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Jour 86 ☼ — L'humilité et le pardon au cœur du Royaume

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 18 de saint Matthieu, qu'il présente comme la toute première charte de l'Église : le plus grand est celui qui se fait petit, malheur à celui par qui le scandale arrive, le berger laisse les quatre-vingt-dix-neuf pour la brebis égarée, la correction fraternelle est graduée, et le pardon n'a pas de limite. Le commentaire souligne que la constitution de l'Église ne parle ici ni de hiérarchie ni de sacrement, mais de miséricorde et d'attention aux plus petits, c'est-à-dire aux fragiles dans la foi. Le pasteur est appelé à quitter son confort, sa sensibilité et ses certitudes pour se mettre à leur hauteur. La parabole finale du serviteur impitoyable transforme cette question en question de paradis ou d'enfer : pardonner du fond du cœur, et non seulement des lèvres. L'épisode se termine par la strophe Wav du psaume 118.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Toujours cette alternance récits-discours, récits-discours. Je vous ai dit que Matthieu était le plus structuré : c'est un prof de maths qui a fait cet évangile. Et donc là, nous avons terminé un récit, nouveau discours. Nouveau discours que l'on appelle le discours ecclésial, le discours qui parle de l'Église, la toute première charte de l'Église. Avant le Concile Vatican II, avant le Concile de Trente, avant le Concile de Jérusalem, il y a Matthieu 18.

Lecture : Matthieu 18

À ce moment-là, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des Cieux ? » Alors Jésus appela un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et il leur déclara : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m'accueille, moi.

Celui qui est un scandale, une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu'arrivent les scandales, mais malheureux celui par qui le scandale arrive !

Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains et tes deux pieds dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu.

Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux.

Quel est votre avis ? Si un homme possède cent brebis et que l'une d'entre elles s'égare, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et s'il arrive à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit plus pour elle que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu.

Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l'assemblée de l'Église. S'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain.

Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. »

Alors Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.

Car le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents, c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent. Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : « Prends patience avec moi, et je te rembourserai tout. » Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : « Rembourse ta dette ! » Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : « Prends patience avec moi, et je te rembourserai. » Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé tout ce qu'il devait.

Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : « Serviteur mauvais ! Je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? » Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait remboursé tout ce qu'il devait.

C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

Commentaire

Donc, vous venez d'écouter la Constitution, les lois fondamentales de l'Église. Il n'est pas question ici de hiérarchie, même si c'est important. Il n'est pas question de sacrement, même si, évidemment, cela est constitutif de l'Église. Il est question de quoi ? Il est question de miséricorde et d'attention aux plus petits. C'est ça, le cœur de l'Église, le cœur vivant de l'Église : c'est l'amour. L'amour de Dieu, l'amour du prochain.

Et ici, vous sentez que cet « amour du prochain » prend des connotations particulières, à savoir comment aimer les gens à l'intérieur de l'Église. Eh bien, ce que vous dit ce passage-là, c'est qu'à l'intérieur de l'Église, il y a des gens qui ne vont pas bien, des pécheurs ; il y a aussi des gens qui sont fragiles, il y a les petits ; il y a aussi vous, qui devez faire attention à eux. C'est cette grande figure des petits. C'est amusant de le dire comme ça, mais si vous voulez devenir grand, il faut s'occuper des petits. Et si vous êtes un petit, vous êtes censé être au centre de la sollicitude de l'Église.

Maintenant, la question, c'est de savoir qui sont les petits. Les petits, ce n'est pas seulement les enfants. Nous, on pense spontanément — et ça, ça vient surtout de sainte Thérèse, la voie de l'enfance — que les petits, c'est ceux qui s'abandonnent simplement à Dieu. Mais je ne suis pas sûr que ça, ce soit la voie de la petitesse ; j'aurais plutôt tendance à dire que c'est déjà la voie de la grandeur. Quand on s'abandonne à Dieu parce que, parvenu au bout de sa foi et de ses efforts, on se jette dans les bras de Dieu, c'est peut-être pas tout de suite par là que l'on commence, j'ai envie de me dire. Bon, ça, c'est mon interprétation personnelle. Ça, c'est comment nous sommes censés ressembler aux petits : nous qui essayons de progresser dans l'Évangile, nous essayons de ressembler aux petits en nous abandonnant de manière simple dans les bras de notre Père — sainte Thérèse.

Mais les petits qui nous sont confiés, qui sont-ils ? Les petits qui nous sont confiés, ce ne sont pas forcément ceux qui se sont déjà abandonnés dans les bras de leur Père. Les petits qui nous sont confiés, ce sont peut-être les fragiles, ceux qui ont une foi fragile. Souvenez-vous de saint Paul. Saint Paul dit qu'il y a la foi de l'enfant et qu'il y a la foi de l'adulte. Il y a la foi des enfants qu'il va nourrir avec du lait et du miel ; il y a la foi de l'adulte qu'il va nourrir avec de la viande. Les enfants, ici, ce sont ceux qui sont fragiles dans leur foi et à qui il faut faire attention à ne pas scandaliser. Il faut faire attention à les chouchouter, à les bichonner. Et donc, ça doit être eux pour qui nous quittons tout.

C'est quelque chose de très beau. Ça veut dire que quand vous êtes un pasteur, vous devez adapter votre discours en fonction de votre public, et des fidèles et des ouailles qui vous sont confiés. Quand vous êtes un pasteur, vous êtes censé mettre votre sensibilité, même votre sensibilité liturgique, de côté, pour prendre la sensibilité des gens qui vous sont confiés et les faire grandir en Dieu.

Ça veut dire aussi que les scandales — le fait que les gens qui sont fragiles, vous les amenez à douter de leur foi — c'est considéré comme un péché extrêmement grave. Ça veut dire que les plus grands dans l'Évangile, ce sont ceux qui prennent soin des gens, des fidèles qui sont aux marges de l'Église, qui sont un peu paumés et qui n'arrivent pas à savoir très bien où ils en sont. Bon, eh bien, pour eux, vous êtes censé tout quitter. Vous êtes censé quitter votre confort spirituel. Vous êtes censé quitter votre sensibilité. Vous êtes censé quitter vos certitudes pour vous mettre à leur hauteur et les ramener à Dieu. C'est ça, la parabole de la brebis perdue.

Alors, maintenant, Jésus n'est pas naïf, parce que dans les petits, il y a du bon, il y a du mauvais. Parfois, les gens sont pleins de bonne volonté mais ils sont un peu perdus, et là, il faut tout donner pour eux ; mais parfois, ils ne sont pas toujours de bonne volonté. Et là, Jésus vous dit qu'il ne faudra pas hésiter à les reprendre. C'est la correction fraternelle : « Si ton frère a péché, va le reprendre. » Alors, saint Thomas d'Aquin dit que cette correction fraternelle fait partie des fruits de la charité. C'est l'art et la manière de ne pas tout accepter, de faire en sorte que l'on n'abuse pas de la miséricorde de Dieu, et que de temps en temps, par pédagogie, il faut s'opposer aux gens — et que c'est ça aussi, les aimer.

Simplement, ce que cet Évangile vous dit, c'est qu'il y a l'art et la manière. D'abord, on va voir la personne tout seul. Ensuite, si jamais ça ne change rien, on va prendre un ou deux témoins officiels de l'Église pour avoir un entretien formel. Et si ça ne marche pas, on le dit à l'Église. Et si jamais ça ne marche pas, tant pis, voilà, quoi. Mais si ça marche, Jésus vous dit qu'il faudra lui pardonner. Il ne faudra pas lui pardonner une fois, il ne faudra pas lui pardonner sept fois, il faudra lui pardonner soixante-dix fois sept fois.

Et il termine avec une parabole extraordinaire, qui, moi, me fait toujours frémir — je trouve que c'est la parabole la plus dure :

C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.

Et donc là, cette fois-ci, la manière dont vous traitez les petits, ce n'est plus simplement une question de grandeur à l'intérieur de l'Église : ça devient une question du paradis ou de l'enfer. Est-ce que vous êtes prêt à les aimer du fond de votre cœur ?

Je me souviens d'avoir dit une fois en chaire : « J'aime mes frères. Je suis prêt à leur rendre des services, et peut-être même, les meilleurs jours de ma vie, je suis prêt à donner ma vie pour eux. Mais est-ce que je suis prêt à leur donner mon cœur ? » Ça, c'est une autre chose. Voyez, donner son cœur : pas simplement pardonner avec les lèvres, pas simplement faire le bien avec les mains, mais aimer avec son cœur, et aimer sans retenue. C'est ça, le pardon.

Nous terminons par une transition poétique, toujours notre psaume 118 version grecque, 119 version hébraïque. J'espère qu'il vous plaît : il y a une pureté dans ces strophes, extraordinaire. Psaume 118, Wav, verset 41.

Psaume 118

Que vienne à moi, Seigneur, ton amour, et ton salut, selon ta promesse.

J'aurai pour qui m'insulte une réponse, car je m'appuie sur ta parole.

N'ôte pas de ma bouche la parole de vérité, car j'espère tes décisions.

J'observerai sans relâche ta loi, toujours et à jamais.

Je marcherai librement, car je cherche tes préceptes.

Devant les rois, je parlerai de tes exigences et ne serai pas humilié.

Je trouve mon plaisir en tes volontés, oui, vraiment, je les aime.

Je tends les mains vers tes volontés, je les aime, je médite sur tes ordres.


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