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Jour 86 ☾ — Appel à l'humilité et à l'abnégation

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit Matthieu 19 et 20, le récit de la montée de Jésus à Jérusalem : la question du divorce, les enfants qu'on lui présente, le jeune homme riche, la parabole des ouvriers de la onzième heure, la troisième annonce de la Passion, la demande des fils de Zébédée et la guérison des deux aveugles de Jéricho. Dans son commentaire, il montre comment ces chapitres dessinent en filigrane les trois vœux de la vie religieuse — chasteté, pauvreté, obéissance — présentés par Jésus comme une sorte de programme politique du Messie, fils de David. Le royaume de Dieu n'est pas seulement une affaire d'âme ou d'Église : il devait être la manière même dont les hommes vivent ensemble. L'épisode s'achève par une prière pour les couples et les familles en difficulté.

Introduction

Nous continuons notre lecture de l'Évangile selon saint Matthieu. On avait un discours, nous avons maintenant un récit. C'est le récit de la montée de Jésus à Jérusalem. Vous ferez attention, parce que derrière, il n'est pas impossible d'y voir le début de la vie religieuse : vous aurez d'abord le vœu de chasteté, puis le vœu de pauvreté, puis le vœu d'obéissance, qui à mot couvert jalonnent l'itinéraire de Jésus qui l'emmène de Capharnaüm à Jérusalem. Vous êtes dans Matthieu 19 et 20.

Lecture : Matthieu 19–20

Lorsque Jésus eut terminé ce discours, il s'éloigna de la Galilée et se rendit dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De grandes foules le suivirent, et là il les guérit.

Des pharisiens s'approchèrent de lui pour le mettre à l'épreuve. Ils lui demandèrent : « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ? » Il répondit : « N'avez-vous pas lu ceci ? Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme, et dit : "À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair." Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. »

Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d'un acte de divorce avant la répudiation ? » Jésus leur répond : « C'est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n'en était pas ainsi. Or, je vous le dis : si quelqu'un renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, et qu'il en épouse une autre, il est adultère. »

Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l'homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier. » Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Il y a des gens qui ne se marient pas, car de naissance ils en sont incapables. Il y en a qui ne peuvent pas se marier, car ils ont été mutilés par les hommes. Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne. »

Ensuite, on présenta des enfants à Jésus pour qu'il leur impose les mains en priant, mais les disciples les écartèrent vivement. Jésus leur dit : « Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent. » Il leur imposa les mains, puis il partit de là.

Et voici que quelqu'un s'approcha de Jésus et lui dit : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon ? Celui qui est bon, c'est Dieu, et lui seul. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » Il lui dit : « Lesquels ? » Jésus reprit : « Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de vol, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et aussi : tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l'ai observé. Que me manque-t-il encore ? » Jésus lui répondit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » À ces mots, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Et Jésus dit à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. » Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus posa son regard et dit : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pour Dieu, tout est possible. »

Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voilà que nous, nous avons tout quitté pour te suivre. Quelle sera donc notre part ? » Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers.

En effet, le royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit dès le matin afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c'est-à-dire une pièce d'argent. Et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là il dit : « Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés là toute la journée sans rien faire ? » Ils lui répondirent : « Parce que personne ne nous a embauchés. » Il leur dit : « Allez à ma vigne, vous aussi. »

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. » Ceux qui avaient commencé à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent eux aussi chacun une pièce d'un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : « Ceux-là, les derniers venus, n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur ! » Mais le maître répondit à l'un d'eux : « Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient et va-t'en. Je veux donner, moi, aux derniers venus autant qu'à toi. N'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » C'est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers derniers.

Montant alors à Jérusalem, Jésus prit à part les douze disciples, et en chemin il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu'elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; et le troisième jour, il ressuscitera. »

Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton royaume. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez. Quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »

Les dix autres, qui avaient entendu, s'indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut parmi vous être le premier sera votre esclave. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Tandis que Jésus, avec ses disciples, sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre. Et voici que deux aveugles, assis au bord de la route, apprenant que Jésus passait, crièrent : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » La foule les rabroua pour les faire taire, mais ils criaient encore plus fort : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » Jésus s'arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s'ouvrent ! » Saisi de compassion, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent.

Commentaire

Alors, vous avez vu, hein ? Je ne vous avais pas menti, on les reprendra, mais il est bien question de pauvreté, chasteté, obéissance : la vie religieuse. Sauf que dans le contexte, c'est quasiment présenté par Jésus comme une sorte de programme politique. Au fur et à mesure qu'il se dirige vers Jérusalem et que les annonces de la Passion scandent ses relations avec les disciples, il y a de plus en plus de foules de pèlerins qui viennent s'agglutiner sur le passage de Jésus, qui reconnaissent en lui le Messie, le fils de David.

Et donc, à mot couvert, Jésus est en train de dresser son programme politique. Programme familial : la chasteté. Programme politique : la pauvreté. Programme de grandeur nationale : l'obéissance. Ce qui prend les choses complètement à contre-courant. Mais je maintiens : il y a une dimension politique dans ces vœux, qui est présentée de la part de Jésus, fils de David, le Messie, comme étant la révolution. C'est-à-dire que si vous intégrez au cœur d'une société un peu de chasteté, un peu de pauvreté et un peu d'obéissance, vous auriez peut-être sur terre le vrai royaume de Dieu.

Vous savez, le royaume de Dieu, ce n'est pas d'abord, ou ce n'est pas uniquement, ce qu'il y a dans notre âme — les vertus, l'Esprit-Saint — même si, évidemment, c'est cela et ça commence par là. Et même, le royaume de Dieu, ce n'est pas uniquement l'Église, c'est-à-dire un endroit où on s'efforce en connaissance de cause d'avoir foi en Dieu et de pratiquer ses commandements, même si le royaume de Dieu, c'est cela. Mais normalement, le royaume de Dieu, ça devait être tout simplement ce que nous vivons en France, ce que nous vivons en Europe, et ce que les gens vivent en Israël. Ça devait être tout simplement la manière dont vivent les gens, tout court.

Alors maintenant, si vous reprenez le vœu de chasteté — on va voir si vous avez suivi — le vœu de chasteté, c'était à l'occasion de ces enfants qu'on venait présenter à Jésus. Les disciples veulent qu'ils partent, ce qui montre bien que les disciples n'ont strictement rien compris, peut-être même qu'ils n'ont même pas écouté, parce que, parvenus à ce stade-là, on peut se demander s'ils écoutent. Ce que Jésus venait de dire dans le discours sur l'Église, quand il disait : si vous voulez devenir grands, occupez-vous des petits… On leur amène des petits, les disciples leur disent : dégagez ! On les adore. Probablement qu'on est comme eux — c'est pas « probablement », on est comme eux.

Bon, bref, à cette occasion-là, Jésus prend un enfant et leur dit : vous voyez, cet enfant, si vous voulez lui ressembler, vous pouvez aussi vous consacrer entièrement à Dieu. Et c'est le discours sur la chasteté, que Jésus présente comme étant un discours difficile. Il le sait, il le dit : tout le monde ne comprendra pas cette parole.

Et puis ensuite, vous avez le jeune homme riche, qui cherche la perfection, la radicalité. Et Jésus lui dit : chiche ! Tu veux un peu de radicalité, tu veux un peu de perfection ? Prends ta carte bleue, tu la déchires, tu donnes l'argent aux pauvres et tu me suis.

Et puis ensuite, le troisième vœu, le vœu d'obéissance, qui, dans la vie religieuse, est le plus dur. Parce que non seulement il contient les autres, mais en plus, en fait, c'est plus difficile d'obéir à un supérieur qui donne des ordres pas très intelligents, toujours, que de ne pas avoir de femme. Alors là, croyez-moi, croyez-moi : le vœu d'obéissance est le plus dur. Et il est donné à l'occasion, encore une fois, des disciples qui, décidément, sont égaux à eux-mêmes, fidèles à eux-mêmes, et qui ne comprennent rien, qui viennent demander à Jésus d'être à gauche et à droite dans sa gloire.

Et donc là, en plus, il y a un fond, il y a un fond de jalousie et de rivalité entre Pierre, qui était le premier, les fils de Zébédée qui voient ça et disent : « C'est pas juste, et nous, qu'est-ce qu'on devient ? » Et donc, ils vont voir Jésus. Et Jésus leur dit cette phrase admirable :

Celui qui veut être le premier parmi vous sera le dernier ; celui qui veut être votre maître sera votre serviteur.

Nous terminons par une prière. Et je voudrais confier tous les hommes et toutes les femmes qui sont malheureux dans leur couple. On a parlé du divorce. Souvenez-vous de ce que je vous avais dit avec Moïse, comment est-ce que Jésus nous demandait de ne pas divorcer. Eh bien, on y est. Avec nos vies difficiles, avec nos vies parfois compliquées, nous confions tous ceux pour qui la vie est dure.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions toutes les familles en difficulté. Nous te confions tous les couples en difficulté. Nous te confions tous ceux qui ont connu l'échec. Nous te demandons, Seigneur, de venir panser les cœurs. Nous te demandons, Seigneur, de venir réparer les familles. Nous te demandons, Seigneur, d'assister ceux qui pleurent et de ne permettre à personne de se sentir exclu de l'Église.

Quelles que soient nos difficultés dans la vie, Dieu nous aime. Dieu nous aime, il est mort pour nous.

Et vous, que Dieu qui est tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

Et si vous voulez que cette prière porte du fruit, n'hésitez pas : on connaît tous des personnes dans notre entourage qui souffrent. Un petit coup de téléphone, une petite marque d'affection, ça ne coûte pas cher, et c'est le début de la vie éternelle.


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