CapBibliqueCapBiblique

Jour 88 ☾ — Préparez-vous pour l’éternité !

← J88 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J89 ☼ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien achève le discours apocalyptique de Jésus en lisant tout le chapitre 25 de saint Matthieu : la parabole des dix jeunes filles, celle des talents, et le grand tableau du jugement dernier où le Fils de l'homme sépare les brebis des boucs. Le commentaire souligne la simplicité poétique et poignante de ce texte propre à Matthieu, où les bons font le bien sans même s'en apercevoir — gratuité pure derrière laquelle se cache le Christ lui-même. Il rappelle les sept œuvres de miséricorde matérielle et leur transposition spirituelle selon saint Rémi. L'épisode s'achève par une prière pour la vigilance et la charité.

Introduction

Chose promise, chose due : la fin du discours apocalyptique, avec notamment la fin du chapitre 25, qui est extraordinaire. C'est la parabole du jugement dernier avec les brebis à droite et les boucs à gauche, une spécificité de l'évangile selon saint Matthieu, et qui moi… enfin bref, bref, bref, laissons la parole à Dieu.

Lecture : Matthieu 25

Alors le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes. Les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d'huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, des flacons d'huile.

Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre ! » Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. » Les prévoyantes leur répondirent : « Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous. Allez plutôt chez les marchands vous en acheter. »

Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! » Il leur répondit : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. » Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

C'est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l'un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.

Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n'avait reçu qu'un seul talent alla creuser la terre et cacha l'argent de son maître.

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s'approcha, présenta cinq autres talents et dit : « Seigneur, tu m'as confié cinq talents ; voilà, j'en ai gagné cinq autres. » Son maître lui déclara : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. »

Celui qui avait reçu deux talents s'approcha aussi et dit : « Seigneur, tu m'as confié deux talents ; voilà, j'en ai gagné deux autres. » Son maître lui déclara : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. »

Celui qui avait reçu un seul talent s'approcha aussi et dit : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t'appartient. » Son maître lui répliqua : « Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n'ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l'ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l'aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car à celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se verra enlever même ce qu'il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi. »

Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu ? Tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? Tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? Tu étais nu, et nous t'avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ? » Et le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »

Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. »

Alors ils répondront, eux aussi : « Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ? » Il leur répondra : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait. » Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle.

Commentaire

Je me souviens — pour vous dire qu'il m'a marqué — du commentaire de ma Bible Osty à propos de ce passage : « Morceau d'une bravoure épique, simple et pathétique, dont l'émotion finit par saisir l'auditeur. » Le pathétique, ici, réfère au pathos, à l'appel, à l'émotion. Mais vous sentez qu'il y a une simplicité dans cette poésie qui désarme toutes les tentatives de sophistication qu'on pourrait donner. Le jugement, ça existe. Les brebis et les boucs, ça existe. Et faire le bien, ça existe aussi.

Ce qu'il y a d'autant plus touchant, c'est que les bons font le bien sans même s'en apercevoir. Et derrière, c'est cette gratuité qui les caractérise. Ce qui caractérise la bonté à l'état pur, ce n'est même pas tant le fait d'aller voir les malades, d'aller voir les prisonniers, d'aller voir les affamés : c'est de le faire sans se poser de questions, même sans savoir à qui on le fait, simplement parce que ça doit être fait. Et là, vous avez une gratuité. Et en fait, derrière cette gratuité, vous aviez le Christ.

Je me souviens de mon aumônier scout qui me disait : « Adrien — à cette époque-là, je m'appelais Adrien — Adrien, tu as déjà probablement rencontré le Christ dans ta vie. Probablement qu'au détour d'une rue, il y avait un pauvre qui demandait de l'argent, et qu'en fait ce n'était pas vraiment un pauvre, c'était vraiment le Christ qui était déguisé en pauvre. » Donc, ça se trouve, vous avez déjà rencontré le Christ ; mais vraiment, il est quand même ressuscité. Et des pauvres, comme a dit Jésus, vous en aurez toujours. Donc il y a quelque chose d'extrêmement touchant.

Et à l'inverse, ceux qui font le mal font le mal sans même s'en apercevoir. Ils étaient persuadés d'avoir obéi à Dieu, et en fait ils étaient suffisants. C'est quelque chose, si vous voulez, qui quand même, moi, m'interloque beaucoup sur moi-même. Où serons-nous à ce jugement dernier ? Est-ce qu'on sera à gauche, ou est-ce qu'on sera à droite ? Il y a une vraie question derrière.

Je reprends aussi ces œuvres. On les appelle les œuvres de miséricorde ; il y en a sept. On les appelle les œuvres de miséricorde matérielle : donner à manger, donner à boire, aller voir les malades, aller voir les prisonniers, s'occuper des immigrés, etc. Et puis, à côté de ces sept œuvres de miséricorde matérielle, la tradition a distingué sept œuvres de miséricorde — pardon — spirituelle.

Je vous donne un commentaire que donne saint Rémi à propos de ce passage : « Remarquez que le Seigneur fait ici mention de sept œuvres différentes de miséricorde, et celui qui aura mis tous ses soins à les accomplir méritera de posséder le royaume qui a été préparé aux élus dès le commencement du monde. » Mais dans le sens spirituel : nourrir du pain de la parole — c'est l'évangélisation, le catéchisme et la prédication ; rafraîchir, donner à boire, rafraîchir du breuvage de la sagesse — voilà, ce sont ceux qui ont faim et soif de la justice ; ensuite, recevoir dans le sein de l'Église notre mère ceux qui s'égarent dans les sentiers de l'hérésie et du péché. Toujours dans les œuvres de miséricorde spirituelle, il y a : supporter ceux qui sont faibles dans la foi — ça, ce sont les malades ; les hérétiques, c'étaient les immigrés. Et puis ensuite, vous avez : observer les préceptes de la vraie charité, et libérer du péché — ça, ce sont ceux qui sont dans la prison.

Bon, et avec ça, le récit qui alterne entre le solennel et le grandiose :

Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui.

Voilà pour le solennel et le grandiose. Et voilà pour la tendresse et la poésie :

Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

Et même, derrière, si vous regardez en grec, ce n'est pas « recevez en héritage », mais « prenez possession du royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ». Bon, à méditer, et surtout à pratiquer. Terminons par notre prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Nous allons prier pour la vigilance et la charité.

Seigneur Jésus, toi qui reviendras dans ta gloire pour juger les vivants et les morts, aide-moi à rester vigilant : dans le labeur de la charité, dans la veille de la prière, dans le service du pauvre, dans l'adoration de ta splendeur. Apprends-moi à ne pas cacher tes dons par peur ou par paresse.

Et vous, que Dieu qui est Tout-Puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.


← J88 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J89 ☼ →