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Jour 82 ☼ — Les Béatitudes et l'appel à une justice authentique

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Résumé : Après le prologue de Matthieu, le frère Paul-Adrien introduit le premier des cinq grands discours de Jésus, le Sermon sur la montagne, en montrant sa structure d'art oratoire : exorde (les Béatitudes), développement en parallèles et antithèses, péroraison. La lecture de Matthieu 5 déploie les huit Béatitudes, le sel et la lumière, l'accomplissement de la Loi et les six antithèses « vous avez appris… moi je vous dis ». Le commentaire souligne que les Béatitudes résument l'Évangile en huit phrases et ouvrent un chemin de bonheur paradoxal, et que Jésus radicalise l'ancienne Loi jusqu'à la pureté d'intention. Le frère met en garde contre une lecture littérale des hyperboles orientales, notamment sur la joue tendue, en rappelant l'attitude de Jésus devant le garde du grand prêtre.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur. Aujourd'hui, après le prologue d'hier, Matthieu 5, 6 et 7, ça va être le premier grand discours de Jésus, ce qu'on appelle le Sermon sur la montagne. S'il y a un discours célèbre de Jésus, c'est bien celui-là. Donc ouvrez grand les oreilles, c'est à pleurer tellement c'est beau.

Si jamais je continue de faire le lien avec la Torah, c'est notre premier grand discours. Il y en aura cinq, de la même manière qu'il y a cinq livres dans la Torah. Il sera en haut d'une montagne, de la même manière que Moïse avait donné sa loi en haut d'une montagne.

Alors, une fois n'est pas coutume, vous me permettrez, en guise d'introduction, de passer un peu plus de temps sur la structure du Sermon sur la montagne, parce que c'est un discours qui est extrêmement structuré, qui avait été fait pour être appris par cœur. Et si vous regardez, vous avez un exorde, un milieu, une fin, une péroraison, ce qui reprend les structures classiques de l'art oratoire.

Donc vous avez au début un exorde, ce qu'on appelle une captatio benevolentiae, où l'orateur Jésus essaye de vous prendre dans le sens du poil, si jamais vous me permettez l'expression. Ce sera ce qu'on appelle les Béatitudes, qui vous rappellent le sens de votre vie : « Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu », ce qu'on appelle la vision béatifique.

Ok, ça, c'est la captatio benevolentiae, et puis ensuite vous aurez toute une première partie du discours qui va être construite avec des parallèles, avec des antithèses, le tout étant fait pour permettre de mémoriser plus facilement le discours. « Vous avez appris qu'il a été dit… Moi, je vous dis… » Dans ces six courts passages découpés en trois blocs puis trois blocs, vous verrez comment Jésus radicalise l'ancienne loi, le Décalogue, l'Ancien Testament, pour arriver jusqu'au cœur de ce qui fait la loi nouvelle : la pureté d'intention.

Lecture : Matthieu 5

Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toutes sortes de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes.

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements et qui enseignera aux hommes à faire ainsi sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume.

Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : "Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il devra passer en jugement." Eh bien, moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu'un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu'un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d'accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.

Vous avez appris qu'il a été dit : "Tu ne commettras pas d'adultère." Eh bien, moi, je vous dis : tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi perdre un seul de tes membres que d'avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car mieux vaut pour toi perdre un seul de tes membres que d'avoir ton corps tout entier qui s'en aille dans la géhenne.

Il a été dit également : "Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation." Eh bien, moi, je vous dis : tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : "Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur." Eh bien, moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête : est-ce que tu peux rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir ? Que votre parole soit "oui", si c'est "oui", "non", si c'est "non". Ce qui est en plus vient du Mauvais.

Vous avez appris qu'il a été dit : "Œil pour œil et dent pour dent." Eh bien, moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. Et si quelqu'un veut te poursuivre en justice pour prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos.

Vous avez appris qu'il a été dit : "Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi." Eh bien, moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Commentaire

Bon, c'est tellement beau qu'on ne sait pas quoi dire. Les Béatitudes, huit Béatitudes. On dit des Béatitudes que c'est à elles seules un résumé de l'Évangile. L'Évangile en huit phrases, ce sont ces Béatitudes qui vous rappellent, un, que le christianisme est le chemin du bonheur, mais que deux, ce bonheur est paradoxal, parce qu'il consiste à passer à travers pas mal de sacrifices.

Mais ce qu'il y a de très beau dans ces Béatitudes, c'est que vous sentez déjà poindre, à travers les sacrifices ou les épreuves que vous pouvez vivre, l'espérance et la récompense finale : voir Dieu, la vertu récompensée. « Heureux ceux qui sont affamés et assoiffés de justice, ils seront rassasiés. » Enfin, je veux dire quand même, il n'y a pas une phrase qui a pris une ride. Si vous vouliez croire en Dieu, qu'est-ce qu'on vous dirait d'autre ?

Donc ça, c'est les Béatitudes : le ciel vous est déjà donné. Et après, derrière, Jésus qui parle de vous à la manière des prophètes. Si vous voulez vivre à la manière de Jésus, vous êtes un prophète. C'est quand même extraordinaire, on n'en demandait pas tant. On n'en demandait pas tant, mais il y a une pureté dans le bien qui vous est proposé, il y a une pureté dans le bonheur que Jésus vous laisse entrapercevoir. On sait que c'est vrai, on sait que ça existe, on sait qu'il faut lui donner sa vie.

Bon, et puis après, vous avez le chemin de la perfection. Une fois qu'il a donné en quelques phrases la lumière, le sel de la terre, les Béatitudes, ensuite Jésus vous dit : l'échelle qui vous amène de la terre jusqu'au ciel, c'est l'échelle de la perfection. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Alors, le chemin de la perfection, ça va jusqu'au creux de l'intention. C'est peut-être ce que Jésus voulait dire quand il disait :

Celui qui transgresse le plus petit de ces commandements sera tenu pour le plus petit dans le royaume des Cieux.

Et saint Jean Chrysostome commentait, en son temps, en son heure : « Le plus petit commandement, c'est la pureté de l'intention. Celui qui néglige cela sera tenu pour petit dans le royaume des Cieux. »

Alors après, cette pureté d'intention, Jésus la fait éclater dans tous les domaines : dans le domaine de la vie fraternelle, à travers la colère ; dans le domaine de la sexualité, à travers la fidélité ; dans le domaine du respect de la parole.

Vous faites attention, parce que la manière dont Jésus parle est, si jamais je puis dire, à la manière orientale. C'est-à-dire qu'il en rajoute pour vous faire comprendre où il est : il exagère, et on est dans l'hyperbole. « Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le et jette-le loin de toi. » Évidemment que Jésus ne vous en demande pas autant : c'est à prendre dans un sens figuré.

Je dis ça parce que si jamais ça paraît évident pour tout le monde, « si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le et jette-le loin de toi », le nombre de questions que j'ai sur cet autre passage : « Si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite. » Bon, Jésus, qui vous dit « on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite », il n'est pas en train de vous dire de tout accepter. Et évidemment que si jamais vous êtes une femme et que vous êtes tapée par votre mari, on vous demande de vous séparer pour mettre fin à cette injustice qui est le non-respect de votre intégrité physique. Point à la ligne.

Et la preuve ? La preuve, c'est que quand Jésus a été arrêté, il y a un garde qui, au nom du grand prêtre juif, lui a mis une claque sur la figure — c'était une claque, probablement avec un gant de fer, qui lui a brisé la mâchoire. Et à ce moment-là, quand Jésus était interrogé par Anne et Caïphe et qu'un garde l'a frappé sur la joue, on n'a pas vu Jésus tendre l'autre joue. Au contraire, il a dit : « Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Dis-le-moi. Si j'ai bien répondu, pourquoi me frappes-tu ? Si j'ai mal répondu, dis-moi ce que j'ai fait. »

Donc, ne soyez pas plus papiste que le pape, et regardez ce que Jésus a fait. C'est-à-dire qu'on vous appelle à la perfection, on ne vous appelle pas à débrancher votre cerveau, si jamais je puis dire.

En attendant, relisez ce passage, il est extraordinaire. Il y a un appel là-dedans : l'amour des ennemis, « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », lui qui fait tomber la pluie sur les justes comme sur les injustes et qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les mauvais. Mais c'est à pleurer ! C'est à pleurer. On a envie d'y croire, on a envie de lui ressembler, on a envie d'être les fils de Dieu.

Enfin bref, transition poétique : on continue notre psaume 118, chaque jour une strophe différente, l'amour de la loi divine. On dit que c'était le psaume préféré de saint Benoît. Psaume 118, Beth, verset 9.

Psaume 118b

Comment, jeune, garder pur son chemin ? En observant ta parole. De tout mon cœur je te cherche, garde-moi de fuir tes volontés.

Dans mon cœur, je conserve tes promesses pour ne pas faillir envers toi. Toi, Seigneur, tu es béni : apprends-moi tes commandements.

Je fais repasser sur mes lèvres chaque décision de ta bouche. Je trouve dans la voie de tes exigences plus de joie que dans toutes les richesses.

Je veux méditer sur tes préceptes et contempler tes voies. Je trouve en tes commandements mon plaisir, je n'oublie pas ta parole.


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