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Jour 126 ☼ — Une famine, des exécutions… et un mystère

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre l'épilogue du deuxième livre de Samuel avec le chapitre 21 : une famine de trois ans, la dette de sang laissée par Saül envers les Gabaonites, l'exécution de sept de ses descendants, la veille bouleversante de Rispa sur les corps, puis la sépulture donnée à Saül et Jonathan. Suivent quatre courts récits de combats contre les descendants du géant Rapha. Le commentaire explique que ces chapitres sont des « rushs » agencés en structure concentrique, dont l'intention rédactionnelle échappe encore aux exégètes, et aborde franchement deux difficultés : le sacrifice humain accepté par David, et le verset 19 qui attribue la mort de Goliath à Elhanan. L'occasion d'apprendre le métier d'exégète, y compris savoir s'arrêter devant un texte qui résiste.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

126ᵉ jour ensemble. 126, c'est quand même pas mal, non ? En fait, ce podcast, ça fait au moins une dizaine d'années que j'en rêve. Je n'avais pas les moyens, je n'avais pas le temps, je n'ai toujours pas le temps, mais je me suis dit que si jamais je ne le faisais pas, je ne le ferais jamais de ma vie. C'est un petit podcast secret que je bichonne depuis dix ans. Vous me mettez dans les commentaires ce qu'on pourrait améliorer, ce qu'il faudrait faire, etc. Enfin, je prends mon pied, j'espère que vous aussi. Pour moi, c'est un peu un rêve que je réalise enfin. Donc je remercie tous ceux qui nous aident, tous ceux qui nous soutiennent. Pour moi, vous ne pouvez pas savoir, c'est vraiment une étape importante dans ma vie. Je vous remets les liens en bas, n'hésitez pas.

Et puis on y retourne. Je viens maintenant à ce qui nous occupe aujourd'hui : 2 Samuel, chapitre 21. Sauf que pour vous parler du chapitre 21, il faut que je vous parle de tous les chapitres 21, 22, 23, 24. Parce qu'en fait, ça forme un tout. C'est ce qu'on appelle l'épilogue. Là, vous entrez dans la dernière partie, la conclusion du livre — snif, parce que c'était quand même un très beau livre. On a quatre chapitres pour se dire au revoir avant d'arriver dans le livre des Rois.

Alors si, avant que vous écoutiez le texte : il va être question de Gabaon. Ça vaut peut-être le coup que je fasse un rafraîchissement dans votre mémoire, sinon vous allez être perdus, vous n'allez pas comprendre de quoi il s'agit. Gabaon, dont il va être question : souvenez-vous, on les avait rencontrés dans le livre de Josué. Souvenez-vous, Josué avait l'ordre d'exterminer toutes les nations, la question de l'anathème. Il y avait ce peuple qui s'était déguisé — est-ce qu'ils avaient peur des Israélites ? Pas mal ! Ils avaient pris des haillons et ils avaient dit aux Israélites : « Mais si, nous aussi on vient de très, très, très, très loin. Prenez-nous au milieu de vous. » Habile, hein ? En tout cas, c'est comme ça qu'ils avaient endormi la méfiance des Israélites et qu'ils étaient parvenus à s'installer au milieu d'eux. Jusqu'à ce que Josué découvre le pot aux roses. Et là, on leur dit : « Écoutez, les enfants, ce n'est pas comme ça que ça se passe, la vie. » Alors ils avaient fait un contrat, ils ont dit : « Vous resterez des citoyens de deuxième classe, mais on vous protégera. »

Sauf qu'après, Saül est arrivé, et il les a tous tués, ou presque. Ce qui est d'ailleurs assez curieux, parce que Saül, qui pardonne aux Amalécites, les ennemis d'Israël, extermine les alliés. Donc là, il y avait encore une affaire à régler. Et avant de clore le livre de Samuel, le rédacteur a bien soin de faire le tour de tous les dossiers pour voir ce qui reste encore à boucler.

Lecture : 2 Samuel 21

Il y eut une famine au temps de David, pendant trois années de suite. David consulta le Seigneur, et le Seigneur répondit : « Sur Saül et sur sa maison, il y a du sang, parce qu'il a fait mourir les Gabaonites. »

Alors le roi convoqua les Gabaonites et leur parla. Les Gabaonites n'étaient pas des fils d'Israël, mais se rattachaient à quelques survivants des Amorites. Les fils d'Israël s'étaient engagés envers eux par serment, mais Saül, dans son zèle pour Israël et Juda, avait cherché à les abattre.

David déclara donc aux Gabaonites : « Que faire pour vous ? Et comment réparer, afin que vous bénissiez l'héritage du Seigneur ? » Ils lui dirent, à propos de Saül et de sa maison : « Il ne s'agit pas pour nous d'or ou d'argent, ni de quelqu'un d'autre à faire mourir en Israël. » David déclara : « Ce que vous direz, je le ferai pour vous. » Ils dirent au roi : « Cet homme qui voulait nous exterminer, qui pensait nous anéantir et nous éliminer de tout le territoire d'Israël, qu'on nous livre sept de ses descendants. Pour le Seigneur, nous les écartèlerons à Guibéa de Saül, sur la montagne du Seigneur. » Le roi dit : « Moi, je vous les livre. »

Cependant, le roi épargna Mephibosheth, fils de Jonathan, fils de Saül, à cause du serment au nom du Seigneur qui liait entre eux David et Jonathan, fils de Saül. Le roi prit donc les deux fils que Rispa, fille d'Ayya, avait donnés à Saül, Armoni et Mephibosheth, et les cinq fils que Mérab, fille de Saül, avait donnés à Adriel, fils de Barzillaï de Méhola. Et il les livra aux mains des Gabaonites, qui les écartelèrent sur la montagne devant le Seigneur. Ils succombèrent tous les sept ensemble. C'était le temps de la moisson : ils furent mis à mort dans les premiers jours, au commencement de la moisson des orges.

Rispa, fille d'Ayya, prit un sac qu'elle étendit pour elle sur le rocher. Elle y resta depuis le commencement de la moisson des orges jusqu'à ce que l'eau du ciel se répandît sur les corps. Elle ne laissa pas les oiseaux du ciel venir sur eux pendant le jour, ni les bêtes sauvages pendant la nuit.

On informa David de ce qu'avait fait Rispa, fille d'Ayya, la concubine de Saül. Alors David alla reprendre les ossements de Saül et de son fils Jonathan aux notables de Yabesh de Galaad. Ceux-ci les avaient dérobés sur la place de Beth-Shéane, où les Philistins les avaient suspendus quand Saül était tombé sous leurs coups à Guilboa. David rapporta donc de Yabesh les ossements de Saül et de son fils Jonathan. On recueillit aussi les ossements de ceux qu'on avait écartelés. Les ossements de Saül avec ceux de son fils Jonathan furent ensevelis au pays de Benjamin, à Séla, dans la tombe de Qish, son père. On fit tout ce que le roi avait ordonné. Après quoi, Dieu se montra favorable envers le pays.

Il y eut encore une bataille des Philistins contre Israël, et David descendit avec ses serviteurs. Ils combattirent les Philistins, et David en fut épuisé. Ishbi-Benob, un descendant du géant Rapha, qui avait une lance d'un poids de trois cents sicles, poids du bronze, et une épée neuve à la ceinture, parlait de frapper David. Mais Abishaï, fils de Cerouya, vint au secours de David et frappa le Philistin à mort. Alors les hommes de David se mirent à l'adjurer en disant : « Tu ne sortiras plus avec nous au combat. Tu n'éteindras pas la lampe d'Israël. »

Après quoi, il y eut encore une bataille contre les Philistins à Gob. C'est alors que Sibbekaï de Housha abattit Saf, l'un des descendants du géant Rapha.

Il y eut encore une autre bataille contre les Philistins à Gob. Elhanan, fils de Yaaré-Oreguim de Bethléem, abattit Goliath de Gath, celui dont le bois de la lance était comme le rouleau d'un métier à tisser.

Il y eut encore une bataille à Gath. Là se trouvait un homme de haute taille qui avait six doigts aux mains et six doigts aux pieds, vingt-quatre en tout. Lui aussi était un descendant du géant Rapha. Comme il défiait Israël, Jonathan, fils de Shiméa, un frère de David, l'abattit.

Ces quatre-là étaient des descendants de Rapha à Gath. Ils tombèrent sous les coups de David et de ses serviteurs.

Commentaire

Vous avez senti que le ton était différent : c'est ce que je vous disais, on est dans une dernière partie conclusive du livre. En fait, ces chapitres, vous savez, c'est comme dans les films : vous avez énormément de pellicule, de scènes que vous avez tournées et que vous n'avez pas réussi à insérer dans la trame narrative. Et puis, au moment de sortir le film, vous dites : « Ah, c'est quand même dommage, parce que là j'ai des petits morceaux de rushs, ils n'étaient pas mal, mais je n'ai pas envie de les mettre à la poubelle. » Donc, plutôt que de les mettre à la poubelle, vous les mettez en bonus, en making-of, à la fin du film. Là, c'est ça.

Sauf que ces petits rushs-là, ce n'est pas simplement une collection qu'on a sortie : ils ont été agencés pour former un tout structuré et cohérent. Ça reprend une structure concentrique. Vous allez d'abord avoir un châtiment divin, une liste officielle, une prière ; et puis ensuite on va remonter : prière, liste, châtiment divin. Donc on se dit que ces rushs ne sont probablement pas là par hasard, uniquement pour se faire plaisir, mais que s'ils ont été agencés de manière savante, c'est qu'il y a une intention rédactionnelle derrière. Ils veulent dire quelque chose. Sauf que le message… en fait, les commentateurs s'arrachent les cheveux. On ne sait pas quelle était l'intention du rédacteur derrière.

En attendant, c'est ce que je vous disais : il y a un côté un peu étrange quand on les lit, on ne sait pas très bien quoi en penser. Je prends par exemple cette chose quand même très curieuse : ce sacrifice humain. Enfin ! On a l'impression d'entendre Iphigénie, là. Sauf qu'Iphigénie, c'est grec, et là, normalement, on est dans la Bible. Et dans la Bible, il n'y a pas de sacrifice humain. Alors on se dit : qu'est-ce que ça vient faire là, cette affaire ? Et David accepte. On se dit : mais non…

Et c'est là, en fait, que je vous apprends le métier, les ficelles d'exégète. C'est qu'en face d'un texte comme ça, le premier réflexe, c'est d'avoir une lecture qu'on appelle apologétique, c'est-à-dire d'essayer de déminer ce texte qui est en train de vous sauter à la figure, parce qu'il y a une théologie derrière. C'est que vous allez commencer par scruter le texte pour vérifier ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas. Les silences, dans la Bible, parfois, c'est aussi important que quand Dieu parle. Et d'ailleurs, c'est vrai que dans le texte, ce n'est pas Dieu qui demande un sacrifice humain : ceux qui demandent le sacrifice humain, ce sont les Gabaonites, qui sont païens. Et ce qui est quand même curieux, c'est que David accepte. D'ailleurs, il y a quand même un truc qui devrait vous mettre la puce à l'oreille : c'est que la famine ne s'arrête pas. La famine ne s'arrête que quand David prend soin des défunts de Saül. Donc on se dit : là, quand même, peut-être que David a loupé quelque chose.

Alors c'est très insatisfaisant comme explication, parce qu'on a peut-être déminé la bombe, mais on n'a toujours pas expliqué pourquoi la Bible en parle. Eh bien, c'est la vie, c'est comme ça. Ce n'est pas faute d'avoir lu tous les commentaires. Mais il faut accepter que parfois le texte résiste encore, et que l'exégèse est une science qui progresse et qu'on n'a pas encore tout trouvé. Peut-être qu'un jour, plus tard, on le saura. Je pense que ça vaut le coup de s'arrêter là. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il faut se dire : là, je m'arrête, parce que je pense qu'après, pour expliquer un truc que je n'arrive pas à expliquer, je vais surinterpréter et faire dire au texte autre chose que ce qu'il veut dire. Il vaut mieux s'arrêter là et puis dire : eh bien là, il y a un truc.

Et c'est là où je vous dis que ça vous apprend le métier d'exégète. Je vous ai donné un premier exemple avec cette famine. Dans le même texte, je pourrais vous en donner un deuxième. Verset 19 :

Elhanan abattit Goliath de Gath.

Scandale ! Je me souviens, quand j'ai lu la première fois ce passage-là, je me suis dit : mais c'est quoi, ça ? On m'a menti ! Et c'était la grosse déception, je me souviens. C'est le même livre de Samuel qui vous dit qu'un Goliath a été tué par David et par Elhanan. Alors on fait quoi ? On choisit lequel ?

Pour le coup, vraiment, je vous jure, quand les exégètes voient ça, ils ne savent pas quoi en faire. Alors il y en a qui disent que Goliath, ça veut dire « champion », et que des Gath, il y en avait plein. Donc en fait, « Goliath de Gath », ça voudrait simplement dire « un champion d'une grande ville philistine », et donc il y en a plein qui ont été tués. Bon. Le problème de cette explication, c'est qu'on n'a aucune certitude que Goliath veuille dire « champion ». C'est juste qu'on a inventé, pour les besoins de la cause, cette explication. Donc je ne suis pas un fan de cette solution.

Je dois dire que la meilleure solution que j'ai trouvée — et ça me fait mal au cœur, mais c'est la chose la plus intelligente — c'est de recourir à l'analyse rédactionnelle. L'analyse rédactionnelle, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs couches : ce texte a été écrit, réécrit, réécrit. Alors généralement, je n'aime pas trop recourir à l'analyse rédactionnelle — j'admets tout à fait qu'il y a plusieurs couches, c'est juste que parfois c'est une facilité d'explication. Mais là, honnêtement, c'est la meilleure explication que j'ai trouvée.

Alors elle vous vient d'un archéologue qui s'appelle Finkelstein, qui est très connu : il avait fait, en son temps, La Bible dévoilée. Là, je dois dire que j'ai trouvé que c'était assez convaincant. Finkelstein distingue deux temps rédactionnels. Le premier, c'était de rassembler diverses légendes éparses concernant les premiers rois d'Israël. Et c'est ensuite, dans un deuxième temps, pour en faire une œuvre politique, pour assurer la stabilité de la dynastie et exalter le roi fondateur, qu'on a recousu toutes ces anecdotes diverses pour en faire une épopée légendaire autour de ce roi mystique, David, que maintenant on exalte. Et typiquement, cet épisode avec Goliath, ce serait une de ces coutures plus ou moins mal faites, ce qui fait qu'il se lit à deux endroits dans le texte.

Ah, je vous sens déçus, là. Eh bien oui, moi aussi. Alors, je n'ai pas dit que j'y adhérais, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que pour l'instant, c'est ce que j'ai entendu de plus intelligent pour expliquer ce passage-là. Si quelqu'un arrive à faire mieux, qu'il le dise.

Il y a juste un problème dans cette analyse : c'est que si vraiment les livres de Samuel étaient un panégyrique politique pour exalter une dynastie, ça ne vous aurait probablement pas donné l'histoire que vous venez d'entendre. On n'aurait probablement pas parlé de Bethsabée, on n'aurait probablement pas parlé de toutes ces zones d'ombre : on les aurait cachées. Donc le mystère reste entier. La Bible, inspiration divine… Peut-être, après tout, que David a vraiment tué Goliath.

Psaume 85

Écoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux. Veille sur moi qui suis fidèle, ô mon Dieu, sauve ton serviteur qui s'appuie sur toi.

Prends pitié de moi, Seigneur, toi que j'appelle chaque jour. Seigneur, réjouis ton serviteur : vers toi, j'élève mon âme.

Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie.

Je t'appelle au jour de ma détresse, et toi, Seigneur, tu me réponds. Aucun parmi les dieux n'est comme toi et rien n'égale tes œuvres.

Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi et rendre gloire à ton nom, Seigneur, car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul.

Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité. Unifie mon cœur pour qu'il craigne ton nom.

Je te rends grâce de tout mon cœur, Seigneur, mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom. Il est grand, ton amour pour moi : tu m'as tiré de l'abîme des morts.

Mon Dieu, des orgueilleux se lèvent contre moi, des puissants se sont ligués pour me perdre : ils n'ont pas souci de toi.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité, regarde vers moi.

Je te rends grâce de tout mon cœur, Seigneur, prends pitié de moi. Donne à ton serviteur ta force et sauve le fils de ta servante. Accomplis un signe en ma faveur ; alors mes ennemis humiliés verront que toi, Seigneur, tu m'aides et me consoles.


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