Jour 106 ☾ — Israël écrasé, l'Arche capturée… catastrophe totale
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 4 et 5 du premier livre de Samuel : la double défaite d'Israël face aux Philistins, la capture de l'Arche de l'Alliance, la mort des fils d'Élie puis d'Élie lui-même, et enfin les malheurs qui frappent les villes philistines qui détiennent l'Arche. Le commentaire souligne d'abord une curiosité de traduction — les « tumeurs » sont en hébreu des hémorroïdes — puis analyse le fond du drame : les Israélites ont sorti l'Arche comme on sort une arme, en ayant oublié le mode d'emploi, c'est-à-dire ce qu'elle contient. L'Arche est devenue une idole de puissance, et le grand prêtre Élie meurt non de tristesse spirituelle mais comme une statue qu'on renverse. La destruction de Silo, première capitale religieuse, annonce en miniature ce qui arrivera un jour à Jérusalem : personne n'est à l'abri.
Introduction
Vous aviez le pressentiment d'une catastrophe qui allait arriver ? Premier livre de Samuel, chapitres 4 et 5.
Lecture : 1 Samuel 4–5
Et la parole de Samuel s'adressa à tout Israël. Israël sortit pour aller combattre les Philistins. Israël campa près d'Ében-Ézer, tandis que les Philistins étaient campés à Afeq. Les Philistins se déployèrent contre Israël et le combat s'engagea. Dans cette bataille rangée en rase campagne, Israël fut battu par les Philistins qui tuèrent environ quatre mille hommes. Et le peuple revint au camp.
Les anciens d'Israël dirent alors : « Pourquoi le Seigneur nous a-t-il fait battre aujourd'hui par les Philistins ? Allons prendre à Silo l'Arche de l'Alliance du Seigneur, qu'elle vienne au milieu de nous et qu'elle nous sauve de la main de nos ennemis. »
Le peuple envoya des gens à Silo. Ils en rapportèrent l'Arche de l'Alliance du Seigneur des armées qui siège sur les Kéroubim. Les deux fils du prêtre Élie, Hofni et Pinhas, étaient là auprès de l'Arche de Dieu.
Quand l'Arche arriva au camp, tout Israël poussa une grande ovation qui fit résonner la terre. Les Philistins entendirent le bruit et dirent : « Que signifie cette grande ovation dans le camp des Hébreux ? » Et ils comprirent alors que l'Arche du Seigneur était arrivée dans le camp. Alors ils eurent peur, car ils se disaient : « Dieu est arrivé au camp des Hébreux ! » Puis ils dirent : « Malheur à nous ! Les choses ont bien changé depuis hier. Malheur à nous ! Qui nous délivrera de la main de ces dieux puissants ? Ce sont eux qui ont frappé les Égyptiens de toutes sortes de calamités dans le désert. Soyez forts, Philistins ! Soyez des hommes courageux pour ne pas être asservis aux Hébreux, comme ils vous ont été asservis. Soyez forts, soyez courageux et combattez ! »
Les Philistins livrèrent bataille. Israël fut battu et chacun s'enfuit à ses tentes. Ce fut un très grand désastre. En Israël, trente mille soldats tombèrent. L'Arche de Dieu fut prise et les deux fils d'Élie, Hofni et Pinhas, moururent.
Un homme de Benjamin quitta en courant le champ de bataille et parvint à Silo le jour même. Il avait les vêtements déchirés et la tête couverte de terre. Lorsqu'il arriva, Élie était assis sur son siège près du chemin. Il était aux aguets, car son cœur tremblait pour l'Arche de Dieu. L'homme arriva donc dans la ville pour annoncer la nouvelle, et toute la ville se mit à pousser des cris. Élie entendit la clameur et se demanda : « Que veut dire ce bruit de foule ? » Mais l'homme vint en toute hâte porter la nouvelle à Élie. Or celui-ci était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans. Il avait le regard fixe et ne pouvait plus voir.
L'homme dit à Élie : « C'est moi qui viens du champ de bataille. Je me suis enfui du champ de bataille aujourd'hui même. » Élie demanda : « Que s'est-il passé, mon fils ? » Le messager répondit : « Israël a fui devant les Philistins. De plus, le peuple a subi une grande défaite. Même tes deux fils, Hofni et Pinhas, sont morts. Et l'Arche de Dieu a été prise. »
À cette mention de l'Arche de Dieu, Élie tomba de son siège à la renverse, sur le côté de la porte. Il se brisa la nuque et mourut. L'homme en effet était âgé et lourd. C'est lui qui avait jugé Israël pendant quarante ans.
Sa belle-fille, la femme de Pinhas, était enceinte et sur le point d'accoucher. En apprenant ces nouvelles, la prise de l'Arche de Dieu, la mort de son beau-père et de son mari, elle s'accroupit et accoucha, car les douleurs l'avaient saisie. Et comme elle était près de mourir, les femmes qui se tenaient auprès d'elle lui dirent : « Sois sans crainte, car c'est un fils que tu as mis au monde ! » Mais elle ne répondit pas et elle ne prêta pas attention. Elle appela l'enfant Ikabod en disant : « La gloire a été bannie d'Israël ! » par allusion à la prise de l'Arche de Dieu et à la mort de son beau-père et de son mari. Elle avait dit : « La gloire est bannie d'Israël ! » parce que l'Arche de Dieu avait été prise.
Les Philistins avaient donc pris l'Arche de Dieu. Ils la firent venir d'Ében-Ézer à Ashdod. Ils prirent l'Arche de Dieu pour l'introduire dans la maison du dieu Dagon. Ils la placèrent à côté de Dagon. Mais lorsque les gens d'Ashdod se levèrent tôt le lendemain matin, voici que Dagon était tombé face contre terre devant l'Arche du Seigneur. Ils prirent Dagon et le remirent à sa place. Ils se levèrent tôt le lendemain matin, et voici que Dagon était tombé face contre terre devant l'Arche du Seigneur. La tête de Dagon et les deux paumes de ses mains, coupées, se trouvaient sur le seuil. De Dagon, seul le corps était resté à sa place. Voilà pourquoi aujourd'hui encore à Ashdod, les prêtres de Dagon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon évitent de fouler le seuil.
La main du Seigneur pesa lourdement sur les gens d'Ashdod. Il fit chez eux des ravages. Il frappa de tumeurs Ashdod et son territoire. Lorsque les gens d'Ashdod virent ce qu'il en était, ils dirent : « Que l'Arche du Dieu d'Israël ne reste pas chez nous, car sa main s'est faite dure contre nous et contre Dagon, notre dieu. » Ils invitèrent donc tous les princes des Philistins à se réunir chez eux, et ils dirent : « Qu'allons-nous faire de l'Arche du Dieu d'Israël ? » Les princes répondirent : « C'est dans la ville de Gath que doit être transférée l'Arche. » Et l'on transféra l'Arche du Dieu d'Israël.
Or, après qu'on l'eut transférée, la main du Seigneur fut sur la ville, causant une très grande panique. Le Seigneur frappa les gens de la ville. Du plus petit au plus grand, ils eurent des éruptions de tumeurs.
Ils envoyèrent l'Arche de Dieu à Ékron, mais dès que l'Arche de Dieu y arriva, tous les gens d'Ékron s'écrièrent : « Ils ont transféré chez moi l'Arche du Dieu d'Israël pour me faire mourir, moi et mon peuple. » Ils invitèrent tous les princes des Philistins à se réunir, et ils dirent : « Renvoyez l'Arche du Dieu d'Israël, qu'elle retourne à l'endroit où elle était, et qu'elle ne me fasse pas mourir, moi et mon peuple. » En effet, il y avait une panique de mort dans toute la ville. La main de Dieu pesait très lourdement sur elle. Les gens qui ne mouraient pas étaient affligés de tumeurs, et le cri de détresse de la ville monta vers le ciel.
Commentaire
Je n'aime pas trop dire que les traductions sont parfois fautives, mais là quand même, je ne résiste pas au plaisir. Vous avez lu cette phrase, chapitre 5, verset 6 :
La main du Seigneur pesa lourdement sur les gens d'Ashdod, il fit chez eux des ravages, il frappa de tumeurs Ashdod et son territoire.
Les tumeurs, on pense à une sorte d'abcès ou une sorte de cancer. Non, pas du tout. En hébreu, il s'agit d'hémorroïdes. Parfaitement, d'hémorroïdes. J'adore.
Bon, enfin, mettons ça de côté, et revenons un tout petit peu en arrière sur le désastre et la défaite militaire d'Israël. Vous avez entendu comment, suite à une première défaite, loin de s'avouer vaincus, les Israélites avaient sorti leur arme secrète. Souvenez-vous, je vous avais dit dans le Lévitique que l'on pouvait comparer l'Arche de l'Alliance à une bombe atomique, à un réacteur nucléaire, tellement d'ailleurs que c'est pour ça qu'il fallait des enceintes dans les enceintes dans les enceintes et que quiconque s'en approchait de trop près terminait brûlé par la sainteté de Dieu.
Donc, les Israélites sortent leurs atouts, ils sortent leur bombe atomique. Sauf que ce n'est pas le tout d'avoir une bombe atomique, encore faut-il savoir comment l'utiliser. Et il se trouve que les Israélites ont perdu le mode d'emploi. Parce que c'est bien beau de sortir l'Arche de l'Alliance, encore faut-il se souvenir de ce qu'il y a à l'intérieur, à savoir le Décalogue, sous-entendu la loi morale, la manne, sous-entendu la providence de Dieu, et le bâton d'Aaron qui refleurit, sous-entendu la droiture religieuse. Mais il n'y a rien de tout ça. Élie n'a pas fait son boulot. L'Arche de l'Alliance, en ce moment pour les Israélites, c'est devenu un vaudou, une idole de puissance que l'on adore sans comprendre ce qu'il y a derrière. Le diable.
Et donc, ce qui devait arriver arriva. Ce n'est plus Josué qui fait tomber les murailles de Jéricho en sortant l'Arche de l'Alliance. Cette fois-ci, c'est la débandade. C'est le désastre.
Et qu'on ne me dise pas que le grand prêtre Élie meurt de tristesse en apprenant que l'Arche de l'Alliance est passée aux mains de l'ennemi. Regardez, même dans sa mort, il n'y a rien qui va. La seule fois où l'on entend le grand prêtre Élie désarçonné, ce n'était pas devant le spectacle indigne de ses fils. Pourtant, il y avait de quoi. Ce n'était même pas devant leur mort. Pourtant, il est leur père. C'est devant la capture de l'Arche de l'Alliance. On a l'impression d'une sorte d'avarice, d'un vieillard qui s'était accroché à un trésor et on vient de le lui voler.
Élie tomba de son siège à la renverse, sur le côté de la porte, il se brisa la nuque et mourut.
On a l'impression quasiment d'une statue, d'une idole que l'on vient de renverser.
Bon. Maintenant, ce que vous venez d'entendre, ce n'est pas une simple petite anecdote dans un sanctuaire oublié. Silo, c'est la première capitale religieuse d'Israël, à une époque où Jérusalem n'a pas encore été conquise. Silo, c'est l'endroit où, selon les prescriptions du Deutéronome, Josué avait entreposé l'Arche de l'Alliance : première capitale du peuple israélite, première capitale religieuse. La coutume, c'était que chaque année, les jeunes filles vierges viennent danser devant l'Arche.
Bon. Maintenant, qu'est-ce qui vient de se passer ? Ce n'est pas dit dans le texte, mais ce qui s'est passé juste après la bataille, c'est que les Philistins qui ont pris l'Arche de l'Alliance sont ensuite montés à Silo et ils ont rasé la ville et le sanctuaire. Et ça, vous voyez, une capitale religieuse détruite, un temple détruit, la gloire du Seigneur qui quitte le temple, c'est la preuve, s'il y en avait besoin d'une, que quand Dieu promet que ça va mal se passer si on l'oublie, eh bien ça se passe mal quand on l'oublie.
Et que ce qui s'est passé à Silo, un jour, c'est peut-être ce qui pourra se passer ailleurs, autre part, par exemple à Jérusalem, puissance 10, puissance 100. Remplacez les Philistins par le roi Nabuchodonosor, remplacez Ikabod, « la gloire de Dieu est partie », par les prophéties d'Ézéchiel prédisant que la gloire de Dieu allait quitter le temple de Salomon : eh bien un Israélite, quand il écoute l'histoire que vous venez d'entendre, il se met à pleurer.
Oui, il n'est pas seulement question de la destruction de Silo, ou d'une simple défaite militaire, ou d'une anecdote assez drôle à coup d'hémorroïdes. Il est question pour Dieu, à travers ce récit, de nous rappeler que personne n'est à l'abri. Souvenez-vous des paraboles de Jésus sur les vignerons homicides.
Nous terminons notre commentaire par une prière pour demander à Dieu la grâce de pouvoir réformer l'Église, qui a toujours besoin d'être réformée.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Seigneur notre Dieu, nous te demandons la grâce de ne laisser passer aucun scandale, d'être attentifs à ta justice si nous voulons faire honneur à ta miséricorde.
Nous te demandons la grâce de pouvoir réparer tout ce que l'Église a pu faire et qui a endommagé le visage de Dieu sur terre.
Nous te demandons, Seigneur, que nos lieux de culte soient des lieux vivants où ta gloire puisse venir habiter.
Nous te demandons de faire attention à ta justice et d'y être vigilants.
Nous te demandons la grâce de la repentance et de la colère pour toutes les fois où nous n'avons pas suivi tes commandements, en espérant par là pouvoir purifier ton temple, pouvoir faire en sorte que les lieux où nous sommes, célébrant ton culte, Seigneur, soient un lieu où demeure ta gloire à jamais.
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