Jour 111 ☾ — David entre en scène, Saül vacille
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 16 du premier livre de Samuel : l'onction secrète du plus jeune fils de Jessé à Bethléem, puis l'entrée de David au service de Saül comme joueur de cithare. Le commentaire situe David dans la descendance de Booz et Ruth, souligne les faiblesses d'un Samuel qui boude, complote et juge sur l'apparence, et développe surtout une réflexion sur l'évolution du monothéisme biblique. En se donnant un roi humain, Israël « pousse Dieu hors de sa place » — et Dieu y gagne en transcendance, devenant vice-roi, puis empereur, puis maître de l'histoire. L'épisode se termine par une prière demandant à Dieu de régner d'abord dans nos âmes.
Introduction
1 Samuel, chapitre 16. C'est peut-être une nouvelle saison qui commence dans notre série sur les rois d'Israël : l'entrée de David sur la scène publique.
Lecture : 1 Samuel 16
Le Seigneur dit à Samuel : « Combien de temps encore seras-tu en deuil à cause de Saül ? Je l'ai rejeté pour qu'il ne règne plus sur Israël. Prends une corne que tu rempliras d'huile et pars. Je t'envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j'ai vu parmi ses fils mon roi. »
Samuel répondit : « Mais comment faire ? Saül va le savoir et il me tuera. »
Le Seigneur reprit : « Emmène avec toi une génisse et tu diras que tu viens offrir un sacrifice au Seigneur. Tu convoqueras Jessé au sacrifice ; je t'indiquerai moi-même ce que tu dois faire et tu me consacreras par l'onction celui que je te désignerai. »
Samuel fit ce qu'avait dit le Seigneur. Quand il parvint à Bethléem, les anciens de la ville allèrent à sa rencontre en tremblant et demandèrent : « Est-ce pour la paix que tu viens ? » Samuel répondit : « Oui, pour la paix. Je suis venu offrir un sacrifice au Seigneur. Purifiez-vous et vous viendrez avec moi au sacrifice. »
Samuel se dit : « C'est lui le Messie, lui qui recevra l'onction du Seigneur. » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l'ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur, lui, regarde le cœur. »
Jessé appela Abinadab et le présenta à Samuel, qui dit : « Ce n'est pas lui non plus. » Samuel dit : « Ce n'est pas lui non plus que le Seigneur a choisi. » Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils. Samuel lui dit : « Le Seigneur n'a choisi aucun de ceux-là. »
Samuel dit à Jessé : « N'as-tu pas d'autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune. Il est en train de garder le troupeau. » Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher. Nous ne nous mettrons pas à table tant qu'il ne sera pas arrivé. »
Jessé le fit donc venir. Le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l'onction : c'est lui. »
À partir de ce jour-là, l'esprit du Seigneur s'empara de David. Quant à Samuel, il se mit en route et s'en revint à Rama.
L'esprit du Seigneur se détourna de Saül, et un esprit mauvais envoyé par le Seigneur se mit à le tourmenter. Les serviteurs de Saül lui dirent : « Voici qu'un mauvais esprit de Dieu te tourmente. Un seul mot de notre maître, et les serviteurs qui sont devant toi chercheront un bon joueur de cithare. Ainsi, quand un mauvais esprit de Dieu viendra sur toi, cet homme jouera de son instrument et cela te fera du bien. »
Saül répondit à ses serviteurs : « Voyez donc s'il n'y a pas pour moi un homme qui soit un bon musicien, et amenez-le-moi. » L'un d'eux prit la parole et dit : « J'ai vu justement un fils de Jessé, de Bethléem, qui sait jouer. C'est un homme de valeur, un vaillant guerrier. Il parle avec intelligence, c'est un bel homme, et le Seigneur est avec lui. »
Alors Saül envoya à Jessé des messagers pour lui dire : « Envoie-moi ton fils David, qui est avec le troupeau. » Jessé prit un âne qu'il chargea de pain, ainsi qu'une outre de vin et un chevreau, et il envoya à son fils David les porter à Saül.
David arriva près de Saül et se tint à sa disposition. Saül aima beaucoup David, qui devint son écuyer. Saül envoya dire à Jessé : « Que David se tienne donc à ma disposition, car il a trouvé grâce à mes yeux. »
Ainsi, lorsque l'esprit de Dieu venait sur Saül, David prenait la cithare et en jouait. Alors Saül se calmait et se trouvait bien, et l'esprit mauvais s'écartait de lui.
Commentaire
Entrée de David sur la scène historique. Ah, on l'attendait depuis longtemps ! Je rappelle que David a existé : on a une stèle qui s'appelle la stèle de Tel Dan, que l'on a retrouvée, qui date du VIIIe siècle, on pense, avant Jésus-Christ, et qui mentionne la maison de David.
Et de deux, je vous rappelle que David ne vient pas de nulle part dans la Bible : il vient de Booz et de Ruth, dont on a lu l'histoire. C'est une des plus belles histoires d'amour de la Bible, et il y a quelque chose de touchant à voir que le roi que Dieu va choisir selon son cœur se trouve issu d'un mariage heureux, vertueux, rempli de tendresse et de délicatesse. Je trouve ça extraordinaire de se dire que fonder un beau foyer, c'est fonder une dynastie royale.
Revenons maintenant à notre chapitre d'aujourd'hui. Et comment ça commence ? Ça commence avec Samuel, qui ne montre pas forcément le meilleur côté du prophète. Samuel qui fait la tête, qui boude, que Dieu est obligé de forcer pour qu'il sorte de sa retraite, un peu comme Jonas qu'il enverra plus tard à Ninive. Ça résiste ! Et puis Samuel aussi que l'on retrouve dans son goût du secret et du complot, dans l'art de manigancer des choses derrière la scène. C'est le Mazarin de l'époque, et ce n'est pas forcément à sa grandeur.
Et c'est de la même manière que, quand il arrive chez Jessé, il regarde l'apparence : c'est qui, le plus beau ? Il faut que Dieu intervienne personnellement pour lui dire : mais arrête de regarder uniquement l'apparence, moi c'est le cœur qui m'intéresse. Samuel n'est pas au sommet de sa forme. Voyant, c'est quand même quelqu'un qui est censé voir, et Samuel ne voit pas très bien. Et pourtant, il y a un aspect bucolique, de poésie pastorale, dans le choix du nouveau roi, qui fera toute la beauté de David.
Bon, en attendant, moi je vais profiter de ce chapitre, parce que j'ai quelque chose sur le… cœur ! Ça fait déjà pas mal de chapitres que je voulais le dire, alors je le dis là, il faut que ça sorte. C'est une réflexion sur Dieu, sur le monothéisme. Vous savez que l'idée d'un Dieu unique dans la Bible, elle n'est pas arrivée comme ça, du jour au lendemain. Ça a pris du temps, il y a eu des étapes dans cette réflexion. Il me semble que là, on est dans une étape décisive pour considérer l'unité de Dieu et sa transcendance.
Donc, reprenons. Au début, il y avait ce qu'on appelait la monolâtrie, c'est-à-dire que la Bible reconnaissait l'existence de dieux au pluriel, mais demandait, parmi ces dieux au pluriel, d'en choisir un qu'Israël va servir : c'est le Seigneur des armées. Ensuite, deuxième étape dans la révélation biblique, on va commencer à dire que les dieux des autres nations sont des idoles et des néants : elles ne sont pas comparables à Dieu, qui est au-dessus des autres dieux. Vous voyez, nouvel élément par rapport à la monolâtrie, le fait de ne servir qu'un dieu : ici, on introduit une idée de comparaison. Et puis, quand le peuple s'installe en Israël, Dieu devient assimilé non seulement à un peuple, Israël, mais aussi à un lieu : c'est le dieu des montagnes. Il est le roi du peuple.
Sauf qu'avec Saül et avec David, ce qui vient de se passer, c'est que le peuple vient de se choisir un nouveau roi, et un roi humain. Ce qui fait que, quand même, qu'on le veuille ou pas, vous avez poussé Dieu hors de sa place. Il n'est plus le roi d'Israël. Alors, vous allez lui donner quelle place ? C'est tout l'enjeu du livre de Samuel : montrer que peut-être que Saül, peut-être que David sont des rois, mais ils ne sont que deuxièmes par rapport à Dieu.
Alors, vous allez avoir deux modèles. Le premier modèle, c'est celui du vice-roi, et le livre de Samuel va commencer avec ça : c'est-à-dire que vous avez un roi humain, David, Saül, mais en fait, ils ont besoin d'un tuteur, un prophète, parce que le vrai roi qui reste en place, c'est Dieu. Et ensuite, on va basculer à une autre considération sur Dieu. On va considérer Dieu non plus comme un roi — parce qu'en fait, la place est prise maintenant par un roi humain — mais comme un empereur. Il est celui qui règne non seulement sur Israël, mais aussi sur les autres nations d'alentour.
Et là, vous voyez que l'unité de Dieu, sa transcendance, le fait qu'il règne sur toute la terre, vont subir une évolution importante. Je vais le dire comme ça : c'est comme si, maintenant, le fait qu'il y ait un roi humain en Israël avait obligé Dieu à prendre de la place. Il a gagné en transcendance. Et vous voyez, en fait, qu'à mots couverts, si Dieu accepte qu'il y ait une royauté, c'est parce que ça va aussi permettre au peuple d'avoir une conception plus haute de Dieu. Ce n'est pas dit comme ça, mais vous pouvez commencer à la voir dans les psaumes qu'on lit à chaque fin d'épisode : la notion d'un Dieu qui est au-dessus des rois.
Ce n'est pas la fin de la réflexion théologique d'Israël. Parce qu'un jour, Israël sera confronté, cette fois-ci, aux empires : l'empire assyrien, l'empire perse, l'empire babylonien. Et cette fois-ci, il faudra que Dieu, à nouveau, soit au-dessus des empereurs. Cette fois-ci, vous aurez la vision définitive de Dieu qui va s'installer : d'un Dieu qui est transcendant, qui est unique, à qui tous les empires, toutes les nations appartiennent, qui est le maître de l'histoire, et les empereurs sont dans sa main. Ça, ce sera pour plus tard, pour la période exilique. Mais vous voyez comment, en ce moment, la révélation est en train de s'approfondir, Dieu est en train de gagner en transcendance. Et c'est peut-être pour ça, à la fois, que Dieu ne voulait pas qu'il y ait une monarchie — parce que c'était une manière de rejeter Dieu — et pourquoi Dieu accepte qu'il y ait quand même une monarchie : parce que l'autorité de Dieu est au-dessus, de toute façon, des rois. Et ça, c'est ce que les prophètes vont commencer à comprendre.
Et nous terminons, eh bien tiens, par une prière. Nous demandons, au cours de cette prière, que Dieu soit notre roi, qu'il soit notre empereur. Ça ne suffit pas à Dieu de régner sur terre, s'il ne règne pas d'abord dans notre âme.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous nous abandonnons entre tes mains, et nous te demandons de venir réclamer ton empire sur nous. Tu es notre Dieu, et nous t'appartenons. Tu as autorité sur nous, tu as souveraineté sur nous.
Seigneur notre Dieu, parle, et nous ferons ; commande, et nous agirons.
Nous te rendons grâce, Seigneur, de t'appartenir, parce que tu es le roi de justice, tu es le roi de bonté. À toi appartiennent et le ciel et la terre. Et Seigneur, il n'y a qu'à te voir pour t'aimer.
Seigneur, sois notre tout, sois notre vie, sois notre âme, sois notre roi.
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