Jour 137 ☼ — Salomon au sommet… avant la chute
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 10 du premier livre des Rois : la visite de la reine de Saba, l'or, les boucliers, le trône d'ivoire et le commerce international de Salomon. Il rappelle que le royaume de Saba, au Yémen, est une réalité historique attestée, et souligne la joie des Israélites à se remémorer cet âge béni. Mais le commentaire relève les petits détails qui clochent : ce qui impressionne la reine, c'est le luxe plus que la foi ; Salomon embellit son trône plutôt que la maison du Seigneur, multiplie chars et chevaux contre la Torah, et vend même des armes aux futurs ennemis d'Israël. C'est parvenu au sommet de sa sagesse que Salomon, nouvel Adam, va tomber au chapitre suivant.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, l'apogée du règne de Salomon, la reine de Saba qui vient lui rendre visite. Il y avait à l'époque de Salomon un puissant royaume au Yémen dirigé par une femme. On a retrouvé à Marib, la capitale de ce royaume de Saba au Yémen, des traces indiquant l'importance d'un commerce d'or et d'encens. Je vous dis ça pour qu'en écoutant ce chapitre, vous ne vous disiez pas tout de suite : ce n'est qu'une légende.
Lecture : 1 Rois 10
La reine de Saba avait entendu parler de la renommée de Salomon, qui faisait honneur au nom du Seigneur. Elle vint donc pour le mettre à l'épreuve en lui proposant des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante, des chameaux chargés d'aromates et d'une énorme quantité d'or et de pierres précieuses. Quand elle fut parvenue auprès de Salomon, elle lui exposa les questions qu'elle avait préparées. Mais Salomon trouva réponse à tout et ne fut arrêté par aucune difficulté.
Lorsque la reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon, le palais qu'il avait construit, les plats servis à sa table, le logement de ses officiers, la tenue de service et l'habillement des serviteurs, ses sommeliers, les holocaustes qu'il offrait à la maison du Seigneur, elle en eut le souffle coupé et elle dit au roi : « Ce que j'ai entendu dire dans mon pays sur toi et sur ta sagesse, c'était donc vrai. Je ne voulais pas croire ce qu'on disait avant de venir et de voir de mes yeux. Mais voilà qu'on ne m'en avait pas appris la moitié ! Tu surpasses en sagesse et en magnificence la renommée qui était venue jusqu'à moi. Heureux tes gens, heureux tes serviteurs que voici, eux qui se tiennent continuellement devant toi et qui entendent ta sagesse ! Béni soit le Seigneur ton Dieu, qui t'a montré sa bienveillance en te plaçant sur le trône d'Israël. Parce que le Seigneur aime Israël pour toujours, il t'a établi roi pour exercer le droit et la justice. »
Elle fit présent au roi de cent vingt lingots d'or, d'une grande quantité d'aromates et de pierres précieuses. Il n'est plus jamais venu une quantité d'aromates pareille à celle que la reine de Saba avait donnée au roi Salomon.
La flotte de Hiram avait donc apporté l'or d'Ophir. Elle en rapporta également du bois de santal en très grande quantité et des pierres précieuses. Avec ce bois de santal, le roi fit une balustrade pour la maison du Seigneur et la maison du roi. On en fit aussi des cithares et des harpes pour les chantres. Par la suite, on ne reçut plus jamais de ce bois de santal et, jusqu'à ce jour, on n'en a plus revu.
Le roi Salomon offrit à la reine de Saba tout ce qui répondait à ses désirs, en plus des présents qu'il lui faisait avec une munificence digne du roi Salomon. Puis elle s'en retourna dans son pays avec ses serviteurs.
En une seule année, le poids de l'or qui parvenait à Salomon était de six cent soixante-six lingots d'or, sans compter les péages des voyageurs, les transactions des commerçants, de tous les rois de l'Occident et des gouverneurs du pays.
Le roi Salomon fit deux cents grands boucliers d'or battu : il utilisait six cents pièces d'or pour un grand bouclier ; et trois cents petits boucliers d'or battu : il utilisait trois livres d'or pour un petit bouclier. Le roi les plaça dans la maison de la Forêt du Liban.
Le roi fit aussi un grand trône d'ivoire qu'il plaqua d'or affiné. Ce trône avait six degrés, un dossier à sommet arrondi et des bras de chaque côté du siège. Deux lions étaient debout près des bras, et douze lions se tenaient là, sur les six degrés, de chaque côté. Dans aucun royaume, on ne fit chose pareille.
Toutes les coupes du roi Salomon étaient en or, et tous les objets de la maison de la Forêt du Liban en or fin, et non pas en argent : on n'en faisait aucun cas au temps de Salomon. Car le roi avait sur la mer une flotte de navires de haut bord naviguant avec la flotte de Hiram. Une fois tous les trois ans, la flotte arrivait, apportant or et argent, ivoire, singes et paons.
Le roi Salomon devint le plus grand de tous les rois de la terre en sagesse et en richesse. Toute la terre cherchait à rencontrer Salomon face à face, pour entendre la sagesse que Dieu avait mise en son cœur. Chacun apportait son offrande : objets d'argent et objets d'or, vêtements, armes et aromates, chevaux et mulets. Et ainsi d'année en année.
Salomon rassembla des chars et des cavaliers. Il avait mille quatre cents chars et douze mille cavaliers. Il les installa dans les villes de garnison et auprès de lui à Jérusalem. À Jérusalem, le roi fit que l'argent y abondait autant que les pierres, et les cèdres autant que les sycomores dans le bas pays.
Les chevaux de Salomon provenaient d'Égypte, et le groupe des courtiers du roi les achetait à Coué pour un prix convenu. Un char provenant d'Égypte atteignait six cents pièces d'argent, et un cheval cent cinquante. Il en était de même pour tous les rois hittites et pour tous les rois d'Aram, que ces courtiers approvisionnaient.
Commentaire
Ah, on les sent heureux, les Israélites ! Heureux de compter l'or de Salomon, heureux de le voir dialoguer avec cette puissante femme venue de Saba exprès pour le voir. Et Salomon qui étale sa sagesse et son or. Il y a là un apogée dans le royaume qu'on ne retrouvera jamais. Il faut imaginer les Israélites se remémorant, la larme à l'œil, cet âge béni.
Et à travers la sagesse de Salomon qu'elle met à l'épreuve, c'est à Dieu elle-même qu'elle pose ces questions, puisque la sagesse de Salomon, ne vient-elle pas de Dieu ? Honorer la sagesse de Salomon, c'est déjà s'émerveiller devant les présents de Dieu.
Oui, il y a quelque chose de touchant : c'est cette femme qui se laisse émerveiller, et par Salomon, et par sa sagesse, et par l'or et la richesse de son royaume. Un peu comme — toutes choses égales par ailleurs — les nouveaux convertis, avec Jésus, découvrent en même temps l'Église, la richesse et la tradition de l'Église. Avant de découvrir les mauvais côtés, mais souvenez-vous des premiers moments où vous avez découvert les rites, les symboles, le catéchisme de l'Église catholique, ce trésor de sagesse que la tradition, au fur et à mesure des siècles, a déposé dans le trésor de l'Église. Il y a de cela chez la reine de Saba : de cette joie du nouveau converti qui découvre, avec Dieu, la famille de Dieu.
Même s'il y a un petit côté mal dégrossi chez cette reine de Saba. Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a, frère Paul-Adrien ? Regardez le texte quand même. Qu'est-ce qui impressionne le plus la reine de Saba ? Verset 4 :
Lorsque la reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon — deux points — le palais qu'il avait construit, les plats servis à sa table, le logement de ses officiers, la tenue de service, l'habillement, les sommeliers, les holocaustes qu'il offrait à la maison du Seigneur, elle en eut le souffle coupé. Et elle dit au roi : « Ce que j'ai entendu dans mon pays sur ta sagesse ne vaut pas la moitié de ce que j'ai vu. »
Ce qui l'impressionne le plus chez Salomon, c'est pas sa religion, c'est pas ses proverbes : c'est le luxe dans lequel il vit. C'est la richesse des holocaustes et la quantité des taureaux qu'on égorge et dont on récupère le sang au pied de l'autel. Et Salomon, malgré toute sa sagesse, ne la ramène pas à l'Alliance et aux commandements. En tout cas, ce n'est pas dans le texte.
Oui, elle loue Dieu. Oui, elle s'est convertie, d'après la tradition. Mais Salomon lui a-t-il parlé du Décalogue ? Lui a-t-il parlé de Moïse ? Lui a-t-il parlé du Deutéronome ? Lui a-t-il parlé du Code de l'Alliance et de ce qui faisait la véritable richesse et la véritable sagesse de cette nation ? Eh bien non. Et à la place, il lui fait quoi ? Il lui fait le tour de l'argenterie.
On vous rapporte tout l'or qu'il amasse, tout l'argent qu'il amasse, comment il multiplie les boucliers, comment il multiplie les étalons, comment il multiplie les chars et les cavaliers — chose contre laquelle la Torah a quand même mis explicitement en garde le roi. Et avec tout cet argent et tout cet or, est-ce qu'il est en train d'embellir la maison du Seigneur ? Non, il est en train d'embellir son trône.
Alors pour le coup, un magnifique trône, rempli de symbolisme : les six degrés de son trône qui rappellent les six jours de la création, au-dessus desquels il siège dans la position sabbatique ; les deux lions qui rappellent les chérubins à l'entrée de l'Éden ; et les douze lions qui rappellent le peuple israélite. Alors oui, c'est extraordinaire de symbolisme, de voir comment, par sa sagesse, un homme est en train d'imiter Dieu, dans le bon sens du terme. Mais vous sentez quand même qu'il y a une certaine satisfaction : « Ah, c'est pas mal, tout ce chemin qui a été accompli. » Allez, je le dis : il y a un petit côté nouveau riche dans la sagesse de Salomon.
Salomon est à la tête d'un véritable empire, et on vient maintenant des extrémités de la terre pour contempler cet empire, pour contempler Salomon. Et on aimerait peut-être contempler un peu davantage Dieu. Mais pour l'instant, rien dans le texte ne suggère quelque critique. On évitera la morale trop facile, le moralisme : un roi a le droit d'avoir une belle argenterie. La seule chose que l'on peut reprocher à Salomon, c'est qu'il a l'air d'y prendre quand même un peu trop de goût.
Tiens, d'ailleurs, aussi, petit détail qui est passé complètement à la trappe : Salomon s'est transformé en exportateur d'armes. C'était une toute petite phrase : et il vendit des chars et des cavaliers aux Hittites et aux Araméens. Salomon, le roi de la paix… faut le dire vite ! Là encore, il faut imaginer les yeux émerveillés des Israélites : « Quoi ? Nous, une toute petite nation ? Voilà que maintenant nous exportons des armes ! » Enfin, vous savez, se glorifier de vente d'armes, c'est jamais un beau motif de gloriole personnelle. Puis ensuite, Salomon, avec toute sa sagesse, il est quand même en train d'armer les ennemis d'Israël. Parce que les Araméens, un jour, ils se retourneront contre les Israélites. Salomon, malgré toute sa sagesse, est en train d'armer ses ennemis. Pas très intelligent.
Mais j'insiste encore : là, je suis en train de forcer les petits détails. Rien dans le chapitre n'indique la chute de Salomon qui va se préparer. Au contraire, la pointe du chapitre, c'est un roi parvenu au sommet de sa sagesse et de son intelligence. Il a tout pour lui : la jeunesse, la sagesse, l'or, l'argent, les armes. Il a tout pour lui. Et c'est peut-être précisément là que se trouve l'ironie : c'est que c'est parvenu au sommet de sa sagesse que, dans le chapitre suivant, il va tomber.
On a beaucoup parlé d'Adam et de retrouver le jardin d'Éden. Là encore, Salomon, nouvel Adam. Salomon qui était libre, qui voyait les choses avec beaucoup plus de perspicacité que nous, et qui tombe. Et sa chute est d'autant plus grave et d'autant plus lourde de conséquences.
Psaume 96
Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! Ténèbres et nuée l'entourent, justice et droit sont l'appui de son trône.
Devant lui s'avance un feu qui consume alentour ses ennemis. Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s'affola.
Les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur, devant le Maître de toute la terre. Les cieux ont proclamé sa justice et tous les peuples ont vu sa gloire.
Honte aux serviteurs d'idoles qui se vantent de vanités. À genoux devant lui, tous les dieux !
Pour Sion qui entend, grande joie ! Les villes de Juda exultent devant tes jugements, Seigneur. Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre : tu domines de haut tous les dieux.
Haïssez le mal, vous qui aimez le Seigneur, car il garde la vie de ses fidèles et les arrache aux mains des impies.
Une lumière est semée pour le juste, et pour le cœur simple, une joie. Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes, rendez grâce en rappelant son nom très saint.
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