf ? Alors, bonne nouvelle, vous n'êtes pas les premiers à vous poser ces questions-là. Saint Paul, en lisant ça, se disait : mais pourquoi est-ce qu'on nous parle de trucs aussi inintéressants dans le Deutéronome ? Mais ça, ça nous arrange que saint Paul en ait parlé, parce que ça nous permet de voir comment ce génie-là lisait lui aussi le Deutéronome. Et qui sait si ça ne nous donnera pas des clés de lecture. Première lettre aux Corinthiens, chapitre 9, verset 9 :

En effet, dans la loi de Moïse, il est écrit : « Tu ne musèleras pas le bœuf qui foule le grain. »

Et le commentaire de saint Paul ensuite :

Dieu s'inquiète-t-il des bœufs ? Ou bien le dit-il en réalité à cause de nous ? Oui, c'est pour nous que cela fut écrit, puisque le laboureur doit avoir un espoir quand il laboure, et celui qui foule le grain doit espérer en avoir sa part.

Eh bien ça, ce que vous dit saint Paul, c'est que ça vous a donné la doctrine sociale de l'Église, la doctrine du juste salaire. Et saint Paul vous dit que cette doctrine du juste salaire doit être appliquée dans l'Église aussi. Et si vous travaillez pour l'Église, vous savez que c'est un principe qui mériterait d'être dit et redit.

Et vous voyez, en fait, quand vous savez bien lire, tout commence à faire sens. Par exemple :

On ne pourra lui donner quarante coups, mais pas davantage, de peur de provoquer une blessure grave et d'avilir ainsi ton frère à tes yeux.

Ça, donc, ça vous donnera les quarante coups que Jésus recevra. Mais ça vous donnera aussi le pape François qui dit : on n'a pas le droit de souhaiter la peine de mort à quelqu'un. Ou encore, vous voyez, verset 14 :

Tu n'exploiteras pas un salarié pauvre et malheureux, que ce soit l'un de tes frères ou un des immigrés qui réside dans ton pays ou dans ta ville.

Ça, ça vous donne ce qu'on appelle l'option préférentielle pour les pauvres, qui doit être un des axes majeurs et prioritaires de l'engagement citoyen du chrétien dans la société. Bon, eh bien vous voyez, en fait, à travers ce passage-là, c'est toute la doctrine sociale de l'Église qu'on est en train de déployer, de travailler. Et Dieu sait si c'est important dans la vie professionnelle.

Et voilà encore une autre question que vous pourriez vous poser quand vous entendez toutes ces lois : est-ce que les lois que j'entends de la part de Moïse sont des lois permissives ou des lois restrictives ? Je suis en train de perdre tout le monde, là. Alors, pas de panique, je prends tout de suite un exemple concret et vous allez tout de suite voir ce que ça veut dire et comment c'est important. C'était en fait le début du chapitre 24, sur la question du divorce.

Lorsqu'un homme prend une femme et l'épouse, et qu'elle cesse de trouver grâce à ses yeux parce qu'il découvre en elle une tare, il lui écrira une lettre de répudiation et la lui remettra en la renvoyant de sa maison.

Donc là, voilà, quoi, fin du débat : Moïse autorise le divorce. Sauf que Jésus arrive par derrière et leur dit : « Non, non, non, non, non ! Moïse n'a pas du tout autorisé le divorce. » Alors les pharisiens vont aller voir Jésus pour dire : « Excuse-moi, mais c'est quand même écrit noir sur blanc qu'on a le droit d'écrire une lettre de répudiation. » Et c'est là que Jésus leur dit : « Mais en fait, quand Moïse vous a autorisé le divorce, ce n'était pas de gaieté de cœur, c'était, je cite, à cause de la dureté de votre cœur. Mais au commencement, il n'en était pas ainsi. »

Ça vous donne la manière dont Jésus lisait ce passage. Jésus, en voyant Moïse qui autorisait le divorce, en fait voyait derrière Moïse qui commençait à inscrire une procédure judiciaire pour, en fait, restreindre le divorce. Et dans ce cas-là, qui est fidèle à Moïse ? Eh bien, celui qui va jusqu'au bout de l'esprit du législateur pour dire à la fin : si vous voulez être fidèles à Moïse, ne divorcez pas ! Et Jésus conclut en disant : « Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et tous les deux ne feront plus qu'un. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. »

Nous terminons par une prière. « Tu ne voleras pas. » On demande à Dieu la grâce d'être honnête.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur Jésus, apprends-moi à respecter le fruit du travail de chacun, à ne jamais abuser de la faiblesse de l'autre, à rendre à tout homme ce qui lui est dû, en me souvenant que l'oppression et l'exploitation sont des offenses contre toi qui nous as créés.

Fais que j'honore mes engagements. Fais que j'honore le travail qui m'est demandé. Fais que par mes actes, mes paroles et mes décisions, je reflète ta justice et que je sois une aide pour mon prochain. Que je sois digne de la confiance que mes supérieurs ont placée en moi, et que je sois un bon supérieur pour les gens qui me sont confiés.

Je te confie, Seigneur, mes lieux de travail. Je te confie, Seigneur, mes collègues. Je te confie mes clients. Je te confie mes fournisseurs. Je te confie tout mon environnement de travail.

Et vous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


← J77 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J78 ☼ →