Jour 126 ☾ — Le chant de David : un psaume pour la victoire
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Résumé : Cet épisode poursuit l'épilogue du second livre de Samuel avec le grand cantique de David, au cœur de la structure concentrique de ces derniers chapitres. Le frère Paul-Adrien en donne d'abord la structure — louange, relecture des épreuves, théophanie, victoire — puis lit ce long poème dont la portée universelle permet à chacun d'y prier ses propres angoisses. Le commentaire montre que ce cantique est le « générique final » du livre, qu'il fixe l'image du David de la jeunesse, et que les attributs divins y progressent du refuge personnel au cosmique, puis à l'alliance et enfin au messianique. En guise de prière, le frère renvoie à la lecture personnelle du psaume 17 dans la Bible de la liturgie.
Introduction
On continue notre épilogue. Alors, pour que tout le monde raccroche les wagons, je vous avais parlé d'une structure concentrique, avec châtiment divin, liste officielle, puis prière — que vous allez entendre aujourd'hui, le psaume — et puis après, on va remonter : prière, liste, à nouveau châtiment divin.
La prière que vous allez entendre est un très beau psaume, qu'on appelle le Cantique de David. Il est magnifique, il est long, alors je vous en donne peut-être la structure pour pas que vous soyez totalement perdus. Le texte commence par une louange que David adresse à Dieu, dans laquelle il va développer toute une théologie à partir d'attributs divins comme rocher, défenseur, bouclier. Et ensuite, il va relire sa vie et toutes les épreuves qu'il a subies pour accéder au trône. Il va parler notamment de Dieu qui l'a délivré de ses ennemis — là, il faudra comprendre Saül.
Pour parler de son angoisse, de l'inquiétude qu'il a ressentie, de manière très belle, David va parler de l'angoisse, de la mort, des ténèbres, de l'eau. Je vous rappelle que l'eau, c'est le royaume de la mort, mais ça va prendre une certaine forme d'ampleur poétique, ce qui va vous permettre à vous de plonger dans le texte, parce qu'il n'est pas simplement question des ennemis de David, mais il arrive à rejoindre une expérience universelle qu'on a tous faite : l'angoisse que l'on ressent devant nos ennemis, et Dieu qui vient nous délivrer. C'est pour ça d'ailleurs que ce poème est très beau : c'est parce que comme il ne rentre pas dans les détails — ce n'est pas David qui dit « Saül m'a fait ci, Saül m'a fait ça, à tel lieu, tel endroit », mais qui parle de manière plus générale des ténèbres de la mort — ça permet à chacun d'entre vous de se plonger dans le psaume. Donc en même temps que vous l'entendrez, vous pourrez prier.
Et après que David vous ait décrit l'inquiétude éprouvée devant le danger, il va décrire la réponse de Dieu. Ça va être magnifique, c'est ce qu'on appelle une théophanie : Dieu qui se manifeste, Dieu qui se révèle dans la terre qui titube, dans les éclairs. Je ne sais pas s'il y a vraiment eu ça dans la vie de David, mais en tout cas, dans nos vies, de temps en temps, Dieu se manifeste d'une telle manière qu'on a quand même l'impression parfois de rentrer dans la fin des temps. Parfois dans nos vies, il y a des événements dont on a l'impression que c'est comme une anticipation du jugement dernier. Vous ferez attention. Là, je vous en ai dit suffisamment pour que maintenant vous arriviez à rentrer dans ce psaume de Samuel, chapitre 22.
Lecture : 2 Samuel 22
David prononça pour le Seigneur les paroles de ce chant, le jour où le Seigneur le délivrait de la main de tous ses ennemis et de la main de Saül.
Il dit : « Le Seigneur est mon roc, ma forteresse, il est mon libérateur. Dieu, le rocher qui m'abrite, mon bouclier, la force qui me sauve, ma citadelle, mon refuge, mon sauveur, tu me sauves de la violence. Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur, je suis sauvé de mes ennemis.
Les flots de la mort m'entouraient, le torrent fatal m'épouvantait ; des liens infernaux m'étreignaient, j'étais pris au piège de la mort. Dans mon angoisse, j'appelais le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un cri. De son temple, il entend ma voix ; mon cri parvient à ses oreilles.
La terre titube et tremble ; les fondements du ciel frémissent, secoués par l'explosion de sa colère. Une fumée sort de ses narines, de sa bouche un feu qui dévore, une gerbe de charbons embrasés. Il incline les cieux et descend, une sombre nuée sous ses pieds ; d'un kéroub, il fait sa monture, il vole sur les ailes du vent. Il s'entoure de ténèbres comme d'une tente, de masses d'eau, d'épaisses nuées. Une lueur le précède, allumant des gerbes de feu. Le Seigneur tonne du haut du ciel, le Très-Haut fait entendre sa voix. De tous côtés, il tire des flèches, il décoche un éclair, il répand la terreur. Alors, le fond de la mer se découvrit, les assises du monde apparurent, sous la voix menaçante du Seigneur, au souffle qu'exhalait sa colère.
Des hauteurs, il tend la main pour me saisir, il me retire du gouffre des eaux. Il me délivre d'un puissant ennemi, d'adversaires plus forts que moi. Au jour de ma défaite, il m'attendait, mais j'avais le Seigneur pour appui. Et lui m'a dégagé, mis au large ; il m'a libéré car il m'aime.
Le Seigneur me traite selon ma justice, il me donne le salaire des mains pures. Car j'avais gardé les chemins du Seigneur, jamais je n'ai trahi mon Dieu. Ses ordres sont tous devant moi, jamais je ne m'écarte de ses lois. Je suis sans reproche envers lui, je me garde loin du péché. Le Seigneur me donne selon ma justice, selon ma pureté qu'il voit de ses yeux.
Tu es fidèle envers l'homme fidèle, sans reproche avec l'homme sans reproche. Envers qui est loyal, tu es loyal ; tu ruses avec le pervers. Tu sauves le peuple des humbles ; les regards hautains, tu les rabaisses.
Toi, Seigneur, tu es ma lampe ; le Seigneur éclaire mes ténèbres. Grâce à toi, je saute le fossé ; grâce à mon Dieu, je franchis la muraille. Ce Dieu a des chemins sans reproche, la parole du Seigneur est sans alliage. Il est un bouclier pour qui s'abrite en lui. Qui est Dieu, hormis le Seigneur ? Le rocher, sinon notre Dieu ? C'est le Dieu qui est ma place forte et me fait un chemin sans reproche. Il me donne l'agilité du chamois, il me tient debout sur les hauteurs. Il exerce mes mains à combattre et mon bras à tendre l'arc. Par ton bouclier, tu m'assures la victoire ; ta patience m'élève. C'est toi qui allonges ma foulée, sans que faiblissent mes chevilles.
Je poursuis mes ennemis, je les détruis, je ne reviens qu'après leur défaite. Je les ai achevés, brisés, ils ne se relèveront pas ; ils sont tombés, les voilà sous mes pieds. Pour le combat, tu m'emplis de vaillance ; devant moi, tu fais plier mes agresseurs. Tu me livres des ennemis en déroute, j'anéantis mes adversaires. Ils appellent : pas de sauveur ; le Seigneur : pas de réponse. J'en fais de la poussière, comme de la boue des rues, je les écrase et les piétine.
Tu me libères des querelles du peuple, tu me gardes à la tête des nations. Un peuple d'inconnus m'est asservi, les fils d'étrangers se soumettent : au premier mot, ils m'obéissent. Ces fils d'étrangers capitulent ; quittant leur bastion, ils seront capturés.
Vive le Seigneur ! Béni soit mon rocher ! Qu'il triomphe, Dieu, le roc de mon salut ! Ce Dieu qui m'accorde la revanche, qui fait tomber des peuples en mon pouvoir. Tu me fais échapper à mes ennemis et triompher de l'agresseur, tu m'arraches à la violence de l'homme. Aussi, je te rendrai grâce parmi les peuples, Seigneur ; je fêterai ton nom. Il donne à son roi de grandes victoires, il se montre fidèle à son Messie, à David et à sa descendance pour toujours. »
Commentaire
Bon, là, ça commence vraiment à ressembler à la fin. Parce que, souvenez-vous, il y avait eu un cantique, le cantique d'Anne, au tout début du livre de Samuel. Ensuite, vous avez vu, à la jointure entre un Samuel et deux Samuel, un cantique : c'était David qui remerciait Dieu pour être intervenu et l'avoir sauvé. Et là, maintenant, vous êtes à la fin : nouveau cantique. Donc ce sont trois cantiques qui rythment la progression des livres de Samuel. Et de la même manière que je vous avais dit que le cantique d'Anne, c'était le générique d'entrée, et qu'ensuite, il y avait eu un interlude, là, de la même manière, vous venez d'entendre le générique final.
Alors, parmi les choses surprenantes de ce psaume, vous avez ce verset 21 :
Le Seigneur me traite selon ma justice, il me donne le salaire des mains pures. Car j'avais gardé les chemins du Seigneur, jamais je n'ai trahi mon Dieu.
Vous allez me dire : c'est un peu fort de café, quand on sait ce qu'il a fait ! D'une certaine manière, ça reste vrai : Dieu a continué de traiter David selon sa justice. Quand il était juste, Dieu lui a fait grâce ; quand il ne l'était pas, Dieu l'a puni. Simplement, ce psaume, ce n'est pas un psaume de vieillesse. C'est un psaume qui a été écrit juste au moment de l'accession au trône de David, quand il venait de défaire Saül. Et probablement que l'épisode avec Bethsabée n'avait pas encore eu lieu. Ce qui veut dire que l'image que le livre de Samuel veut que vous gardiez de David, c'est le David de la jeunesse. Le David qui était encore un berger, devenu par la force des choses un soldat, et qui avait placé en Dieu et en son Dieu uniquement sa confiance, et que c'est Dieu qui l'a protégé. Ça, c'est l'image que le livre veut que vous gardiez de David.
Je ne sais pas si, en passant, vous avez noté la manière dont les attributs divins progressaient. Au début de ce cantique, vous aviez des attributs divins qui étaient personnels : Dieu qui était vu comme un abri immédiat, comme quelqu'un qui défendait des personnes. Vous avez le terme de rocher, qui évoque la stabilité, la solidité ; de forteresse, qui est un lieu de protection ; de libérateur, celui qui sauve ; de bouclier — ça, c'est la défense dans les combats individuels — voire même de corne de salut. Ça, c'était Dieu comme refuge personnel.
Après, le cantique est parti sur un autre registre, sur un registre cosmique : Dieu qui écoute la prière, Dieu qui est le maître des éléments naturels, Dieu qui se penche des cieux, qui descend. Et là, vous êtes cette fois-ci sur un Dieu qui intervient dans le cosmos entier. Ce n'est pas simplement un Dieu qui sauve une personne ou des personnes : c'est Dieu qui agit dans l'univers, dans l'histoire, et à qui tout appartient.
Et puis encore à partir de là, vous êtes passé à un troisième niveau : c'était le niveau de l'alliance. Dieu juste juge, et qui garantit l'alliance. Donc on vous dit que Dieu était pur avec les purs, tordu avec les tortueux, mais qu'il était une lumière, qu'il était un guide. Et là, vous êtes sur un Dieu qui est le garant de la loi morale.
Et après, vous allez encore sur autre chose, qui est une dimension messianique et royale : il est celui qui rend fort, il est celui qui soumet les nations, il est celui qui élève son Messie.
Vous voyez, ça n'a l'air de rien, mais c'est aussi tout un chemin spirituel. Dans la manière dont nous relisons nos propres épreuves, on s'aperçoit d'abord que c'est Dieu qui s'intéresse à notre petite personne. Ensuite, on s'aperçoit que tout ça, ça a une place dans l'univers, et que c'est une dimension qui nous dépasse. Après, on s'aperçoit que derrière, il était vraiment question de justice. Et puis, dernière étape, on reconnaît alors dans nos épreuves et dans nos souffrances quelque chose de Jésus-Christ déjà à l'œuvre en nous. Cette progression-là, cette manière de relire nos épreuves, c'est ce psaume.
Pour la prière, on termine par quoi ? Je ne vais pas terminer par une prière après avoir lu un psaume comme ça, ça n'aurait pas de sens. Écoutez, je ne vais pas être cuistre et inventer ma petite prière après un cantique de David. Alors, comme exercice à la maison, je vous demande de le lire : c'est le psaume 17 dans la Bible de la liturgie, l'AELF, c'est disponible sur Internet. Et puis relisez avec ça les épreuves de votre vie.
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