Jour 118 ☾ — La trahison d'Abner et sa chute
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 3 du deuxième livre de Samuel, où se mêlent razzias, trahisons, dettes d'honneur et vengeances de clan. Abner, brouillé avec Ish-Bosheth, négocie le ralliement d'Israël à David, exige le retour de Mikal, puis tombe sous les coups de Joab qui venge son frère Asaël. Le commentaire souligne la grandeur d'âme de David, capable de pleurer sincèrement un ennemi et de résister à la corruption du pouvoir, tout en pointant sa dureté envers Mikal, réduite à un pion sur l'échiquier. L'épisode se termine par une prière pour ceux qui sont malheureux dans leur couple.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
2 Samuel, chapitre 3. Il va être question de razzia, de raid, de trahison, de vengeance, de dette d'honneur. Enfin, on est en plein dans un film de yakuzas, sur fond d'accession au trône de la part de David, qui se demande ce qui se passe autour de lui. Peut-être qu'il n'est pas aussi naïf que ça, quand même. Enfin, vous verrez, vous me direz.
Lecture : 2 Samuel 3
La guerre fut longue entre la maison de Saül et la maison de David. Mais David allait se fortifiant, tandis que la maison de Saül allait s'affaiblissant.
Dans la ville d'Hébron, des fils naquirent à David. Son premier-né fut Amnon, d'Ahinoam de Yizréel ; le deuxième, Kileab, d'Abigaïl, femme de Nabal de Carmel ; le troisième, Absalom, fils de Maaka, fille de Talmaï, roi de Gueshour ; le quatrième, Adonias, fils de Haggith ; le cinquième, Shefatia, fils d'Abital ; le sixième, Yitréam, d'Égla, femme de David. Ceux-là naquirent à David dans la ville d'Hébron.
Au cours de cette guerre entre la maison de Saül et la maison de David, Abner renforçait sa position dans la maison de Saül. Or Saül avait eu une concubine nommée Rispa, fille de Aya. Ish-Bosheth dit à Abner : « Pourquoi es-tu allé vers la concubine de mon père ? »
À ces paroles d'Ish-Bosheth, Abner fut pris d'une violente colère et dit : « Suis-je une tête de chien au service de Juda ? Aujourd'hui, j'agis en toute fidélité envers la maison de ton père Saül, envers ses frères et ses amis. Je t'empêche de tomber aux mains de David. Et toi, tu viens me reprocher aujourd'hui une faute avec cette femme ? Que Dieu amène le malheur sur toi, Abner, et pire encore, si je ne fais pas pour David ce que le Seigneur lui a promis par serment : enlever la royauté à la maison de Saül, ériger le trône de David sur Israël et sur Juda, depuis Dan jusqu'à Beersheba. »
Ish-Bosheth ne put répliquer un mot à Abner, tant il avait peur de lui.
Abner envoya en son propre nom des messagers dire à David : « À qui appartient le pays ? » Et il ajouta : « Conclus donc une alliance avec moi et je te prêterai main-forte pour que tout Israël se tourne vers toi. »
David répondit : « Bien, je conclurai une alliance avec toi. Seulement, je te demande une chose : tu ne seras admis en ma présence que si tu amènes d'abord Mikal, fille de Saül. À cette condition, tu pourras venir en ma présence. »
Alors David envoya des messagers à Ish-Bosheth, fils de Saül, pour lui dire : « Donne-moi donc ma femme Mikal. Je l'ai acquise pour épouse contre cent prépuces de Philistins. »
Ish-Bosheth envoya prendre Mikal chez son mari, Paltiel, fils de Laïsh. Celui-ci partit avec elle et la suivit en pleurant jusqu'à Bahourim. Abner lui dit alors : « Allez, va-t'en, retourne. » Et il s'en retourna.
Abner engagea des pourparlers avec les anciens d'Israël. Il leur dit : « Depuis longtemps déjà, vous désirez que David soit votre roi. C'est le moment d'agir. En effet, le Seigneur a déclaré au sujet de David : "Par la main de mon serviteur David, je sauverai mon peuple Israël de la main des Philistins et de la main de tous ses ennemis." »
Abner s'adressa aussi à ceux de Benjamin. Puis il alla lui-même à Hébron parler avec David de tout ce qui paraissait bon à Israël et à toute la maison de Benjamin.
Abner arriva donc chez David à Hébron. Vingt hommes l'accompagnaient. David fit un festin pour Abner et ses compagnons. Abner dit à David : « Je vais me mettre en route et rassembler tout Israël auprès de mon seigneur le roi. Ils concluront une alliance avec toi et tu régneras partout où tu le désires. » Puis David congédia Abner, qui s'en alla en paix.
Mais voici que Joab et les serviteurs de David revenaient d'une razzia, ramenant un énorme butin. Abner n'était plus à Hébron auprès de David, puisque celui-ci avait congédié Abner, qui était parti en paix. Quand Joab et toute son armée furent arrivés, on vint annoncer à Joab : « Abner, fils de Ner, est venu chez le roi. Celui-ci l'a congédié et il est parti en paix. »
Alors Joab entra chez le roi et lui dit : « Qu'est-ce que tu as fait ? Voici qu'Abner est venu chez toi. Pourquoi l'as-tu congédié et l'as-tu laissé repartir ? Tu connais Abner, fils de Ner : c'est pour te séduire qu'il est venu, pour observer tes allées et venues et savoir tout ce que tu fais. »
Joab sortit de chez David et envoya à la poursuite d'Abner des messagers qui le ramenèrent depuis la citerne de Sira. Mais David n'en savait rien.
Quand Abner fut ramené à Hébron, Joab l'attira à l'intérieur de la porte comme pour lui parler tranquillement. Là, il le frappa au ventre et le fit mourir, pour venger le sang d'Asaël, son frère.
Lorsque par la suite David apprit cela, il déclara : « Je suis à jamais innocent devant le Seigneur, moi et mon royaume, du sang d'Abner, fils de Ner. Qu'il retombe sur la tête de Joab et sur toute la maison de son père. Que la maison de Joab ne manque jamais d'hommes atteints de maladies purulentes ou de lèpre, ou réduits aux occupations domestiques, ou victimes de l'épée, ou privés de pain. »
Si Joab et son frère Abishaï avaient assassiné Abner, c'est qu'il avait fait mourir leur frère Asaël à la bataille de Gabaon.
David dit à Joab et à tout le peuple qui était avec lui : « Déchirez vos vêtements, revêtez-vous de toile de sac, prenez le deuil pour Abner. » Et le roi marchait derrière la litière. On ensevelit Abner à Hébron. Le roi éclata en sanglots sur la tombe d'Abner et tout le peuple se mit à pleurer.
Puis le roi entonna cette lamentation sur Abner : « Abner devait-il mourir comme meurt un insensé ? Tes mains n'ont pas été liées, ni tes pieds mis aux fers. Comme on tombe sous les coups des criminels, tu es tombé. » Et tout le peuple se remit à pleurer sur lui.
Comme tout le peuple approchait pour faire prendre à David quelque nourriture alors qu'il faisait encore jour, David fit ce serment : « Que Dieu amène le malheur sur moi, et pire encore, si je goûte au pain ou à quoi que ce soit avant le coucher du soleil. »
Tout le peuple s'en rendit compte et le trouva bon, de même qu'il trouvait bon tout ce que faisait le roi. Ainsi, tout le peuple et tout Israël comprirent ce jour-là que le roi n'y était pour rien dans la mort d'Abner, fils de Ner.
Le roi dit à ses serviteurs : « Ne comprenez-vous pas qu'en ce jour un prince, un grand, est tombé en Israël ? Et moi, aujourd'hui, je suis faible, bien que roi par l'onction, alors que ces hommes-là, les fils de Seroya, sont plus durs que moi. Mais que le Seigneur rende au méchant selon sa méchanceté. »
Commentaire
Extraordinaire, quand même, ce jeu d'intrigues. Et David, la grandeur d'âme de David, dont vous sentez bien quand même qu'avec les fils de Seroya, il n'est pas tout à fait à l'aise. On le sent — c'est ce que je vous disais — comme pris en otage.
La vraie question, c'est : comment est-ce qu'il en est arrivé là, à confier son armée à des chefs de mafia ? Ça, pour le coup, le texte ne nous le dit pas. Je suppose que derrière, il devait y avoir des questions de loyauté entre tribus, et que Juda, pour accepter David comme roi, avait dû vouloir placer les fils de Seroya. Enfin, j'imagine quelque chose comme ça.
En tout cas, les fils de Seroya, ça permet d'apprécier d'autant mieux la grandeur d'âme de David, qui voit les choses se faire et se défaire à côté de lui et qui pourrait se réjouir — mais non, qui se plaint du sang versé. Et encore une fois, même si ça l'arrange, il n'y a aucune raison de ne pas croire dans la sincérité de ses sentiments. C'est peut-être quand même quelqu'un de bien, David.
Enfin, je veux dire ça parce qu'une des thèses constantes de la Bible, c'est que le pouvoir corrompt : vous pouvez avoir les meilleurs hommes, quand vous les mettez à des postes de responsabilité, généralement, ça devient compliqué. Saül s'est fait avoir. Dans le livre des Juges, il n'y avait eu que ça. La vraie question, c'est : maintenant que David a le pouvoir, comment est-ce qu'il va tourner ? Eh bien, pour l'instant, il ne s'en tire pas si mal.
Vous avez vu comment il était capable de verser des larmes sur ses ennemis, dont il était capable de reconnaître la valeur, et de voir que, d'accord, il y avait des questions de loyauté entre clans et entre tribus qui ne jouaient pas en sa faveur. D'accord, Abner, il y avait un côté manipulateur. N'empêche que David, grandeur d'âme, était capable de voir l'homme qu'il y avait derrière Abner, et il était capable de pleurer sur lui. Ça, ce n'est pas donné à tout le monde. Ça, c'est l'étoffe d'un grand chef qui reste un homme. Et ça vous donne l'enjeu de ce chapitre, en fait : de vous montrer que David reste fidèle à l'homme qu'il est et que le pouvoir ne lui est pas monté à la tête. Ça dit quelque chose de la grandeur d'âme de David.
Bon, après, jusqu'à un certain point, et à un certain point seulement. Parce que regardez, pour le coup, du côté des femmes. Ce qui se passe avec Mikal, la première femme de David, ce n'est pas très classe. Regardez l'insistance avec laquelle David rappelle qu'il a payé Mikal avec cent prépuces de Philistins. Elle est belle, la déclaration d'amour ! C'est la grande classe. D'autant plus que Mikal, dont la Bible avait bien soin de vous dire qu'elle aimait David, nulle part David ne lui a confessé un quelconque amour ; mais au contraire, il ne voyait en elle que la fille du roi et un moyen, peut-être pour lui, de devenir le beau-fils du roi.
Finalement, Mikal a refait sa vie. Est-ce qu'elle était contente, est-ce qu'elle n'était pas contente ? On ne sait pas. Et là, on vient à nouveau l'arracher à son mari, qui manifestement l'aime. Enfin, je veux dire : d'accord, il ne ressemble à rien ; d'accord, tout le monde se moque de lui ; n'empêche que le seul qui soit sincère dans toute cette affaire-là, c'est lui. C'est quand même étonnant, ça. Et à la fin, on lui dit : « Allez, hop, dégage, dégage, dégage. »
Elle est où, la grandeur d'âme de David là-dedans, qui réduit Mikal à être un pion sur l'échiquier ? Et ce n'est même pas parce qu'il l'aime : il ne va même pas la retrouver. Enfin, Mikal, David ne lui fera jamais aucun enfant. Alors, je sais bien que ceux qui connaissent la Bible vont dire : « Oui, mais Mikal, l'arche d'Alliance, David qui danse devant elle, et Mikal qui le maudit dans son cœur. » Oui, enfin, Mikal, il y avait peut-être de l'amertume, de ce que David lui avait fait subir.
Mais vous savez quoi ? On va prier là pour ceux qui sont malheureux dans leur couple. Et il y en a. Ce n'est pas facile.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui sont mal mariés. Seigneur, tu connais les croix de chacun, et tu sais que c'est difficile de vivre avec des gens qui ne nous aiment pas. Seigneur, tu sais le poids du jour de ces personnes-là, et comment chaque matin elles doivent se lever, et se lever pour à nouveau faire des efforts, non seulement pour trouver une dignité quand elles se regardent dans la glace, mais pour essayer de puiser en elles la force d'aimer les personnes qui sont en face d'elles et qui ne les aiment pas.
Nous te demandons, Seigneur, d'alléger pour elles le poids des journées et de constamment refaire dans leur cœur des forces nouvelles. Qu'elles soient toujours sûres, Seigneur, que tu es fier de ce qu'elles vivent, que tu es conscient de ce qu'elles vivent, que tu es à leurs côtés, que tu souffres avec elles, que tu pleures avec elles, que tu es le confident de leurs nuits, le confident de leur solitude, et que jamais tu ne les abandonneras, et que jamais tu ne les jugeras, et que toujours tu essaieras de trouver des solutions pour elles.
Seigneur, je t'en prie, ne les oublie pas.
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