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Jour 89 ☼ — L'agonie du Messie et la trahison des hommes

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 26 de l'évangile selon saint Matthieu : le complot des grands prêtres, l'onction de Béthanie, la trahison de Judas, la dernière Cène, l'agonie à Gethsémani, l'arrestation de Jésus, son procès devant Caïphe et le triple reniement de Pierre. Le commentaire souligne que la Passion est précédée du discours sur la fin des temps, car tous les signes annoncés de l'Apocalypse s'y accomplissent déjà : apostasie générale, rumeurs de guerre, tremblement de terre, abomination de la désolation. Il relève aussi la brièveté des récits de la Passion chez les quatre évangélistes, comme s'ils ne voulaient pas s'appesantir sur ce qui reste glauque et triste. L'épisode se termine exceptionnellement par le psaume 148, chant de la gloire de Dieu.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On arrive à la fin de l'évangile selon saint Matthieu. Bravo ! Le sprint final est en train de s'achever et alors cette fois-ci, nous sommes en train de prendre notre élan. On arrive dans Matthieu 26 pour la première partie, Matthieu 27-28 pour la deuxième partie. Et cette fois-ci, il sera question de trahison, de torture et de crucifixion.

Lecture : Matthieu 26

Lorsque Jésus eut terminé tout ce discours, il s'adressa à ses disciples : « Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l'homme va être livré pour être crucifié. »

Alors les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du grand prêtre, qui s'appelait Caïphe. Ils tinrent conseil pour arrêter Jésus par ruse et le faire mourir. Mais ils se disaient : « Pas en pleine fête, afin qu'il n'y ait pas de trouble dans le peuple. »

Comme Jésus se trouvait à Béthanie dans la maison de Simon le Lépreux, une femme s'approcha, portant un flacon d'albâtre contenant un parfum de grand prix. Elle le versa sur la tête de Jésus qui était à table. Voyant cela, les disciples s'indignèrent en disant : « À quoi bon ce gaspillage ? On aurait pu, en effet, vendre ce parfum pour beaucoup d'argent, que l'on aurait donné à des pauvres. » Jésus s'en aperçut et leur dit : « Pourquoi tourmenter cette femme ? Il est beau, le geste qu'elle a fait à mon égard. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Si elle a fait cela, si elle a versé ce parfum sur mon corps, c'est en vue de mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où cet Évangile sera proclamé, dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle vient de faire. »

Alors l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d'argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s'approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : "Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples." » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit, et ils préparèrent la Pâque.

Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun à son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Prenant la parole, il dit : « Qui s'est servi au plat en même temps que moi, c'est celui-là qui va me livrer. Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet homme-là ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi-même qui l'as dit. »

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et le donna aux disciples en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : "Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées." Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » Prenant la parole, Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq ne chante, tu m'auras renié trois fois. » Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même.

Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » Alors, un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux. » Puis il revint vers ses disciples et les trouva endormis. Il dit à Pierre : « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible. » De nouveau, il s'éloigna et pria pour la deuxième fois. Il disait : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s'éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu'elle est proche, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons ! Voici qu'il est proche, celui qui me livre. »

Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva. Il y avait avec lui une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le ! » Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l'embrassa. Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. » Alors ils s'approchèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent. L'un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille. Alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges. Mais alors, comment s'accompliraient les Écritures, selon lesquelles il faut qu'il en soit ainsi ? » À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j'étais assis en train d'enseigner, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » Alors tous les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent.

Ceux qui avaient arrêté Jésus l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu'au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs, pour voir comment cela finirait. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, mais ils n'en trouvèrent pas, pourtant beaucoup de faux témoins s'étaient présentés. Finalement, il s'en présenta deux, qui déclarèrent : « Celui-là a dit : "Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu, et en trois jours le rebâtir." » Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu'ils portent contre toi ? » Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c'est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « C'est toi-même qui l'as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » Alors le grand prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème. Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d'autres le rouèrent de coups en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t'a frappé ? »

Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une jeune servante s'approcha de lui et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Mais il le nia devant tout le monde et dit : « Je ne sais pas de quoi tu parles. » Une autre servante le vit sortir en direction du portail, et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus le Nazaréen. » De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. » Peu à peu, ceux qui se tenaient là s'approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l'un d'entre eux ! D'ailleurs ta façon de parler te trahit. » Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq ne chante, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

Commentaire

Il n'est pas tout à fait anodin que la passion de Jésus-Christ dans l'évangile selon saint Matthieu soit précédée du récit de la fin des temps et de l'Apocalypse. Parce que précisément, avec la crucifixion, l'humanité rentre dans les derniers temps. Et que non seulement l'humanité rentre dans les derniers temps, mais Jésus, en accomplissant l'histoire, eh bien, le dévoilement de l'Apocalypse. Apocalypto, en grec : dévoiler.

Il est amusant… Amusant n'est peut-être pas le bon mot. Il est quand même étonnant de voir à quel point les signes qui nous avaient été donnés pour prédire la fin des temps se retrouvent dans la passion de Jésus-Christ. Vous ne les avez pas tous entendus, et vous les entendrez peut-être dans le prochain épisode, dans la deuxième partie. Mais regardez. Il avait été question d'une apostasie générale à la fin des temps : eh bien là, vous avez tous les disciples qui ont déserté. Il était question de guerres et de rumeurs de guerre : et là, vous avez entendu, à mot couvert, les Juifs et les Romains se disputant pour un bout d'empire. Il était question de tremblement de terre : et quand Jésus mourra, il sera question de tremblement de terre. Vous avez entendu parler d'une abomination de la désolation : si jamais Jésus, la Parole de Dieu, crucifié et torturé, ce n'est pas l'abomination de la désolation, je ne sais pas ce que c'est.

Donc, oui, les signes de la fin des temps, Jésus les accomplit sur sa croix. Et ensuite, lorsque l'autre fin des temps viendra, la fin du temps, ce qu'on appelle la régénération du monde et la résurrection, à nouveau ces signes seront accomplis. Mais déjà, en contemplant la passion de Jésus, vous pouvez l'apercevoir et la contempler.

Évidemment, tout serait à commenter une fois, deux fois, trois fois. Il y a peut-être quand même une chose qui vous saisira à écouter la passion de Jésus-Christ : c'est qu'en fait, ça va assez vite. Deux chapitres. Et Matthieu ne vous donne pas beaucoup de détails. Et puis vous ne les trouverez pas non plus ni dans Luc, ni dans Marc, ni dans Jean. C'est un récit que, manifestement, les évangélistes n'aiment pas trop, et sur lequel on passe rapidement pour ne pas s'appesantir devant quelque chose qui, finalement, est glauque, triste. Et d'accord, il y a la résurrection au bout, mais comment, en attendant, ne pas s'empêcher de pleurer ?

Exceptionnellement, et comme c'est le dernier chapitre, nous ne terminons pas par le psaume 118-119, que nous n'avons pas fini, mais nous terminons par un autre psaume qui chante la gloire de Dieu.

Psaume 148

Alléluia ! Louez le Seigneur du haut du ciel, louez-le dans les hauteurs. Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le, tous les univers.

Louez-le, soleil et lune, louez-le, tous les astres de lumière. Vous, cieux des cieux, louez-le, et les eaux des hauteurs des cieux.

Qu'ils louent le nom du Seigneur : sur son ordre, ils furent créés. C'est lui qui les posa pour toujours sous une loi qui ne passera pas.

Louez le Seigneur depuis la terre, monstres marins, tous les abîmes, feux et grêles, neige et brouillard, vent d'ouragan qui accomplit sa parole.

Les montagnes et toutes les collines, les arbres des vergers et tous les cèdres, les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l'oiseau qui vole.

Les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre, tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants.

Qu'ils louent le nom du Seigneur : le seul au-dessus de tout nom. Sur le ciel et sur la terre, sa splendeur. Il accroît la vigueur de son peuple, louange de tous ses fidèles, des fils d'Israël, le peuple de ses proches. Alléluia !


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