CapBibliqueCapBiblique

Jour 138 ☼ — La chute de Salomon : à cœur partagé

← J137 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J138 ☾ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 11 du premier livre des Rois, tournant historique de l'histoire d'Israël : Salomon vieillissant laisse ses femmes étrangères détourner son cœur vers d'autres dieux, et le Seigneur annonce que le royaume lui sera arraché. Trois adversaires — en hébreu trois « satans » — se lèvent : Hadad l'Édomite, Rezon d'Aram et surtout Jéroboam, à qui le prophète Ahias de Silo remet dix morceaux de son manteau déchiré. Le commentaire montre comment Salomon a pu pécher de bonne foi, au nom d'une tolérance religieuse, et pose la question du véritable héritier de David. Il souligne enfin l'apparition d'Ahias, premier prophète hors du cadre institutionnel, qui ouvre la série des petits prophètes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous arrivons au tournant historique du livre des Rois. Je ne vais pas l'introduire, mais écoutez bien ce passage.

Lecture : 1 Rois 11

Le roi Salomon aima de nombreuses femmes étrangères, outre la fille de Pharaon : des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes et des Hittites. Elles étaient de ces nations dont le Seigneur avait dit aux fils d'Israël : « Vous n'entrerez pas chez elles et elles n'entreront pas chez vous. Sûrement, elles détourneraient votre cœur vers leurs dieux. » Mais Salomon s'attacha à elles par amour. Il y eut sept cents femmes de rang princier et trois cents concubines. Et ces femmes détournèrent son cœur.

Salomon vieillissait. Ces femmes le détournèrent vers d'autres dieux, et son cœur n'était plus tout entier au Seigneur comme l'avait été celui de son père David. Salomon prit part au culte d'Astarté, la déesse des Sidoniens, et à celui de Milcom, l'horrible idole des Ammonites. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Il ne lui obéit pas aussi parfaitement que son père David.

Il construisit alors sur la montagne, à l'est de Jérusalem, un lieu sacré pour Kamosh, l'horrible idole de Moab, et un autre pour Milcom, l'horrible idole des Ammonites. Il en fit d'autres pour permettre à toutes ces femmes étrangères de brûler de l'encens et d'offrir des sacrifices à leurs dieux.

Le Seigneur s'irrita contre Salomon parce qu'il s'était détourné du Seigneur, Dieu d'Israël. Pourtant, celui-ci lui était apparu deux fois et lui avait défendu de suivre d'autres dieux. Mais Salomon avait désobéi.

Le Seigneur lui déclara : « Puisque tu t'es conduit de cette manière, puisque tu n'as pas gardé mon alliance ni observé mes décrets, je vais t'enlever le royaume et le donner à l'un de tes serviteurs. Seulement, à cause de ton père David, je ne ferai pas cela durant ta vie. C'est de la main de ton fils que j'enlèverai le royaume. Et encore, je ne lui enlèverai pas tout. Je laisserai une tribu à ton fils, à cause de mon serviteur David et de Jérusalem, la ville que j'ai choisie. »

Le Seigneur suscita un adversaire à Salomon : Hadad l'Édomite, qui était de la descendance royale d'Édom. Au temps où David était en Édom, Joab, le chef de l'armée, était monté pour ensevelir les morts. Il avait frappé tous les mâles du pays d'Édom, car Joab et tout Israël étaient restés là pendant six mois, jusqu'à ce qu'ils aient supprimé tous les mâles d'Édom. C'est alors que Hadad s'était enfui avec des Édomites, des serviteurs de son père, pour aller en Égypte. Hadad était encore un tout jeune homme. Ils partirent de Madiane et arrivèrent à Parane. Ils prirent avec eux des hommes de Parane et arrivèrent en Égypte auprès de Pharaon, roi d'Égypte. Celui-ci lui donna une maison, lui promit le pain et lui attribua une terre.

Hadad fut en grande faveur auprès de Pharaon, qui lui donna pour épouse la sœur de sa femme, la sœur de Tahpenès, la reine mère. La sœur de Tahpenès lui enfanta son fils Guenoubath, et Tahpenès l'éleva dans la maison de Pharaon. Guenoubath demeura donc dans la maison de Pharaon, parmi les fils de Pharaon.

Hadad apprit en Égypte que David reposait avec ses pères et que Joab, le chef de l'armée, était mort. Il dit à Pharaon : « Laisse-moi partir, que j'aille dans mon pays. » Pharaon lui demanda : « Que te manque-t-il auprès de moi pour que tu cherches à t'en aller dans ton pays ? » Il répondit : « Rien, mais laisse-moi partir. »

Dieu suscita un autre adversaire à Salomon : Rezon, fils d'Éliada. Il s'était enfui de chez son maître Hadadèzer, roi de Soba. Il avait ensuite rallié des hommes autour de lui et il était devenu chef de bande. Mais parce que David les massacrait, ils allèrent à Damas et s'y installèrent. Et ils régnèrent à Damas. Rezon fut un adversaire d'Israël durant toute la vie de Salomon. Voici le mal que fit Hadad : il eut Israël en aversion. Il avait régné sur Aram.

Jéroboam, fils de Nebath l'Éphraïmite, était de Seréda. Le nom de sa mère était Seroua ; elle était veuve. Lui était au service de Salomon, et il se révolta contre le roi. Voici comment il se révolta contre le roi. Salomon construisait le terre-plein pour fermer la brèche de la cité de David son père. Ce Jéroboam était quelqu'un de grande valeur. Salomon avait remarqué comment le jeune homme accomplissait son ouvrage, et il fit de lui l'inspecteur des corvées qui pesaient sur la maison de Joseph.

Un jour que Jéroboam était sorti de Jérusalem, il fut arrêté en chemin par le prophète Ahias de Silo. Et tous deux étaient seuls dans la campagne. Ahias prit le manteau neuf qu'il portait et le déchira en douze morceaux. Puis il dit à Jéroboam : « Prends pour toi dix morceaux, car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Voici que je vais déchirer le royaume en l'arrachant à Salomon, et je te donnerai dix tribus. Il lui restera une tribu, à cause de mon serviteur David et de Jérusalem, la ville que je me suis choisie parmi toutes les tribus d'Israël. C'est qu'ils m'ont abandonné et se sont prosternés devant Astarté, la déesse des Sidoniens, devant Kamosh, le dieu de Moab, et devant Milcom, le dieu des Ammonites. Ils n'ont pas marché dans mes chemins pour pratiquer ce qui est droit à mes yeux et respecter mes décrets et mes ordonnances, comme l'a fait David son père. Mais je ne reprendrai pas de sa main tout le royaume, car je le maintiendrai prince tous les jours de sa vie, à cause de David mon serviteur, que j'ai choisi, lui qui a gardé mes commandements et mes décrets. Je reprendrai des mains de son fils la royauté et je te la donnerai, sur dix tribus. Mais à son fils je donnerai une seule tribu, pour que mon serviteur David ait toujours une lampe qui brille devant moi à Jérusalem, la ville que je me suis choisie pour y mettre mon nom. Quant à toi, je te prendrai. Tu régneras sur tout ce que tu désires et tu seras roi sur Israël. Si tu obéis à tout ce que je vais te commander, si tu marches dans mes chemins et si tu pratiques ce qui est droit à mes yeux, en gardant mes décrets et mes commandements comme l'a fait David mon serviteur, alors je serai avec toi et je construirai pour toi une maison stable comme celle que j'ai bâtie pour David, et je te donnerai Israël. De la sorte, j'humilierai la descendance de David, mais pas pour toujours. »

Salomon chercha à faire mourir Jéroboam. Jéroboam se leva et s'enfuit en Égypte, près de Shishaq, roi d'Égypte, et il vécut en Égypte jusqu'à la mort de Salomon.

Le reste des actions de Salomon, tout ce qu'il a fait et sa sagesse, cela n'est-il pas écrit dans le livre des actes de Salomon ? Le temps que Salomon régna à Jérusalem sur tout Israël fut de quarante ans. Puis Salomon reposa avec ses pères et il fut enseveli dans la cité de David son père. Son fils Roboam régna à sa place.

Commentaire

Bon, eh bien, tel père, tel fils. David avait péché avec Bethsabée, et c'est encore par des femmes que Salomon péchera. Avec une différence, et de taille : c'est que David avait péché par les femmes, mais il ne s'était jamais détourné de Dieu. Salomon pèche par les femmes et il se détourne de Dieu.

Dans la tête de Salomon, il est possible que tout cela n'ait pas posé beaucoup de difficultés. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit, mon petit laïus, sur le monothéisme, l'unicité de Dieu. À cette époque-là, on ne croyait pas encore qu'il y avait un seul Dieu. On croyait qu'il y avait une multitude de dieux, et que dans cette multitude de dieux, il y en avait un en particulier qui était censé protéger Israël et qui était censé régner au-dessus des autres dieux : et c'était Yahvé, Yahvé le Dieu d'Israël.

Et probablement, dans le cœur et dans la tête de Salomon, de bonne foi et presque assuré de sa fidélité, il a dû se dire : « Je continue de vouer le culte principal à Dieu, et pour la paix des ménages, ça fera plaisir à ma femme si dimanche je passe dans son petit temple. » Il est même possible que Salomon se soit dit, dans sa sagesse, qu'une belle manière de montrer sa sagesse était d'être ouvert et tolérant aux autres dieux, de garder son cœur pour le Dieu d'Israël, mais que la vie est plus vaste qu'une simple religion qui enferme tout dans une seule case. On connaît ce type de sagesse.

Et voilà que Dieu se met en colère, de cette colère dont nous avions parlé avec le prophète Osée, qui est la face envers de la tendresse de Dieu. Autant Dieu est tendre, et autant il désire l'exclusivité du cœur ; à l'envers, cette tendresse et cette exclusivité deviennent la jalousie et la colère.

Et avec la colère de Dieu, à laquelle dorénavant Salomon a droit, se lèvent des adversaires — en hébreu, des satans. Satan, un mot qui signifie l'obstacle, l'adversaire, celui qui fait chuter. Il y en aura trois, vous dit le texte. Hadad, un Édomite descendant d'Ésaü. Rezon, un Araméen qui règne à Damas — ironie, sachant que c'est Salomon qui vient de leur fournir des armes au chapitre précédent. Et puis Jéroboam, retenez-moi ce nom pour le coup : un ennemi de l'intérieur, un Israélite que Dieu suscite contre Salomon.

De manière très cruelle, la vie de Hadad l'Édomite reprend celle du peuple israélite, qui part se réfugier en Égypte, et qui ensuite quitte l'Égypte pour s'installer en Terre promise, se tailler un territoire contre les Cananéens. Sauf que les Cananéens, ici, c'est devenu Salomon, qui d'ailleurs a épousé la religion cananéenne. On pourrait relire de la même manière la vie de Rezon, cette fois-ci à partir de David.

Mais la plus intéressante, parce que je vous l'ai dit, on va la retrouver, c'est la vie de Jéroboam, qui va devenir le premier roi d'Israël, le royaume du Nord. Et pour vous présenter la vie de ce Jéroboam, il est constamment comparé à David. Les deux sont qualifiés de vaillants guerriers. Les deux servent un roi duquel ils vont devoir finir par se protéger et s'enfuir. Les deux sont consacrés rois par un prophète. Et les deux, il y a cette histoire avec un manteau déchiré, la symbolique du royaume qui va leur être donné. D'où la question : c'est qui, le véritable héritier de David, le véritable fils de David ? Est-ce que c'est Salomon ? Ou est-ce que c'est Jéroboam ?

En attendant, quitte à attirer votre attention sur des personnages, en voici un autre : Ahias, le prophète, qui surgit de nulle part. Et oui, c'est notre premier prophète totalement hors cadre institutionnel. Il y avait bien eu Samuel et Nathan, mais Samuel et Nathan, c'étaient des prophètes institutionnels qui avaient fait leurs classes, si jamais je puis dire, au sein du système sacrificiel et dans les sanctuaires officiels. Là, Ahias, il vient de nulle part. C'est un outsider. Et ça, c'est la première fois qu'on voit un prophète comme ça.

Là, vous venez de voir apparaître le premier de nos petits prophètes. Parce que c'est de Ahias que vont surgir ensuite des Amos, des Osée et des Jonas. Et quand je vous disais qu'il était intéressant de lire en même temps et les Rois et les prophètes, eh bien voilà la raison : l'un et l'autre se répondent. C'est la défaillance des rois qui a fait surgir les prophètes. Et on n'en est qu'au début.

Psaume 97

Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles. Par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. Il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d'Israël. La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu.

Acclamez le Seigneur, terre entière. Sonnez, chantez, jouez. Jouez pour le Seigneur sur la cithare et tous les instruments. Au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur.

Que résonne la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants. Que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie à la face du Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture.


← J137 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J138 ☾ →