Jour 81 ☾ — Jésus entre en scène
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Résumé : Deuxième épisode de la journée, consacré au « deuxième prologue » de Matthieu : la prédication de Jean le Baptiste, le baptême de Jésus, les trois tentations au désert, puis le début du ministère en Galilée et l'appel des quatre premiers disciples. Le frère Paul-Adrien explique pourquoi l'Antiquité passe directement de la naissance au premier fait notable de l'âge adulte, et souligne l'enchaînement sans transition entre le baptême et le combat spirituel. Il montre en Jean le Baptiste la part humaine du baptême — la repentance — à laquelle répond la miséricorde de Dieu. Il distingue enfin l'épreuve, voulue par Dieu pour faire triompher la foi, de la tentation, menée par le diable pour faire triompher le péché.
Introduction
Deuxième épisode de notre journée, Matthieu chapitres 3 et 4, ce que l'on appelle le deuxième prologue de Jésus. Après la naissance, nous avons maintenant les premiers pas de Jésus dans le ministère apostolique. Ce sera le récit de son baptême.
Lecture : Matthieu 3-4
En ce jour-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. Et n'allez pas dire en vous-mêmes : "Nous avons Abraham pour père" ; car je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas. »
Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l'eau, et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »
Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l'emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient.
Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C'était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : « Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l'ombre de la mort, une lumière s'est levée. »
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer, car c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l'Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. Sa renommée se répandit dans toute la Syrie. On lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés. Et lui les guérissait. De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de l'autre côté du Jourdain.
Commentaire
Vous avez vu comment nous sommes passés d'un prologue à un autre, et comment Jésus a pris en une seule page trente ans. C'est parce que dans la psychologie ancienne, pour l'Antiquité, la genèse des individus, ce que nous appellerions nous la psychogenèse, l'histoire de la tendre enfance, n'était pas très considérée dans l'Antiquité. Et on passait directement au premier fait notable dans la vie d'adulte, ce qui caractérise un homme. Et là, le premier fait notable qui caractérise Jésus, son entrée dans le monde — le monde des adultes, mais donc, pour les anciens, le monde tout court — c'est son baptême.
Avec, vous avez vu ? Ça, c'est quand même pas mal. Ça, c'est quand même la beauté de lire la Bible en continu. Comment est-ce que, sans transition, nous sommes tout de suite amenés du baptême de Jésus aux tentations ? Et même dans le grec, c'est encore plus flagrant. Parce que dans le grec, c'est marqué : « Et une fois qu'il se releva », l'Esprit Saint ekbalo, l'Esprit Saint le jeta, le poussa dans le désert pour y être tenté par le diable. Sans transition aucune.
Ce qui vous parle de votre baptême. Le baptême est beaucoup de choses. Le baptême, c'est le pardon des péchés. Le baptême, c'est l'adoption filiale. Mais le baptême, c'est aussi l'entrée dans le combat et la lutte spirituelle. Nous qui avons promis de renoncer au diable, à ses pompes et à ses séductions, qui avons promis de refuser la tentation et le péché pour aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre force, de toute notre âme.
Ok, reprenons. Jean le Baptiste représente, si vous le voulez, la part humaine du baptême. Qu'est-ce que vous, vous pouvez offrir de mieux à Dieu ? Eh bien, ce que vous pouvez offrir de mieux à Dieu, c'est votre repentance. Le désir de vouloir commencer à nouveau une nouvelle vie en demandant pardon pour ce qui n'a pas été exceptionnel, et ensuite vous tourner vers le bien. Et ça, c'est la figure de Jean le Baptiste.
On dit de Jean le Baptiste qu'il résume à lui seul tout l'enseignement des prophètes, l'Ancien Testament en une seule phrase. Et l'Ancien Testament prépare l'Évangile. Donc la meilleure préparation de l'Évangile, c'est cette phrase : « Convertissez-vous » — la repentance — « et croyez dans l'Évangile, le royaume des cieux est proche » — la foi et l'espérance.
C'est-à-dire que la repentance, ça, c'est ce que nous pouvons offrir de plus beau à titre humain, et à la repentance humaine répond la miséricorde et la tendresse de Dieu. Il y a quelque chose de très beau, parce que souvent, nous, on a l'idée que c'est Dieu qui est un peu adjudant, une sorte de chef rigide, et que ce sont les hommes qui mettent du liant et qui mettent de la tendresse. Dans l'Évangile, vous avez Jean le Baptiste qui est incorruptible, intègre, qui vous dit que la repentance, ça veut dire quelque chose :
Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez un fruit digne de votre repentance. Tout arbre qui ne produit pas de fruit sera coupé et jeté au feu, et déjà la cognée est à la racine.
Il y a quand même une forme d'intransigeance, voire même de sévérité, de la part de Jean le Baptiste. Mais ce qu'il y a de très beau, c'est que cette sévérité n'est pas gratuite et n'est pas le dernier mot. Elle vise à produire l'humilité chez l'homme, et produisant l'humilité chez l'homme, répond à cette intransigeance prophétique la miséricorde de Dieu. C'est quand même extraordinaire.
Et donc, avec Jean le Baptiste, vous plongez dans les eaux du Jourdain, et quand vous vous relevez, le ciel est ouvert. Et c'est pour vous qu'une voix vient du ciel pour dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis ma complaisance. » Et ça vous amène ensuite du côté du désert. Maintenant, vous êtes rempli de la force de l'Esprit Saint, parce qu'ayant dit devant Dieu que vous étiez, à vue humaine, incapable d'accomplir la loi et la perfection, Dieu accomplit maintenant pour vous l'effet de sa grâce. Il vous pousse au désert pour être mis à l'épreuve par le diable.
Alors peut-être un petit point ici de vocabulaire. On distingue les épreuves des tentations. Dieu met à l'épreuve, mais Dieu ne met pas en tentation. C'est le diable qui met en tentation. Le diable tente en séduisant votre imagination, c'est-à-dire en la manipulant, dans l'espoir d'amener la foi à un échec pour aboutir au triomphe du péché. Alors que l'épreuve, quand Dieu met à l'épreuve, c'est exactement l'inverse. Quand Dieu met à l'épreuve, c'est un instant de vérité. Il ouvre vos yeux sur la réalité du monde, et vous dites : « C'est pas facile. » Donc c'est une épreuve de vérité qui est censée amener le triomphe de la foi. Parce que l'espoir, c'est qu'ayant vu la réalité, vous vous tourniez vers Dieu qui l'a créée pour que vous lui demandiez de l'aide. Le triomphe de la foi est ce qui vous permet de prouver aux yeux de Dieu, et même à vos propres yeux, votre propre valeur.
Parce que le but n'est pas simplement d'avoir reçu en nous la vie éternelle : il faut encore la faire nôtre. Le but n'est pas simplement d'avoir reçu l'Esprit Saint ; le but est que cet Esprit Saint vienne dans notre âme, dans notre cœur, dans nos bras, dans nos yeux, dans notre bouche, que nous soyons tout emplis de Dieu. Si Dieu nous a pardonné, c'est pour que nous devenions saints comme lui. « Soyez saints comme moi je suis saint. »
C'est quand même quelque chose d'extraordinaire, et c'est Jésus qui nous montre le chemin, avec cette triple tentation : la tentation du corps — le pain, les pulsions —, la tentation du monde — la richesse, la séduction —, et puis les tentations spirituelles, où nous voulons mettre Dieu à l'épreuve. Donc il y a là un exemple à suivre.
Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Seigneur tout-puissant, comme Jean le Baptiste a préparé le chemin pour ton Fils, aide-moi à ouvrir mon cœur à ta venue. Donne-moi la grâce d'une repentance sincère, et que ton Esprit descende sur moi comme une colombe. Guide-moi dans les eaux du baptême de ma vie. Apprends-moi à résister aux tentations du monde. Fortifie-moi par ta Parole.
Que le Seigneur nous apprenne à être disciples du Maître que nous avons choisi, Jésus-Christ. Et vous tous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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