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Jour 105 ☾ — Samuel grandit… mais le temple s'égare

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit 1 Samuel 2, qui s'ouvre sur le cantique d'Anne, l'un des plus grands morceaux de poésie de la Bible et l'ancêtre du Magnificat. Il montre que ce cantique n'est pas une simple action de grâce mais une prophétie politique, le « générique d'entrée » du livre. Vient ensuite le scandale du sanctuaire de Silo : les fils d'Éli extorquent les offrandes et abusent des femmes en fonction à l'entrée de la tente, sous le regard passif de leur père. Le commentaire fait le parallèle avec les scandales de l'Église et propose la réponse d'Anne : tricoter chaque année un petit manteau sacerdotal pour Samuel, c'est-à-dire préparer la relève. L'épisode s'achève par une prière pour l'Église blessée.

Introduction

Deuxième épisode de notre journée — j'allais dire : deuxième épisode de notre série. Il y a un peu de ça ! Pour vous donner envie de vous plonger dedans, vous allez commencer par un des plus grands morceaux de poésie de toute la Bible, le cantique d'Anne, qui fut beau au point d'inspirer un jour la Mère de Dieu : c'est l'ancêtre du Magnificat. Bonne écoute. 1 Samuel 2.

Lecture : 1 Samuel 2

Et Anne fit cette prière : « Mon cœur exulte à cause du Seigneur. Mon front s'est relevé grâce à mon Dieu. Face à mes ennemis s'ouvre ma bouche. Oui, je me réjouis de ton salut.

Il n'est pas de saint pareil au Seigneur, pas d'autre Dieu que toi, pas de rocher pareil à notre Dieu.

Assez de paroles hautaines, pas d'insolence à la bouche ! Le Seigneur est le Dieu qui sait, qui pèse nos actes.

L'arc des forts sera brisé, mais le faible se revêt de vigueur. Les plus comblés s'embauchent pour du pain et les affamés se reposent. Quand la stérile enfante sept fois, la femme aux fils nombreux dépérit.

Le Seigneur fait mourir et vivre. Il fait descendre à l'abîme et en ramène. Le Seigneur rend pauvre et riche. Il abaisse et il élève. De la poussière, il retire le faible. Il retire le malheureux de la cendre pour qu'il siège parmi les princes et reçoive un trône de gloire.

Au Seigneur, les colonnes de la terre : sur elles il a posé le monde. Il veille sur les pas de ses fidèles et les méchants périront dans les ténèbres. La force ne rend pas l'homme vainqueur.

Les adversaires du Seigneur seront brisés. Le Très-Haut tonnera dans les cieux. Le Seigneur jugera la terre entière. Il donnera la puissance à son roi. Il relèvera le front de son messie. »

Elcana repartit chez lui à Rama, tandis que l'enfant demeurait au service du Seigneur en présence du prêtre Éli.

Or, les fils d'Éli étaient des vauriens qui ne connaissaient pas le Seigneur. À l'égard du peuple, la manière d'agir de ces prêtres-là était la suivante : chaque fois que l'on offrait un sacrifice, le servant du prêtre arrivait au moment où l'on faisait cuire la viande. Ayant en main la fourchette à trois dents, il piquait dans la cuve, le pot, le chaudron ou la marmite, et tout ce que ramenait la fourchette, le prêtre le prenait pour lui. Et c'est ainsi qu'il procédait envers tous ceux d'Israël qui venaient là-bas à Silo.

De surcroît, avant même que l'on fasse fumer la graisse, le servant du prêtre venait dire à l'homme qui offrait le sacrifice : « Donne pour le prêtre de la viande à rôtir. Il n'acceptera pas de toi de la viande cuite, mais seulement de la viande crue. » Si l'homme lui disait : « Qu'on fasse d'abord fumer la graisse et ensuite prends ce que tu désires », alors il répondait : « Non, tu dois me le donner maintenant, sinon je le prendrai de force. » Le péché des jeunes gens était très grand devant le Seigneur, car ces hommes traitaient avec mépris l'offrande destinée au Seigneur.

Samuel assurait le service en présence du Seigneur. L'enfant portait un pagne de lin. Sa mère lui faisait chaque année un petit manteau qu'elle lui apportait quand elle montait avec son mari pour offrir le sacrifice annuel. Éli bénissait Elcana et sa femme en disant : « Que le Seigneur t'accorde, par cette femme, une descendance en échange de l'enfant qu'elle a mis à la disposition du Seigneur. » Puis ils s'en retournaient chez Elcana.

Et le Seigneur intervint en faveur d'Anne. Elle devint enceinte et elle enfanta trois fils et deux filles. Quant au jeune Samuel, il grandissait auprès du Seigneur.

Éli était devenu très vieux. Il entendait raconter tout ce que faisaient ses fils à l'égard de tout Israël, et aussi qu'ils couchaient avec les femmes qui étaient en fonction à l'entrée de la tente de la Rencontre. Il leur dit : « Pourquoi faites-vous de pareilles choses, ces mauvaises choses que j'entends dire par tout le peuple ? Oh non, mes fils, elle n'est pas belle, la rumeur que j'entends colporter par le peuple du Seigneur. Si un homme pèche contre un autre homme, Dieu sera l'arbitre. Mais si c'est contre le Seigneur qu'un homme pèche, qui interviendra pour lui ? » Ils n'écoutèrent pas la voix de leur père. En effet, le Seigneur voulait les faire mourir.

Quant au jeune Samuel, il continuait de grandir en taille, aussi agréable au Seigneur qu'aux hommes.

Un homme de Dieu vint trouver Éli. Il lui dit : « Ainsi parle le Seigneur : ne me suis-je donc pas révélé à la maison de ton père, lorsqu'en Égypte elle appartenait à la maison de Pharaon ? J'ai choisi ton père parmi toutes les tribus d'Israël pour qu'il soit mon prêtre, pour qu'il monte à mon autel, fasse brûler l'encens et porte l'éphod en ma présence. J'ai donné à la maison de ton père toutes les nourritures offertes par les fils d'Israël. Pourquoi piétinez-vous mon sacrifice et mon offrande, que j'ai prescrits dans la demeure ? Pourquoi honores-tu tes fils plus que moi, au point de vous engraisser avec le meilleur de toutes les offrandes d'Israël, mon peuple ?

C'est pourquoi, oracle du Seigneur, le Seigneur, le Dieu d'Israël : certes, j'avais bien dit : ta maison et la maison de ton père marcheront en ma présence pour toujours. Mais maintenant, oracle du Seigneur : quelle horreur ! Oui, j'honore ceux qui m'honorent, mais ceux qui me dédaignent tombent dans le mépris. Voici venir des jours où je briserai ton bras et le bras de la maison de ton père, si bien qu'il n'y aura plus de vieillards dans ta maison. Tu contempleras un rival dans la demeure et tout le bien qu'il fera à Israël, mais dans ta maison, il n'y aura plus jamais de vieillards. Cependant, je laisserai l'un des tiens auprès de mon autel, pour que tes yeux se consument et que ton âme languisse, alors que tous ceux qui auront proliféré dans ta maison mourront dans la force de l'âge. Et le signe en sera pour toi ce qui va arriver à tes deux fils, Hofni et Pinhas : ils mourront tous deux le même jour.

Et puis je susciterai pour moi un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et mon désir. Je bâtirai pour lui une maison stable, et il marchera en présence de mon messie pour toujours. Alors, tout ce qui subsistera de ta maison viendra se prosterner devant lui pour une piécette d'argent et une couronne de pain. Il dira : "Attache-moi, je t'en prie, à une fonction sacerdotale, pour que j'aie un morceau de pain à manger." »

Commentaire

Le cantique d'Anne, c'est, dans notre série, le générique d'entrée. Eh bien là, vous avez l'histoire d'un couple, Elcana et Anne, et puis ensuite le générique, et hop, l'histoire peut commencer, le décor est planté.

Sauf que ce cantique, il est étonnant, non ? Enfin, nulle part il n'est fait mention de Samuel. Au contraire, on a quoi à la fin ?

Il donnera la puissance à son roi et il relèvera le front de son messie.

Mais depuis quand est-ce qu'il est question de messie et de roi dans l'histoire d'Anne ? Puis vous avez vu aussi toutes ces connotations militaires ? « L'arc des forts est brisé », « face à mes ennemis s'ouvre ma bouche » — et mes notes de bas de page disent : probablement pour les engloutir. Ah, elle n'est pas comme moi, Anne !

En fait, son cantique n'est pas une action de grâce, c'est une prophétie. Une prophétie politique venue de nulle part, trouvée dans la bouche d'une femme que la stérilité a rendue malheureuse. Et on se dit, en fait, qu'elle est en train de prophétiser la mission qu'aura son fils Samuel, son rôle à jouer. Et voilà votre générique d'entrée.

Alors maintenant, l'histoire commence. Et l'histoire commence avec une sorte d'article de Paris Match : scandale au sanctuaire de Silo. C'est ainsi que l'on apprend que les fils du grand prêtre Éli sont coupables d'extorsion financière, de profanation des sacrifices, et même d'abus sexuels sur les femmes qui sont dans le sanctuaire. Verset 27 :

Et ils couchaient avec les femmes qui étaient en fonction à l'entrée de la tente de la Rencontre.

Non seulement ils abusent des femmes, mais en plus ils abusent des femmes très, très, très près de l'Arche de l'Alliance. Eh bien, vous voyez, les abus dans l'Église, ce n'est pas nouveau. Mais ce qui est rassurant, c'est qu'en fait, vous n'apprenez rien à la Bible. Souvenez-vous de l'histoire de Caïn et Abel : c'était quand même le premier meurtre, avec les premiers prêtres.

Mais il y a là comme un grincement de dents qu'on n'avait pas entendu dans l'histoire de Caïn et Abel. Et le grincement de dents, c'est que la Bible vous rappelle que, manifestement, le grand prêtre était au courant de tout ça et qu'il n'a rien fait. D'abord, il ne s'enquiert pas de la véracité de ce qui est dit : « Ah, elle n'est pas belle, la rumeur que j'entends de vous. » Ben, mon coco, si jamais c'est une rumeur, tu vérifies pour savoir si elle est vraie ou pas !

Ensuite, il prend complètement à la légère les péchés de ses fils. Grave. Je cite :

Si un homme pèche contre un autre homme, Dieu sera l'arbitre.

Ça veut dire : si jamais vous violez des femmes, ça ne me regarde pas moi, ça regarde la justice humaine. Faites gaffe simplement de ne pas vous faire choper. C'est quand même ça que ça veut dire.

Mais si c'est contre le Seigneur qu'un homme pèche, qui interviendra pour lui ?

Sous-entendu : la seule chose qui, moi, m'intéresse, c'est les péchés religieux. Et encore, je ne peux pas faire grand-chose, c'est à Dieu de s'occuper de vous.

Alors, vous voyez, en lisant tout ça, je ne veux pas faire de raccourcis et d'anachronisme. Mais c'est quand même dur de ne pas penser à tous les scandales qui ont secoué l'Église catholique. Et si la faiblesse de la réaction d'Éli ne vous fait pas penser à certaines faiblesses dans la réaction de l'Église institutionnelle… Eh bien, c'est d'ailleurs là que le récit devient franchement grinçant. Écoutez le verset qui suit :

Ils n'écoutèrent pas la voix de leur père, car c'est Dieu qui voulait les faire mourir.

Alors, en face de ces scandales, vous — à supposer que vous ne soyez ni Dieu, ni le grand prêtre, et que vous n'ayez pas forcément beaucoup de pouvoir, que vous soyez simplement une mère de famille qui est obligée de confier à l'Église l'instruction religieuse de son enfant — comment est-ce que vous auriez réagi ?

Eh bien, regardez ce que fait Anne. En face de tous ces scandales, elle tricote un joli petit manteau à Samuel. Verset 16. Sauf que, attention, ce vêtement, ce n'est pas un petit tricot de laine. C'est un vêtement sacerdotal. Et ça, ça change tout.

Pourquoi une telle insistance ? Eh bien, ça n'a l'air de rien, mais ce manteau, c'est le signe qu'Anne s'efforce de soustraire son fils à l'influence néfaste des grands prêtres, pour qu'il reste pur et droit dans ses bottes. Ce manteau, c'est le signe qu'Anne est parfaitement au courant et qu'elle est en train de préparer la relève, parce qu'après tout, l'Église n'appartient pas aux gens corrompus.

Eh bien, vous voyez, ça n'épuise pas tout le sujet. Il y a des scandales, mais il y a peut-être de quoi réfléchir sur nous, sur notre manière à nous de faire avancer les choses.

Nous terminons par une prière pour confier à Dieu toutes les blessures qu'il y a dans l'Église.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu vois ton Église qui, parfois, est secouée, salie par les fautes de certains de ses membres. Tu vois les cœurs — il y en a des brisés —, la foi de beaucoup de personnes qui vacille, et l'ombre du scandale qui cache ta lumière.

Comme Anne dans le Temple, nous venons vers toi, avec nos questions, avec nos révoltes, parfois. Seigneur, nous ne voulons pas fuir, nous ne voulons pas détourner le regard. Nous voulons, nous aussi, des manteaux sacerdotaux, pour que des prophètes puissent un jour les porter et que l'Église soit ton épouse immaculée.

Sanctifie notre foi, protège les victimes, répare les blessures. Seigneur, manifeste ta grandeur, toi qui renverses les puissants de leur trône et qui élèves les petits.

À toi la gloire, Seigneur, aujourd'hui, maintenant et toujours, dans le monde et dans l'Église. Amen.


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