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Livre de · 14 chapitres

Osée

Os 11,1-9
Liturgie · S. Augustin Zhao Rong, prêtre, et ses comagnons, martyrs · 9 juillet 2026
AELF · Bible liturgique

Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.

Os 11,1-9
Commentaire

Le livre d'Osée nous transporte dans le royaume du Nord d'Israël au VIIIᵉ siècle avant notre ère, dans les décennies tourmentées qui précèdent la chute de Samarie en 722. Osée, seul prophète écrivain originaire du Nord, prophétise sous le règne finissant de Jéroboam II puis dans l'anarchie politique qui suit, alors que les rois se succèdent par assassinat et que le royaume oscille entre l'alliance assyrienne et égyptienne. Le chapitre 11 ouvre une nouvelle unité oraculaire où le genre littéraire bascule : nous quittons la métaphore matrimoniale des chapitres 1-3 (Israël épouse infidèle) pour entrer dans une métaphore parentale. Dieu n'est plus l'époux trahi mais le père — et l'on verra, presque la mère — d'un enfant qu'il a élevé. Ce déplacement n'est pas anodin : il permet d'exprimer une tendresse en deçà de toute réciprocité contractuelle, l'amour gratuit qui précède la réponse de l'aimé.

La structure du passage suit un mouvement dramatique en deux temps. Les versets 1-4 déroulent une rétrospective de l'éducation manquée : l'amour initial (« dès son enfance », hébreu naʿar, le jeune enfant), la sortie d'Égypte, puis aussitôt la dérive vers les Baals. Le contraste est saisissant entre les gestes maternels accumulés — apprendre à marcher, soulever « tout contre sa joue », se pencher pour nourrir — et l'aveuglement de l'enfant qui « n'a pas compris ». L'expression « liens d'amour » (ḥablê ʾahăbâ) joue sur l'ambivalence du mot ḥebel qui désigne aussi la corde ou la longe : Dieu mène son peuple non par le harnais des bêtes mais par des cordeaux humains, bĕḥablê ʾādām, « avec des liens d'homme ». Le verset 4, « comme ceux qui soulèvent le joug de dessus leurs mâchoires », est notoirement difficile dans l'hébreu, et certains exégètes lisent ʿōl (joug) tandis que d'autres entendent ʿûl (nourrisson) — d'où l'écart entre les traductions, la liturgie ayant retenu l'image du nourrisson allaité.

Le sommet théologique se trouve aux versets 8-9, dans ce que la critique appelle un soliloque divin. Après l'annonce du châtiment mérité surgit le célèbre retournement : « Mon cœur se retourne contre moi, mes entrailles frémissent. » Le verbe hāpak (renverser, bouleverser) est précisément celui qui décrit, en Genèse 19, la destruction de Sodome et Gomorrhe — villes nommées juste avant dans Osée 11,8. Le génie du prophète est de retourner le verbe de la catastrophe : ce qui « se renverse », ce n'est plus la ville pécheresse, c'est le cœur de Dieu lui-même. Le terme niḥûmîm (les frémissements, la compassion) évoque les viscères maternelles, le raḥămîm lié à la matrice. Dieu est traversé par un conflit intérieur entre sa justice et sa miséricorde, et la miséricorde l'emporte non par faiblesse mais par excès de sainteté.

La clé de tout le passage est en effet le verset 9 : « car moi, je suis Dieu, et non pas homme (ʾēl wĕlōʾ-ʾîš) ; au milieu de toi je suis le Saint (qādôš). » Le paradoxe est vertigineux : c'est la transcendance même de Dieu, sa sainteté, son altérité absolue, qui fonde sa capacité à pardonner au-delà de toute logique humaine. Là où l'homme blessé se vengerait, Dieu, parce qu'il est Dieu, renonce à la colère. La sainteté biblique n'est donc pas d'abord pureté séparée mais surabondance d'amour fidèle. Osée énonce ici, avec une audace inouïe pour son temps, que l'identité profonde de Dieu n'est pas la rétribution mais la grâce — anticipant la révélation johannique selon laquelle « Dieu est amour » (1 Jn 4,8).

L'intertextualité du passage est dense et structurante. Le verset 1, « j'ai appelé mon fils hors d'Égypte », est cité explicitement par Matthieu (2,15) à propos du retour de l'enfant Jésus d'Égypte : l'évangéliste relit le destin d'Israël comme typologie du Christ, vrai Fils accomplissant l'histoire du peuple-fils. Là où Israël fut un fils infidèle, Jésus est le Fils parfaitement obéissant qui récapitule l'Exode. On entend aussi l'écho d'Exode 4,22 (« Israël est mon fils premier-né ») et, dans les gestes d'allaitement, une résonance avec Deutéronome 32,10-12 et Isaïe 49,15 (« une mère oublie-t-elle son nourrisson ? »). Le frémissement des entrailles divines préfigure quant à lui la parabole du père prodigue (Lc 15,20), où le père « ému aux entrailles » court vers le fils revenu.

La tradition patristique a été particulièrement sensible à ce texte. Cyrille d'Alexandrie, dans son Commentaire sur Osée (les In duodecim prophetas), insiste sur la maternité paradoxale de Dieu et lit le verset 1 christologiquement, à la suite de Matthieu : l'appel du fils hors d'Égypte trouve sa vérité plénière dans le Verbe incarné, et l'amour décrit ici manifeste la philanthrôpia, l'amour de Dieu pour l'humanité. Jérôme, dans son propre Commentaire sur Osée adressé à Pammachius, s'arrête sur la difficulté philologique du verset 4 et souligne la pédagogie divine : Dieu traite Israël quasi parvulum, comme un tout-petit qu'on porte, déployant une condescendance (synkatabasis) qui s'adapte à la fragilité humaine. Tous deux convergent pour faire de la tendresse divine non un attendrissement passager mais l'expression de sa nature.

Au plan théologique, ce texte est l'un des sommets de l'Ancien Testament sur la miséricorde. Il pose une question que la tradition n'a cessé de méditer : Dieu éprouve-t-il un changement, un « repentir » ? Les commentateurs débattent — faut-il y voir un véritable conflit intérieur en Dieu, ou un anthropomorphisme pédagogique destiné à révéler que sa fidélité dépasse l'infidélité humaine ? La théologie classique parle d'impassibilité divine, mais Osée refuse de gommer le pathos de Dieu, ce que des auteurs comme Abraham Heschel ont appelé le « pathétique divin ». En ce jour où l'Église fait mémoire de saint Augustin Zhao Rong et de ses compagnons martyrs de Chine, le texte prend un relief particulier : ces croyants qui ont donné leur vie ont témoigné précisément du Dieu « saint au milieu de nous », ce Dieu qui ne vient pas pour exterminer mais pour sauver, et dont l'amour fidèle, jusque dans l'épreuve, ne se reprend jamais.

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