Jour 108 ☼ — Saül, le roi choisi… au bon ou au mauvais moment ?
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Résumé : Israël a voulu un roi, et le voici : Saül, fils de Kish, jeune et beau, parti à la recherche des ânesses égarées de son père et qui se retrouve, sans rien comprendre, devant Samuel. Le frère Paul-Adrien montre d'abord comment le récit coche scrupuleusement toutes les conditions posées par le Deutéronome pour l'institution d'un roi : choisi par Dieu, pris parmi ses frères, sans chevaux, sans femmes, sans argent. Puis il relit le même texte à rebours : un père « homme de valeur » dont le fils n'a que la beauté, des ânesses qu'on n'égare pas, un serviteur qui paye à la place de son maître, un homme dépassé qui demande où est le voyant alors qu'il lui parle. Saül coche toutes les cases — mais est-il vraiment intéressant ?
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Vous avez voulu un roi ? Eh bien, vous allez l'avoir.
Lecture : 1 Samuel 9
Il y avait dans la tribu de Benjamin un homme appelé Kish, fils d'Abiel, fils de Seror, fils de Bécorath, fils d'Aphia, fils d'un Benjaminite. C'était un homme de valeur. Il avait un fils appelé Saül, qui était jeune et beau. Aucun fils d'Israël n'était plus beau que lui, et il dépassait tout le monde de plus d'une tête.
Les ânesses appartenant à Kish, père de Saül, s'étaient égarées. Kish dit à son fils Saül : « Prends donc avec toi l'un des serviteurs et pars à la recherche des ânesses. »
Ils traversèrent la montagne d'Éphraïm. Ils traversèrent le pays de Shalisha sans les trouver. Ils traversèrent le pays de Shaalim : elles n'y étaient pas. Ils traversèrent le pays de Benjamin sans les trouver.
Et comme ils arrivaient au pays de Souf, Saül dit aux serviteurs qui l'accompagnaient : « Allons, retournons, de peur que mon père ne se fasse du souci pour nous et en oublie les ânesses. »
L'autre lui dit : « Il y a justement dans cette ville un homme de Dieu. C'est un homme respecté, tout ce qu'il dit se produit à coup sûr. Allons-y maintenant. Peut-être nous renseignera-t-il sur le chemin que nous suivons. »
Saül dit à son serviteur : « Soit, allons-y. Mais qu'apporterons-nous à cet homme ? Il n'y a plus de pain dans nos sacs, ni rien de convenable à offrir à l'homme de Dieu. Qu'avons-nous au juste ? »
Le serviteur reprit la parole et répondit à Saül : « Il se trouve que j'ai dans la main un peu d'argent. Je le donnerai à l'homme de Dieu et il nous renseignera sur notre chemin. »
Autrefois en Israël, quand on allait consulter Dieu, on disait : « Venez, allons chez le voyant. » Car celui qu'on appelle aujourd'hui prophète, on l'appelait alors voyant.
Saül dit à son serviteur : « Tu as bien parlé. Allez, viens, allons-y. » Et ils allèrent à la ville où se trouvait l'homme de Dieu.
Comme ils gravissaient la montée qui mène à la ville, ils trouvèrent des jeunes filles qui sortaient puiser de l'eau. Ils leur demandèrent : « Le voyant est-il par ici ? » Elles leur répondirent : « Oui. Mais maintenant, dépêche-toi, car s'il est venu aujourd'hui à la ville, c'est qu'il y a aujourd'hui un sacrifice pour le peuple sur le lieu sacré. À votre arrivée dans la ville, vous allez sûrement le trouver avant qu'il monte au lieu sacré pour manger, car le peuple ne mangera pas avant son arrivée : c'est lui, en effet, qui doit bénir le sacrifice. Après quoi les invités pourront manger. Et maintenant, montez, car lui, vous le trouverez tout de suite. »
Ils montèrent donc à la ville. Comme ils pénétraient à l'intérieur de la ville, voici que Samuel sortit à leur rencontre pour monter au lieu sacré.
Or, un jour avant l'arrivée de Saül, le Seigneur avait révélé ceci à l'oreille de Samuel : « Demain, à la même heure, je t'enverrai un homme du pays de Benjamin. Tu lui donneras l'onction comme chef de mon peuple Israël. C'est lui qui sauvera mon peuple de la main des Philistins. Oui, j'ai vu mon peuple ; oui, son cri est parvenu jusqu'à moi. »
Quand Samuel aperçut Saül, le Seigneur l'avertit : « Voilà l'homme dont je t'ai parlé. C'est lui qui exercera le pouvoir sur mon peuple. »
Saül aborda Samuel à l'entrée de la ville et lui dit : « Indique-moi, je t'en prie, où est la maison du voyant ? » Samuel répondit à Saül : « C'est moi, le voyant. Monte devant moi au lieu sacré. Vous mangerez aujourd'hui avec moi. Demain matin, je te laisserai partir et je te renseignerai sur tout ce qui te préoccupe. Tes ânesses égarées depuis trois jours, cesse de t'en préoccuper, car elles sont retrouvées. À qui donc appartient tout ce qu'il y a de plus précieux en Israël ? N'est-ce pas à toi et à toute la maison de ton père ? »
Saül répondit : « Ne suis-je pas un Benjaminite, appartenant à l'une des plus petites tribus d'Israël ? Et ma famille n'est-elle pas la dernière de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? Pourquoi donc me parles-tu ainsi ? »
Samuel prit Saül et son serviteur et les fit entrer dans la salle. Il leur donna une place en tête des invités, qui étaient une trentaine.
Samuel dit au cuisinier : « Donne la part que je t'ai donnée, celle dont je t'ai dit : mets-la de côté. » Le cuisinier présenta le gigot avec le morceau qui est au-dessus. Il déposa le tout devant Saül en disant : « Voilà, ce qui a été réservé est devant toi. Mange. Cela t'a été gardé pour cette fête, quand on a dit : je convoque le peuple. »
Saül mangea donc avec Samuel ce jour-là. Puis ils descendirent du lieu sacré à la ville, et Samuel s'entretint avec Saül sur la terrasse.
Commentaire
Pour comprendre ce chapitre, il faut avoir en tête un autre texte : il s'agit du Deutéronome, chapitre 17. Et vous allez voir comment le texte que vous venez d'entendre suit scrupuleusement les recommandations de ce livre.
Lorsque tu seras entré dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne, que tu en auras pris possession et que tu y habiteras, si tu dis : « Je veux établir sur moi un roi comme toutes les nations d'alentour »…
On a l'impression que ça a été écrit pour le livre de Samuel. Alors voici la procédure à suivre.
Condition numéro un : tu devras établir sur toi un roi choisi par le Seigneur ton Dieu. Bon : à travers Samuel, c'est Dieu qui choisit Saül.
Condition numéro deux : c'est parmi tes frères que tu prendras un roi. Et on vous présente justement Saül comme appartenant à la maison de Benjamin. Saül, ici, vous est présenté comme fortement intégré, et dans une famille, et dans une tribu.
Condition numéro trois — je suis toujours dans le livre du Deutéronome : qu'il n'aille pas multiplier le nombre de ses chevaux. Dans l'Antiquité, c'est l'arme de guerre par excellence. Et vous avez quoi, ici ? Vous avez un homme qui cherche non pas des chevaux, mais des ânesses. Bref, quand même, pour l'instant, Saül coche pas mal de cases, non ?
Et le texte du Deutéronome continue, nouvelle condition : qu'il ne multiplie pas le nombre de ses femmes. Et dans le texte, Saül est beau, il est beau comme le jour. Et quand il va demander son chemin aux femmes, ces femmes qui lui répondent de manière très longue, les rabbins notent : si elles multiplient les paroles, c'est parce que ces femmes-là voulaient se délecter de la vue de Saül, qui était beau comme le jour. Mais Saül, lui, passe son chemin et ne s'y intéresse pas.
Et dernière condition, le texte du Deutéronome termine en disant… Et dans le texte que vous venez d'entendre, Saül vous est présenté comme étant entièrement fauché. Il est même obligé de demander de l'aide à son serviteur.
Bref, Saül coche toutes les cases. Mais — mais, il y a un énorme « mais » — tout ce passage-là, vous pouvez le relire de manière totalement différente. Reprenons le texte depuis le début, et vous allez voir cette fois-ci.
D'abord, le texte commence par nous parler non pas de Saül, mais de Kish, le père de Saül. Kish, dont la Bible nous dit qu'il était un homme de valeur. Et de Saül, on nous parle tout de suite après : on aurait préféré qu'on nous dise que c'était lui, l'homme de valeur. À la place de ça, il faudra se contenter de sa beauté.
Continuons avec les ânesses que Saül est précisément parti chercher. Enfin, tout le monde sent bien quand même qu'il y a quelque chose de ridicule dans cette affaire. Moi, mon hypothèse, pour ce que ça vaut, c'est que ces ânesses qu'on vous présente comme égarées… une ânesse, ça ne s'égare pas. Ça veut dire que quelqu'un ne les a pas bien gardées. Et quand on vous présente aussi le père de Saül, ce père qui est un homme de valeur et qui est fâché contre son fils, moi je dis : celui qui les a égarées, ces ânesses, c'est Saül, et c'est pour ça que son père l'a envoyé en punition, sans le sou, pour aller retrouver les ânesses. Et ça explique aussi pourquoi Saül se demande si son père n'est pas fâché.
Tiens, justement, en parlant du fait que Saül n'a pas d'argent : enfin, quand même, on ne va pas nous la faire. Le seul qui essaie de retrouver jusqu'au bout les ânesses, ce n'est pas Saül. Et quand il faut débourser de l'argent, on a l'impression que le serviteur lève les yeux au ciel, comme s'il avait compris, et dit : « OK, c'est bon, c'est moi qui vais payer. » Et vous regarderez la réponse de Saül, qui manque quand même singulièrement de classe.
Et quant aux femmes qui abordent Saül pour lui indiquer l'emplacement exact où trouver le voyant, force est de constater qu'arrivé sur place, à l'endroit exact, ayant devant les yeux Samuel, là où les femmes lui avaient prédit qu'il serait, Saül semble tellement dépassé que la seule chose qu'il demande, c'est où trouver le voyant. Dépassé : je crois que c'est le mot.
Saül n'a probablement pas dû comprendre pourquoi, tout d'un coup, il avait droit à autant d'égards et aux meilleures parts. Et quand il dit : « Ne suis-je pas un Benjaminite, appartenant à l'une des plus petites tribus d'Israël, et ma famille n'est-elle pas la dernière de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? Pourquoi me parles-tu ainsi ? », ce que Saül dit, c'est : « Mais laissez-moi tranquille ! »
Saül, qui joue l'homme dépassé, mais qui est peut-être aussi, au fond, quelqu'un qui n'était pas très intéressant à la base. Hum… On va voir comment ça va se terminer, cette affaire.
Psaume 67B
Que le Seigneur soit béni ! Jour après jour, ce Dieu nous accorde la victoire. Le Dieu qui est le nôtre est le Dieu des victoires. Les issues de la mort sont à Dieu, le Seigneur.
À qui le hait, Dieu fracasse la tête, à qui vit dans le crime, il défonce le crâne. Le Seigneur a dit : « Je les ramène de Bashan, je les ramène des abîmes de la terre, afin que tu enfonces ton pied dans leur sang et que la langue de tes chiens ait sa pâture d'ennemis. »
Dieu, on a vu ton cortège, le cortège de mon Dieu, de mon roi, dans le temple. En tête, les chantres ; les musiciens derrière ; parmi les jeunes filles frappant le tambourin.
Rassemblez-vous, bénissez Dieu : aux origines d'Israël, il y a le Seigneur. Voici Benjamin, le plus jeune, ouvrant la marche, les princes de Juda et leur suite, les princes de Zabulon, les princes de Nephtali.
Ton Dieu l'a commandé : sois fort ! Montre ta force, Seigneur, quand tu agis pour nous. De ton palais qui domine Jérusalem, on voit des rois t'apporter leur présent.
Menace la bête des roseaux, la bande des fauves, la meute des peuples. Qu'ils se prosternent avec leurs pièces d'argent ! Désunis les peuples qui aiment la guerre.
De l'Égypte arriveront des étoffes somptueuses ; l'Éthiopie viendra vers Dieu, les mains pleines. Royaumes de la terre, chantez pour Dieu, jouez pour le Seigneur, celui qui chevauche au plus haut des cieux, les cieux antiques.
Voici qu'il élève la voix, une voix puissante. Rendez la puissance à Dieu. Sur Israël, sa splendeur ; dans la nuée, sa puissance. Redoutable est Dieu dans son temple saint, le Dieu d'Israël. C'est lui qui donne à son peuple force et puissance. Béni soit Dieu !
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