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Jour 110 ☼ — Saül dérive… et ça va lui coûter cher !

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Résumé : Treizième épisode de la « série Netflix » : le frère Paul-Adrien lit 1 Samuel 13, où Saül, pressé par la débandade de son armée et l'absence de Samuel, offre lui-même l'holocauste à Gilgal. Le commentaire relève les signes d'une rédaction biblique devenue incisive — l'âge du roi qu'on ignore, Jonathan surgi de nulle part, Saül s'attribuant la victoire de son fils — puis analyse la faute : le roi met la main sur la religion à des fins militaires et s'arroge à la fois le pouvoir militaire et le pouvoir religieux. Le parallèle avec Aaron au pied du veau d'or éclaire la stratégie de justification de Saül, notamment sa victimisation. L'épisode se termine par la première partie du psaume 68.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous continuons notre série Netflix, aujourd'hui treizième épisode, 1 Samuel chapitre 13. Si je devais donner un nom à cet épisode, je l'appellerais : « Il y a de l'eau dans le gaz. »

Lecture : 1 Samuel 13

On ignore l'âge de Saül lorsqu'il devint roi, et il régna deux ans sur Israël.

Saül choisit trois mille hommes en Israël. Il y en eut deux mille avec Saül à Micmas et dans la montagne de Béthel, et mille avec Jonathan son fils à Guibéa de Benjamin. Quant au reste du peuple, il le renvoya chacun à ses tentes.

Jonathan détruisit le poste de garde des Philistins qui était à Guibéa, et les Philistins l'apprirent. Alors Saül fit sonner du cor dans tout le pays pour dire : « Que les Hébreux l'apprennent ! » Tout Israël l'apprit et disait : « Saül a détruit le poste de garde des Philistins, et même Israël est devenu odieux aux Philistins. » Alors le peuple se regroupa derrière Saül à Gilgal.

Les Philistins se rassemblèrent en vue de combattre Israël : trente mille chars, six mille cavaliers et une troupe aussi nombreuse que les grains de sable au bord de la mer. Ils montèrent établir leur camp à Micmas, à l'est de Beth-Avène.

Les hommes d'Israël virent le danger, tant le peuple était menacé de près. Ils se cachèrent dans les grottes, les trous, les rochers, les souterrains et les citernes. Des Hébreux passèrent ainsi le Jourdain pour gagner le pays de Gad et de Galaad.

Saül était encore à Gilgal, et tout le peuple qui était derrière lui tremblait de peur. Il attendit sept jours, le rendez-vous fixé par Samuel. Mais Samuel ne vint pas à Gilgal, et le peuple, quittant Saül, commençait à se disperser. Alors Saül dit : « Amenez-moi les animaux pour l'holocauste et les sacrifices de paix. » Et il offrit l'holocauste.

Or, comme il achevait d'offrir l'holocauste, voici que Samuel arriva. Saül sortit à sa rencontre pour le saluer. Samuel lui dit : « Qu'as-tu fait ? » Saül répondit : « Quand j'ai vu que le peuple se dispersait en me quittant, que toi-même tu ne venais pas au rendez-vous et que les Philistins étaient rassemblés à Micmas, je me suis dit : Maintenant, les Philistins vont descendre pour m'attaquer à Gilgal sans que j'aie apaisé le Seigneur. Alors, me faisant violence, j'ai offert l'holocauste. »

Samuel dit à Saül : « Tu agis comme un insensé. Tu n'as pas observé le commandement du Seigneur ton Dieu, ce qu'il t'avait ordonné. Autrement, le Seigneur aurait établi ta royauté sur Israël pour toujours. Mais maintenant, ta royauté ne tiendra pas. Le Seigneur a cherché un homme selon son cœur et il l'a institué chef de son peuple, puisque tu n'as pas observé ce que t'avait ordonné le Seigneur. »

Puis Samuel se leva pour monter de Gilgal à Guibéa de Benjamin. Et le reste du peuple monta derrière Saül à la rencontre de la troupe en armes. Quand ils furent arrivés de Gilgal à Guibéa de Benjamin, Saül passa en revue les gens qui se trouvaient avec lui : environ six cents hommes.

Saül, son fils Jonathan et les gens qui se trouvaient avec eux étaient restés à Guibéa de Benjamin, tandis que les Philistins avaient dressé leur camp à Micmas. Les troupes de choc sortirent du camp des Philistins en trois groupes. Le premier prit la direction d'Ophra, au pays de Choual. Le deuxième, la direction de Beth-Horon. Le troisième, la direction de la frontière qui surplombe le Val des Hyènes, du côté du désert.

On ne trouvait pas de forgeron dans tout le pays d'Israël, car les Philistins s'étaient dit : « Il ne faut pas que les Hébreux fabriquent des épées ou des lances. » Tout le monde en Israël descendait donc chez les Philistins pour affûter chacun son soc, sa houe, sa hache ou son pic. Le prix imposé était deux tiers de sicle pour les socs, les houes, les haches et la remise en état des aiguillons.

Il arriva donc qu'au jour du combat, personne dans la troupe qui était avec Saül et Jonathan n'avait en main ni épée ni lance. On en trouva cependant pour Saül et pour son fils Jonathan. Et un poste de Philistins vint s'établir au passage de Micmas.

Commentaire

Ah, on ne peut pas dire que ça aura duré longtemps, la royauté de Saül : ça aura duré en tout et pour tout trois chapitres. Et déjà, la tonalité de la rédaction biblique se fait plus incisive.

Regardez, verset 1, on a commencé notre lecture en disant :

On ignore l'âge de Saül lorsqu'il devint roi.

C'est curieux, parce que d'habitude, la Bible est très précise sur ces choses, sur les âges des rois. Là, c'est comme si on voulait cacher quelque chose. Ensuite arrive Jonathan, le fils de Saül, mais qui n'a pas été introduit, qui arrive ex abrupto, venu de nulle part. Et on se dit qu'il y a là une certaine forme de brutalité narrative, comme si on voulait qu'à tout prix, un clou chasse l'autre le plus vite possible. Et puis encore cette phrase, verset 4 :

Saül a détruit le poste de garde des Philistins.

Alors que c'est son fils qui l'a détruit ! On voit Saül qui commence à avoir peur de maintenir son statut, et qui commence à s'arroger les victoires des autres. Tout ce chapitre commence mal, jusqu'au moment où Saül commet l'irréparable.

L'irréparable, ici, c'est ce sacrifice que Saül, roi, personnage sacré mais personnage laïque, commet à la place du prêtre Samuel. Il faut dire que Samuel avait mis Saül au test, lui avait demandé d'attendre sept jours, et de manière un peu vache, si je puis dire, Samuel avait fait durer le plaisir, en attendant vraiment le dernier moment pour se montrer, alors que l'armée de Saül était en pleine débandade.

Oui, mais voilà, ce test, il n'était pas gratuit. Il voulait vérifier des choses très précises et très importantes. Le premier but de ce test, c'était de vérifier que Saül avait bien compris qu'il était peut-être roi, mais aux ordres de Dieu, et qu'entre Dieu et lui, il y avait les prophètes. L'autre chose qu'il fallait bien vérifier à travers ce test, c'était de savoir si Saül avait vraiment compris que celui qui donnait la victoire, ce n'était pas lui, le roi, et sa force armée, mais c'était Dieu, et que Dieu peut tout à fait donner la victoire à une grande armée comme il peut donner la victoire à une armée en débandade. Souvenez-vous du livre des Juges et de Gédéon. Le principe des guerres que mène Israël, c'est qu'elles dépendent de la confiance qu'il met en Dieu, lui, le véritable Seigneur des armées.

Ce qu'il y a donc en jeu, c'est deux choses. Un : la victoire militaire, qui ne vient pas des hommes mais de Dieu, d'après la Bible. Et deux : le rapport de force entre Dieu et le roi. Et là, Saül qui fait de lui-même le sacrifice, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il essaye de mettre la main sur la religion pour l'utiliser à des fins militaires. Et c'est tout ça qu'il faut voir derrière ce sacrifice-là. En lui-même, j'allais dire, on s'en fiche, mais il faut comprendre ce qu'il signifie derrière. Ce qu'il signifie derrière, c'est que Saül ne respecte pas les pouvoirs intermédiaires que sont les prophètes, et qu'il s'arroge le droit d'être à la fois roi, pouvoir militaire, et à la fois prêtre, pouvoir religieux. C'est le début d'une dictature, ça. Et si jamais vous ne mettez pas le holà tout de suite, c'est typiquement comme ça que démarrent les totalitarismes.

Donc Samuel, quand il voit ça, Samuel le prend très mal. Et il est peut-être aigri par tout ce qui s'est passé avant, n'empêche que là, il a raison. Ce qu'il y a un tout petit peu en trop dans Samuel, c'est qu'on a l'impression qu'il est comme vexé et qu'il boude. On a vu qu'il avait pris comme un échec personnel la demande du peuple d'avoir un roi, et là, on a à nouveau l'impression qu'il prend la faillite de Saül, qu'il a lui-même fait roi, comme un échec personnel.

Donc, Saül se fait attraper par Samuel, et Saül essaye de se justifier. Et écoutez, c'est intéressant. Première raison qu'il donne pour avoir fait le sacrifice : toi, Samuel, tu étais en retard. Donc il commence par blâmer le prophète, ce qui n'est pas la meilleure tactique pour se réconcilier. Deuxièmement : le peuple, mon armée, était partie en débandade. Donc il continue de blâmer les autres. Troisièmement, je cite Saül :

Je me suis dit : maintenant les Philistins vont descendre pour m'attaquer à Gilgal sans que j'aie apaisé le Seigneur. Alors, me faisant violence, j'ai offert l'holocauste.

Écoutez, quand Saül dit « me faisant violence », c'est quoi sa stratégie argumentative ? C'est de se faire passer pour une victime. Ne soyez jamais dupes des gens qui jouent le rôle de la victime trop vite, trop facilement.

Est-ce que tout ceci, par hasard, ça ne vous ferait pas penser à un autre épisode qu'on a déjà vu dans la Bible ? Mais si, le veau d'or, évidemment ! Quand Moïse avait retrouvé Aaron au pied du veau d'or, Aaron s'était justifié en lui disant : et de un, c'est pas ma faute, c'est le peuple qui me l'a demandé — comme Saül ; et de deux, personne ne savait où tu étais passé — exactement comme Saül ; et de trois, alors que Saül dit « me faisant violence », Aaron lui dit « j'ai jeté ça au feu » et pouf, il y a un veau d'or qui est sorti. On pourrait aller encore plus loin en regardant de manière fine le vocabulaire, qui est le même dans les deux passages. Mais vous avez compris l'idée.

Chaque sacrifice qui est fait et qui n'est pas demandé par Dieu s'apparente à de l'idolâtrie. Le veau d'or, c'était l'idolâtrie de l'or, mais derrière le veau, c'était aussi l'idolâtrie de la puissance. Ici, vous avez bien l'idolâtrie de la puissance et du pouvoir.

Alors maintenant, je reviens deux secondes sur Saül. On veut bien lui accorder les circonstances atténuantes. Ce n'est pas dit que, chef de guerre soumis au stress de la bataille qui arrive et d'une armée qui est en train de se débander, nous ayons tenu. OK. Mais regardez la manière dont Saül réagit. Bien sûr, il est angoissé à l'idée de la royauté qu'il est en train de perdre, mais est-ce que vous le voyez demander pardon ? Est-ce que vous le voyez demander à Samuel : « Comment est-ce que je peux rattraper les choses ? » Rien. La seule chose que Saül fait, c'est de continuer les préparatifs de guerre. Et c'est là où je vous dis : la stratégie de victimisation, ça va bien jusqu'à un certain point.

Nous terminons notre commentaire avec un psaume.

Psaume 68B

Ils se sont usés d'attendre, mon Dieu. Plus abondants que les cheveux de ma tête, ceux qui m'en veulent sans raison. Ils sont nombreux, mes détracteurs, à me haïr injustement. Moi qui n'ai rien volé, que devrais-je rendre ?

Dieu, tu connais ma folie, mes fautes sont à nu devant toi. Qu'ils n'aient pas honte pour moi, ceux qui t'espèrent, Seigneur, Dieu de l'univers. Qu'ils ne rougissent pas de moi, ceux qui te cherchent, Dieu d'Israël.

C'est pour toi que j'endure l'insulte, que la honte me couvre le visage. Je suis un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère. L'amour de ta maison m'a perdu, on t'insulte, et l'insulte retombe sur moi.

Si je pleure et m'impose un jeûne, je reçois des insultes. Si je revêts un habit de pénitence, je deviens la fable des gens. On parle de moi sur les places, les buveurs de vin me chansonnent.


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