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Jour 117 ☾ — David pleure Saül… et punit son meurtrier

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Résumé : Nous entrons dans le deuxième livre de Samuel, qui reprend exactement là où s'arrêtait le premier. Un homme venu du camp d'Israël annonce à David la mort de Saül et de Jonathan, s'attribue le coup de grâce et lui apporte le diadème royal : David le fait mettre à mort, puis entonne la lamentation du chant de l'Arc. Le commentaire s'appuie sur Bishop Barron pour montrer que cet Amalécite est un charognard et un semeur de discorde, et que David, en le tuant, accomplit enfin l'anathème que Saül avait refusé. Le frère Paul-Adrien termine sur l'amitié de David et Jonathan et sur la grandeur oubliée de l'amitié.

Introduction

Surprise ! Nous commençons un nouveau livre : le deuxième livre de Samuel. Alors, il n'y a pas besoin d'introduction particulière, parce qu'en fait on reprend exactement là où on s'est arrêté. Vous pouvez considérer ça comme une nouvelle saison dans votre série préférée. Samuel, chapitre 1. Comment David va-t-il réagir à la mort du roi Saül ? Bonne écoute.

Lecture : 2 Samuel 1

C'était après la mort de Saül. David, après avoir battu les Amalécites, revint à Ciqlag et y demeura deux jours. Or, le troisième jour, un homme arriva du camp de Saül, les vêtements déchirés et la tête couverte de poussière. En arrivant auprès de David, il se jeta à terre et se prosterna.

David lui demanda : « D'où viens-tu donc ? » Il lui répondit : « Je me suis échappé du camp d'Israël. » David lui dit : « Que s'est-il passé ? Raconte-le-moi. » L'homme répondit : « Le peuple s'est enfui du champ de bataille. Beaucoup d'entre eux sont tombés et sont morts, et même Saül et son fils Jonathan sont morts. »

David dit au jeune homme qui lui apportait la nouvelle : « Comment sais-tu que Saül et son fils Jonathan sont morts ? » Le jeune homme lui dit : « Je me trouvais par hasard sur le mont Guelboé, et j'ai vu Saül appuyé sur sa lance, et les chars et les cavaliers qui le serraient de près. Il s'est retourné, il m'a vu, il m'a appelé. J'ai dit : "Me voici." Il m'a dit : "Qui es-tu ?" Je lui ai dit : "Je suis un Amalécite." Il m'a dit : "Tiens-toi près de moi, je t'en prie, et donne-moi la mort, car je suis saisi de vertige alors que je suis encore plein de vie." Je me suis tenu près de lui et je lui ai donné la mort, car je savais qu'il n'aurait pas survécu à sa chute. Ensuite, j'ai pris le diadème qui était sur sa tête et la chaînette qu'il avait au bras, et je les ai apportés ici à mon seigneur. »

Alors David arracha et déchira ses vêtements, et tous les hommes qui étaient avec lui firent de même. Ils se lamentèrent, pleurèrent et jeûnèrent jusqu'au soir à cause de Saül et de son fils Jonathan, à cause du peuple du Seigneur et de la maison d'Israël, parce qu'ils étaient tombés par l'épée.

David demanda au jeune homme qui lui apportait la nouvelle : « D'où es-tu ? » Il lui répondit : « Je suis le fils d'un immigré amalécite. » David lui dit : « Comment ? Tu n'as pas craint d'étendre la main pour supprimer le messie du Seigneur ? » David appela l'un de ses serviteurs et dit : « Approche, frappe-le ! » Celui-ci le frappa à mort, tandis que David lui disait : « Que ton sang retombe sur ta tête, car c'est ta bouche qui a parlé contre toi quand tu as dit : "Moi, j'ai donné la mort au messie du Seigneur." »

Alors David chanta cette lamentation sur Saül et sur son fils Jonathan, et il demanda qu'on l'enseigne aux fils de Juda : c'est le chant de l'Arc. Et voici comment il est écrit dans le livre du Juste :

« Ta fierté, Israël, transpercée sur tes hauteurs ! Comment sont-ils tombés, les héros ? Ne l'annoncez pas dans la ville de Gath, ne portez pas la nouvelle dans les rues d'Ascalon, de peur que les filles des Philistins ne se réjouissent, et que les filles des incirconcis ne bondissent de joie.

Montagnes de Guelboé, qu'il n'y ait pour vous ni rosée, ni pluie, ni champ fertile. C'est là que fut souillé le bouclier des héros, le bouclier de Saül, qui n'était pas frotté d'huile.

Devant le sang des transpercés et la blessure des héros, l'arc de Jonathan ne reculait pas, l'épée de Saül ne revenait pas sans effet.

Saül et Jonathan, aimables, pleins de charme, ni dans la vie, ni dans la mort, ne furent séparés, plus rapides que les aigles, plus vaillants que les lions.

Filles d'Israël, pleurez sur Saül. Il vous revêtait de pourpre somptueuse et rehaussait de joyaux d'or vos vêtements.

Comment sont-ils tombés, les héros, au milieu du combat ? Jonathan, transpercé sur les hauteurs, j'ai le cœur serré à cause de toi, mon frère Jonathan. Tu étais plein d'affection pour moi, et ton amitié pour moi était merveille, plus grande que l'amour des femmes.

Comment sont-ils tombés, les héros ? Comment ont-elles disparu, les armes de combat ? »

Commentaire

Vous avez noté un deuxième récit de la mort de Saül, par un étranger. Et comme maintenant vous êtes des lecteurs familiers de la Bible, vous savez toujours que quand les choses se répètent dans la Bible, il y a des différences. Et de fait, des différences, il y en avait. Par exemple, le fait que l'on soit passé d'un suicide de Saül à un étranger qui lui donnait la mort. Étonnant, non ?

Mes notes de bas de page me disent qu'il doit s'agir là de deux couches rédactionnelles différentes. Vous ferez toujours attention quand quelqu'un essaye de vous expliquer les différences qu'il y a dans la Bible en parlant de couches rédactionnelles différentes : même s'il est vrai qu'il y a plusieurs couches rédactionnelles, ça peut toujours être une facilité d'explication.

Pour ma part, je préfère l'explication que donne Bishop Barron, qui a écrit un très bon commentaire du deuxième livre de Samuel. Il dit ceci. Notez comment le jeune homme dit :

Je me trouvais par hasard sur le mont Guelboé.

Mais, remarque Bishop Barron, qui traîne par hasard sur des champs de bataille ? Personne, sinon des charognards. La seule explication possible que cette personne avait de traîner sur un champ de bataille, c'était pour faire les poches des soldats morts au combat. Et là, je dois dire que Bishop Barron a un point.

Or, voilà, continue Bishop Barron : regardez de quelle ethnie, de quelle tribu se réclame cette personne. Il dit à Saül : « Je suis un Amalécite. » Alors, « Amalécite », ça, typiquement, c'est le genre de détail que, quand on lit la Bible sans commentaire, on passe à côté, et pourtant c'est là où tout se situe.

Les Amalécites, il y a plusieurs petites choses à dire. D'abord, un : je n'ai pas eu le temps de le commenter parce que les chapitres étaient longs, mais c'était l'épisode qu'on venait d'entendre, les Amalécites qui avaient pillé le camp de David, profitant de l'absence temporaire de David, David qui s'était mis à leur poursuite et qui les avait ratiboisés. Et là, vous avez une personne qui dit qu'elle est amalécite. Enfin, si vous n'avez pas un énorme warning qui s'allume…

Pour remonter encore plus loin : souvenez-vous, l'une des toutes premières guerres de Saül, c'était précisément contre les Amalécites. C'était Samuel qui est allé voir Saül pour lui dire : « Dieu t'ordonne de faire la guerre aux Amalécites, parce qu'il y a entre les Amalécites et les Israélites une haine éternelle. » Et c'était justement à cet épisode, souvenez-vous, que Saül avait refusé l'anathème, qu'il avait pris le meilleur butin, épargné le roi. Samuel arrive, fou de rage, il dit : « Qu'est-ce que c'est que ça ? » Il prend l'épée et il tue de rage le roi amalécite que Saül était censé tuer et qu'il n'a pas fait. Et il se retourne vers Saül et il lui dit : « Mon coco, t'as tout gagné, maintenant t'as perdu la royauté. »

Et donc, qu'est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire plein de choses. Ça veut dire, un, que cet Amalécite était un charognard qui faisait les champs de bataille. Deux, qu'il s'agit probablement d'un espion, et de quelqu'un qui, en tout cas, doit vouer une haine tenace aux Israélites.

D'ailleurs, pourquoi apporte-t-il la couronne à David ? Enfin, il pourrait tout à fait l'apporter à l'autre fils de Samuel, dont on va parler dans un ou deux épisodes, Ishbaal. Pourquoi est-ce qu'il l'apporte à David, dont il a toutes les raisons de craindre l'influence, David qui vient de détruire le camp auquel lui, Amalécite, appartient ? La seule explication possible, c'est qu'il veut mettre la dissolution, il veut mettre le bazar, il veut mettre la discorde au sein d'Israël et dresser une faction contre l'autre, en flattant la faction de David contre l'héritier légitime de Saül.

Ne soyez pas naïfs. Quand quelqu'un vous apporte trop vite, trop tôt, des bonnes nouvelles, il y a un agenda derrière. David ne s'y trompe pas et tue l'Amalécite qui était venu lui apporter la couronne de roi. Un Amalécite venu porter une couronne de roi : là encore, si ça ne vous rappelle pas Saül qui avait refusé de tuer le roi amalécite… David, en le tuant, accomplit enfin l'anathème que Samuel avait demandé à Saül. Là où Saül avait échoué, David réussit, méritant par là la royauté. Voilà ce que cet épisode veut dire.

Et double combo, si je puis dire, pour David qui, au passage, vous démontre sa grandeur d'âme, lui qui refuse de se réjouir de la mort de ses ennemis, mais qui va jusqu'à pleurer la mort de Saül. Évidemment, cette mort, elle l'arrange. Évidemment, il se donne le beau rôle. N'empêche que dans le chant, dans l'élégie funèbre qu'il prononce, comment ne pas voir là la sincérité de ses émotions ? Ce chant primitif, violent par ses images, ce n'est pas quelque chose que vous pouvez inventer : ça vient directement des émotions et des entrailles de David.

Et tout le reste est magnifique. Regardez même la manière dont il parle de Jonathan :

Saül et Jonathan, aimables, pleins de charme, ni dans la vie, ni dans la mort, ne furent séparés.

Alors que Jonathan avait pris parti pour lui, il pourrait insister sur la division, rappeler que Jonathan l'avait choisi, lui, comme roi légitime. Mais non. Dans la mort, il choisit de réunir et le père et le fils, et de pleurer sur eux. Et c'est là où on s'aperçoit que David, au fond de son âme, ne nourrissait aucun ressentiment.

Je note au passage ce verset :

J'ai le cœur serré à cause de toi, mon frère Jonathan. Ton amitié pour moi était merveille, plus grande que l'amour des femmes.

Souvenez-vous de ce que je vous avais dit de l'amitié entre Jonathan et David. Certains commentateurs — je le dis parce que je suis un peu obligé — ont interprété ce verset comme dénotant une certaine forme d'homosexualité ou d'homophilie chez Jonathan et chez David, qui disent l'un à l'autre que leur amitié était plus forte que les femmes. Bon, c'est bien tenté, on ne prête qu'aux riches, mais il n'y a rien dans le texte qui permette d'aller par là. Il ne faut pas trop vite projeter nos questions sur le texte biblique.

Il y a une sorte d'inflation, en ce moment, de surenchère sur l'amour conjugal, sur l'amour érotique, qui, à bien lire le Nouveau Testament, me paraît peu évangélique. C'est comme si on se disait : hors du mariage, pas de salut. Un Jésus qui dit : « Je vous appelle amis. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Dans l'amitié, il y a un idéal, il y a une tendresse, il peut y avoir une passion, mais vraiment une mystique. Il y a une promesse d'épanouissement affectif qu'il n'y a pas dans l'amour conjugal, et que le monde moderne a oublié. Parce qu'évidemment, ceux qui ont des attirances pour les personnes de même sexe qu'elles, on n'a pas envie de les enfermer dans la solitude affective ; mais on leur propose quoi, comme autre modèle d'épanouissement ? C'est peut-être là que sur l'amitié de David et Jonathan il y aurait des choses à dire. « Ton amour valait pour moi plus que l'amour des femmes. » Mais la vérité, c'est que l'amitié a cessé de nous faire rêver.

Tiens, d'ailleurs, je vous propose de terminer par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur tout-puissant, Père de lumière et de vérité, tu as créé l'homme et la femme à ton image, et tu as mis dans leur cœur le don précieux de l'amitié.

Seigneur, nous voulons te confier tous ceux qui, dans un monde parfois compliqué, cherchent à comprendre la profondeur de leurs liens, la nature exacte de ce qui les unit, et qui confondent parfois l'amitié avec autre chose.

Seigneur, tu as donné à David et Jonathan une amitié forte et pure, un lien tissé de loyauté, de respect et de sacrifice, un lien qui était fait de tendresse, de pureté, et qui était le reflet de ton amour divin.

Seigneur, nous te demandons que nous puissions aimer nos amis avec tendresse et fidélité, sans confusion, mais avec toujours cette générosité et cet élan du cœur, cette passion de la charité.

Purifie nos cœurs, sanctifie nos émotions, et, Seigneur, donne-nous la force d'aimer comme toi tu nous as aimés, et d'avoir la même amitié pour nos amis que celle que tu as envers nous.

Seigneur, apprends-nous le véritable amour, qui brisera les liens de la solitude affective.


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