Jour 80 ☾ — Les bénédictions de Moïse et son dernier regard
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Résumé : Dernier épisode de la Torah. Le frère Paul-Adrien lit la grande bénédiction que Moïse prononce tribu par tribu avant de mourir, écho de celle de Jacob à la fin de la Genèse, puis le récit de sa mort au pays de Moab, après avoir contemplé de loin la Terre promise. Le commentaire s'aventure du côté de la mystique juive : Moïse serait mort « sur la bouche de l'Éternel », dans un ultime baiser, et c'est Dieu lui-même qui l'aurait enterré en un lieu que personne ne connaît. Le frère rappelle enfin le verset de l'épître de saint Jude où l'archange Michel dispute au diable le corps de Moïse. L'épisode se conclut par le psaume 43, pleuré sur le corps du serviteur de Dieu.
Introduction
Avant de mourir, notre bon vieux fidèle serviteur retrouve ses réflexes de patriarche et termine par une ultime bénédiction — dont d'ailleurs on ne sait jamais très bien si ce sont des bénédictions ou des malédictions — comme Jacob Israël l'avait fait en terminant le livre de la Genèse.
La boucle est bouclée, la Torah s'achève, la loi éternelle a été donnée. Ah, pleurez, cieux ! Pleurez, étoiles ! Pleurez, le soleil et la lune ! Aujourd'hui, Moïse, sur le mont Nébo, contemple la vie éternelle, la Terre promise qui s'étale devant lui, la Jérusalem céleste. Aujourd'hui, Moïse meurt.
Lecture : Deutéronome 33-34
Voici la bénédiction que Moïse, l'homme de Dieu, prononça sur les fils d'Israël avant de mourir. Il dit : « Le Seigneur est venu du Sinaï. Il s'est levé pour eux du côté de Séïr. Il a resplendi depuis le mont de Parane et il est arrivé à Mériba de Cadès. À sa droite brillait pour eux le feu de la loi. Toi, l'ami des peuples, tous les saints sont dans ta main et ils se sont prosternés à tes pieds. Chacun recueille tes paroles. Moïse nous a prescrit une loi. C'est un héritage pour l'assemblée de Jacob. Et il y eut en Israël un roi, quand se réunirent les chefs du peuple et les tribus d'Israël tous ensemble.
Que vive Ruben, qu'il ne meure pas. Que vive le petit nombre de ses gens. »
Voici ce qu'il dit pour Juda : « Écoute, Seigneur, la voix de Juda, fais-le revenir vers son peuple. Ses mains prendront sa défense et tu lui viendras en aide contre ses ennemis. »
Pour Lévi, il dit : « Tes Toummim et tes Ourim appartiennent à l'homme qui était fidèle, celui que tu as éprouvé à Massa, que tu as querellé aux eaux de Mériba. Pour sa mère, je ne les ai pas vus, lui qui ne reconnaît pas ses frères et ignore ses fils, car ils ont gardé ta parole et maintenu ton alliance. Ils enseignent tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël. Ils présentent l'encens à tes narines et l'holocauste sur ton autel. Bénis, Seigneur, sa vaillance et accepte l'œuvre de ses mains. Brise les reins de ses agresseurs, qu'ils ne se relèvent plus, ceux qui le haïssent. »
Pour Benjamin, il dit : « Bien-aimé du Seigneur, il demeure en confiance près de lui. Dieu le protège chaque jour. Il demeure entre ses collines. »
Pour Joseph, il dit : « Son pays est béni par le Seigneur. À lui le meilleur don du ciel, la rosée, et l'abîme qui se creuse dans les profondeurs, les meilleurs produits du soleil et les meilleurs fruits de la lune, les dons excellents des antiques montagnes et les dons les meilleurs des collines d'Israël, la meilleure part de ce qui remplit le pays, et la faveur de celui qui demeure dans le buisson. Que tout cela couronne la tête de Joseph, le front de celui qui est consacré parmi ses frères. Il est son taureau premier-né. Honneur à lui ! Ses cornes sont des cornes de buffle. Il en frappe les peuples, tous ensemble, jusqu'au lointain de la terre. Tels sont les myriades d'Éphraïm, tels sont les milliers de Manassé. »
Pour Zabulon, il dit : « Réjouis-toi, Zabulon, en tes expéditions, et toi, Issakar, sous tes tentes. Ils convoquent des peuples sur la montagne. Ils y offrent des offrandes justes. Ils s'approprient les richesses de la mer et les trésors cachés dans le sable. »
La part réservée au prince. Il a rejoint les chefs du peuple. Il a accompli la justice du Seigneur et ses jugements en faveur d'Israël.
Pour Dan, il dit : « Dan est un lionceau qui s'élance de Bashane. »
Pour Nephtali, il dit : « Nephtali est rassasié de la faveur du Seigneur et comblé de sa bénédiction. Qu'il prenne possession de l'Ouest et du Midi. »
Pour Aser, il dit : « Qu'il soit béni entre les fils. Qu'il soit favorisé parmi ses frères. Qu'il baigne son pied dans l'huile. Que tes verrous soient de fer et de bronze. Que ta force dure autant de jours. »
« Nul n'est semblable à Dieu, Israël. Pour venir à ton aide, il chevauche les cieux et les nuées dans son triomphe. Le Dieu des temps anciens est un refuge. Son bras, depuis toujours, est à l'œuvre ici-bas.
Heureux es-tu, Israël ! Qui est semblable à toi ? Peuple sauvé par le Seigneur, lui le bouclier qui te protège, l'épée qui te mène au triomphe. Tes ennemis s'inclineront devant toi, et toi, tu marcheras sur les hauteurs de leur pays. »
Jusqu'à Dan, tout le Nephtali, le pays d'Éphraïm et de Manassé, tout le pays de Juda jusqu'à la Méditerranée, le Néguev, la région du Jourdain, la vallée de Jéricho, ville des palmiers, jusqu'à Soar.
Le Seigneur lui dit : « Ce pays que tu vois, j'ai juré à Abraham, à Isaac et à Jacob de le donner à leurs descendants. Je te le fais voir, mais tu n'y entreras pas. »
Il mourut là, au pays de Moab, selon la parole du Seigneur. On l'enterra dans la vallée qui est en face de Beth-Péor, au pays de Moab. Mais aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve son tombeau.
Moïse avait cent vingt ans quand il mourut. Sa vue n'avait pas baissé, sa vitalité n'avait pas diminué. Les fils d'Israël pleurèrent Moïse dans les steppes de Moab pendant trente jours. C'est alors que s'achevèrent les jours du deuil de Moïse.
Josué, fils de Noun, était rempli de l'esprit de sagesse, parce que Moïse lui avait imposé les mains. Les fils d'Israël lui obéirent. Ils firent ce que le Seigneur avait prescrit à Moïse.
Il ne s'est plus levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face. Que de signes et de prodiges le Seigneur l'avait envoyé accomplir en Égypte, devant Pharaon, tous ses serviteurs et tout son pays ! Avec quelles mains puissantes ! Quel pouvoir redoutable Moïse avait agi aux yeux de tout Israël !
Commentaire
Allons faire un petit tour du côté de la mystique juive. Versets 5 et 6 :
Moïse, serviteur du Seigneur, mourut là, au pays de Moab, selon la parole du Seigneur.
Littéralement : sur la bouche de l'Éternel.
Quelle est la plus belle manière de mourir ? Est-ce que la plus belle manière de mourir, c'est de mourir dans son sommeil ? Est-ce que c'est de mourir au combat ? La plus belle manière de mourir, d'après la Bible, c'est de mourir embrassé par le Seigneur. D'après la Kabbale juive, c'est dans un ultime baiser mystique sur la bouche de Dieu que Moïse a remis son esprit pour mourir.
On l'enterra.
Littéralement : il fut enterré. On ne dit pas qui l'a enterré. Et d'après la tradition, c'est Dieu lui-même qui l'a enterré.
Il l'enterra dans la vallée qui est en face de Beth-Péor, au pays de Moab. Mais aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve son tombeau.
Qu'est-ce que vous voulez dire de plus ?
Alors, ce que je vous ai dit là, qui appartient à la tradition, qui appartient à la mystique, qui appartient peut-être au folklore — n'empêche qu'on ne prête qu'aux riches, et que vous aurez, dans une épître du Nouveau Testament, l'épître de saint Jude, un lointain écho de la mort de Moïse. Alors, je suis d'accord que personne ne lit la lettre de saint Jude, et que probablement, en même temps que je vous en parle, vous apprenez pour l'occasion son existence. Mais je vous cite ce verset qui est dans votre Bible, dans le Nouveau Testament, inspiré par Dieu. Eh oui, c'est dans votre Bible !
Quant à la mort de Moïse, Dieu envoya l'archange Michel pour disputer au diable le corps de Moïse.
Ah, ben écoutez, c'est peut-être faux, mais c'est peut-être vrai.
Nous terminons par une transition poétique : le psaume que nous devions lire dans l'épisode d'avant, mais qui nous servira aussi cette fois-ci de prière conclusive pour le Deutéronome, pour la Torah. Et nous pleurerons sur le corps de Moïse.
Psaume 43
Dieu, nous avons entendu dire, et nos pères nous ont raconté, quelle action tu as accomplie de leur temps, au jour d'autrefois.
Toi, par ta main, tu as dépossédé les nations, et ils purent s'implanter. Tu as malmené des peuplades, et ils purent s'étendre. Ce n'était pas leur épée qui possédait le pays, ni leur bras qui les rendait vainqueurs, mais ta droite et ton bras, et la lumière de ta face, car tu les aimais.
Toi, Dieu, tu es mon roi. Tu décides des victoires de Jacob. Avec toi, nous battions nos ennemis ; par ton nom, nous écrasions nos adversaires. Ce n'est pas sur mon arme que je compte, ni sur mon épée pour la victoire. Tu nous as donné de vaincre l'adversaire, tu as couvert notre ennemi de honte. Dieu était notre louange tout le jour. Sans cesse, nous rendions grâce à ton nom.
Maintenant, tu nous humilies, tu nous rejettes. Tu ne sors plus avec nos armées. Tu nous fais plier devant l'adversaire, et nos ennemis emportent le butin. Tu nous traites en bétail de boucherie. Tu nous disperses parmi les nations. Tu vends ton peuple à vil prix, sans que tu gagnes à ce marché.
Tu nous exposes au sarcasme des voisins, au rire, aux moqueries de l'entourage. Tu fais de nous la fable des nations. Les étrangers haussent les épaules. Tout le jour, ma déchéance est devant moi. La honte couvre mon visage, sous les sarcasmes et les cris de blasphème, sous les yeux de l'ennemi qui se venge.
Tout cela est venu sur nous sans que nous t'ayons oublié. Nous n'avions pas trahi ton alliance. Notre cœur ne s'était pas détourné, et nos pieds n'avaient pas quitté ton chemin, quand tu nous poussais au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre de la mort.
Si nous avions oublié le nom de notre Dieu, tendu les mains vers un Dieu étranger, Dieu ne l'eût-il pas découvert, lui qui connaît le fond des cœurs ?
Pour toi, qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir.
Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? Lève-toi ! Ne nous rejette pas pour toujours ! Pourquoi détourner ta face, oublier notre malheur, notre misère ? Oui, nous mordons la poussière, notre ventre colle à la terre. Debout, viens à notre aide ! Rachète-nous au nom de ton amour.
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