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Jour 106 ☼ — Samuel, l'enfant choisi par Dieu

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 3 du premier livre de Samuel, l'appel nocturne du jeune Samuel dans le temple de Silo. Il démonte l'image édulcorée qu'on donne souvent de ce récit au catéchisme : ce que Dieu confie à l'enfant, ce n'est pas une parole tendre, mais l'annonce de la ruine de la maison d'Éli, coupable d'avoir laissé faire ses fils. Le commentaire montre que la colère divine vise ici l'institution religieuse elle-même, devenue la racine du mal, et que Dieu doit court-circuiter les institutions qu'il avait pourtant fondées. Samuel apparaît alors comme un nouveau Moïse, appelé à refonder Israël — mais il faudra d'abord assister au naufrage.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite, 1 Samuel chapitre 3.

Lecture : 1 Samuel 3

Le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Éli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue.

Un jour, Éli était couché à sa place habituelle, sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir. La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte. Samuel était couché dans le temple du Seigneur où se trouvait l'Arche de Dieu.

Le Seigneur appela Samuel qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli et il dit : « Tu m'as appelé ? Me voici ! » Éli répondit : « Je n'ai pas appelé. Retourne te coucher. » L'enfant alla se coucher.

De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva, il alla auprès d'Éli et il dit : « Tu m'as appelé ? Me voici ! » Éli répondit : « Je n'ai pas appelé. Mon fils, retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.

De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva, il alla auprès d'Éli et lui dit : « Tu m'as appelé ? Me voici ! » Alors Éli comprit que c'était le Seigneur, le Seigneur qui appelait l'enfant, et lui dit : « Va te recoucher, et s'il t'appelle, tu diras : "Parle, Seigneur, ton serviteur écoute." »

Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là, et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »

Le Seigneur dit à Samuel : « Voici que je vais accomplir une chose en Israël, à faire tinter les deux oreilles de qui l'apprendra. Ce jour-là, je réaliserai contre Éli toutes les paroles prononcées au sujet de sa maison, du début à la fin. Je lui ai annoncé que j'allais juger sa maison pour toujours à cause de cette faute : sachant que ses fils méprisaient Dieu, il ne les a pas repris. Voilà pourquoi je le jure à la maison d'Éli : ni sacrifice, ni offrande, rien ne pourra jamais effacer la faute de la maison d'Éli. »

Samuel resta couché jusqu'au matin. Puis il ouvrit les portes de la maison du Seigneur. Mais Samuel craignait de rapporter à Éli la vision.

Éli appela Samuel et dit : « Samuel, mon fils. » Il répondit : « Me voici. » « Ne me la cache pas, je t'en prie. Que Dieu amène le malheur sur toi, et pire encore, si tu me caches le moindre mot de toute la parole qu'il t'a adressée. » Samuel lui rapporta toutes les paroles sans rien lui cacher. Alors Éli déclara : « C'est le Seigneur. Qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux. »

Samuel grandit, le Seigneur était avec lui et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet. Tout Israël, depuis Dan jusqu'à Bershéba, reconnut que Samuel était vraiment un prophète du Seigneur. Le Seigneur continua de se manifester dans le temple de Silo, car c'est à Silo que le Seigneur se révélait par sa parole à Samuel.

Commentaire

J'ai eu l'impression, l'espace d'un chapitre, de retourner dans mes jeunes années de catéchisme, où on m'apprenait avec plein de tendresse et de sentiments à prier Dieu en se mettant dans le silence, dans un endroit, une chapelle un peu cosy, avec une toute petite bougie et une ambiance, à répéter les mots de Samuel : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Et on nous faisait lire, pour nous préparer, ce petit chapitre avant, mais en ayant soin de ne pas nous dire ce que disait le Seigneur.

Et c'est plus tard, quand je suis rentré au séminaire et que j'ai lu la Bible en entier, que je me suis aperçu qu'il y avait tromperie sur la marchandise. On n'est pas dans un récit idyllique, de Dieu qui parle à un petit enfant dans le secret de son cœur pour lui dire des choses tendres et gentilles. Ce que Dieu a à dire à Samuel, c'est le meurtre et la ruine d'une famille entière.

Il y a une phrase en particulier qui, quand on connaît la Bible, sonne un avertissement. Dieu qui dit : « Je vais faire une chose à en faire tinter les oreilles de tous ceux qui l'entendront. » Eh bien cette phrase-là, cette expression, c'est exactement celle que l'on retrouve dans Jérémie lorsqu'il annoncera la ruine de Jérusalem en entier.

Alors, pourquoi est-ce que Dieu est en colère ? Eh bien, de manière très étonnante, Dieu n'est pas en colère contre les fils d'Éli. Alors qu'il y aurait de quoi ! Il est en colère contre le père, le grand prêtre, parce que, sachant ce que font ses fils, il ne fait rien. Ce contre quoi Dieu est en colère, c'est le fait que la hiérarchie religieuse n'ait pas à péter un câble en apprenant ces scandales, pour les reprendre. Le péché de l'Église, ce n'est pas qu'il y ait eu des scandales, c'est que ça ne nous ait pas fait péter un câble.

Et ce qu'il y a de dramatique, c'est que le témoin de cette colère dans le livre de Samuel, le seul qui l'entende, c'est un enfant. Et c'est lui qui, dans le secret de la nuit, se prend cette décharge mystique, cette colère de Dieu, en plein dans les reins, et puis maintenant, débrouille-toi avec.

Et voici comment Samuel réagit.

Samuel resta couché jusqu'au matin, puis il ouvrit les portes de la maison du Seigneur.

Et là, il ne faut pas se tromper : ce n'est pas Samuel qui fait l'ouverture du temple comme tous les matins, c'est Samuel qui ouvre la porte de sortie pour que l'Arche de l'Alliance puisse se barrer. Excusez-moi de le dire comme ça, mais tout le monde comprend maintenant. Et spoiler alert : l'Arche de l'Alliance va se barrer.

Mais c'est ça, la mystique. C'est ça, la prière chrétienne. Ce n'est pas simplement contempler les tendres sentiments que Dieu a pour nous, c'est aussi se laisser habiter par sa colère. La justice divine, c'est un attribut. C'est peut-être pas le plus grand, il y a la miséricorde et la charité, n'empêche que c'est ça aussi, la prière.

Et en face de Samuel, il y a qui ? Il y a Éli. Éli qui, au petit matin, n'a pas vraiment envie d'interroger Samuel, parce qu'il se doute bien de ce qu'il va apprendre — c'est pas comme s'il n'était pas au courant. Mais regardez sa réponse, qui est en dessous de tout : « C'est le Seigneur, qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux. » Et là, ce n'est pas de l'abandon mystique de la part d'Éli, c'est du fatalisme et de la paresse. C'est Éli qui démissionne de sa charge de grand prêtre.

Et pour que tout le monde comprenne bien l'enjeu de ce qui est en train de se passer : le sanctuaire de Silo, où tout ça arrive, ce n'est pas une église paroissiale perdue au fin fond de la campagne. C'est LE grand centre spirituel d'Israël. C'est la capitale religieuse. Souvenez-vous des cruautés sans nombre dont le livre des Juges nous faisait la description, et de ce pays en proie à l'anarchie totale. Eh bien, le premier livre de Samuel nous plonge à l'endroit et à la racine du mal, la cellule cancéreuse par excellence : c'est l'institution religieuse. C'est l'institution religieuse.

On en est venu à un tel point de sclérose que Dieu est comme obligé de court-circuiter les institutions que pourtant lui-même a mises en place. Parce que le sanctuaire de Silo, c'est Josué, c'est la loi du Deutéronome. Et Samuel, le prophétisme, c'est une manière de court-circuiter ça. La situation est tellement devenue une impasse qu'il n'a plus le choix. Normalement, il y avait la loi et il y avait déjà eu Moïse, pas besoin d'en rajouter plus. Mais Dieu est maintenant comme obligé de susciter un nouveau prophète, un nouveau Moïse, pour réformer des institutions irréformables.

Et regardez d'ailleurs comment Samuel est présenté comme un nouveau Moïse. Comme Moïse qui séjournait en haut du mont Sinaï dans la prière et le jeûne, notre jeune Samuel se trouve près de l'Arche d'Alliance dans la prière et dans l'éveil de la nuit. Comme Moïse qui avait été appelé par Dieu, Samuel lui aussi est appelé par Dieu. Et de la même manière qu'au buisson ardent Moïse répondit à Dieu : « Me voici ! », de la même manière, devant l'Arche de l'Alliance, Samuel répond à Dieu : « Parle, ton serviteur écoute ! »

Cette proximité entre Moïse et ce nouveau Moïse qui est Samuel n'échappera pas d'ailleurs à la Bible. Le psaume 9 dira : « Moïse et Aaron, Samuel le suppliant, tous se tenaient devant le Seigneur et lui leur répondait. »

Sauf que c'est bien gentil de mettre un nouveau Moïse pour refonder Israël, mais si jamais ça n'a pas marché une fois, ça ne va pas marcher non plus une deuxième fois. Donc il va falloir que Samuel refonde la nation, à la fois en étant fidèle à Moïse et en apportant quelque chose de nouveau. Et ce sera quoi, ce quelque chose de nouveau ? De la même manière que Moïse avait donné des institutions à son peuple, de la même manière — mais là aussi ce sera avec un grincement de dents — on verra que Samuel donnera une nouvelle institution à son peuple : la royauté. Eh bien, souvenez-vous du cantique d'Anne !

En attendant, il faut que ce qui doit tomber tombe, et il faut que ce qui doit mourir meure. Avant de pouvoir refonder Israël, il va d'abord falloir que vous assistiez à son naufrage.

Nous terminons notre commentaire avec un psaume.

Psaume 66

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous, et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut parmi toutes les nations.

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce, qu'ils te rendent grâce tous ensemble.

Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice, tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre tu conduis les nations.

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce, qu'ils te rendent grâce tous ensemble.

La terre a donné son fruit, Dieu, notre Dieu, nous bénit. Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l'adore.


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