Jour 88 ☼ — Veillez, car l'heure approche !
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Résumé : Sans transition après sa charge contre les pharisiens, Jésus annonce la destruction du temple et prononce son grand discours apocalyptique. Le frère Paul-Adrien souligne la poésie brutale et saisissante propre à Matthieu, puis distingue dans le discours trois parties : les signes, la vigilance, le jugement dernier. Il détaille les signaux lointains (guerres, catastrophes, apostasie de masse, refroidissement de la charité) et les signaux proches (abomination de la désolation, grande tribulation, faux prodiges), avant la grande déflagration finale. Jésus refuse de donner la date : ce qui doit nous caractériser, c'est la vigilance, cet état d'éveil spirituel qui pousse vers la lumière plutôt que vers les ténèbres.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes toujours dans le discours de Jésus contre les pharisiens qui, décidément, n'en finit plus. Et cette fois-ci, sans transition aucune, après avoir parlé contre les pharisiens, Jésus va maintenant parler de la destruction du temple dans lequel habitaient les pharisiens. Et avec la destruction du temple, c'est le discours apocalyptique de Jésus qui commence.
Lecture : Matthieu 24
Jésus était sorti du temple et s'en allait, lorsque ses disciples s'approchèrent de lui pour lui faire remarquer les constructions du temple. Alors, prenant la parole, il leur dit : « Vous contemplez tout cela, n'est-ce pas ? Amen, je vous le dis : il ne restera pas ici pierre sur pierre, tout sera détruit. »
Puis, comme il s'était assis au mont des Oliviers, les disciples s'approchèrent de lui à l'écart pour lui demander : « Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde ? »
Jésus leur répondit : « Prenez garde que personne ne vous égare, car beaucoup viendront sous mon nom et diront : "C'est moi le Christ", et alors ils égareront bien des gens. Vous allez entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres. Faites attention, ne vous laissez pas effrayer, car il faut que tout cela arrive, mais ce n'est pas encore la fin. On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume ; il y aura en divers lieux des famines et des tremblements de terre. Or tout cela n'est pas la fin, ce n'est que le commencement des douleurs de l'enfantement.
Alors vous serez livrés à la détresse, on vous tuera, on vous persécutera, vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors ce sera pour beaucoup une occasion de chute : ils se livreront les uns les autres, ils se détesteront les uns les autres. Beaucoup de faux prophètes se lèveront et ils égareront bien des gens. À cause de l'ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira. Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Et cet Évangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier ; il y aura là un témoignage pour toutes les nations. Et alors viendra la fin.
Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation installée dans le Lieu saint, comme l'a dit le prophète Daniel — que le lecteur comprenne ! — alors, ceux qui seront en Judée, qu'ils s'enfuient. Celui qui sera sur sa terrasse, qu'il ne descende pas pour emporter ce qu'il y a dans sa maison. Celui qui sera dans son champ, qu'il ne retourne pas en arrière pour emporter son manteau. Malheureuses les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là ! Priez pour que votre fuite n'arrive pas en hiver, ni un jour de sabbat. En effet, il y aura alors une grande détresse, telle qu'il n'y en a jamais eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant, et telle qu'il n'y en aura jamais plus. Et si le nombre de ces jours-là n'était pas abrégé, personne n'aurait la vie sauve ; mais à cause des élus, ces jours-là seront abrégés.
Alors si quelqu'un vous dit : "Voilà le Messie, il est là !", ou bien encore : "Il est là !", n'en croyez rien. Il surgira des faux messies et des faux prophètes ; ils produiront des signes grandioses et des prodiges, au point d'égarer, si c'était possible, même les élus. Voilà : je vous l'ai dit à l'avance. Si l'on vous dit : "Le voilà dans le désert", ne sortez pas. Si l'on vous dit : "Le voilà dans le fond de la maison", n'en croyez rien. En effet, comme l'éclair part de l'Orient et brille jusqu'à l'Occident, ainsi sera la venue du Fils de l'homme. Selon le proverbe : "Là où se trouve le cadavre, là se rassembleront les vautours."
Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s'obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine et verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel, avec grande puissance et dans sa grande gloire. Il enverra ses anges avec une trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde, d'une extrémité des cieux jusqu'à l'autre.
Laissez-vous instruire par la parabole du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que ses feuilles sortent, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez tout cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. Comme il en fut au jour de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l'homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis. Telle sera aussi la venue du Fils de l'homme. Alors deux hommes seront au champ : l'un sera pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l'une sera prise, l'autre laissée.
Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.
Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d'agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l'établira sur tous ses biens. Mais si ce mauvais serviteur se dit en lui-même : "Mon maître tarde", et s'il se met à frapper ses compagnons, s'il mange et boit avec les ivrognes, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, il l'écartera et lui fera partager le sort des hypocrites ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Commentaire
Il y a décidément une poésie dans Matthieu qui lui est bien particulière. Chaque évangile a sa propre caractéristique. Par exemple, saint Jean est très simple au niveau du vocabulaire mais très élevé sur la pensée mystique. Saint Luc a un côté social et parle des femmes et des pauvres. Mais dans Matthieu, il y a une poésie un peu brutale qui surgit çà et là dans l'Évangile. Aujourd'hui, c'était avec le discours apocalyptique, qui est d'une puissance et d'une force assez saisissantes pour vous ramener au premier siècle et à la poésie juive et hébraïque.
Le discours apocalyptique de Jésus préfigure ce que vous aurez plus tard dans le livre de l'Apocalypse. On oublie que, avant le livre de l'Apocalypse, il y a le discours apocalyptique de Jésus. Ce n'est pas seulement saint Jean qui a parlé de la fin des temps : c'est Jésus lui-même, et dans des termes qui feraient peut-être même pâlir saint Jean quant à la force, à la puissance et à la violence.
Le discours est composé de trois parties. Une première partie sur la question des signes : à quels signes verrons-nous ta venue ? Une deuxième partie ensuite, constituée principalement de paraboles, sur la notion de vigilance. Et une dernière partie, à venir, sur la notion de jugement dernier.
Revenons un instant, si vous le voulez, sur cette question de la date de la fin des temps. Car oui, Jésus reviendra à la fin des temps. Ça fait partie de la foi chrétienne, que nous récitons dimanche après dimanche : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts.
Dans ces signes, il y a ce qu'on pourrait appeler des signes lointains et des signes proches. Les signaux lointains, c'est pour vous dire qu'il y a quelque chose qui est en train de s'accélérer, mais on n'y est pas encore. Et vous avez des signes proches, des signes qui vous disent cette fois-ci l'imminence de la fin des temps.
Dans les signes lointains, les signaux avant-coureurs — on pourrait appeler ça encore des signaux faibles — vous avez les guerres, vous avez les catastrophes naturelles, vous avez l'apostasie de masse. Tiens, celui-là n'est-il pas déjà réalisé ? Vous avez le regain de la prédication évangélique. Tiens, cela n'est-il pas là aussi réalisé ? Et vous avez un sentiment diffus de perte de foi, de charisme et de charité à l'intérieur de l'Église. Ça, ce sont les signaux lointains, et pour une part, je m'excuse de devoir le dire, mais malheureusement ils sont déjà réalisés.
Et puis ensuite, vous avez les signaux proches, les signaux forts, les signaux qui montrent l'imminence de la venue du Royaume des Cieux. Et cette fois-ci, il sera question d'une abomination de la désolation. On ne sait pas exactement ce que ça veut dire. On pourrait probablement le mettre en lien avec la figure de l'Antéchrist dont parlent saint Paul et saint Jean. Avec l'abomination de la désolation, il y aura aussi une tribulation, c'est-à-dire des épreuves telles qu'il n'y en a jamais eu depuis le début du monde jusqu'à maintenant, et jusqu'à la fin des temps. Ça, c'est un terme qui vous vient en fait du livre de l'Exode : quand il y avait les dix plaies, Dieu disait à Moïse que c'est une tribulation telle que l'Égypte n'en a pas connu depuis le début de sa fondation jusqu'à maintenant. Donc il y aura une tribulation extrêmement grande, et puis aussi une multiplication des faux signes et des faux prodiges.
Et alors, après, vous aurez ce qu'on appelle la grande déflagration : Dieu qui enverra ses anges pour rassembler tous les élus, puis la résurrection de la chair, et après la résurrection de la chair, le rassemblement des nations pour le jugement.
Quand cela va-t-il arriver ? On ne sait pas, et Jésus se garde bien de nous donner l'heure et la date — et on comprend. Imaginez que Jésus nous ait donné la date de la fin du monde : on serait bien embêtés. Soit c'est pour tout de suite, et puis nous serions dans une fébrilité telle qu'il n'y aurait rien à tirer de nous. Soit c'est pour dans longtemps, et dans ce cas-là nous serions en train de dormir et de nous reposer. Donc on comprend que Jésus refuse de donner la réponse à la question « Quand cela arrivera-t-il ? » et qu'il parle par paraboles interposées. Il n'est pas sage pour l'homme de connaître le temps de sa venue.
Ce qui doit nous caractériser, c'est la vigilance, l'état d'éveil spirituel qui nous pousse à faire le bien plutôt que le mal, à nous tourner vers la lumière plutôt que vers les ténèbres. Et Jésus va multiplier là les paraboles pour nous dire à quel point la vigilance est une des vertus qui doit caractériser l'agir chrétien.
Nous terminerons ce discours apocalyptique dans le prochain épisode. En attendant, petite pause poétique.
Psaume 118 (h)
Mon partage, Seigneur, je l'ai dit, c'est d'observer tes paroles.
De tout mon cœur, je quête ton regard : pitié pour moi selon tes promesses.
J'examine la voie que j'ai prise : mes pas me ramènent à tes exigences.
Je me hâte et ne tarde pas d'observer tes volontés.
Les pièges de l'impie m'environnent : je n'oublie pas ta loi.
Au milieu de la nuit, je me lève et te rends grâce pour tes justes décisions.
Je suis lié à tous ceux qui te craignent et qui observent tes préceptes.
Ton amour, Seigneur, remplit la terre ; apprends-moi tes commandements.
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