Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.
Le livre d'Osée nous transporte dans le royaume du Nord, Israël, durant la première moitié du VIIIᵉ siècle avant notre ère, dans les décennies tumultueuses qui précèdent la chute de Samarie en 722. Osée prophétise sous Jéroboam II puis dans l'anarchie politique qui suit sa mort : quatre rois assassinés en quinze ans, des coups d'État à répétition, une diplomatie affolée tiraillée entre l'Assyrie montante et l'Égypte. C'est précisément ce contexte que vise l'oracle quand il dénonce des rois « établis sans me consulter » : non pas la royauté en soi, mais une institution monarchique devenue autonome, détachée de l'élection divine, instrument de l'intrigue humaine. Le genre est celui de l'oracle de jugement (rîb, le « procès » que Dieu intente à son peuple), avec son réquisitoire et sa sentence ; le passage liturgique alterne accusation (l'idolâtrie cultuelle et politique) et annonce du châtiment (l'anéantissement, l'exil).
Le cœur du texte est la dénonciation du « veau de Samarie ». Il s'agit du culte instauré par Jéroboam Iᵉʳ à Béthel et Dan (1 R 12, 28-30), ces veaux d'or présentés comme représentations ou piédestaux de YHWH. Osée joue sur le terme : l'hébreu ʿēgel (« veau, jeune taureau ») devient sous sa plume, par dérision, une caricature. La progression rhétorique est implacable : « ce n'est pas un dieu », car « un artisan l'a fabriqué » — argument classique de la polémique anti-idolâtrique qui souligne l'absurdité d'adorer l'ouvrage de ses mains. Vient ensuite l'admirable proverbe agraire : « ils ont semé le vent, ils récolteront la tempête » (rûaḥ, « vent/souffle », puis sûphâh, « tourbillon, ouragan »). La métaphore se décline en gradation descendante : pas d'épi, pas de grain, pas de farine, et le peu qui resterait dévoré par l'étranger — image de la stérilité totale qui frappe un peuple ayant rompu l'alliance, et annonce voilée de l'invasion assyrienne.
La seconde partie du passage (v. 11-13) déplace l'accusation vers le culte sacrificiel lui-même. Le paradoxe est cinglant : Éphraïm — autre nom du royaume du Nord, du nom de la tribu dominante — « a multiplié les autels pour expier le péché, et ces autels ne lui servent qu'à pécher ». La prolifération du culte ne rachète pas le péché, elle le redouble, car elle est dissociée de la connaissance de Dieu (daʿat ʾĕlōhîm), thème majeur d'Osée (cf. Os 6, 6 : « c'est l'amour qui me plaît, non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes »). La formule « il y trouve le rappel de toutes leurs fautes » retourne la fonction même du sacrifice : au lieu d'effacer la faute, l'offrande inauthentique la « rappelle » devant Dieu (zākar, « se souvenir, faire mémoire »). Et la sentence finale, « qu'ils retournent en Égypte », est une inversion terrible de l'Exode : le salut s'inverse en anti-exode, le peuple libéré retourne à la servitude.
Les Pères ont lu ce texte à la fois comme avertissement contre l'idolâtrie et comme typologie spirituelle. Saint Jérôme, dans son Commentaire sur Osée (In Osee), insiste sur le sens littéral historique du veau de Béthel tout en y voyant une figure de toute fabrication humaine substituée au vrai Dieu ; il souligne que « semer le vent » désigne l'enseignement vain des cultes idolâtriques, dont la moisson ne peut être que ruine. Cyrille d'Alexandrie, dans son Commentaire sur les douze prophètes mineurs, développe finement le paradoxe des autels : la multiplication des sacrifices sans droiture intérieure devient elle-même matière à péché, car Dieu réclame le cœur avant l'offrande — lecture qui rejoint la critique prophétique du culte purement extérieur.
Cette critique relie Osée à toute une tradition prophétique : Amos, son contemporain dans le Nord (« je hais, je méprise vos fêtes… » Am 5, 21-23), Isaïe (« que m'importe la multitude de vos sacrifices ? » Is 1, 11-17), et plus tard Jérémie. L'intertextualité culmine dans la reprise néotestamentaire de Os 6, 6, sœur de notre passage : Jésus cite deux fois « c'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice » (Mt 9, 13 ; 12, 7), faisant d'Osée la charte de sa critique du formalisme religieux. Le discours d'Étienne en Ac 7, 39-43 réactive directement notre texte : il évoque le veau d'or, le « retour de cœur vers l'Égypte » et l'idolâtrie qui livre Israël à l'exil. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, situe précisément Osée parmi les prophètes annonçant que le rejet de l'unique Dieu pour les œuvres des mains conduit les nations à la dispersion, lecture qui inscrit ce drame d'Israël dans l'histoire universelle du salut.
Un débat exégétique demeure ouvert sur la portée de la critique d'Osée : vise-t-il l'institution monarchique comme telle — ce qui ferait de lui un héritier de la tradition antimonarchique de 1 S 8 — ou seulement ses dérives concrètes dans le Nord ? La majorité des spécialistes penche pour la seconde lecture : c'est la royauté arrachée à l'élection divine, et non la royauté davidique légitime, qui est condamnée. De même, on discute si « qu'ils retournent en Égypte » désigne un exil littéral, une déportation symbolique, ou la dépendance politique vis-à-vis des grandes puissances ; le texte joue probablement sur ces registres simultanément. Quant au veau, le débat persiste : idole pure et simple, ou représentation hétérodoxe de YHWH lui-même ? Osée, lui, ne tranche pas en théoricien : il dénonce la confusion mortelle entre le Dieu vivant et son image.
L'enjeu théologique dépasse de loin la polémique cultuelle. Osée révèle un Dieu qui ne se laisse ni fabriquer, ni instrumentaliser, ni amadouer par la quantité des offrandes : il veut l'alliance, c'est-à-dire la fidélité du cœur et la connaissance vraie. L'idolâtrie y apparaît comme la racine de tout désordre — politique, économique, cultuel — parce qu'elle substitue l'œuvre de l'homme à l'initiative de Dieu. Mais le texte, dans sa dureté même, garde la structure de l'amour blessé qui traverse tout le livre : si Dieu « fait le compte des péchés », c'est qu'il attend encore un retour (le verbe šûb, « revenir, se convertir », travaille tout Osée). La sentence d'anti-exode n'est pas le dernier mot du prophète, qui s'achèvera sur la promesse d'une guérison de l'infidélité (Os 14). Ce passage nous interroge, par-delà l'histoire d'Israël, sur nos propres idoles : tout ce que nous fabriquons de nos mains et de notre argent pour nous dispenser d'écouter le Dieu vivant.