Jour 136 ☼ — Salomon averti : tout peut basculer
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Résumé : Le temple est achevé et le Seigneur apparaît une seconde fois à Salomon, mais la tonalité a changé : au lieu du don de sagesse, c'est un avertissement solennel, avec la menace de rejeter la maison qu'il vient de consacrer si Israël suit d'autres dieux. Le commentaire compare les deux songes et relève tous les petits signes qui s'accumulent ensuite dans le chapitre : l'ingratitude envers Hiram devenu vassal, la corvée maintenue après la fin des travaux, les villes-entrepôts qui rappellent l'Égypte, la réquisition générale pour la guerre. Rien de formellement répréhensible, mais le frère Paul-Adrien y décèle un roi qui « a pris la confiance » — et un Dieu qui, l'ayant pressenti, vient le mettre en garde.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
J'avais terminé mon dernier commentaire du livre des Rois par une note inquiétante : dans la prière de Salomon, y avait-il de manière cachée une malédiction ? Hum… Écoutez ce chapitre, quand je vous disais que le vent commençait à tourner. Pour l'instant, c'est juste un frémissement, mais vous regarderez ce songe où Dieu apparaît en début de chapitre à Salomon, et voyez si la tonalité n'a pas un peu changé. On se retrouve après l'épisode.
Lecture : 1 Rois 9
Après que Salomon eut achevé de construire la maison du Seigneur et la maison du roi, et tout ce que Salomon avait désiré faire pour son bon plaisir, le Seigneur lui apparut une seconde fois, comme il lui était déjà apparu à Gabaon.
Le Seigneur lui dit : « J'ai entendu la prière et la supplication que tu as présentées devant moi. Je consacre cette maison que tu as construite pour y mettre mon nom à jamais, et mes yeux et mon cœur y seront pour toujours. Pour toi, si tu marches devant moi comme l'a fait David ton père, d'un cœur intègre et avec droiture, afin d'agir en tout selon mes commandements, et si tu gardes mes décrets et mes ordonnances, alors je maintiendrai le trône de ta royauté sur Israël à jamais, puisque j'ai dit à David ton père : aucun des tiens siégeant sur le trône d'Israël ne sera écarté.
Mais si vous vous détournez de moi, vous et vos fils, si vous ne gardez plus les commandements et les décrets que j'ai placés devant vous, si vous suivez et servez d'autres dieux et vous prosternez devant eux, alors je retrancherai Israël de la surface de la terre que je lui ai donnée. La maison que j'ai consacrée à mon nom, je la rejetterai loin de ma face, et Israël deviendra la fable et la risée de tous les peuples. Cette maison qui était élevée, quiconque passera près d'elle sifflera de stupeur. On dira : "Pourquoi donc le Seigneur a-t-il agi de cette manière envers ce pays et envers cette maison ?" On lui répondra : "C'est qu'ils ont abandonné le Seigneur leur Dieu, lui qui avait fait sortir leurs pères du pays d'Égypte. Ils se sont attachés à d'autres dieux, devant lesquels ils se sont prosternés et qu'ils ont servis. Voilà pourquoi le Seigneur a fait venir sur eux tout ce malheur." »
Au terme des vingt années pendant lesquelles Salomon avait bâti les deux maisons, la maison du Seigneur et la maison du roi, Hiram, le roi de Tyr, ayant fourni à Salomon du bois de cèdre et de cyprès et de l'or selon son bon plaisir, le roi Salomon lui donna vingt villes au pays de Galilée. Hiram sortit de Tyr pour aller voir les villes que Salomon lui avait données, mais elles ne plurent pas à ses yeux. Il s'exclama : « Quelles villes m'as-tu données là, mon frère ? » Il les surnomma « Pays de Rien », nom qu'elles portent encore aujourd'hui. Hiram envoya au roi cent vingt lingots d'or.
Voici maintenant un mot sur la corvée que leva le roi Salomon pour la construction de la maison du Seigneur et de sa propre maison, le terre-plein et la muraille de Jérusalem, ainsi que Haçor, Meguiddo et Guèzer. Pharaon, roi d'Égypte, était monté contre Guèzer, s'en était emparé et y avait mis le feu. Les Cananéens qui habitaient la ville, il les avait massacrés. Puis il l'avait donnée en dot à sa fille, la femme de Salomon. Salomon rebâtit Guèzer, et Bethoron-le-Bas, Baalath et Tamar-du-Désert dans le pays, toutes les villes d'entrepôt appartenant à Salomon, les villes de garnison pour les chars et celles des cavaliers, et Salomon bâtit ce qu'il désirait dans Jérusalem, au Liban et dans tout le pays soumis à son autorité.
Il restait toute une population d'Amorites, de Hittites, de Perizzites, de Hivvites et de Jébuséens qui n'étaient pas des fils d'Israël. Leurs fils qui, après eux, étaient restés dans le pays et que les fils d'Israël n'avaient pu vouer à l'anathème, Salomon les réquisitionna pour la corvée servile, jusqu'à ce jour. Mais Salomon ne soumit au servage aucun des fils d'Israël, car ceux-ci étaient des hommes de guerre, ses serviteurs, ses officiers, ses écuyers, les commandants de ses chars et de ses cavaliers. Voici le nombre des chefs des préposés aux travaux de Salomon : ils étaient cinq cent cinquante et commandaient au peuple qui effectuait les travaux.
Dès que la fille de Pharaon monta de la cité de David à la maison que le roi lui avait bâtie, alors Salomon édifia le terre-plein.
Trois fois par an, Salomon offrait des holocaustes et des sacrifices de paix sur l'autel qu'il avait bâti pour le Seigneur, et là, il brûlait aussi de l'encens devant le Seigneur. Il portait ainsi la maison à son achèvement.
Le roi Salomon arma une flotte à Èsiôn-Guèver, près d'Élath, sur le rivage de la mer des Roseaux, au pays d'Édom. Avec les serviteurs de Salomon, Hiram dépêcha sur les navires ses serviteurs, des navigateurs connaissant bien la mer. Ils arrivèrent à Ophir et s'y procurèrent de l'or, quatre cent vingt lingots, qu'ils rapportèrent au roi Salomon.
Commentaire
Le temple est achevé et Dieu apparaît une deuxième fois en songe à Salomon. Et s'il lui apparaît une deuxième fois, c'est qu'on a furieusement envie de comparer et la première et la deuxième.
Dans le premier rêve, il était question de donner à Salomon, qui l'a demandée, la sagesse. Un rêve lumineux qui avait inauguré la gloire de Salomon. Oui, mais dans ce deuxième songe, la tonalité est différente. On a plutôt l'impression d'un avertissement et d'une mise en garde. Ça commence par des bénédictions, oui, mais tout de suite :
Mais si vous vous détournez de moi, vous et vos fils, si vous ne gardez plus les commandements et les décrets que j'ai placés devant vous, alors je vous rejetterai loin de ma face.
D'ailleurs, chose curieuse, le songe commençait par une exhortation à imiter la conduite de David, son père.
Si tu marches devant moi comme l'a fait David ton père, d'un cœur intègre et avec droiture, afin d'agir selon mes commandements, je maintiendrai ton trône.
Quand on connaît l'histoire de David — et maintenant vous la connaissez — David qui marche d'un cœur intègre dans la voie du Seigneur, enfin, quand même, il faut le dire vite ! Oui, mais si David a pu parfois manipuler ses proches, voire tromper ses amis, il y a une chose que David n'a jamais faite, c'était d'abandonner le Seigneur et de se détourner de lui pour aller vers d'autres dieux. D'où cette mention, quelques versets plus loin :
Si vous suivez et servez d'autres dieux, si vous vous prosternez devant eux, alors cette maison où j'ai consacré mon nom, je la rejetterai.
Mais enfin, c'est fou cette affaire ! On vient de consacrer la maison du Seigneur à son nom, et voilà que lui, le songe d'après, est en train de dire qu'il n'hésitera pas à rejeter cette maison loin de sa face si on suit d'autres dieux. On évitera donc d'avoir les yeux béats d'admiration devant la merveille que vient de construire Salomon et de sacraliser ce lieu trop vite, trop tôt.
« Si vous suivez d'autres dieux… » Dieu aurait-il pressenti quelque chose ? Peut-être. Regardez le paragraphe d'après, cette curieuse scène entre l'ami de toujours, Hiram, et Salomon. Salomon, pour remercier son ami de toujours qui l'a aidé à construire son temple, lui donne des terres et des villes qui, manifestement, ne sont pas au goût de Hiram.
Hiram sortit de Tyr pour aller voir les villes que Salomon lui avait données, mais elles ne plurent pas à ses yeux. Il s'exclama : « Quelles villes m'as-tu données là, mon frère ? »
Et il les surnomma « Terres de rien ». Ah, elle est belle ! Ah, elle est belle, la gratitude de Salomon envers ses amis ! Chose d'autant plus curieuse qu'on vous dit, le verset d'après, que Hiram envoya au roi Salomon cent vingt lingots d'or. Voici que Hiram, mécontent du cadeau qu'on lui fait, fait pourtant un cadeau de cent vingt lingots d'or. Hiram, est-ce qu'il s'agit d'un ami, ou est-ce qu'il s'agit d'un vassal et d'un client ?
Verset suivant, je vous cite toujours :
Voici maintenant un mot sur la corvée que leva le roi Salomon pour la construction de la maison du Seigneur et de sa propre maison.
Voilà maintenant que le roi Salomon, alors que le temple est achevé, continue de lever la corvée.
On continue ensuite en vous parlant de Pharaon qui va conquérir la ville de Guèzer pour la donner en dot à sa fille quand elle va se marier à Salomon. Normalement, d'après Josué, c'était aux Israélites de déposséder ces villes-là pour s'en emparer. Voilà que c'est un Égyptien qui vient terminer l'ordre que Josué avait donné aux Israélites.
Et je continue :
Salomon rebâtit Guèzer et Bethoron-le-Bas… toutes les villes d'entrepôt appartenant à Salomon.
On n'a pas déjà entendu parler d'un roi qui construisait des villes d'entrepôt, alors qu'on vient de parler de l'Égypte ? Ça ne vous rappelle pas le Pharaon et le peuple israélite réduit en servitude ? D'autant plus que juste après — enfin, je cite, ça fait quand même une accumulation :
Il restait toute une population d'Amorites, de Hittites, de Perizzites, de Hivvites et de Jébuséens qui n'étaient pas des fils d'Israël. Salomon les réquisitionna pour la corvée servile, jusqu'à ce jour.
Et encore une fois, ça commence à faire beaucoup. Le verset suivant :
Mais Salomon ne soumit au servage aucun des fils d'Israël.
Alors on se dit : ouf, au moins il n'a pas mis en esclavage ses frères. Mais voici la raison :
Car ceux-ci étaient des hommes de guerre, ses serviteurs, ses officiers, ses écuyers, les commandants de ses chars et de ses cavaliers.
On a eu bien soin de vous préciser qu'un roi n'avait pas à multiplier son armée, ses chars, et à réquisitionner tout le monde pour la guerre. Ce ne sont peut-être pas des esclaves, mais ils sont quand même réquisitionnés.
Alors oui, formellement, dans tout ce que je viens de vous dire, il n'y a rien de répréhensible. Un roi a le droit d'avoir une armée. Un roi a le droit de bâtir des villes-entrepôts, des forteresses, et manifestement aussi, il a le droit de réduire en esclavage les populations ennemies à côté — le Nouveau Testament n'est pas encore arrivé, o tempora, o mores. Et un roi a le droit aussi d'avoir une belle-fille égyptienne, de même qu'il a le droit, je suppose que c'est le jeu de la diplomatie, d'avoir, avec des traités amico-commerciaux, un subtil jeu de pouvoir et de domination. D'accord, tout ce que vous voulez.
Mais vous ne sentez pas que Salomon, il a pris la confiance ? Oui, il y a un truc dans le cœur de Salomon qui a dû chagriner Dieu, au point qu'il lui est apparu une deuxième fois en songe pour le mettre en garde.
Psaume 95
Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur, terre entière, chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De jour en jour, proclamez son salut, racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux : néant, tous les dieux des nations ! Lui, le Seigneur, a fait les cieux.
Devant lui, splendeur et majesté, dans son sanctuaire, puissance et beauté.
Rendez au Seigneur, famille des peuples, rendez au Seigneur la gloire et la puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom.
Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis, adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté : tremblez devant lui, terre entière.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Le monde, inébranlable, tient bon. Il gouverne les peuples avec droiture.
Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête.
Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre.
Il jugera le monde avec justice et les peuples selon sa vérité.
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