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Jour 135 ☾ — Osée : la jalousie d’un Dieu qui aime

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Résumé : Avant de lire Osée 10 et 11, le frère Paul-Adrien consacre une longue introduction au culte de Baal, ce dieu cananéen de l'orage et de la fertilité que les Israélites finissaient par confondre avec Yahvé, avec ses stèles, ses prostitutions sacrées et son absence totale de contenu moral. La lecture fait entendre le jugement porté sur la vigne luxuriante devenue multiplicatrice d'autels, le veau de Beth-Aven déporté en Assyrie, puis le retournement bouleversant du chapitre 11 : « Oui, j'ai aimé Israël dès son enfance. » Le commentaire montre que tendresse, jalousie et colère sont en Dieu un seul et même amour, dont la sainteté fait exploser tous les cadres. L'épisode se termine par la Vive Flamme d'amour de saint Jean de la Croix.

Introduction

Nous continuons notre lecture d'Osée, Osée chapitre 10 et chapitre 11.

Parmi tous les griefs qui sont énoncés dans ces livres des prophètes, il y en a un qui revient sans cesse et qui est l'idolâtrie, le fait d'aller vers les faux dieux. Un de ces dieux les plus célèbres était Baal, dont vous entendez parfois le nom revenir dans les chapitres d'Osée. Et je me suis dit que peut-être, en guise de commentaire, ça valait le coup de parler deux secondes de ces cultes idolâtriques pour que tout le monde comprenne bien de quoi on parle.

En lisant attentivement Osée — alors ce sont des versets épars dans tel et tel chapitre, mais par exemple chapitre 2, verset 7 — on s'aperçoit que les Israélites associaient Baal à la prospérité, et même, versets 10, 18, 19, que beaucoup identifiaient Baal et Yahvé. Qu'en fait, entre le Dieu de la Bible et Baal, les gens n'étaient plus capables de faire la différence. « Elle n'a pas reconnu que c'était moi qui lui donnais le blé, le vin nouveau et l'huile, et l'on a consacré au service de Baal l'argent et l'or que moi je lui accordais en abondance. »

Baal était le dieu cananéen de l'orage. Avec El, c'était une divinité majeure, et d'ailleurs Baal veut dire « maître », c'est dire son importance. Il était généralement flanqué d'une parèdre, une déesse qui était sa femme. C'était soit Anath, soit celle dont vous avez peut-être entendu parler, Achéra. Dieu de l'orage et de la pluie, un peu comme Zeus chez les Grecs.

Pour une société agraire comme l'était la société israélite, qui vivait dans un climat sec dans lequel on a toujours peur de manquer de pluie, le culte du dieu Baal était irrésistible. C'est à lui que l'on attribuait la fertilité agricole. Je suspecte qu'à mot couvert, Yahvé était le dieu d'une certaine élite religieuse, mais que la religion populaire, elle, s'intéressait surtout aux problèmes quotidiens et agricoles, et adorait Baal.

Dans tous les domaines de l'existence, on lui reconnaissait son rôle de providence. C'est lui qui accordait la subsistance, le pain, l'eau. C'est lui qui accordait les biens matériels, la laine et le lin. C'est à lui qu'on rendait les cultes sexuels et pour qui on faisait de la prostitution sacrée. Il y avait ce que l'on appelle des hiérodules, c'est-à-dire des hommes ou des femmes consacrés au service du temple, qui offraient des rapports sexuels rituels avec des fidèles en échange d'offrandes. Et ces actes étaient censés imiter l'union divine entre Baal et sa déesse femme, pour assurer ainsi la fertilité des terres et des troupeaux.

Et à lire d'autres chapitres de la Bible, on s'aperçoit que dans Israël, il y avait quand même pas mal de sanctuaires locaux avec des Baals aux titres différents. Il y avait Baal Péor, Baal Hamon, Baal Tsaphon, Baal du Liban, Baal de Sidon, etc.

Le fait encore que les Israélites soient devenus incapables de différencier entre Baal et Yahvé vous en dit long sur l'état cultuel du peuple. Et ça vous donne le début du chapitre 10 que vous allez entendre : « Israël était une vigne luxuriante. » La vigne, image traditionnelle de la prospérité économique et de l'amour. « Mais plus ses fruits se multipliaient, plus Israël multipliait les autels. » C'est exactement ce que je vous disais : la prospérité agricole et économique était attribuée à Baal, le dieu de la fertilité. Et Osée qui continue en disant : « Son cœur est partagé. » Comprendre ici que des lèvres ils bénissent le Seigneur, le Dieu d'Israël, mais que leur cœur, en fait, est pour Baal. Que c'est une religion hypocrite qu'ils offrent encore à Dieu. Et que leur cœur, formellement, ils l'ont donné à Dieu, mais dans le concret, leur dévotion, l'attachement de leur cœur, leur inquiétude, elle va vers Baal.

Et la conclusion ? La conclusion, c'est juste après : « On parle, on parle, on fait de faux serments, on conclut des alliances. Le jugement fleurit comme l'herbe vénéneuse sur les sillons des champs. » Parce que jurer sur le Dieu d'Israël, c'est jurer sur la Torah et le décalogue, qui prenait soin d'établir la justice, le droit des immigrés et une juste répartition sociale. Mais dans Baal, il n'y a plus aucun garde-fou moral. Baal, pour que ça marche, il suffit d'offrir des offrandes et de faire de la prostitution sacrée. Il n'y a aucun contenu moral. « Le jugement fleurit comme l'herbe vénéneuse », dit Osée.

Les Israélites, à l'époque d'Osée, ils sont ce qu'on pourrait appeler des bi-ritualistes. Ils ont deux religions. Ils ont la religion formelle, pour le Dieu d'Israël, dans lequel d'ailleurs ils ont des veaux d'or — c'est ce que vous entendrez : « Les habitants de Samarie tremblent pour le veau de Beth-Aven. » Et à côté des autels, où il y a un culte purement formel offert à Dieu, il y avait les stèles, les rapports idolâtriques pour les dieux cananéens.

Ce qui fait que dans le chapitre que vous allez entendre, une des raisons pour lesquelles le roi d'Assyrie est appelé par Dieu pour envahir Israël, c'est pour que le roi d'Assyrie prenne avec lui ses idoles, ce veau, qu'il le ramène à Ninive, et qu'il détruise ces idoles païennes. Ce qui était ironique, parce que normalement, c'était Israël qui était censé détruire les idoles païennes. C'était l'ordre constant donné à Josué : quand vous vous installerez dans le pays, enlevez les faux dieux d'au milieu de vous. Et voilà que non seulement ils ne l'ont pas fait, mais pour que cette parole soit accomplie, Dieu est obligé de faire venir un roi d'Assyrie pour faire le boulot à la place des Israélites.

Je vous cite : « Les habitants de Samarie tremblent pour le veau de Beth-Aven. Lui-même sera transporté en Assour, comme offrande au grand roi. Alors on dira aux montagnes : "Cachez-nous !" et aux collines : "Tombez sur nous !" » Ça, ça veut dire que les habitants d'Israël seront tellement effrayés de voir leur idole enlevée loin d'eux qu'ils iront se cacher dans la peur et dans l'angoisse, parce qu'ils auront perdu la protection. C'est vraiment d'une ironie sanglante.

Ensuite, on vous parlera de Guibéa. Souvenez-vous, Guibéa, c'est encore l'épisode dans le livre des Juges avec cette femme découpée en douze morceaux, qui n'arrête pas de revenir.

Puis vous arriverez au chapitre 11. Et là, le ton change. C'est la tendresse paternelle du Seigneur pour son peuple. Vous verrez, ça commencera par les mots suivants : « Oui, j'ai aimé Israël dès son enfance. » Et là, vous avez les vers où Dieu exprime sa tendresse extraordinaire pour son peuple. Alors comment est-ce qu'on passe de l'un à l'autre ? C'est toute la question, mais je vous laisse d'abord écouter le chapitre.

Lecture : Osée 10-11

Israël était une vigne luxuriante, qui portait beaucoup de fruits. Mais plus ses fruits se multipliaient, plus Israël multipliait les autels. Plus sa terre devenait belle, plus il embellissait les stèles des faux dieux. Son cœur est partagé : maintenant, il va expier. Le Seigneur renversera ses autels, les stèles, il les détruira.

Maintenant, Israël va dire : « Nous sommes privés de roi, car nous n'avons pas craint le Seigneur. Et si nous avions un roi, qu'aurait-il fait pour nous ? »

On parle, on parle, on fait de faux serments, on conclut des alliances. Le jugement fleurit comme l'herbe vénéneuse sur les sillons des champs.

Les habitants de Samarie tremblent pour le veau de Beth-Aven. C'est pour lui que son peuple est en deuil, avec ses desservants qui, pour lui, exultaient, car sa gloire a été déportée au loin. Lui-même sera transporté en Assour, comme offrande au grand roi. Éphraïm en aura de la honte et Israël rougira de son idole.

Ils ont disparu, Samarie et son roi, comme de l'écume à la surface de l'eau. Les lieux sacrés seront détruits : ils sont le crime, le péché d'Israël. Épines et ronces recouvriront leurs autels. Alors on dira aux montagnes : « Cachez-nous ! » et aux collines : « Tombez sur nous ! »

Depuis les jours de Guibéa, tu as péché, Israël. C'est là qu'ils en sont restés. Et le combat contre les fils du crime ne les atteindrait pas à Guibéa ? Au gré de mes désirs, je vais les corriger. Les peuples se ligueront contre eux et les corrigeront de leur double faute.

Éphraïm était une génisse bien dressée qui aimait fouler le grain. Et moi, j'ai passé le joug sur la beauté de son encolure. J'attellerai Éphraïm, Juda labourera et Jacob passera la herse.

Faites des semailles de justice, récoltez une moisson de fidélité. Défrichez vos terres en friche. Il est temps de chercher le Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne répandre sur vous une pluie de justice.

Vous avez labouré la méchanceté, vous avez moissonné la perfidie, vous avez mangé le fruit du mensonge, parce que tu as mis ta confiance dans tes chars, dans tes nombreux guerriers. Il s'élèvera du vacarme parmi ton peuple et toutes tes villes fortes seront dévastées. Et tu seras comme Shalman dévasta Beth-Arbel au jour du combat, quand la mère fut écrasée sur ses enfants. Ainsi vous fera Bethel, face à votre abominable méfait. À l'aurore, il sera vraiment perdu, le roi d'Israël.

Oui, j'ai aimé Israël dès son enfance, et pour le faire sortir d'Égypte, j'ai appelé mon fils. Quand je l'ai appelé, il s'est éloigné pour sacrifier aux Baals. Il brûlait des offrandes aux idoles.

C'est moi qui lui apprenais à marcher en le soutenant de mes bras, et il n'a pas compris que c'est moi qui venais à son secours. Je le guidais avec humanité, par des liens d'amour. Je le traitais comme un nourrisson qu'on soulève tout contre sa joue. Je me penchais vers lui pour le faire manger, mais ils ont refusé de revenir à moi.

Vais-je les livrer au châtiment ? Il ne retournera pas au pays d'Égypte, c'est Assour qui deviendra son roi, car ils ont refusé de revenir à moi. L'épée frappera dans ses villes, elle brisera les verrous de ses portes, elle les dévorera à cause de leurs intrigues. Mon peuple s'accroche à son infidélité. On l'appelle vers le haut : aucun ne s'élève.

Vais-je t'abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? Vais-je t'abandonner comme Adma et te rendre comme Seboïm ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi, en même temps, mes entrailles frémissent. Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu et non pas homme. Au milieu de vous, je suis le Dieu Saint : je ne viens pas pour exterminer.

Ils marcheront à la suite du Seigneur. Comme un lion, il rugira. Oui, il rugira, lui. Et tout tremblants, ses fils viendront de l'Occident. Comme un oiseau, tout tremblants, ils viendront de l'Égypte, et comme une colombe du pays d'Assour. Je les ferai habiter dans leur maison — oracle du Seigneur.

Commentaire

Vous avez entendu ces vers d'une beauté extraordinaire ? Ils font partie des vers les plus forts dans lesquels Dieu exprime son amour pour son peuple.

Mon cœur se retourne contre moi, en même temps, mes entrailles frémissent. Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu et non pas homme. Au milieu de vous, je suis le Dieu Saint.

Alors, vous voyez, « mon cœur se retourne contre moi » : normalement, c'est un verbe qui est utilisé contre les villes assiégées, où on les détruit parce qu'elles sont assiégées. C'est le même chamboulement qui est en train de se produire en Dieu quand il passe de la colère à la tendresse. Ça ressemble à une ville qui est complètement retournée sens dessus dessous.

Oui, mais comment est-ce qu'on passe de cette colère à tout d'un coup la tendresse de Dieu ? Eh bien, la tendresse et la colère, en Dieu, c'est la même chose. La tendresse, c'est la fine pointe de l'amour. Mais la colère, c'est le fait qu'elle soit brûlante, dévorante : ça exprime la passion qu'il y a derrière. On pourrait encore parler de la jalousie, le fait qu'elle soit exclusive. Et vous voyez, la jalousie, la tendresse, la colère, c'est le même amour. Mais la tendresse l'exprime de manière positive ; la jalousie et la colère l'expriment de manière négative.

L'amour de Dieu est une flamme d'un tel excès. Pour en décrire la lumière, on parle de tendresse. Pour en décrire le fait qu'elle brûle, on parle de colère et de jalousie. Et pour exprimer le fait que ce soit quelque chose d'excessif, quelque chose qui fait exploser tous les cadres, on parle de la sainteté. Et c'est pour ça qu'Osée termine en disant : « Car moi, je suis Dieu et non pas homme, je suis le Saint d'Israël. »

Nous terminons, en guise de prière — je me suis dit que c'était opportun — par un extrait de la Vive Flamme d'amour de saint Jean de la Croix, un des plus beaux écrits mystiques de la tradition chrétienne.

Prière

Ô vive flamme d'amour, comme vous me blessez avec tendresse dans le centre le plus profond de mon âme ! Puisque vous ne me causez plus de chagrin, achevez votre œuvre, si vous le voulez bien : déchirez la toile qui s'oppose à notre douce rencontre.

Ô brûlure suave, ô plaies délicieuses, ô douces mains, ô touches délicates qui ont la saveur de la vie éternelle, qui payez toute dette, qui donnez la mort et changez la mort en vie.

Pleine de bien et de gloire, quelle délicatesse vous mettez à m'embraser d'amour !


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