Jour 145 ☼ — Élie : un nouveau Sinaï au mont Carmel !
← J144 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J145 ☾ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 18 du premier livre des Rois : la rencontre d'Élie avec Abdias puis avec le roi Acab, le grand défi du mont Carmel entre le Seigneur et les quatre cent cinquante prophètes de Baal, le feu qui tombe du ciel, l'exécution des faux prophètes et le retour de la pluie. Le commentaire montre que l'apostasie d'Israël est allée si loin — de Salomon à Jéroboam, d'Omri à Acab — qu'il faut tout reprendre à zéro. Le mont Carmel devient un nouveau Sinaï : une montagne, un sacrifice, la gloire de Dieu, un repas d'alliance, et un dieu païen ridiculisé comme le veau d'or avait été détruit. Même Acab, humilié, mange et boit, c'est-à-dire communie — mais peut-être en grinçant des dents.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Élie, le chien de la chaîne de Dieu. On a déjà eu son entrée en matière fracassante, on arrive maintenant à la confrontation. 1 Rois, chapitre 18. Profitez !
Lecture : 1 Rois 18
De nombreux jours s'écoulèrent, et la parole du Seigneur fut adressée à Élie, la troisième année, en ces termes : « Va te présenter devant Acab, je vais envoyer la pluie sur la surface du sol. » Élie partit pour se présenter devant Acab. La famine s'aggravait alors à Samarie.
Acab appela Abdias, le maître du palais. Or, Abdias craignait beaucoup le Seigneur. Ainsi, lorsque Jézabel avait supprimé les prophètes du Seigneur, Abdias avait pris cent prophètes, les avait cachés, cinquante à la fois dans une grotte, et les avait approvisionnés en pain et en eau.
Acab dit à Abdias : « Va dans le pays, vers toutes les sources d'eau et vers tous les torrents. Peut-être trouverons-nous de l'herbe pour maintenir en vie chevaux et mulets, et nous n'aurons pas à supprimer une partie des bêtes. » Ils se partagèrent le pays pour le parcourir. Acab alla seul par un chemin, et Abdias alla seul par un autre chemin.
Tandis qu'Abdias était en chemin, voici qu'Élie vint à sa rencontre. Abdias le reconnut et tomba face contre terre. Il dit : « Est-ce bien toi, mon seigneur Élie ? » Il lui répondit : « C'est moi. Va dire à ton maître : Voici Élie. »
Abdias reprit : « En quoi ai-je péché pour que tu me livres, moi, ton serviteur, aux mains d'Acab, et pour qu'il me fasse mourir ? Par la vie du Seigneur ton Dieu, il n'y a pas une nation, pas un royaume, où mon seigneur Acab ne t'ait envoyé chercher. Quand on lui disait : “Il n'est pas ici”, il faisait jurer cette nation qu'on ne t'avait pas trouvé. Et maintenant, tu me dis : “Va dire à ton maître : Voici Élie.” Mais dès que je t'aurai quitté, l'esprit du Seigneur t'emportera je ne sais où. Moi, j'irai informer Acab, qui ne te trouvera pas, et il me tuera. Pourtant, ton serviteur craint le Seigneur depuis sa jeunesse. N'a-t-on pas rapporté à mon seigneur Élie ce que j'ai fait lorsque Jézabel tuait les prophètes du Seigneur ? Comment j'ai caché cent des prophètes du Seigneur, cinquante par cinquante, dans des grottes ? Et comment je les ai approvisionnés en pain et en eau ? Et maintenant, tu dis : “Va dire à ton maître : Voici Élie”, mais il me tuera. »
Élie déclara : « Par la vie du Seigneur de l'univers devant qui je me tiens, aujourd'hui même, je me présenterai devant lui. »
Abdias partit donc à la rencontre d'Acab. Il l'informa, et Acab vint à la rencontre d'Élie. Quand Acab vit Élie, il lui dit : « Est-ce bien toi, celui qui porte malheur à Israël ? » Élie répondit : « Ce n'est pas moi qui porte malheur à Israël, c'est toi et la maison de ton père, parce que vous avez abandonné les commandements du Seigneur et que tu as suivi les Baals. Et maintenant, convoque et réunis tout Israël près de moi sur le mont Carmel, avec les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes d'Ashéra qui mangent à la table de Jézabel. »
Acab convoqua tous les fils d'Israël et réunit les prophètes sur le mont Carmel. Élie se présenta devant la foule et dit : « Combien de temps allez-vous danser pour l'un et pour l'autre ? Si c'est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur. Si c'est Baal, suivez Baal. » Et la foule ne répondit mot.
Élie continua : « Moi, je suis le seul qui reste des prophètes du Seigneur, tandis que les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante. Amenez-nous deux jeunes taureaux. Qu'ils en choisissent un, qu'ils le dépècent et le placent sur le bûcher, mais qu'ils n'y mettent pas le feu. Moi, je préparerai l'autre taureau, je le placerai sur le bûcher, mais je n'y mettrai pas le feu. Vous invoquerez le nom de votre dieu et moi, j'invoquerai le nom du Seigneur. Le Dieu qui répondra par le feu, c'est lui qui est Dieu. » La foule répondit : « C'est d'accord. »
Élie dit alors aux prophètes de Baal : « Choisissez votre taureau et commencez, parce que vous êtes les plus nombreux, invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas le feu. » Ils prirent le taureau et le préparèrent, et ils invoquèrent le nom de Baal depuis le matin jusqu'au milieu du jour en disant : « Ô Baal, réponds-nous ! » Mais il n'y eut ni voix ni réponse, et ils dansaient devant l'autel qu'ils avaient dressé.
Au milieu du jour, Élie se moqua d'eux en disant : « Criez plus fort, puisque c'est un dieu. Il a des soucis, ou des affaires, ou bien il est en voyage. Il dort peut-être, mais il va se réveiller. » Ils crièrent donc plus fort. Et selon leur coutume, ils se tailladèrent jusqu'au sang avec des épées et des lances. Dans l'après-midi, ils se livrèrent à des transes prophétiques jusqu'à l'heure du sacrifice du soir, mais il n'y eut ni voix ni réponse ni le moindre signe.
Alors Élie dit à la foule : « Approchez. » Et toute la foule s'approcha de lui. Il releva l'autel du Seigneur qui avait été démoli. Il prit douze pierres, selon le nombre des tribus des fils de Jacob à qui le Seigneur avait dit : « Ton nom sera Israël. » Avec ces pierres, il érigea un autel au Seigneur. Il creusa autour de l'autel une rigole d'une capacité d'environ 30 litres. Il disposa le bois, dépeça le taureau et le plaça sur le bûcher. Puis il dit : « Emplissez d'eau quatre cruches et versez-les sur les victimes et sur le bois. » Et l'on fit ainsi. Il dit : « Une deuxième fois. » Et l'on recommença. Il dit : « Une troisième fois. » Et l'on recommença encore. L'eau ruissela autour de l'autel et la rigole elle-même fut remplie d'eau.
À l'heure du sacrifice du soir, Élie, le prophète, s'avança et dit au Seigneur : « Seigneur, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, qu'on sache aujourd'hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur et que j'ai accompli toutes ces choses sur ton ordre. Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, pour que tout ce peuple sache que c'est toi, Seigneur, qui es Dieu et qui as retourné leur cœur. »
Alors le feu du Seigneur tomba. Il dévora la victime et le bois, les pierres et la poussière, et l'eau qui était dans la rigole. Tout le peuple en fut témoin. Les gens tombèrent face contre terre et dirent : « C'est le Seigneur qui est Dieu ! C'est le Seigneur qui est Dieu ! »
Élie leur dit alors : « Saisissez-vous des prophètes de Baal, que pas un seul ne s'échappe. » Ils les saisirent. Élie les fit descendre au ravin du Kishon et là, il les égorgea.
Le prophète Élie dit au roi Acab : « Monte, tu peux maintenant manger et boire, car j'entends le grondement de la pluie. » Acab monta pour aller manger et boire. Élie, de son côté, monta sur le sommet du Carmel. Il se courba vers la terre et mit son visage entre ses genoux. Il dit à son serviteur : « Monte et regarde du côté de la mer. » Le serviteur monta, regarda et dit : « Il n'y a rien. » Sept fois de suite, Élie lui dit : « Retourne. » La septième fois, le serviteur annonça : « Voilà un nuage qui monte de la mer, gros comme le poing. » Alors Élie dit au serviteur : « Va dire au roi Acab : Attelle ton char et descends de la montagne avant d'être arrêté par la pluie. »
Peu à peu, le ciel s'obscurcit de nuages poussés par le vent, et il tomba une grosse pluie. Acab monta sur son char et partit pour la ville de Yizréel. La main du Seigneur s'empara du prophète. Élie retroussa son vêtement et courut en avant d'Acab jusqu'à l'entrée de la ville de Yizréel.
Commentaire
D'abord, ça commence avec deux serviteurs de Dieu. Un ouvert, un caché. Élie, le prophète qui est dans la confrontation, et Abdias, le serviteur qui, lui, de l'intérieur, protège les serviteurs de Dieu. Deux bonnes manières de servir Dieu dans un régime totalitaire.
Parce que oui, dictature ! Vous avez l'apostasie croissante d'Israël qui, maintenant, a débouché sur un totalitarisme religieux. C'est allé par paliers successifs. Salomon, trop tolérant avec les autres religions. Jéroboam, qui construit des sanctuaires avec des veaux d'or à l'intérieur. Ensuite, troisième étape, Omri, le père d'Acab, qui instaure la religion et le culte du dieu Baal. Et maintenant, Acab, qui instaure une persécution contre les prophètes.
En fait, la situation est devenue à ce point catastrophique pour la religion d'Israël que c'est comme s'il fallait reprendre les choses à zéro et à nouveau refaire une alliance entre Dieu et son peuple. Et ça, c'est le chapitre que vous venez d'entendre. On en est à ce point-là qu'il faut comme à nouveau retourner au mont Sinaï, et à nouveau un nouveau Moïse qui refasse l'alliance entre Dieu et son peuple.
D'où : Élie va en haut d'une montagne. Ce n'est plus le Sinaï, c'est le mont Carmel. À nouveau, on va offrir un sacrifice. À nouveau, Dieu va montrer sa gloire, et à nouveau, il y aura un repas où l'on pourra communier.
Et le parallèle entre Élie et Moïse ne s'arrête pas là, puisque comme au mont Sinaï il y avait le veau d'or, là, en haut du mont Carmel, il y a un dieu païen. Sauf que comme Moïse avait détruit le veau d'or, Élie ridiculise le dieu Baal. Et ça marche ! Dieu révèle sa gloire, il envoie le tonnerre, le feu sacré qui à nouveau ridiculise Baal, puisque Baal, c'est le dieu de la pluie et du tonnerre. Élie retrouve la bonne vieille pratique de l'anathème, tue tout le monde — souvenez-vous des lévites qui tuent tout le monde après le veau d'or — et le peuple est convaincu de refaire une alliance avec Dieu.
Et même Acab participe à ce renouveau de l'alliance. Il y a cette phrase très curieuse qui est le sommet du chapitre :
Le prophète Élie dit au roi Acab : « Monte, tu peux maintenant manger et boire, car j'entends le grondement de la pluie. » Acab monta pour aller manger et boire.
Je rappelle : manger et boire, ce n'est pas manger et boire, c'est communier au sacrifice. Ça veut dire Acab qui redevient un adorateur du Dieu d'Israël.
Alors, en même temps, ne soyez pas dupes. D'abord, Acab n'avait pas vraiment le choix. À partir du moment où Élie a tué tout le monde à côté, il s'est dit : « Le prochain sur la liste, c'est moi. » Donc, faisant bonne figure, il communie. Et puis, il s'est dit que si c'était le prix à payer pour avoir la fin de la famine et retrouver la pluie, il était prêt à payer ce prix. « Paris vaut bien une messe », ça, on le dira plus tard. Mais c'est peut-être en grinçant des dents qu'il a mangé et qu'il a bu. L'humiliation d'Acab.
D'ailleurs, tout de suite après, la main de Dieu prend Élie pour le placer en avant du roi, pour que ce soit Élie qui apporte la bonne nouvelle, pour bien rappeler que le chef, ce n'est pas Baal, c'est Dieu ; ce n'est pas le roi, c'est le prophète.
Psaume 104a
Alléluia ! Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits, jouez et chantez pour lui, redites sans fin ses merveilles.
Glorifiez-vous de son nom très saint : joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! Cherchez le Seigneur et sa puissance, recherchez sans trêve sa face.
Souvenez-vous des merveilles qu'il a faites, de ses prodiges, des jugements qu'il prononça, vous, la race d'Abraham son serviteur, les fils de Jacob, qu'il a choisis.
Le Seigneur, c'est lui notre Dieu : ses jugements font loi pour l'univers. Il s'est toujours souvenu de son alliance, parole édictée pour mille générations,
promesse faite à Abraham, garantie par serment à Isaac, érigée en loi avec Jacob, alliance éternelle pour Israël.
Il a dit : « Je vous donne le pays de Canaan, ce sera votre part d'héritage. » En ce temps-là, on pouvait les compter : c'était une poignée d'immigrants.
Ils allaient de nation en nation, d'un royaume vers un autre royaume. Mais Dieu ne souffrait pas qu'on les opprime ; à cause d'eux, il châtiait des rois : « Ne touchez pas à qui m'est consacré, ne maltraitez pas mes prophètes. »
Il appela sur le pays la famine, le privant de toute ressource. Mais devant eux, il envoya un homme, Joseph, qui fut vendu comme esclave.
On lui met aux pieds des entraves, on lui passe des fers au cou. Il souffrait pour la parole du Seigneur, jusqu'au jour où s'accomplit sa prédiction.
Le roi ordonne qu'il soit relâché, le maître des peuples, qu'il soit libéré. Il fait de lui le chef de sa maison, le maître de tous ses biens, pour que les princes lui soient soumis et qu'il apprenne la sagesse aux anciens.
← J144 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J145 ☾ →