Jour 111 ☼ — Saül désobéit… et c’est le début de la fin
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Résumé : Samuel laisse une dernière chance à Saül en lui ordonnant de vouer Amalek à l'anathème, mais le roi épargne Agag et le meilleur du bétail, ne vouant à la destruction que ce qui n'avait aucune valeur. Confondu par Samuel, Saül feint l'innocence, invoque le peuple, puis prétend vouloir offrir un sacrifice — avant d'avouer son péché pour ne pas perdre la face devant les anciens. Le frère Paul-Adrien souligne au passage la délicatesse de Saül envers les Kénites, le « démon de la justification » à l'œuvre dans ses réponses, et le manteau arraché qui annonce déjà le remplacement de Saül par David. L'épisode se termine par le psaume 69.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. 1 Samuel, chapitre 15 : le retour de l'anathème. J'espère que vous prenez autant de plaisir que moi à lire et à commenter ces passages : c'est extraordinaire de finesse, psychologique, narratif, il y a tout.
Lecture : 1 Samuel 15
Samuel dit à Saül : « C'est moi que le Seigneur a envoyé pour te donner l'onction comme roi sur son peuple, sur Israël. Et maintenant, écoute la voix, écoute les paroles du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur des armées : je vais demander compte à Amalek de ce qu'il a fait à Israël, en lui barrant la route lorsqu'il montait d'Égypte. Maintenant donc, va, tu frapperas Amalek, et vous devrez vouer à l'anathème tout ce qui lui appartient. Tu ne l'épargneras pas, tu mettras tout à mort : l'homme comme la femme, l'enfant comme le nourrisson, le bœuf comme le mouton, le chameau comme l'âne. »
Saül convoqua le peuple et le passa en revue à Télaïm. Il y avait deux cent mille fantassins, et en plus dix mille hommes de Juda. Parvenu à la ville d'Amalek, Saül se mit en embuscade dans le lit du torrent.
Il dit aux Kénites : « Allez, écartez-vous, sortez du milieu des Amalécites, que je ne vous traite comme eux, alors que vous, vous avez agi avec fidélité envers tous les fils d'Israël quand ils montaient d'Égypte. » Et les Kénites s'écartèrent du milieu d'Amalek.
Saül frappa Amalek depuis Havila jusqu'à l'entrée de Chour, qui est en face de l'Égypte. Il captura vivant Agag, le roi d'Amalek, et voua à l'anathème tout le peuple, qu'il passa au fil de l'épée. Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag, ainsi que le meilleur du petit et du gros bétail, les bêtes grasses, les agneaux et tout ce qu'il y avait de bon : ils ne voulurent pas les vouer à l'anathème. Par contre, tout ce qui était sans valeur et de mauvaise qualité, c'est ça qu'ils vouèrent à l'anathème.
La parole du Seigneur fut adressée à Samuel : « Je me repens d'avoir fait régner Saül comme roi, car il s'est détourné de moi et n'a pas accompli mes paroles. » Samuel fut bouleversé et cria vers le Seigneur toute la nuit.
Samuel se leva de bon matin pour rencontrer Saül. On vint lui annoncer : « Saül est allé au village de Carmel. Il s'est dressé une stèle. Il a fait demi-tour et, poussant plus loin, il est descendu à Gilgal. »
Samuel arriva auprès de Saül, et Saül lui dit : « Sois béni du Seigneur. J'ai accompli la parole du Seigneur. » Samuel lui dit : « Mais quels sont ces bêlements qui frappent mes oreilles, et ces beuglements que j'entends ? » Saül répondit : « On a ramené ces animaux de chez les Amalécites. C'est que le peuple a épargné le meilleur du petit et du gros bétail, en vue de le sacrifier au Seigneur ton Dieu. Et ce qui restait, nous l'avons voué à l'anathème. »
Samuel dit à Saül : « Assez ! Je vais t'apprendre ce que le Seigneur m'a dit pendant la nuit. » Saül lui dit : « Parle ! »
Alors Samuel déclara : « Toi qui reconnaissais ta petitesse, n'es-tu pas devenu le chef des tribus d'Israël, puisque le Seigneur t'a donné l'onction comme roi sur Israël ? Il t'a envoyé en campagne et t'a donné cet ordre : "Va et voue à l'anathème ces impies Amalécites. Fais-leur la guerre jusqu'à l'extermination." Pourquoi n'as-tu pas obéi à la voix du Seigneur ? Pourquoi t'es-tu jeté sur le butin ? Pourquoi as-tu fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur ? »
Saül répondit à Samuel : « Mais j'ai obéi à la voix du Seigneur ! Je suis allé là où il m'envoyait. J'ai ramené Agag, roi d'Amalek, et j'ai voué Amalek à l'anathème. Dans le butin, le peuple a choisi le meilleur de ce qui était voué à l'anathème, petit et gros bétail, pour l'offrir en sacrifice au Seigneur ton Dieu, à Gilgal. »
Samuel répliqua : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l'obéissance à sa parole ? Ah oui, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. La révolte est un péché comme la divination, la rébellion est une faute comme la consultation des idoles. Parce que tu as rejeté la parole du Seigneur, lui aussi t'a rejeté : tu ne seras plus roi. »
Saül dit à Samuel : « J'ai péché en transgressant l'ordre du Seigneur et tes paroles. C'est que j'ai eu peur du peuple et je lui ai obéi. Maintenant, je t'en prie, enlève mon péché. Reviens avec moi, que je me prosterne devant le Seigneur. » Mais Samuel répondit à Saül : « Je ne reviendrai pas avec toi, puisque tu as rejeté la parole du Seigneur. Le Seigneur t'a rejeté, pour que tu ne sois plus roi sur Israël. »
Comme Samuel se détournait pour partir, Saül saisit le pan de son manteau, qui fut arraché. Alors Samuel lui dit : « Aujourd'hui, le Seigneur t'a arraché la royauté sur Israël, et il l'a donnée à ton prochain, qui vaut mieux que toi. Pourtant, celui qui est la splendeur d'Israël ne se dément pas ni ne se repent pas. N'étant pas homme, il n'a pas à se repentir. »
Saül dit : « J'ai péché. Mais daigne pourtant m'honorer devant les anciens de mon peuple et devant Israël. Reviens avec moi, pour que je me prosterne devant le Seigneur, ton Dieu. » Samuel revint à la suite de Saül, qui se prosterna devant le Seigneur.
Samuel dit : « Amenez-moi Agag, roi d'Amalek. » Agag vint à lui tout heureux. Il se disait : « Vraiment, l'amertume de la mort s'est écartée. » Mais Samuel lui dit : « De même que ton épée a privé des femmes de leurs enfants, de même, parmi les femmes, ta mère sera privée de son enfant. » Et Samuel exécuta Agag devant le Seigneur, à Gilgal.
Samuel s'en alla à Rama, et Saül remonta chez lui, à Guibéa de Saül. Samuel ne revit plus Saül jusqu'au jour de sa mort. En effet, Samuel avait pris le deuil à cause de Saül, et le Seigneur s'était repenti d'avoir fait régner Saül sur Israël.
Commentaire
Nous avions dit, dans notre précédent commentaire, que Samuel était parti bouder, vexé par l'attitude de Saül. Mais Samuel n'est pas chien et veut laisser une dernière chance à Saül. Sympa, non ? Et c'est ainsi que Samuel retourne voir Saül pour lui demander de faire la guerre contre les Amalécites.
Alors, la guerre, dans le contexte du livre, semble venir de nulle part, et on se dit : mais qu'est-ce que les Amalécites ont fait ? Les Amalécites, c'est pas des gentils. On les a vus dans l'Exode, on les a vus dans le Deutéronome. Ce sont des pillards qui ne cessent de tomber sur des proies faciles. On admettra donc que la guerre est justifiée.
Et Samuel demande non seulement de faire la guerre contre les Amalécites, mais de les vouer — on l'attendait — à l'anathème. C'est le retour de notre grande question de l'anathème. Souvenez-vous : on en a parlé, on en a reparlé, on en a reparlé, on a tout décortiqué. Si vous avez encore des questions là-dessus, je vous renvoie aux Nombres, au Deutéronome. Là, je reprends simplement notre conclusion : je vous avais dit qu'à chaque fois qu'il était question d'anathème, c'était pour signaler que l'anathème n'était pas respecté. C'est exactement ce qui se passe ici.
En parlant de l'anathème, petite parenthèse aussi. Vous avez vu Saül qui, par délicatesse — et cette fois-ci, c'est à mettre à son crédit — … Il y avait parfois un côté de magnanimité chez Saül. Souvenez-vous, il avait épargné les vauriens. Là, il épargne les Kénites :
« Allez, écartez-vous, sortez du milieu des Amalécites. »
Alors, les Kénites, ça ne dit probablement plus rien à personne, mais les Kénites, c'est la famille de Jéthro, le beau-père de Moïse. Les Kénites représentent ce qu'il y a de beau dans les nations : une droiture, une honnêteté, une authentique recherche spirituelle. Tandis que les Amalécites représentent ce qu'il y a de mauvais dans les nations : la facilité, l'idolâtrie, le pillage. Saül est en train d'offrir une porte de sortie aux justes parmi les nations, pour qu'ils échappent à l'anathème. Ce qui reste dans les Amalécites, ce sont précisément les hommes mauvais. Et c'est ça qu'il faut prendre en compte quand on parle d'anathème : on a essayé de sauver les innocents.
Et alors là, pour l'anathème, quand même, Saül, c'est difficile de le sauver. On nous dit qu'il voue à l'anathème tout ce qui n'a aucune valeur. Merci Seigneur ! C'est ce qu'on me disait au noviciat : on n'est pas obligé, à chaque fois qu'on parle à Dieu, de lui offrir uniquement ce qui ne va pas dans notre vie ; parfois, on peut aussi lui offrir de belles choses.
Et donc, il refuse de vouer à l'anathème et le roi, et le bétail qui est riche et gras. Alors, le roi, on pourrait dire que c'est par magnanimité, mais à partir du moment où Saül vient d'exterminer une armée entière, ça n'a pas beaucoup de sens de dire qu'il a voulu sauver le roi. Non. En fait, probablement qu'il a voulu le sauver pour pouvoir l'utiliser comme monnaie d'échange, ou bien — et je pense que c'est plus crédible — parce qu'il a reconnu dans le roi des Amalécites son alter ego, son égal, et qu'en épargnant le roi, c'est aussi lui-même qu'il veut épargner. Aujourd'hui c'est moi qui l'épargne, demain c'est lui qui m'épargnera. Et le peuple épargne le bétail, et on peut quand même raisonnablement se dire que c'est par amour du luxe.
Arrive Samuel. Saül commence par feindre l'innocence, commence par le saluer : « Oh, magnifique, comment tu vas », etc. Samuel n'est pas dupe : qu'est-ce que j'entends ? Changement de tactique de Saül : « Ah oui, ça, j'ai oublié de te le dire, mais ne t'inquiète pas, c'est le bétail qu'on va offrir en sacrifice. » Non, il ne va pas nous la faire, pas à nous ! Non, quand même, Saül ! D'autant plus que Saül — c'est toujours la même chose — n'a pas le droit d'offrir des sacrifices, ni lui, ni le peuple. Donc la raison pour laquelle il a perdu la royauté, il ne l'a toujours pas comprise.
D'où la réponse de Samuel : est-ce que les holocaustes, c'est ça que Dieu aime ? C'est plutôt l'obéissance à sa parole, et tout le reste, ce n'est que de l'idolâtrie et de la superstition. Je cite :
« La révolte est un péché comme la divination, la rébellion est une faute comme la consultation des idoles. »
Quitte à spoiler : Saül terminera justement là.
En tout cas, vous avez pu admirer au passage ce que l'on appelle le démon de la justification. Comment, alors même que souvent nous sommes pris en flagrant délit, nous arrivons à retourner la situation pour essayer de nous justifier. Bien souvent, nous ne sommes pas meilleurs que Saül.
Et d'ailleurs, Saül fait amende honorable. Verset 24 :
« J'ai péché en transgressant l'ordre du Seigneur et tes paroles. C'est parce que j'ai eu peur du peuple et que je lui ai obéi. »
On se dit : ah ben enfin ! Il avoue, il admet, on va peut-être pouvoir lui pardonner. Sauf qu'il continue comme ça :
« Maintenant, je t'en prie, enlève mon péché, reviens avec moi ! »
Extraordinaire ! S'il demande pardon, ce n'est pas du tout parce qu'il est désolé, c'est parce qu'il n'a pas envie de perdre la face devant les hommes. Oh non, mais je suis désolé : il n'y a rien à sauver là-dedans.
D'ailleurs, Samuel s'en va. Saül lui arrache un morceau de son vêtement. Un jour, plus tard, on verra David arracher un morceau du vêtement de Saül : la boucle sera bouclée. Ce qui est en train de se passer maintenant trouvera un jour son achèvement dans le remplacement de Saül par David.
Nous terminons par un psaume.
Psaume 69
Mon Dieu, viens me délivrer. Seigneur, viens vite à mon secours.
Qu'ils soient humiliés et déshonorés, ceux qui s'en prennent à ma vie. Qu'ils reculent, couverts de honte, ceux qui cherchent mon malheur. Que l'humiliation les écrase, ceux qui me disent : « C'est bien fait ! »
Mais tu seras l'allégresse et la joie de tous ceux qui te cherchent. Toujours ils rediront : « Dieu est grand ! », ceux qui aiment ton salut.
Je suis pauvre et malheureux, mon Dieu, viens vite. Tu es mon secours, mon libérateur : Seigneur, ne tarde pas.
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