Jour 136 ☾ — Osée, Jacob et la rosée divine
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Résumé : Le frère Paul-Adrien achève la lecture d'Osée avec les chapitres 12 à 14. Il montre d'abord comment le prophète superpose deux figures : Jacob le patriarche et Israël le royaume du Nord, la ruse du premier éclairant les fourberies du second. Il s'arrête ensuite sur l'image saisissante de Dieu se comparant au lion, au léopard et à l'ours, et suit ce motif jusqu'à Daniel 7 (les empires) et Apocalypse 13 (la Bête), illustrant le principe de la contrefaçon des attributs divins par les forces du mal. L'épisode se termine par le retournement de tendresse d'Osée 14 — « Je serai pour Israël comme la rosée » — et une prière de repentance et de reverdissement.
Introduction
Nous continuons et nous terminons aujourd'hui Osée, les chapitres 12, 13 et 14. Après une courte introduction, vous allez voir comment, rapidement, les oracles d'Osée vont bifurquer sur une comparaison entre Israël, le royaume, et Israël, le patriarche. Vous vous souvenez que Jacob avait été surnommé Israël ? Ça vient, souvenez-vous quand même. Si, si : son combat contre le Seigneur au Yabboq, il avait combattu contre l'ange toute la nuit, et à la fin, Dieu lui avait dit : « Tu as été fort contre Dieu, je t'appellerai Israël. » Jacob, c'est le patriarche éponyme d'Israël, d'où la comparaison qu'Osée va faire tout au long du chapitre.
En tout cas, ça vous donnera, dans le récit — vous ferez attention à cette phrase — « le Seigneur entre en procès contre Juda, il intente un procès contre Jacob ». Jacob ici, ce n'est pas le patriarche, c'est Israël, le royaume. Et du coup, après, Osée retrace l'histoire de Jacob en faisant le parallèle avec Israël. Habile, non ? Alors, je vous l'accorde, ce ne sera pas explicite, explicite : il faudra arriver à le deviner, c'est pour ça que je vous le dis.
Vous aurez par exemple cette phrase : « Jacob, dès le sein maternel, a cherché à supplanter son frère. » Ici, ça veut dire que dès la fondation du royaume du Nord, Israël a cherché à supplanter Juda, le royaume du Sud, par le moyen de Jacob. Et Jacob, souvenez-vous, c'était quand même quelqu'un de rusé, c'était la fourberie. Jacob, au début, il n'était pas très clean. Comment il a acheté son droit d'aînesse contre un plat de lentilles ! Comment ensuite, par la ruse, il avait réussi à se défaire de l'emprise de Laban ! C'est le premier texte, et à ma connaissance le seul texte dans la Bible, qui parle en mauvaise part de Jacob. Mais ça vous expliquera aussi plus tard cette phrase de Jésus dans l'Évangile selon saint Jean : quand il verra Nathanaël, il dira : « Voilà un véritable Israélite. » Israélite, un fils d'Israël, un fils de Jacob, en qui il n'y a aucune ruse.
Bon, là, ça vous donne : de la même manière que Jacob a construit sa richesse personnelle aux dépens de Laban — qui, entre parenthèses, l'avait quand même plutôt bien cherché —, c'est de la même manière que c'est par des ruses, des fourberies, mais là plutôt l'exploitation et l'injustice, que le royaume du Nord a construit sa prospérité économique.
Bon, ceci dit, vous verrez, il y a quand même une grosse différence entre Jacob le patriarche et Israël le royaume du Nord : c'est qu'à la fin, Jacob s'est quand même tourné vers Dieu. Ah si, quand même ! Ah, tout le monde s'en souvient, ça, si : à Béthel, il prie Dieu. En fait, il voit un songe, la fameuse échelle de Jacob. Il se réveille le matin, il se consacre à Dieu, et là il bâtit un autel. Bon, eh bien Israël, à Béthel, eux, qu'est-ce qu'ils font ? Ce n'est pas une échelle dans le ciel qu'ils voient, c'est un sanctuaire qu'ils construisent, et ils mettent à l'intérieur un veau d'or. Il y avait quand même une sacrée différence, pour le coup, entre Jacob et Israël. Et c'est pour ça que vous entendrez Osée mentionner Béthel. Bon, on vous parlera aussi de Jacob qui est parti à l'étranger pour trouver une femme. C'est peut-être de la même manière qu'Israël devrait être déporté pour retrouver l'alliance avec son mari. Bon, ça, c'est le chapitre 12.
Chapitre 13. Ah, vous allez entendre une image que j'adore. Je dis ça parce que ça réveillera votre attention. C'est Dieu qui se compare successivement à un lion, à un léopard et à un ours. « Je serai pour eux comme un lion, comme un léopard sur le chemin, je serai à l'affût. Je vais les attaquer comme une ourse à qui l'on a ravi ses petits. Comme une bête sauvage, je les mettrai en pièces. Te voilà détruit, Israël, alors que ton secours était en moi. » Bon, c'est une image que j'adore. Donc, pour une fois, je me permettrai d'en reparler après la lecture.
Osée 14 : vous verrez, vous saurez quand vous y serez. Changement brutal de ton, et on repasse dans ce qu'Osée a de plus beau : la tendresse et la sagesse. Bon, eh bien voilà, vous êtes prêts maintenant. Osée 12, 13 et 14.
Lecture : Osée 12-14
Éphraïm m'encercle de mensonges, et la maison d'Israël, de tromperie. Mais Juda marche encore avec Dieu et reste fidèle au Très-Saint.
Éphraïm se repaît de vent et poursuit le vent d'est. Tout le jour, il multiplie mensonges et ruines. Il conclut une alliance avec Assour, il porte de l'huile à l'Égypte.
Le Seigneur est en procès avec Juda. Il va sévir contre Jacob en raison de sa conduite, lui rendre selon ses œuvres. Dans le sein de sa mère, il a supplanté son frère, et à l'âge mûr, il a lutté avec Dieu. Il a lutté avec un ange et il a eu le dessus. Il a pleuré et l'a supplié. À Béthel, il le trouva. C'est là que Dieu a parlé avec nous. Seigneur, Dieu de l'univers, c'est ainsi qu'on fait mémoire du Seigneur. Toi, reviens à ton Dieu, garde la fidélité et le droit, et mets ton espoir en ton Dieu, toujours.
Canaan, une balance trompeuse à la main, aime frauder. Éphraïm dit : « Oui, je me suis enrichi, j'ai édifié une fortune. Tout cela est le fruit de mon travail. On ne trouvera pas chez moi de faute qui soit péché. »
Mais moi, je suis le Seigneur ton Dieu, depuis le pays d'Égypte. Je te ferai de nouveau habiter sous les tentes, comme au jour de la rencontre. Je parlerai aux prophètes. Moi, je multiplierai les visions, et par le moyen des prophètes, je dirai des paraboles.
Si Galaad n'est que fausseté et néant, ceux qui ont sacrifié des taureaux à Guilgal, aussi leurs autels seront-ils comme des galets entassés sur les sillons des champs.
Jacob a fui dans le champ d'Aram. Israël a servi pour une femme ; pour une femme, il a gardé les troupeaux. Mais c'est par un prophète que le Seigneur a fait monter Israël d'Égypte, c'est par un prophète qu'Israël avait été gardé.
Éphraïm a irrité le Seigneur jusqu'à l'amertume. Sur lui sera rejeté le sang versé, et son maître lui rendra ses outrages.
Quand Éphraïm parlait, c'était la terreur, car lui, il était chef en Israël. Mais il s'est compromis avec Baal, et il en est mort. À présent, il continue de pécher. Ils se font des images de métal fondu, des idoles avec leur argent et par habileté. Œuvres d'artisans que tout cela ! C'est à leur propos que l'on dit : « Eux qui sacrifient des hommes, ils vénèrent des veaux. »
C'est pourquoi ils seront comme la brume du matin, et comme la rosée de l'aurore qui s'en va, comme la paille emportée loin de l'aire à grains, et comme la fumée qui sort de la cheminée.
Et moi, je suis le Seigneur ton Dieu depuis la sortie du pays d'Égypte. Tu ne connaîtras pas d'autre Dieu que moi. Hors moi, pas de sauveur. Moi, je t'ai connu au désert, au pays de l'aridité. Arrivés au pâturage, ils se sont rassasiés, et leur cœur s'est enorgueilli, et ainsi m'ont-ils oublié.
Et je serai pour eux comme un lion. Comme un léopard sur le chemin, je serai à l'affût. Je vais les attaquer comme une ourse à qui l'on a ravi ses petits. Je vais déchirer l'enveloppe de leur cœur. Comme une lionne, je vais les dévorer sur place ; une bête sauvage les mettra en pièces.
Te voilà détruit, Israël, alors que ton secours est en moi. Où donc est ton roi, pour qu'il te sauve dans toutes tes villes ? Où sont tes juges, à qui tu as dit : « Donne-moi un roi et des princes » ? Je te donne un roi dans ma colère, et dans ma fureur, je le reprends.
La faute d'Éphraïm est tenue en lieu sûr, son péché est mis en réserve. Les douleurs de celles qui enfantent lui viendront. Mais lui, c'est un fils stupide : le moment venu, il ne quitte pas le sein maternel.
Vais-je les libérer de l'emprise des enfers ? Les racheter de la mort ? Mort, où est ta pestilence ? Enfer, où est ton fléau ? Toute consolation se dérobe à mes yeux.
Éphraïm a beau prospérer au milieu de ses frères, un vent d'est viendra, souffle du Seigneur montant du désert. Il tarira sa source, desséchera sa fontaine. Il pillera le trésor, tous les objets précieux.
Samarie s'est rendue coupable, car elle s'est rebellée contre son Dieu. Ils tomberont par l'épée, leurs nourrissons seront écrasés, et leurs femmes enceintes, éventrées.
Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu, car tu t'es effondré par suite de tes fautes. Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : « Enlève toutes les fautes et pardonne-les. Accepte ce qui est bon. Au lieu de taureaux, nous t'offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres. Puisque les Assyriens ne peuvent pas nous sauver, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus à l'ouvrage de nos mains : "Tu es notre Dieu", car c'est de toi seul que l'orphelin reçoit de la tendresse. »
Voici la réponse du Seigneur : « Je les guérirai de leur infidélité. Je les aimerai d'un amour gratuit, car ma colère s'est détournée d'Israël. Je serai pour Israël comme la rosée. Il fleurira comme le lys. Il étendra ses racines comme les arbres du Liban. Ses jeunes pousses vont grandir. Sa parure sera comme celle de l'olivier, son parfum comme celui de la forêt du Liban. Ils reviendront s'asseoir à son ombre. Ils feront revivre le froment. Ils fleuriront comme la vigne. Ils seront renommés comme le vin du Liban.
Éphraïm, peux-tu me confondre avec les idoles ? C'est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert. C'est moi qui te donne ton fruit. »
Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits. Les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent.
Commentaire
Bon, chose promise, chose due : je reviens sur Dieu qui se compare à un lion, à un léopard et à une ourse. C'est une image que j'adore, et je remercie Osée de l'avoir inventée, parce qu'en fait, on va la retrouver plus tard dans la Bible. On va la retrouver dans Daniel et même dans le livre de l'Apocalypse. En fait, Amos est en train de créer un lieu, un topos, qui va être repris. C'est pour ça que j'adore ça. Moi, ça me fait marrer, ça fait voyager dans la Bible.
Je vous cite Daniel 7 :
La première bête ressemblait à un lion et avait des ailes d'aigle. Une seconde bête, semblable à un ours, se dressait sur un côté. Ensuite, je vis une autre bête semblable à un léopard. Elle avait quatre ailes d'oiseau sur le dos. Cette bête avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée.
Petit changement quand même, je note, entre Osée et Daniel. Dans Osée, c'est Dieu qui est comparé à ces animaux. Et là, dans Daniel, ce sont des empires qui sont comparés à ces animaux en raison de leur domination, de leur brutalité. Derrière le lion, c'est Babylone. Derrière l'ours, c'est la Médie. Derrière le léopard, c'est la Grèce d'Alexandre le Grand.
Et on le retrouve encore, cette image conjointe des bêtes, dans l'Apocalypse. Apocalypse chapitre 13, la bête qui sort de la mer :
La bête que je vis ressemblait à un léopard. Ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme la gueule d'un lion. Et c'est le dragon qui lui donna sa puissance, son trône et une grande autorité.
Et en fait, c'est la même image qu'Osée applique à Dieu, que Daniel applique aux empires humains, mais que saint Jean applique cette fois-ci à Satan. Comment ça se fait que ce soit la même image qu'on puisse appliquer et à Dieu et au diable en même temps ?
Mes notes de bas de page disent — et je les trouve très bien faites, décidément, ces notes de bas de page ; bon, en même temps, je vous choisis les meilleures dans plusieurs livres en même temps — mais le fait que les trois bêtes soient appliquées d'abord à Dieu puis au diable vous rappelle un principe biblique fondamental : la récupération et la déformation des attributs divins par les forces du mal. Le diable ne crée rien, mais il imite en déformant et en contrefaisant. Dans Osée 13, Dieu se compare au lion, à l'ours et au léopard pour montrer sa puissance souveraine et son jugement. Dans Apocalypse 13, la Bête reprend ces mêmes images, mais dans un contexte diabolique, pour suggérer une usurpation de l'autorité divine.
Nous terminons par une prière. Vous avez vu, dans Osée 14, l'appel à la repentance, au retour, Dieu qui promet de replanter et de rebâtir Juda et Israël : « Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lys, il étendra ses racines comme les arbres du Liban. »
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous te bénissons, car tu n'es pas un Dieu de colère, mais un Père plein d'amour. Tu relèves celui qui tombe, tu guéris celui qui se reprend, et tu fais prospérer celui qui met en toi sa confiance.
Arrose notre âme desséchée comme la rosée du matin. Fais-nous refleurir comme le lys. Enracine-nous en toi comme le cèdre majestueux, et que nos vies répandent le parfum de ta grâce.
Seigneur, ramène-nous au désert pour nous fiancer avec toi dans la justice et la droiture.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
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