Jour 94 ☼ — Caleb : 85 ans et toujours battant !
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 14 et 15 du livre de Josué : le partage du pays de Canaan par tirage au sort, la demande de Caleb réclamant à 85 ans la montagne d'Hébron, puis la longue description du territoire échu à la tribu de Juda. Le commentaire s'attache à la figure de Caleb, ce Kénizite étranger dont la ferveur n'a pas décliné en quarante-cinq ans et qui, comme Rahab, sert de modèle aux Israélites. Le frère y voit une deuxième leçon sur l'appropriation du salut : à la persévérance il faut ajouter la grandeur d'âme, la passion et le goût de l'aventure. L'épisode se termine par le psaume 48.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Après la conquête du pays par Josué, la reconquête du pays par chacune des tribus. Nous avions dit que dans cette deuxième partie du livre de Josué, ce qui était en jeu, c'était comment s'approprier le salut. Et nous avions eu, avec les tribus situées à l'est du Jourdain, une première leçon dans la manière de coopérer avec la grâce de Dieu. C'était la persévérance, tenir le bon combat jusqu'au bout.
Oui, mais ça, c'était avec les tribus de l'est. Nous passons maintenant à une autre tribu, la grande tribu, la tribu de Juda, et son héros national, Caleb. Mais quelle leçon cette tribu va-t-elle nous enseigner ? Eh bien, ce sera à vous de me le dire. Chapitres 14 et 15.
Lecture : Josué 14-15
Voici ce que les fils d'Israël reçurent en héritage au pays de Canaan, ce que leur donnèrent en héritage le prêtre Éléazar, Josué, fils de Noun, et les chefs de famille des tribus. Leur héritage se fit par tirage au sort, comme le Seigneur l'avait commandé par la voix de Moïse, pour les neuf tribus et la demi-tribu. Car Moïse avait donné un héritage aux deux tribus et à la demi-tribu de l'autre côté du Jourdain. Mais aux Lévites, il n'avait pas donné d'héritage parmi eux. En effet, les fils de Joseph formaient deux tribus, Manassé et Éphraïm, et on ne donna pas de part aux Lévites dans le pays, sauf, pour leur troupeau et pour leur bien, des villes où ils pourraient habiter avec leur pâturage commun. Les fils d'Israël firent ce que le Seigneur avait commandé à Moïse. Ils partagèrent le pays.
Les fils de Juda vinrent retrouver Josué à Guilgal, et Caleb, fils de Yefounné le Kénizite, lui dit : « Tu sais ce que le Seigneur a dit à Moïse, l'homme de Dieu, à mon sujet et à ton sujet, à Cadès-Barnéa. J'avais quarante ans lorsque Moïse, le serviteur du Seigneur, m'envoya de Cadès-Barnéa pour espionner le pays. Et je lui rendis compte selon ma conscience. Mes frères, montés avec moi, ont fait fondre le courage du peuple, mais moi, j'ai suivi sans réserve le Seigneur, mon Dieu. Et ce jour-là, Moïse promit : “En vérité, le pays que ton pied a foulé sera ton héritage, pour toi et tes fils à jamais, puisque tu as suivi sans réserve le Seigneur, mon Dieu.” Maintenant, le Seigneur m'a fait vivre, comme il me l'avait dit. Il y a quarante-cinq ans que le Seigneur a fait cette promesse à Moïse, alors qu'Israël marchait dans le désert. Maintenant, me voici âgé de quatre-vingt-cinq ans. J'ai autant de force aujourd'hui que j'en avais le jour où Moïse m'envoya. Telle était ma force alors, telle est ma force aujourd'hui pour partir au combat et en revenir. Alors, donne-moi cette montagne dont le Seigneur a parlé ce jour-là. Tu as appris ce même jour qu'il y avait là des géants anaqites et de grandes villes fortifiées. Peut-être le Seigneur sera-t-il avec moi. Alors j'en prendrai possession, comme le Seigneur l'a dit. »
Josué bénit Caleb, fils de Yefounné, et lui donna Hébron en héritage. C'est pourquoi Caleb, fils de Yefounné le Kénizite, a eu Hébron en héritage jusqu'à ce jour, parce qu'il avait suivi sans réserve le Seigneur, Dieu d'Israël. Et le nom d'Hébron était autrefois Qiryath-Arba, et Arba était l'homme le plus grand parmi les géants anaqites. Et le pays se reposa de la guerre.
Voici la part de la tribu des fils de Juda, selon leur clan. Elle était à la limite d'Édom, au désert de Cinn vers le sud, à l'extrémité méridionale. Au sud, leur frontière allait de la fin de la mer Morte, depuis la presqu'île qui fait face au Néguev, se dirigeait vers le sud par la montée des Scorpions, passait à Cinn, et montait au sud de Cadès-Barnéa, passait à Hèsron, montait à Addar, et tournait vers Qarqa. Puis elle passait à Asmone, se dirigeait vers le torrent d'Égypte, et enfin aboutissait à la mer. Telle sera votre frontière sud. À l'est, la frontière était la mer Morte, jusqu'à l'embouchure du Jourdain. Au nord, la frontière partait du golfe de la mer, à l'embouchure du Jourdain, montait à Beth-Hogla, passait au nord de Beth-Araba, puis la frontière montait jusqu'à la pierre de Bohane, fils de Roubène. La frontière montait alors à Debir par le val d'Akor, et au nord tournait vers le Guilgal, en face de la montée d'Adoummim. Celle-ci est au sud du torrent. Puis la frontière passait aux eaux de Ein-Shèmesh, et aboutissait à Ein-Roguel. Ensuite, elle remontait la vallée de Ben-Hinnom, vers le flanc du Jébuséen, c'est-à-dire Jérusalem. Puis la frontière gravissait le sommet de la montagne, en face de la vallée de Hinnom, à l'ouest, au bout du val des Refaïtes, au nord. Du sommet de la montagne, la frontière s'infléchissait vers les sources des eaux de Neftoah, et se dirigeait vers les villes du mont Éphrone. La frontière obliquait alors vers Baala, c'est-à-dire Qiryath-Yéarim. À partir de Baala, la frontière tournait à l'ouest, en direction du mont Séïr, passait au flanc de la montagne de Yéarim au nord, c'est-à-dire Kesalone, descendait à Beth-Shèmesh et passait à Timna. Alors la frontière se dirigeait vers le flanc nord d'Éqrone, s'infléchissait vers Shikrone, passait par le mont de Baala, se dirigeait vers Yabnéel et aboutissait à la mer. À l'ouest, la frontière était la mer Méditerranée, son littoral. Tel était le territoire des fils de Juda, de tous côtés, selon leur clan.
À Caleb, fils de Yefounné, on donna une part au milieu des fils de Juda, selon l'ordre du Seigneur à Josué : Qiryath-Arba, c'est-à-dire Hébron. Arba était le père d'Anaq. Caleb en déposséda les trois fils d'Anaq, Shéshaï, Ahimane et Talmaï, descendants d'Anaq. De là, il monta contre les habitants de Debir. Et le nom de Debir était auparavant Qiryath-Séphèr. Caleb dit : « Celui qui frappera Qiryath-Séphèr et s'en emparera, je lui donnerai ma fille Aksa pour femme. » Otniel, fils de Qenaz, le frère de Caleb, s'en empara. Alors Caleb lui donna pour femme sa fille Aksa. Dès qu'elle arriva, Otniel l'incita à demander à son père un champ. Elle descendit de son âne et Caleb lui demanda : « Que veux-tu ? » Elle lui dit : « Accorde-moi une faveur. Puisque tu m'as établie au pays du Néguev, donne-moi aussi des sources. » Caleb lui donna les sources d'en haut et les sources d'en bas.
Voici quel fut l'héritage de la tribu des fils de Juda, selon leur clan. Les villes à l'extrémité de la tribu de Juda, vers la frontière d'Édom, dans le Néguev, étaient : Qabseël, Éder, Yagour, Qina, Dimona, Adéada, Qèdesh, Hasor, Yitnane, Ziph, Tèlem, Bealoth, Hasor-Hadatta, Qeriyoth-Hèsrone, c'est-à-dire Hasor, Amam, Shema, Molada, Hasar-Gadda, Heshmone, Beth-Pèleth, Hasar-Shoual, Bershéba et ses dépendances, Baala, Iyim, Èsem, El-Tolad, Kesil, Horma, Ciqlag, Madmanna, Sansanna, Lebaoth, Shilhim, Ein-Rimmone : au total, vingt-neuf villes avec leurs villages.
Dans le Bas-Pays : quatorze villes avec leurs villages. Églone, Kabbone, Lahmas, Kitlish, Guedéroth, Beth-Dagone, Naama, Maqqéda, soit seize villes avec leurs villages. Libna, Éter, Ashane, Yiftah, Ashna, Nesib, Qéila, Akzib, Marésha : neuf villes avec leurs villages. Éqrone, ses dépendances et ses villages. D'Éqrone à la mer, tout ce qui est près d'Ashdod et de ses villages. Ashdod, ses dépendances et ses villages. Gaza, ses dépendances et ses villages, jusqu'au torrent d'Égypte, la mer Méditerranée étant la frontière.
Dans la montagne : Shamir, Yattir, Soko, Danna, Qiryath-Séphèr, c'est-à-dire Debir, Anab, Eshtemoa, Anim, Goshène, Holone, Guilo : onze villes avec leurs villages. Arab, Douma, Éshéane, Yanoum, Beth-Tappouah, Aphéqa, Houmta, Qiryath-Arba, c'est-à-dire Hébron, Sior : neuf villes avec leurs villages. Maone, Carmel, Ziph, Youtta, Yizréel, Yoqdeam, Zanoah, Haqqaïn, Guibéa, Timna : dix villes avec leurs villages. Halhoul, Beth-Sour, Guedor, Maarath, Beth-Anoth, Elteqone : six villes avec leurs villages. Qiryath-Baal, c'est-à-dire Qiryath-Yéarim, et Rabba : deux villes avec leurs villages. Dans le désert : Beth-Araba, Middine, Sekaka, Nibshane, la ville du Sel, Ein-Guèdi : six villes avec leurs villages.
Quant aux Jébuséens qui habitaient Jérusalem, les fils de Juda ne purent les déposséder. Les Jébuséens habitèrent donc avec les fils de Juda à Jérusalem, jusqu'à ce jour.
Commentaire
Vous vous souvenez de ce que je vous avais dit sur certains hommes qui valaient des peuples à eux seuls ? Et qu'un des fondements de la théologie politique de la Bible, c'était de considérer à égalité les individus et les communautés ? Eh bien, on est en plein dedans avec Caleb : la figure héroïque, la figure du guerrier, la figure, j'allais dire, du personnage saint qui arrive par son action seule à installer une tribu entière dans la Terre promise.
Caleb, on l'aime bien. La première fois qu'on l'avait vu, c'était quand Moïse avait envoyé des explorateurs regarder la Terre sainte et que parmi eux, il y en avait deux, il y avait Josué et Caleb : c'était les deux seuls qui avaient dit « Allez, on y va ! » et tous les autres s'étaient débinés. Quarante ans maintenant ont passé, mais Caleb, il a beau être devenu vieux, sa vigueur n'a pas décliné, il piaffe d'impatience de pouvoir enfin s'établir.
Vous avez des hommes comme ça. Vous savez, la dernière fois, on parlait de la grâce de la persévérance. Nous, souvent, on imagine la persévérance comme jour après jour faire son devoir quotidien, enfin bon, voilà quoi. Bon, mais en fait, la grâce de la persévérance, c'est Caleb et sa ferveur qui ne s'est pas éteinte. C'est la passion, mais la passion qui ne s'éteint jamais, la ferveur qui redouble avec l'âge et l'enthousiasme qui va de hauteur en hauteur. Parce que, mon Dieu, la vie est belle. Et vous vous apercevrez d'ailleurs que si vous entraînez votre âme à faire de belles choses, vous aurez le goût des belles choses et vous aurez envie d'en faire encore plus. Ça, c'est rajouter à la grâce de la persévérance la grâce de l'héroïsme et de l'aventure.
Et c'est d'autant plus touchant que Caleb, en fait, si jamais vous regardez bien, c'est un Kénizite. C'est comme Rahab. Ce sont deux étrangers. C'est quand même étonnant que jusqu'à présent — vous mettez Josué de côté ; Josué, c'est l'image de Jésus, donc on le met un… je ne sais pas comment vous dire, mais il crève le plafond, on le met un tout petit peu de côté — mais en dehors de ça, les deux individus qu'il faut imiter, c'est Rahab, la prostituée, une étrangère, et Caleb, le Kénizite, un autre étranger. Je soupçonne le rédacteur biblique de l'avoir fait exprès, comme si c'était pour rendre l'Israélite qui est en train de lire ces pages-là un peu jaloux des étrangers, de se dire : mince, si jamais ils y sont arrivés, moi, je suis censé faire encore mieux. Et il y a de ça.
Saint Thomas d'Aquin, un théologien du Moyen Âge qui avait toujours le chic pour trouver de belles manières de dire les belles choses, disait : ça, ça s'appelle la grandeur d'âme, la noblesse, la conscience de sa propre fierté, le sentiment de sa propre valeur qui veut que l'on se prouve à soi-même en faisant de grandes choses. Considérer sa vie comme une aventure. Il ne suffit pas de persévérer dans le bien, il faut aussi encore le faire de manière passionnée.
Psaume 48
Écoutez ceci, tous les peuples, écoutez bien, habitants de l'univers, gens illustres, gens obscurs, riches et pauvres, tous ensemble.
Ma bouche dira des paroles de sagesse, les propos clairvoyants de mon cœur. L'oreille attentive aux proverbes, j'exposerai sur la cithare mon énigme.
Pourquoi craindre au jour de malheur ces fourbes qui me talonnent pour m'encercler, ceux qui s'appuient sur leur fortune et se vantent de leurs grandes richesses ?
Nul ne peut racheter son frère ni payer à Dieu sa rançon : aussi cher qu'il puisse payer, toute vie doit finir. Peut-on vivre indéfiniment sans jamais voir la fosse ?
Vous voyez les sages mourir : comme le fou et l'insensé, ils périssent, laissant à d'autres leur fortune. Ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie pour les siècles ; sur des terres, ils avaient mis leur nom.
L'homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu'on abat. Tel est le destin des insensés et l'avenir de qui aime les entendre :
troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître. À l'aurore, ils feront place au juste ; dans la mort, s'effaceront leurs visages : pour eux, plus de palais.
Mais Dieu rachètera ma vie aux griffes de la mort : c'est lui qui me prendra.
Ne crains pas l'homme qui s'enrichit, qui accroît le luxe de sa maison : aux enfers, il n'emporte rien ; sa gloire ne descend pas avec lui.
De son vivant, il s'est béni lui-même : « On t'applaudit, car tout va bien pour toi ! » Mais il rejoint la lignée de ses ancêtres qui ne verront jamais plus la lumière.
L'homme comblé qui n'est pas clairvoyant ressemble au bétail qu'on abat.
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