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Livre de · 31 chapitres

1 Samuel

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1 Samuel 15, 16-28
AELF · Bible liturgique

16 Samuel dit à Saül: Arrête, et je te déclarerai ce que l'Éternel m'a dit cette nuit. Et Saül lui dit: Parle!
17 Samuel dit: Lorsque tu étais petit à tes yeux, n'es-tu pas devenu le chef des tribus d'Israël, et l'Éternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois roi sur Israël?
18 L'Éternel t'avait fait partir, en disant: Va, et dévoue par interdit ces pécheurs, les Amalécites; tu leur feras la guerre jusqu'à ce que tu les aies exterminés.
19 Pourquoi n'as-tu pas écouté la voix de l'Éternel? pourquoi t'es-tu jeté sur le butin, et as-tu fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel?
20 Saül répondit à Samuel: J'ai bien écouté la voix de l'Éternel, et j'ai suivi le chemin par lequel m'envoyait l'Éternel. J'ai amené Agag, roi d'Amalek, et j'ai dévoué par interdit les Amalécites;
21 mais le peuple a pris sur le butin des brebis et des boeufs, comme prémices de ce qui devait être dévoué, afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu, à Guilgal.
22 Samuel dit: L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel? Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers.
23 Car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l'est pas moins que l'idolâtrie et les théraphim. Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi.
24 Alors Saül dit à Samuel: J'ai péché, car j'ai transgressé l'ordre de l'Éternel, et je n'ai pas obéi à tes paroles; je craignais le peuple, et j'ai écouté sa voix.
25 Maintenant, je te prie, pardonne mon péché, reviens avec moi, et je me prosternerai devant l'Éternel.
26 Samuel dit à Saül: Je ne retournerai point avec toi; car tu as rejeté la parole de l'Éternel, et l'Éternel te rejette, afin que tu ne sois plus roi sur Israël.
27 Et comme Samuel se tournait pour s'en aller, Saül le saisit par le pan de son manteau, qui se déchira.
28 Samuel lui dit: L'Éternel déchire aujourd'hui de dessus toi la royauté d'Israël, et il la donne à un autre, qui est meilleur que toi.

1 Samuel 15, 16-28
Commentaire

DU 1er LIVRE DE SAMUEL

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres de Samuel s'occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l'un est l'apparition du prophétisme avec l'émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d'Israël, l'autre est l'institution de la royauté.

Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l'entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d'une succession dynastique.

Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c'est, d'une part, la survivance et la stabilité d'Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d'autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme "peuple de Dieu", porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l'Alliance conclue à l'époque de Moïse.

Ces Livres traitent successivement :

  • du changement qui se produit en Israël, lié à l'apparition de Samuel et au rôle que l'on veut faire jouer à l'Arche d'alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
  • de l'avènement de la royauté avec le choix de Saül (I Samuel, 8, 1 - 12, 25),
  • de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel,13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
  • de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
  • des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
  • de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).

Dans la 3ème partie des Livres de Samuel. où nous nous trouvons avec ce passage (1 Samuel, 13,1 - 2 Samuel, 5, 10), et qui se caractérise par une lente mise en place de la royauté, nous voyons le système royal s'établir à travers, d'une part. le déclin de Saül, et, d'autre part, la montée de David.

Période très troublée, s'il en est, car les deux hommes vont s'affronter dans un combat quasi permanent qui va durer jusque après la mort de Saül, et ce n'est qu'au chapitre 5 du 2ème Livre de Samuel, que David sera, de façon indiscutable et ferme, roi reconnu par les 12 tribus d'Israël.

2. Message

Notre texte sur le rejet de Saül par Samuel, au nom de Yahvé Dieu, est pratiquement le dédoublement d'un premier récit (13, 1 - 15a), dans lequel Saül s'entend déjà dire par Samuel que sa royauté ne tiendra pas, et que Yahvé s'est déjà choisi un homme selon son coeur, et l'a institué chef de son peuple (1 Samuel, 13, 14).

Le motif en est qu'en raison d'un retard de Samuel à rejoindre Saül dans les délais prévus, ce dernier s'est permis de ne pas attendre davantage pour offrir l'holocauste à Yahvé à Gilgal, pour apaiser le Seigneur alors que les Philistins étaient menaçants.

Cette fois, après avoir vaincu complètement les Amalécites lors d'une guerre d'anéantissement demandée par Dieu, Saül n'est pas allé jusqu'au bout de l'ordre qu'il avait reçu de pratiquer l'anathème, c'est-à-dire de tout détruire immédiatement. Il a épargné le roi des Amalécites, fait prisonnier, ainsi que le meilleur du butin en bétail, sous le prétexte de l'offrir en sacrifice à Yahvé.

Ce rejet de Saül, à deux reprises, en deux situations, dont la seconde ne constitue pas une avancée par rapport à la première, s'explique par l'importance affirmée de la dimension absolue et immédiate de l'obéissance aux ordres de Dieu, pour les milieux prophétiques que représente ici Samuel.

Selon ces milieux prophétiques, dont la tradition se retrouve dans ces pages, la Parole de Dieu est absolue, et rien ne doit venir en empêcher l'éxécution. Aucun motif, aucune explication ne sont admis pour ne pas aller jusqu'au bout d'un ordre précis et formel du Seigneur. Saül n'a pas obéi à la lettre à un ordre spécifique de Yahvé, et c'est pourquoi il est rejeté.

Aux versets 26 - 28, Samuel ajoutera que la royauté sera déchirée de dessus Saül, comme le manteau de Samuel s'est déchiré, quand Saül a essayé de le retenir.

Vient alors l'affirmation solennelle de la grande formule prophétique : Dieu ne prend plaisir qu'à l'obéissance à sa Parole. L'obéissance vaut mieux que le sacrifice.

3. Decouvertes

Ce passage est l'un des plus dramatiques des Livres de Samuel et de tout l'Ancien Testament.

Saül est mis en face d'un événement qu'il ne peut dominer. Samuel, malgré son affection pour le héros qu'il a fait roi de par Yahvé, doit lui signifier, de par Yahvé, sa déchéance, et son rejet, ce dont il portera le deuil (16, 1).

L'anathème entraîne la destruction totale en l'honneur de la divinité.

Les paroles du verset 22 sont du meilleur style prophétique : voir leur reprise en Isaïe, 1, 11 - 17; Osée, 6, 6; Michée, 6, 6 - 8; Jérémie, 6, 20. Jésus fait de même en Matthieu 9, 13.

Au verset 23, la désobéissance à Yahvé est considérée comme aussi, sinon plus, grave que de se livrer à l'idolâtrie. Elle est péché de divination, laquelle est interdite formellement par la Loi (Nombres, 23, 23 et Deutéronome, 18, 10).

Les versets 27- 28, sur la déchirure de la royauté remise à un autre, seront repris en 1 Rois, 11, 30 - 31, suite au péché de Salomon.

4. Prolongement

Jésus a été obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix, à laquelle il a été condamné parce qu'il venait libérer ses contemporains d'une certaine conception de la Loi.

Pour lui, la Loi est au service de l'homme, et non l'inverse. Ce qui ne l'empêche pas de "dépasser" la Loi par une exigence quasi infinie de miséricorde, d'amour et de pardon sans limites, dans un esprit de gratuité absolue (Matthieu, 5, 17 - 47).

Nous avons à constater, et à accepter que les images que les croyants ont eues de Dieu à travers la Bible ont évolué jusqu'à Jésus, qui les a radicalement transformées. Pour lui, et pour nous après lui, Dieu n'est plus celui qui demande l'anéantissement des ennemis en les vouant à l'anathème. "Aimez-vos ennemis", a dit .Jésus, qui a demandé, ensuite, le pardon de Dieu pour ses bourreaux (Matthieu, 5, 43 - 44 et Luc, 23, 34).

Lorsque Paul emploie la formule "qu'il soit anathème " ! (Galates, 1, 9 et 1 Corinthiens, 16, 22), ce n'est plus, semble-t-il, qu'une violence oratoire. En effet, lorsqu'il envisage une "peine" à l'encontre d'une personne dans la communauté, qui a très gravement péché publiquement (cas d'inceste, par exemple), il cherche, en définitive, le salut du pécheur (1 Corinthiens, 5, 5 et 11, 30 - 32).

En revanche, le cas d'Ananie et Sapphire frappés sur le champ par Dieu devant Pierre et la communauté, pour avoir menti à l'Eglise, donc à l'Esprit-Saint qui l'habite, en choisissant de se situer comme Satan l'adversaire, est unique dans le Nouveau Testament (Actes,5, 1 - 11). Cas extrême, dont le seul but serait de souligner le rôle d'autant plus important de la communauté, à laquelle Jésus ressuscité s'identifie ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu n'es venu en ce monde, nous as-tu dit, que pour faire la volonté du Père, dont tu déclarais qu'elle était ta nourriture, et tu attends de nous que nous t'imitions dans un comportement semblable au tien, car c'est ainsi que tu nous appelles à aimer Dieu de tout notre coeur, lui qui nous demande alors d'aimer notre prochain comme nous-mêmes : aide-moi à pratiquer ton obéissance au Père en toutes circonstances, et à toujours me tourner vers mes frères et soeurs dans une attitude de miséricorde, à la façon de Dieu notre Père, dont tu nous as révélé et manifesté l'infinie miséricorde. AMEN.

19.01.2004.*