Jour 127 ☼ — Les dernières paroles de David
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Résumé : C'est le dernier jour dans les livres de Samuel, et le frère Paul-Adrien compare le chapitre 23 à ces scènes volées que l'on donne après le générique final d'un film. On y entend l'oracle des dernières paroles de David, puis la longue liste des trois, des trente et de l'élite de son armée — avec, glissée dans l'ombre, l'absence remarquable de Joab. Le commentaire s'arrête sur l'épisode de l'eau du puits de Bethléem, que David refuse de boire et répand en libation, et sur la lecture allégorique qu'en fait saint Ambroise. Il en profite pour compléter l'attirail du lecteur de la Bible : après la lecture apologétique, la lecture rédactionnelle et la lecture morale, voici la lecture christologique, qui reconnaît dans l'oracle de David l'annonce du Christ.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur.
Sortez les mouchoirs, pleurez, tremblez, gémissez : c'est la fin des livres de Samuel, c'est notre dernier jour dedans. J'espère que vous avez aimé. Quand je vous parlais d'une série… c'est quand même extraordinairement bien écrit, et c'est d'une profondeur, d'une finesse ! Et on est passé par tous les registres, du tragi-comique au tragique tout court, en passant par la comédie sentimentale. Enfin voilà, quoi.
Et alors, comme dans les grandes séries, quand il n'y en a plus, il y en a encore. Je vous avais dit que 2 Samuel chapitre 22, ce qu'on appelle communément le cantique de David, c'était le générique final. Et c'est comme au cinéma : vous savez, parfois dans les films, après le générique final, il y a encore une ou deux scènes volées qu'on vous donne pour ceux qui ont eu le courage de rester quelques instants de plus assis dans leur siège avant de se ruer vers la sortie. Eh bien ça, ce sont les lectures d'aujourd'hui. On commence avec le chapitre 23, qui est à nouveau une prière.
Lecture : 2 Samuel 23
Voici les dernières paroles de David. Oracle de David, fils de Jessé, oracle de l'homme hautement exalté, du messie du Dieu de Jacob, du charme des hymnes d'Israël.
L'esprit du Seigneur parle par moi, sa parole est sur ma langue. Le Dieu d'Israël a parlé, le rocher d'Israël m'a dit : « Celui qui gouverne les hommes avec justice, celui qui les gouverne dans la crainte de Dieu, il est comme la lumière du matin quand se lève le soleil, par un matin sans nuage : à cet éclat, après la pluie, l'herbe sort de la terre. »
Oui, ma maison est stable auprès de Dieu : il a conclu avec moi une alliance éternelle, en tout bien ordonnée et gardée. Ne fera-t-il pas grandir tout mon salut et tout mon désir ? Mais les gens de rien sont tous comme l'épine qu'on rejette : on ne les prend pas avec la main ; qui veut les toucher s'arme d'un fer ou du bois d'une lance, et ils sont brûlés par le feu, sur place.
Voici les noms des guerriers de David.
Après lui, Éléazar, fils de Dodo, l'Ahohite, l'un des trois guerriers. Il était avec David lorsqu'ils défièrent les Philistins rassemblés pour les combattre. Alors que les hommes d'Israël se retiraient, lui se dressa et frappa les Philistins jusqu'à ce que sa main, fatiguée, reste engourdie par l'épée. Ce jour-là, le Seigneur remporta une grande victoire, et la troupe revint derrière Éléazar, mais seulement pour dépouiller les morts.
Après lui, Shamma, fils d'Agué, le Hararite. Les Philistins s'étaient rassemblés à Léhi. Il y avait là une parcelle de champ pleine de lentilles, et la troupe fuyait devant les Philistins. Mais lui, se postant au milieu du champ qu'il dégagea, battit les Philistins. Alors le Seigneur remporta une grande victoire.
Trois guerriers, parmi l'élite des trente, descendirent au temps de la moisson. Ils allaient rejoindre David à la grotte d'Adoullam, un corps de Philistins campé dans le val des Refaïm. David était alors dans son refuge fortifié, et il y avait encore un poste de Philistins à Bethléem. David exprima un désir : « Qui me fera boire de l'eau du puits qui est à la porte de Bethléem ? » Les trois guerriers s'ouvrirent un passage à travers le camp des Philistins, tirèrent de l'eau du puits qui est à la porte de Bethléem, puis ils l'emportèrent pour l'offrir à David. Mais il refusa d'en boire et la répandit en libation devant le Seigneur, en disant : « Que le Seigneur me garde de faire cela ! Boirai-je le sang des hommes qui sont allés là-bas en risquant leur vie ? » Il refusa donc de boire. Et voilà ce que firent les trois guerriers.
Abishaï, frère de Joab, fils de Cerouya, était le chef des trente. C'est lui qui brandit sa lance et frappa à mort trois cents hommes. Il se fit un nom parmi les trente. Certes, il fut honoré plus que les trente et devint leur chef, mais il ne parvint pas au rang des trois.
Benaya, fils de Yoyada, fils d'un homme de valeur, fut prodigue en exploits. Il était originaire de Qabséel. C'est lui qui frappa les deux Ariels de Moab, et c'est lui qui descendit tuer le lion dans la citerne, un jour de neige. C'est lui aussi qui frappa un Égyptien, un homme de fière allure, qui avait en main une lance. Il descendit contre l'Égyptien avec un bâton, lui arracha la lance de la main et le tua avec sa propre lance. Voilà ce qu'accomplit Benaya, fils de Yoyada, et il se fit un nom parmi les trente guerriers. Il fut plus honoré que les trente, mais ne parvint pas au rang des trois. David le mit à la tête de sa garde personnelle.
Asahel, frère de Joab, faisait partie des trente, ainsi que Elhanane, fils de Dodo, de Bethléem, Shamma de Harod, Éliqa de Harod, Hèlès de Pèleth, Ira, fils d'Iqqesh, de Teqoa, Abiézer d'Anatoth, Mebounnaï de Housha, Çalmone l'Ahohite, Maraï de Netofa, Hélèb, fils de Baana, de Netofa, Itaï, fils de Ribaï, de Guibéa des fils de Benjamin, Benaya de Piréatone, Hiddaï des torrents de Gaash, Abi-Albone d'Araba, Azmaweth de Bahourim, Élyahba de Shaalbone, les fils de Yashèn, Jonathan, Shamma de Harar, Ahiam, fils de Sharar, de Harar, Éliphélet, fils d'Ahasbaï, fils du Maakatite, Éliam, fils d'Ahitophel, de Guilo, Hèsraï de Carmel, Paaraï d'Arab, Yigal, fils de Natane, de Çoba, Bani de Gad, Célek l'Ammonite, Nahraï de Beéroth, écuyer de Joab, fils de Cerouya, Ira de Yèther, Gareb de Yèther, Urie le Hittite : au total, trente-sept.
Commentaire
Commençons avec les listes, qui sont là pour exalter le règne de David et ses exploits militaires. Et là, on vous décrivait son élite, son corps d'armée, sa garde rapprochée. On passe des trois aux trente, et puis ensuite à l'élite tout court.
Vous avez noté, petite ironie, l'absence de Joab. Enfin, il y a son frère, Abishaï ; il y a même l'écuyer de Joab. Il y a même l'écuyer de Joab… et il n'y a pas Joab ! Alors, on dira peut-être qu'il était au-dessus, mais on ne peut pas s'empêcher d'y voir autre chose : une vacherie en passant, ça fait toujours plaisir. David l'a exclu de l'élite de son armée, tac, sans rien dire.
Alors après, il y a quand même des choses dont on ne sait pas très bien quoi faire. Ce n'est pas qu'on ne les comprend pas, c'est qu'on se dit : pourquoi est-ce qu'on les met là ? On comprend qu'il faille narrer les exploits et puis les graver dans l'éternité, pour que, quand un guerrier risque sa vie, il ait droit à une certaine forme de postérité et de mémoire. Mais on ne peut pas s'empêcher de vouloir surinvestir la Bible, parce que c'est quand même la parole de Dieu. Donc on essaie de trouver du sens, d'épuiser le sens du texte.
Donc, quand David dit : « Qui me fera boire de l'eau du puits qui est à la porte de Bethléem ? », et qu'il y a trois guerriers qui s'avancent pour lui donner de l'eau, et qu'après, quand David voit ça, il se dit : « Mais je ne vais pas boire l'eau pour laquelle des guerriers ont risqué leur vie », et qu'il l'offre en libation — on se dit : qu'est-ce que je peux faire de ça ?
Et donc là, c'est ce qu'on appelle la figure allégorique. Vous avez les Pères de l'Église qui arrivent, qui disent : « Mais si ! Évidemment ! L'eau que David demande, c'est l'eau du confort, c'est l'eau de la superficialité, c'est l'eau de la facilité. L'eau représente ici les désirs terrestres », disent les auteurs spirituels. « Et on voit comment il a enchaîné trois guerriers, qui représentent les trois puissances de l'âme, pour les mettre au service de ce désir. Mais on voit comment David, finalement, arrive à maîtriser ses pulsions et ses émotions, comment il renonce à cette satisfaction charnelle de prendre de l'eau — qui symbolise la facilité de la vie — pour l'offrir à Dieu. C'est David qui s'offre en sacrifice à l'Éternel. » Bon, ça, c'est saint Ambroise.
Vous me direz, ça prête à sourire. C'est certainement vrai, mais on ne peut pas s'empêcher de se dire que la Bible, quand on a du mal à la comprendre, on ne peut pas s'empêcher d'essayer de lui trouver un sens moral qui n'est peut-être pas là tout de suite dans le texte. Mais en même temps, c'est vrai que ce que dit saint Ambroise, ça a le mérite d'être dit : c'est ce que nous devons faire.
Je vous dis ça parce qu'ici, on est dans des passages compliqués et, en fait, on ne sait pas quoi en faire. Donc là, je suis simplement en train d'agrandir votre attirail. Si jamais je refais la liste : on a d'abord vu une lecture apologétique — un texte qu'on ne comprend pas et qu'on vous ressort avec une théologie, mais venue de nulle part. Ensuite, vous avez eu un attirail de couches rédactionnelles, pour essayer d'expliquer comment il peut y avoir des incohérences. Et puis là, je vous montre une lecture morale, c'est-à-dire qu'à défaut de comprendre le sens littéral — pourquoi c'est là, qu'est-ce que ça fait là —, on s'attache au sens moral.
En attendant, vous avez aussi entendu, au début de ce chapitre, la prière de David. Ça, c'est très curieux, parce qu'en fait, ici, David se dépeint non pas comme un roi ou comme un guerrier, ce qu'il avait fait dans le chapitre précédent, 2 Samuel 22, mais il se dépeint comme un prophète.
Oracle de David, fils de Jessé, oracle de l'homme hautement exalté…
Ça, ça vous fait penser même au prophète Balaam. Et ensuite, il vous fait une prophétie sur le Messie. C'est une très, très belle prophétie :
le messie du Dieu de Jacob, le charme des hymnes d'Israël.
David est en train de prophétiser sur la venue de son petit-fils, de son arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils, qui sera le Messie. À travers cet oracle, David est en train de prophétiser la venue de Jésus.
Et là, vous relisez ce texte, mais cette fois-ci en l'appliquant à Jésus. Le juste qui gouverne les hommes, et dont David parle au cours de sa prophétie, c'est Jésus qui règne par le bois de la croix. Écoutez la suite, pour nous chrétiens, ça résonne :
Celui qui les gouverne dans la crainte de Dieu…
Si la crainte de Dieu, c'est la charité dont Jésus parlera…
Il est comme la lumière du matin quand se lève le soleil, par un matin sans nuage…
Ça, c'est la résurrection.
À cet éclat, après la pluie, l'herbe sort de la terre.
Ça, c'est la grâce qui vient féconder l'Église. Non, non, non : malgré les apparences, je ne suis pas en train de surinterpréter, c'est de ça dont il est question.
Et ça vous donne une quatrième manière d'interpréter les textes. Ce qu'on appelle, après la lecture apologétique, après la lecture morale, après la lecture rédactionnelle — quatrième manière — la lecture christologique : voir, dans ce que vous venez d'entendre, une annonce du Christ. Et c'est dedans.
Psaume 86
Elle est fondée sur les montagnes saintes. Le Seigneur aime les portes de Sion, plus que toutes les demeures de Jacob. Pour ta gloire, on parle de toi, ville de Dieu !
« Je cite l'Égypte et Babylone parmi ceux qui me connaissent ; voyez Tyr, la Philistie, l'Éthiopie : chacun est né là-bas. »
Mais on appelle Sion : « Ma mère ! », car en elle, tout homme est né. C'est lui, le Très-Haut, qui la maintient.
Au registre des peuples, le Seigneur écrit : « Chacun est né là-bas. » Tous ensemble, ils dansent et ils chantent : « En toi, toutes nos sources ! »
Psaume 87
Seigneur, mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu'à toi, ouvre l'oreille à ma plainte.
Car mon âme est rassasiée de malheur, ma vie est au bord de l'abîme. On me voit déjà descendre à la fosse, je suis comme un homme fini.
Ma place est parmi les morts, avec ceux que l'on a tués, enterrés, ceux dont tu n'as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main.
Tu m'as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux ; le poids de ta colère m'écrase, tu déverses tes flots contre moi.
Tu éloignes de moi mes amis, tu m'as rendu abominable pour eux ; enfermé, je n'ai pas d'issue : à force de souffrir, mes yeux s'éteignent.
Je t'appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi. Fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t'acclamer ?
Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ? Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice au pays de la mort ?
Moi, je crie vers toi, Seigneur ; dès le matin, ma prière te cherche : pourquoi me rejeter, Seigneur ? Pourquoi me cacher ta face ?
Malheureux, frappé à mort depuis l'enfance, je n'en peux plus d'endurer tes fléaux. Sur moi ont déferlé tes orages, tes effrois m'ont réduit au silence.
Ils me cernent comme l'eau tout le jour, ensemble, ils se referment sur moi. Tu éloignes de moi ami et familier : ma compagne, c'est la ténèbre.
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