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Jour 87 ☾ — Le défi de l'humilité et de l'intégrité

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Résumé : La confrontation entre Jésus et ses adversaires monte encore d'un cran dans Matthieu 22-23. Après la parabole des noces royales, trois pièges successifs lui sont tendus — l'impôt à César, la résurrection des morts, le plus grand commandement — auxquels Jésus répond en réduisant ses interlocuteurs au silence, avant de retourner la question sur le Fils de David. Le chapitre 23 déploie alors une invective d'une violence et d'une poésie extraordinaires contre l'hypocrisie des scribes et des pharisiens, jusqu'à la lamentation sur Jérusalem. Le commentaire revient sur la pièce de l'impôt : les pharisiens la portent déjà sur eux, elle est païenne, et si l'effigie de César appartient à César, l'image qui appartient à Dieu, c'est l'homme lui-même.

Introduction

Nous sommes toujours dans cette section que l'on pourrait appeler la confrontation ultime entre Jésus et ses ennemis. On avait déjà commencé avec une parabole et une polémique sur la question de l'autorité. Les paraboles vont continuer, les polémiques vont continuer, et au fur et à mesure vous allez voir comment est-ce que le discours prend de l'ampleur pour se terminer par une invective d'une violence et d'une poésie extraordinaires, et qui vous fera peut-être penser, vous qui venez de quitter la lecture de la Torah, à ce fameux dernier chapitre du livre du Deutéronome quand Moïse maudissait le peuple.

Vous êtes dans Matthieu chapitres 22 et 23. Jésus qui dénonce devant la foule l'hypocrisie des autorités religieuses.

Lecture : Matthieu 22-23

Jésus se mit de nouveau à leur parler et leur dit en parabole : « Le royaume des cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités : "Voilà, j'ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés, tout est prêt, venez à la noce." Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce. Les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère. Il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville.

Alors il dit à ses serviteurs : "Le repas des noces est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce." Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle des noces fut remplie de convives.

Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : "Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ?" L'autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : "Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents." Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d'Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité. Tu ne te laisses influencer par personne, car ce n'est pas selon l'apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César, l'empereur ? »

Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d'un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » À ces mots, ils furent tous étonnés. Ils le laissèrent et s'en allèrent.

Ce jour-là, des sadducéens — ceux qui affirment qu'il n'y a pas de résurrection — s'approchèrent de Jésus et l'interrogèrent : « Maître, Moïse a dit : "Si un homme meurt sans avoir d'enfant, le frère de cet homme épousera sa belle-sœur pour susciter une descendance à son frère." Il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria et mourut ; et comme il n'avait pas de descendance, il laissa sa femme à son frère. Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu'au septième. Et finalement, après eux tous, la femme mourut. Alors, à la résurrection, duquel des sept sera-t-elle l'épouse, puisque chacun l'a eue pour épouse ? »

Jésus leur répondit : « Vous vous égarez en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu. À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans le ciel. Et au sujet de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce qui a été dit par Dieu : "Moi, je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob" ? Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » Les foules qui l'avaient entendu étaient frappées par son enseignement.

Les pharisiens, apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l'un d'entre eux, un docteur de la loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve : « Maître, dans la loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit." Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." De ces deux commandements dépendent toute la Loi ainsi que les Prophètes. »

Comme les pharisiens se trouvaient réunis, Jésus les interrogea : « Quel est votre avis au sujet du Christ ? De qui est-il le fils ? » Ils lui répondent : « De David. » Jésus leur réplique : « Comment donc David, inspiré par l'Esprit, peut-il l'appeler Seigneur en disant : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite jusqu'à ce que j'aie placé tes ennemis sous tes pieds" ? Si donc David l'appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ? » Personne n'était capable de lui répondre un mot. Et à partir de ce jour-là, nul n'osa plus l'interroger.

Alors Jésus s'adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu'ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le ; mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux difficiles à porter et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges. Ils aiment les places d'honneur dans les dîners, les sièges d'honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques. Ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.

Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des cieux devant les hommes ! Vous-mêmes, en effet, n'y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand c'est arrivé, vous faites de lui un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous.

Malheureux êtes-vous, guides aveugles, vous qui dites : "Si l'on fait un serment par le sanctuaire, il est nul ; mais si l'on fait un serment par l'or du sanctuaire, on doit s'en acquitter." Insensés et aveugles ! Qu'est-ce qui est le plus important : l'or, ou bien le sanctuaire qui consacre cet or ? Vous dites encore : "Si l'on fait un serment par l'autel, il est nul ; mais si l'on fait un serment par l'offrande posée sur l'autel, on doit s'en acquitter." Aveugles ! Qu'est-ce qui est le plus important : l'offrande, ou bien l'autel qui consacre cette offrande ? Celui donc qui fait un serment par l'autel fait un serment par l'autel et par tout ce qui est posé dessus ; celui qui fait un serment par le sanctuaire fait un serment par le sanctuaire et par celui qui l'habite ; et celui qui fait un serment par le ciel fait un serment par le trône de Dieu et par celui qui siège sur ce trône.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger le reste. Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l'extérieur de la coupe et de l'assiette, tandis que l'intérieur est rempli de cupidité et d'intempérance. Pharisien aveugle, purifie d'abord l'intérieur de la coupe, afin que l'extérieur aussi devienne pur.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les sépulcres des prophètes, vous décorez les tombeaux des justes, et vous dites : "Si nous avions vécu à l'époque de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes." Et ainsi vous témoignez contre vous-mêmes : vous êtes bien les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. Vous donc, mettez le comble à la mesure de vos pères ! Serpents, engeance de vipères ! Comment éviteriez-vous d'être condamnés à la géhenne ?

C'est pourquoi, voici que moi, j'envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous tuerez et crucifierez les uns, vous en flagellerez d'autres dans vos synagogues, vous les poursuivrez de ville en ville. Et ainsi, sur vous retombera tout le sang des justes qui a été versé sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l'autel. Amen, je vous le dis : tout cela viendra sur cette génération.

Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides tous ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu ! Et voici que votre temple vous est laissé : il est désert. En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez pas… »

Commentaire

Le passage est long, nous n'aurons pas le temps de tout commenter, mais vous n'avez certainement pas été insensibles à la puissance qui s'exprime derrière la violence de ces propos.

Je voudrais simplement remonter avec vous un tout petit peu en arrière, sur cette question de pièce et d'impôt. Je mets de côté la perversité de la question des pharisiens, qui font tout pour enfermer Jésus : ils commencent par le flatter, ensuite ils amènent la foule, ils amènent les soldats, ensuite ils essaient d'enfermer la question — est-il permis, oui ou non ? — interdisant à Jésus de donner des explications. Et ils lui posent la question.

Mais regardez la réponse de Jésus : « Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » Car en fait, il se trouve que les pharisiens ont dans leur poche une pièce de monnaie qui sert à payer l'impôt. Et donc Jésus montre par là, à mots couverts, que les pharisiens qui lui posent cette question sont déjà touchés, corrompus, partie prenante d'un système qu'il dénonce par ailleurs : l'hypocrisie des pharisiens.

Mais la réponse ne s'arrête pas là. Car sur la pièce de cet impôt, il y a des inscriptions et des effigies. Il y a l'effigie de l'empereur, et il y a des inscriptions qui lui donnent un titre divin. Il s'agit donc d'une pièce païenne, dont la simple possession, normalement, suffirait à vous rendre impur pour les juifs observants que prétendent être les pharisiens. Et vous êtes ici dans le Temple.

Et Jésus donne sa célèbre formule : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Pour nous, modernes, on a pu voir là les fondements de la laïcité moderne, et nous avons raison. Mais gardons-nous de trop surinterpréter ce passage du côté de la laïcité : Jésus a une prétention politique qu'il ne cesse d'affirmer.

Mais allez jusqu'au bout de cette histoire d'effigies, d'images et de pièces. Vous aviez une image qui appartient aux hommes, très bien. Y a-t-il une image qui appartient à Dieu ? L'image qui appartient à Dieu, c'est vous. Vous êtes à l'image de Dieu. « Homme et femme il les créa, à son image et à sa ressemblance il les créa. » Et donc la question, c'est : quel est l'impôt que vous, maintenant, allez rendre à Dieu ? Il y a tout ça derrière la réponse de Jésus. Elle est extraordinaire.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions notre vie religieuse. Nous te demandons d'être gardés de toute hypocrisie, et que notre adoration pour toi, Seigneur, soit sincère : non pas du bout des lèvres, et en imaginant te plaire par la quantité de prières, mais, Seigneur, du fond de notre cœur, dans l'humilité, dans le service, dans l'adoration véritable.

Nous te confions, Seigneur, toutes les personnes qui se disent religieuses et qui, de ce fait, par leur comportement et leur arrogance spirituelle, éloignent les gens de toi. Nous te demandons, Seigneur, de faire partie de ceux qui œuvrent à ton royaume, et non pas des vignerons homicides.

Et vous, que Dieu, qui est tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


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