Jour 118 ☼ — Deux rois pour un trône : la guerre est déclarée
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Résumé : Saül est mort, et le royaume se partage aussitôt : David reçoit l'onction à Hébron sur la maison de Juda, tandis qu'Abner installe Ish-Boshèth, fils de Saül, sur Israël à Mahanaïm. La rencontre des deux troupes au réservoir de Gabaon dégénère en joute meurtrière, puis en bataille rangée, et Asaël est tué par Abner au cours de la poursuite. Le frère Paul-Adrien montre qu'il s'agit d'une scène d'exposition : on nous présente les vrais acteurs de la guerre de succession, Abner d'un côté, les fils de Cerouya de l'autre. Et il faut se défaire de l'image d'une armée régulière : la bande de David, ce sont des Apirous, une mafia devenue royale, et ce chapitre est une guerre des rues entre deux gangs.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant que Saül est mort ? Est-ce qu'il va y avoir un roi, deux rois, trois rois ? En avant dans les intrigues de cour !
Lecture : 2 Samuel 2
Voici ce qui arriva ensuite. David consulta le Seigneur : « Dois-je monter dans l'une des villes de Juda ? » Le Seigneur lui dit : « Monte. » David demanda : « Où dois-je monter ? » Et le Seigneur dit : « À Hébron. »
David y monta, ainsi que ses deux femmes, Ahinoam de Yizréel et Abigaïl, femme de Nabal de Carmel. Quant aux hommes qui étaient avec lui, David les fit aussi monter, chacun avec sa famille, et ils habitèrent dans les villes qui dépendaient d'Hébron. Alors les hommes de Juda vinrent à Hébron, où ils donnèrent l'onction à David comme roi sur la maison de Juda.
Et on fit savoir à David : « Les hommes de Yabesh de Galaad ont enseveli Saül. » David envoya des messagers aux hommes de Yabesh de Galaad pour leur dire : « Soyez bénis du Seigneur, vous qui avez agi avec fidélité envers Saül votre maître et l'avez enseveli. Que le Seigneur agisse maintenant envers vous avec fidélité et loyauté. Moi aussi, j'agirai envers vous avec la même bonté, puisque vous avez fait cela. Et maintenant, reprenez courage, soyez vaillants, car votre maître Saül est mort. Mais c'est à moi que la maison de Juda a donné l'onction pour que je règne sur elle. »
Abner, fils de Ner, chef de l'armée de Saül, avait pris Ish-Boshèth, fils de Saül, et l'avait fait passer à Mahanaïm. Il le fit roi sur le pays de Galaad, et sur les Ashourites, et sur Yizréel, ainsi que sur Éphraïm, Benjamin et Israël tout entier. Ish-Boshèth, fils de Saül, avait quarante ans lorsqu'il devint roi sur Israël. Il régna deux ans. Mais la maison de Juda s'était ralliée à David. Le temps que David passa à Hébron comme roi de la maison de Juda fut de sept ans et six mois.
Abner, fils de Ner, et les serviteurs d'Ish-Boshèth, fils de Saül, sortirent de Mahanaïm en direction de Gabaon. Joab, fils de Cerouya, et les serviteurs de David sortirent d'Hébron. Ils se rencontrèrent au réservoir de Gabaon. Ils s'assirent de part et d'autre du réservoir. Abner dit à Joab : « Que les jeunes gens se lèvent donc et qu'ils s'affrontent en une joute devant nous. » Joab dit : « Qu'ils se lèvent. » Ils se levèrent. On en compta douze pour Benjamin et Ish-Boshèth, fils de Saül, et douze parmi les serviteurs de David. Chacun empoigna son vis-à-vis par la tête et lui planta son épée dans le flanc, si bien qu'ils tombèrent ensemble. On appelle ce lieu le Champ. Il se trouve à Gabaon.
Le combat fut très dur en ce jour-là. Abner et les hommes d'Israël furent battus devant les serviteurs de David. Il y avait là les trois fils de Cerouya : Joab, Abishaï et Asaël. Or Asaël avait le pied aussi léger qu'une gazelle dans la campagne. Asaël se lança à la poursuite d'Abner et le talonnait, sans dévier ni à droite ni à gauche. Alors Abner se retourna et dit : « Est-ce toi, Asaël ? » Il répondit : « C'est moi. » Alors Abner lui dit : « Dévie à ta droite ou à ta gauche, saisis l'un des jeunes gens et empare-toi de ses dépouilles. » Mais Asaël ne voulut pas s'écarter ni cesser de le poursuivre. Abner redit encore à Asaël : « Écarte-toi ! Cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que moi je t'abatte, toi ? Comment est-ce que je pourrais alors regarder en face ton frère Joab ? » Mais Asaël refusa de s'écarter. Alors Abner le frappa au ventre avec le talon de sa lance, et la lance ressortit par derrière. Il tomba là et mourut sur place. Et tous ceux qui arrivaient à l'endroit où Asaël était tombé mort s'arrêtaient.
Joab et Abishaï se lancèrent à la poursuite d'Abner. Le soleil se couchait quand ils arrivèrent à Guibéath-Amma, qui se trouve à l'est de Giah, en direction du désert de Gabaon. Les fils de Benjamin se rassemblèrent derrière Abner et, ne formant qu'un seul bloc, se postèrent au sommet d'une colline. Abner interpella Joab en disant : « Est-ce que l'épée ne s'arrêtera jamais de dévorer ? Ne sais-tu pas qu'à la fin il n'y aura qu'amertume ? Qu'attends-tu pour dire aux gens d'abandonner la poursuite de leur frère ? » Et Joab répondit : « Par le Dieu vivant ! Si tu n'avais pas parlé, c'est seulement au matin que ces gens auraient cessé de poursuivre chacun son frère ! » Joab sonna du cor et toute sa troupe fit halte. Ils cessèrent de poursuivre Israël et de combattre.
Abner et ses hommes marchèrent dans la Araba toute la nuit. Ils passèrent le Jourdain, marchèrent toute la matinée et arrivèrent à Mahanaïm. Joab, ayant abandonné la poursuite d'Abner, rassembla toute sa troupe. Parmi les serviteurs de David, il manquait à l'appel dix-neuf hommes et Asaël. Mais parmi les gens de Benjamin et ceux d'Abner, les serviteurs de David avaient frappé à mort trois cent soixante hommes. On emporta Asaël et on l'ensevelit dans le tombeau de son père, à Bethléem. Joab et ses hommes marchèrent toute la nuit et le jour se leva sur eux à Hébron.
Commentaire
Vous avez entendu, au cours du chapitre, la partition en deux du peuple israélite : au nord, avec Ish-Boshèth ; au sud, Juda, avec David. Et le reste du chapitre était consacré à vous décrire les généraux en chef des deux clans.
C'est une scène qui est importante, c'est ce qu'on appelle une scène d'exposition. On introduit des nouveaux caractères, parce que maintenant c'est entre eux que vont se jouer les guerres de succession. Donc en fait, ce chapitre, il est là pour vous faire comprendre de qui on va parler.
Commençons avec Abner. Abner, le fidèle général en chef de Saül. Vous le connaissez d'ailleurs, c'est lui qui avait introduit David auprès de Saül lors du combat contre Goliath. Il y a des gens que l'honneur n'intéresse pas, ni la gloire, mais seulement le pouvoir. Ça, c'est Abner. Abner, c'est l'homme fort du Nord — et ce n'est pas Ish-Boshèth : l'héritier légitime, ce n'est qu'une marionnette.
En face d'Abner, au nord, il y a qui, au sud, à Juda, là où il y a David ? Les généraux en chef, ce sont les fils de Cerouya : Joab, Abishaï et Asaël. Alors, les fils de Cerouya, Abishaï, Joab et Asaël, ce n'est pas des tendres.
En fait, il y a une image qu'il faut que vous enleviez de votre tête. C'est que nous, dans notre tête, David, c'est le roi, et puis il a une armée à son service, et il a des généraux en chef qui lui obéissent. Mais souvenez-vous de ce que je vous ai dit : les Apirous, c'est des bandes de mercenaires, c'est des sortes de gangs de bandits, c'est les mafias locales. Il se trouve que cette mafia a été contrôlée par un chef charismatique, David, qui, lui, a la classe. Mais les autres, ce n'est pas une armée, c'est un gang à la base. C'est une bande de bandits qui a réussi. Et ça reste une bande de bandits. Les fils de Cerouya, ce n'est pas des soldats, des militaires : c'est des chefs de gangs. Sauf qu'en face, il y a la bande adverse.
Ce à quoi vous assistez dans ce chapitre, c'est une guerre des rues. C'est une guerre de territoire. C'est « sortez les machettes » et puis on se fait la bande adverse. C'est ça, la réalité de l'armée de David. Et c'est ça que cette scène d'exposition essaye de vous faire comprendre.
Tiens, d'ailleurs, ça vaut le coup de reprendre ça. Enfin, jeu de main, jeu de vilain. Abner s'est approché de Gabaon. Tiens ! Gabaon, c'est juste à côté de Jérusalem. Normalement, Abner et Ish-Boshèth sont à Mahanaïm, loin de David, la capitale du royaume du Nord. Et comme ils s'approchent de Jérusalem — qui à cette époque-là n'est pas encore conquise par les Israélites —, c'est pris pour une provocation, parce que Jérusalem, c'est juste à côté d'Hébron, là où il y a David. C'est le gang adverse qui s'approche de vous pour vous toiser et vérifier comment vous allez réagir. C'est vraiment la réaction du gang mafieux qui dit : « Ils sont en train de vendre de la drogue sur notre territoire. »
Et là, on met en place une sorte de petit jeu innocent, sauf que ça se termine rarement bien, ces affaires-là. Et évidemment, ça s'envenime, parce que personne ne veut s'avouer vaincu : c'est l'honneur du gang qui est en jeu. Donc on en vient aux mains, et des mains on en vient au couteau. Finalement, les champions sont tués, et puis ça dégénère. Et finalement, c'est les deux armées qui se mettent sur la figure. C'est exactement comme ça que commencent les batailles de rue.
Finalement, il y a un des clans qui semble perdre la bataille, mais comme ça ne suffit toujours pas pour bien enfoncer le clou, on va les poursuivre. Et là, vous avez Asaël qui se met à poursuivre le vieux Abner. Ah, bah c'est sûr, ce serait un beau trophée, ce serait une belle œuvre de gloire quand on est un jeune loup comme Asaël.
Et ce qui est étonnant, c'est que Abner — Abner qui est quand même le filou de service, c'est quand même lui qui manipule Ish-Boshèth —, c'est lui qui dit : arrêtons-nous là, c'est en train de dégénérer, et moi ensuite, comment est-ce que je pourrais regarder ton frère Joab ? Vous savez, c'est les deux chefs de mafia qui se connaissent, qui se respectent, et qui n'ont pas envie de s'embrouiller pour un truc qui n'en vaut pas le coup.
Mais Asaël refuse, parce que l'orgueil de la jeunesse : il est persuadé qu'il peut avoir le dessus. Sauf qu'Abner, qui est un vieux loup qui connaît les ruses de combat, fait un… comment je pourrais dire ça ? Il s'arrête net sur place en tenant bien sa lance, et Asaël, emporté dans son élan, s'empale sur la lance.
Et là, vous avez Abner qui retourne voir Joab pour lui dire : arrêtons-nous là. Citation :
Ne sais-tu pas qu'à la fin il n'y aura qu'amertume ?
Ça, c'est la parole d'un mafieux qui en a vu, des règlements de comptes. Parce qu'en face, la bande de David, c'est les jeunes loups dont les crocs rayent le plancher, qui veulent abattre le vieux loup, le mâle alpha de la meute, qui est Abner.
Joab accepte finalement. Mais Joab accepte, vous sentez bien, à contrecœur, et il refuse de baisser le regard. Lui, il a des choses à prouver.
Par le Dieu vivant ! Si tu n'avais pas parlé…
— si tu ne m'avais pas dit toi-même que c'était toi qui voulais la trêve… Vous voyez, il fallait que ce soit l'autre qui admette sa défaite.
…c'est seulement au matin que ces gens auraient cessé de poursuivre chacun son frère !
C'est seulement au matin que l'épée aurait regagné son fourreau. Vous la sentez, cette envie de sang.
Et là-dessus s'arrête le chapitre. Fin de la scène d'exposition. Et maintenant, vous savez à qui vous avez affaire.
Psaume 77a
Écoute ma loi, ô mon peuple, tends l'oreille aux paroles de ma bouche. J'ouvrirai la bouche pour une parabole, je publierai ce qui fut caché dès l'origine.
Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté. Nous le redirons à l'âge qui vient, sans rien cacher à nos descendants : les titres de gloire du Seigneur, sa puissance et les merveilles qu'il a faites.
Il fixa une règle en Jacob, il établit en Israël une loi, loi qui ordonnait à nos pères d'enseigner ces choses à leurs fils, pour que l'âge suivant les connaisse, et leurs descendants, à venir.
Qu'ils se lèvent et les racontent à leurs fils, pour qu'ils placent en eux leur espoir, qu'ils n'oublient pas les exploits du Seigneur, mais observent ses commandements.
Qu'ils ne soient pas comme leurs pères, une génération indocile et rebelle, génération de cœurs inconstants et d'esprits infidèles à Dieu.
Les fils d'Éphraïm, archers d'élite, se sont enfuis le jour du combat. Ils n'ont pas gardé l'alliance de Dieu, ils refusèrent de suivre sa loi. Ils avaient oublié ses exploits, les merveilles dont ils furent les témoins.
Devant leurs pères, il accomplit un miracle en Égypte, au pays de Tanis. Il fend la mer, il les fait passer, dressant les eaux comme une digue. Le jour, il les conduit par la nuée, et la nuit, par la lumière d'un feu.
Il fend le rocher du désert, les désaltère aux eaux profondes. De la roche, il tire des ruisseaux qu'il fait dévaler comme un fleuve.
Mais ils péchaient encore contre lui, dans les lieux arides, ils bravaient le Très-Haut. Ils tentaient le Seigneur dans leur cœur, ils réclamèrent de manger à leur faim. Ils s'en prennent à Dieu et demandent : « Dieu peut-il apprêter une table au désert ? Sans doute, il a frappé le rocher, l'eau a jailli, elle coule à flot. Mais pourra-t-il nous donner du pain et procurer de la viande à son peuple ? »
Alors le Seigneur entendit et s'emporta, il s'enflamma de fureur contre Jacob, sa colère monta contre Israël, car il n'avait pas foi en Dieu, il ne croyait pas qu'il les sauverait.
Il commande aux nuées là-haut, il ouvre les écluses du ciel. Pour les nourrir, il fait pleuvoir la manne, il leur donne le froment du ciel. Chacun se nourrit du pain des forts, il les pourvoit de vivres à satiété.
Dans le ciel, il pousse le vent d'est, il lance le grand vent du midi, et sur eux il fait pleuvoir une nuée d'oiseaux, autant de viande que de sable au bord des mers. Elle s'abat au milieu de leur camp, tout autour de leur demeure. Ils mangent, ils sont rassasiés.
Dieu contentait leur envie, mais leur envie n'était pas satisfaite. Ils avaient encore la bouche pleine quand s'éleva la colère de Dieu. Il frappe les plus vaillants d'entre eux et terrasse la jeunesse d'Israël.
Et pourtant ils péchaient encore, ils n'avaient pas foi en ces merveilles. D'un souffle, il achève leurs jours, et leurs années en un moment.
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