Jour 109 ☼ — Saül : un roi… enfin à la hauteur ?
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 11 du premier livre de Samuel, le frère Paul-Adrien lit le récit de la menace de Nahash l'Ammonite sur Yabesh de Galaad, du sursaut de Saül saisi par l'Esprit de Dieu, de la victoire d'Israël et du renouvellement de la royauté à Guilgal. Le commentaire éclaire le contentieux ancien entre Yabesh de Galaad, Benjamin et le reste d'Israël, hérité de la fin du livre des Juges, et montre que l'enjeu véritable est l'unité nationale mise à l'épreuve. Saül réussit l'épreuve, remporte l'adhésion du peuple et pose un premier geste de magnanimité. Mais le frère relève déjà une fragilité : cette alternance brutale entre timidité maladive et fureur prophétique, première fissure dans le personnage du roi.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons notre série, l'épisode sur Saül roi. On en est au début, Saül est un peu gauche, mais allez, on va lui laisser sa chance. Samuel, chapitre 11.
Lecture : 1 Samuel 11
Nahash l'Ammonite monta prendre position contre Yabesh de Galaad. Alors tous les gens de Yabesh dirent à Nahash : « Conclus avec nous une alliance et nous te servirons. » Mais Nahash l'Ammonite leur fit cette réponse : « Voici comment je la conclurai : en vous crevant à tous l'œil droit. J'infligerai cette infamie à tout Israël. »
Les anciens de Yabesh lui dirent : « Laisse-nous un répit de sept jours, que nous puissions envoyer des messagers dans tout le territoire d'Israël, et si personne ne vient à notre secours, nous nous rendrons à toi. »
Les messagers arrivèrent à Guibéa de Saül et rapportèrent ces paroles aux oreilles du peuple. Alors tout le peuple éclata en sanglots.
Or voici que Saül revenait des champs, derrière ses bœufs, et il demanda : « Qu'a donc le peuple ? Qu'a-t-il à pleurer ainsi ? » On lui répéta les paroles des gens de Yabesh.
L'Esprit de Dieu s'empara de Saül quand il entendit ces paroles, et il s'enflamma d'une grande colère. Il prit une paire de bœufs, les dépeça, et on envoya les morceaux dans tous les territoires d'Israël par l'entremise des messagers, qui disaient : « Celui qui ne partira pas au combat derrière Saül et Samuel, voilà ce qui arrivera à ses bœufs. »
La terreur du Seigneur s'abattit sur le peuple, et ils marchèrent tous comme un seul homme. Saül les passa en revue à Bézek : les fils d'Israël étaient trois cent mille, et les hommes de Juda trente mille.
On dit aux messagers qui étaient venus : « Transmettez ceci aux gens de Yabesh de Galaad : demain, quand le soleil sera au plus chaud, vous aurez du secours. » Les messagers vinrent informer les gens de Yabesh, qui s'en réjouirent. Ceux-ci dirent aux Ammonites : « Demain, nous nous rendrons à vous, et vous nous traiterez comme bon vous semble. »
Or le lendemain, Saül disposa le peuple en trois colonnes. Ils pénétrèrent dans le camp aux dernières heures de la nuit et frappèrent les Ammonites jusqu'à l'heure la plus chaude du jour. Alors les survivants se dispersèrent, et il n'en resta pas deux ensemble.
Le peuple dit à Samuel : « Qui donc disait : Saül régnera-t-il sur nous ? Livrez-nous ces gens-là, que nous les mettions à mort. » Mais Saül déclara : « On ne mettra personne à mort en un tel jour, car aujourd'hui même le Seigneur a réalisé le salut en Israël. »
Samuel dit au peuple : « Venez, allons à Guilgal, nous y renouvellerons la royauté. » Tout le peuple alla donc à Guilgal. Là, à Guilgal, on fit roi Saül en présence du Seigneur ; on offrit des sacrifices de paix en présence du Seigneur, et là, Saül et tous les gens d'Israël se livrèrent à de grandes réjouissances.
Commentaire
Nahash l'Ammonite est un méchant, mais un vrai méchant, qui ne cherche qu'une chose, c'est à humilier les habitants de Yabesh. Les habitants de Yabesh qui sont prêts à faire un pacte, et que Nahash accepte, à condition de leur crever un œil. C'est sympa, non ?
Deux interprétations. Vous pouvez dire que crever l'œil droit, c'est rendre les gens incapables de tirer à l'arc. Vous pouvez aussi dire que crever l'œil droit de ces personnes, c'est le simple plaisir de les humilier, et de leur prouver qu'on peut bien leur crever les yeux, de toute façon personne ne viendra à leur aide. C'est rajouter, à l'humiliation de devenir asservi à un roi étranger, l'humiliation de se sentir rejeté par son propre peuple.
En fait, c'est de ça dont il est question ici. C'est pas tellement de s'emparer des habitants de Yabesh de Galaad, c'est de mettre à l'épreuve l'unité nationale, et de montrer que ce peuple qui prétend en être un n'en est pas un. Parce que s'il y a bien une chose dont ce roi est sûr, c'est que personne ne va venir aider les habitants de Yabesh de Galaad.
Souvenez-vous, dans le livre des Juges, c'est ceux-là même contre qui toute Israël était montée en guerre. C'était l'épisode glauque de cette concubine découpée en douze morceaux. Ça, c'étaient les Benjaminites qui étaient responsables de la situation. Mais toute Israël était montée pour se venger de Benjamin, sauf Yabesh de Galaad. Et comme on avait failli exterminer la tribu de Benjamin, pour lui assurer la survie, pour se venger entre guillemets, les habitants d'Israël étaient partis voler leurs femmes pour les donner aux Benjaminites. Et donc, les habitants de cette ville à qui on veut crever les yeux, ce sont des parias pour le reste d'Israël. Souvenez-vous, c'était la fin du livre des Juges.
Donc les habitants de Yabesh, c'est pas du tout dit que quelqu'un en Israël vienne les aider. Il y a un contentieux qui dure encore. Et ça explique aussi pourquoi Saül, lui, au contraire, veut les aider — Saül et toute sa tribu de Benjamin — parce que précisément, ce sont les femmes de Yabesh de Galaad qu'on a prises pour les leur donner. Donc entre ces deux clans, il y a des liens matrimoniaux extrêmement forts, mais qui les mettent à l'écart de tout le reste d'Israël, parce que la tribu de Benjamin, c'est celle qui a violé la concubine, et les habitants de Yabesh de Galaad, ce sont ceux qui n'ont pas voulu participer à la guerre.
Donc nous voilà de retour à l'époque des Juges, avec des tribus totalement déchirées, désorganisées, et qui n'ont plus que les yeux pour pleurer, dit le texte. Oui, mais voilà, là où les Juges disaient « en ce temps-là, il n'y avait pas de roi et chacun faisait comme bon lui semblait », il y a maintenant dans le livre de Samuel un roi : Saül.
Sauf que Saül, manifestement, il n'a pas dû impressionner beaucoup de monde, parce qu'il est le dernier au courant de ce qui se passe. On envoie des messagers, ils ne viennent même pas le voir, et il apprend par la rumeur ce qui s'est passé. Oui, mais Saül, il a été oint par Dieu, et voilà que tout d'un coup, comme un possédé — et je pense que le mot est bon — il se met à agir de manière prophétique. Voilà que tout d'un coup, Saül le timide se met à prendre des bœufs et, d'une force surhumaine, les dépèce en douze pour les envoyer à toutes les tribus. Ce qui n'est pas sans vous rappeler cette concubine violée que l'on avait elle aussi dépecée en douze pour les envoyer à toutes les tribus. Ah, c'était pas détendu, les Israélites ! Quand il fallait envoyer des messages forts, ils savaient faire.
Saül est dépassé, et c'est la même terreur qui saisit tous les habitants d'Israël. Mais cette fois-ci — et on voit le chemin qui a été parcouru quand même depuis le livre des Juges — cette fois-ci, c'est pour que tout le monde s'unisse contre un ennemi extérieur et pour venir sauver les habitants de Yabesh.
Et force est de constater que, bah écoutez, notre petit Saül réussit l'épreuve. Il gagne la guerre. Non seulement il gagne la guerre et réussit à réunir le peuple, mais en plus il emporte l'unanimité et l'adhésion de tout le monde qui l'acclame comme roi. Et son premier geste, et c'est pas rien, est un geste de magnanimité. Verset 13 :
Saül déclara : « On ne mettra personne à mort en un tel jour, car aujourd'hui même le Seigneur a réalisé le salut en Israël. »
Vous voyez, Saül, il est peut-être dépassé par la situation, n'empêche qu'il avait en lui tout ce qu'il fallait pour être roi.
Il y a quand même une chose — moi je fais mon rabat-joie — mais qui me met la puce à l'oreille. Cette espèce de, j'allais dire, de cyclothymie : le fait que d'un côté Saül soit extrêmement timide, maladivement timide et dépassé par les événements, et tout d'un coup saisi par l'Esprit du Seigneur au point d'être cruel et de dépecer un bœuf pour promettre ainsi à la mort tous ceux qui s'opposeront à lui. On passe du feu à l'eau et de l'eau au feu tout de suite, sans transition. C'est pas dit que Saül soit vraiment maître de son esprit. Ah, il y a une petite fragilité là. J'allais dire : une première fissure.
Psaume 68A
Et moi, je te prie, Seigneur, c'est l'heure de ta grâce. Dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi. Par ta vérité, sauve-moi.
Tire-moi de la boue, sinon je m'enfonce. Que j'échappe à ceux qui me haïssent, à l'abîme des eaux. Que les flots ne me submergent pas, que le gouffre ne m'avale, que la gueule du puits ne se ferme pas sur moi.
Réponds-moi, Seigneur, car il est bon ton amour. Dans ta grande tendresse, regarde-moi. Ne cache pas ton visage à ton serviteur. Je suffoque, vite, réponds-moi. Sois proche de moi, rachète-moi, paie ma rançon à l'ennemi.
Toi, tu le sais, on m'insulte, je suis bafoué, déshonoré. Tous mes oppresseurs sont là devant toi. L'insulte m'a broyé le cœur, le mal est incurable. J'espérais un secours, mais en vain ; des consolateurs, je n'en ai pas trouvé. À mon pain, ils ont mêlé du poison ; quand j'avais soif, ils m'ont donné du vinaigre.
Que leur table devienne un piège, un guet-apens pour leurs convives. Que leurs yeux aveuglés ne voient plus, qu'à tout instant les reins leur manquent. Déverse sur eux ta fureur, que le feu de ta colère les saisisse. Que leur camp devienne un désert, que nul n'habite sous leur tente. Celui que tu frappais, ils le pourchassent, en comptant les coups qu'ils reçoivent. Charge-les, faute sur faute : qu'ils n'aient plus d'accès à ta justice. Qu'ils soient rayés du livre de vie, retranchés du nombre des justes.
Et moi, humilié, meurtri, que ton salut, Dieu, me redresse. Et je louerai le nom de Dieu par un cantique, je vais le magnifier, lui rendre grâce. Cela plaira au Seigneur plus qu'un taureau, plus qu'une bête ayant cornes et sabots.
Les pauvres l'ont vu, ils sont en fête. Vie et joie à vous qui cherchez Dieu ! Car le Seigneur écoute les humbles, il n'oublie pas les siens emprisonnés.
Que le ciel et la terre le célèbrent, les mers et tout leur peuplement. Car Dieu viendra sauver Sion et rebâtir les villes de Juda. Il en fera une habitation, un héritage, patrimoine pour les descendants de ses serviteurs, demeure pour ceux qui aiment ton nom.
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