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Jour 145 ☾ — Sophonie : jugement annoncé, espérance cachée

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre le livre de Sophonie, troisième vague prophétique adressée au royaume de Juda. Avant la lecture, il refait tout le fil de l'histoire d'Israël et de Juda : la chute de Samarie en 720, le salut d'Ézéchias par l'intercession d'Isaïe, la catastrophe religieuse du règne de Manassé, puis la réforme du roi Josias en 620. Le chapitre 1, qui annonce le « jour du Seigneur » dans des termes d'une extrême violence, révèle que cette réforme est restée superficielle : le fond idolâtrique du peuple n'a pas changé. L'épisode s'achève par le Dies irae, la grande séquence liturgique des défunts inspirée de Sophonie.

Introduction

Nous commençons un nouveau prophète, Sophonie, que nous allons lire sur deux jours, trois chapitres, et qui suit un schéma classique, si je puis dire — maintenant, vous commencez à avoir l'habitude : jugement, purification, restauration. Nous allons lire aujourd'hui le premier chapitre, sur le jugement, le Yom Yahvé, le jour du Seigneur, qui d'ailleurs a inspiré la très grande liturgie catholique des défunts, le Dies irae, dies illa, « ce jour-là, jour de colère ».

Ce que je vous propose, c'est qu'on en profite pour faire un petit point sur l'histoire d'Israël et de Juda, que tout le monde raccroche bien les wagons. C'est-à-dire que moi, j'en ai besoin pour vous montrer l'importance du chapitre que vous allez entendre.

On remonte un petit peu en arrière : on était avec la partition en deux d'Israël, au nord et au sud. Au nord, les gens font n'importe quoi, Dieu envoie ses prophètes — on les a entendus, c'étaient les premiers, Osée et Amos — pour leur dire que s'ils ne se convertissent pas, l'Assyrie va arriver et va tout raser. Aucune conversion. L'Assyrie arrive en 720 et déporte, rase le royaume du nord. Il n'en reste plus rien. Les seuls qui restent sont obligés de fuir dans le royaume de Juda, au sud.

Sauf que maintenant, souvenez-vous, pas de chance pour Juda : parce qu'une fois qu'Israël est tombé face aux Assyriens, les prochains sur la ligne, c'est eux. Mais le royaume de Juda a de la chance. Il y avait un roi, dont on entendra l'histoire plus tard dans le deuxième livre des Rois, Ézéchias, qui est un bon roi, et il y a le prophète Isaïe. Et Ézéchias et Isaïe, l'un avec l'autre, vont se convertir à Dieu, et Isaïe va intercéder pour Ézéchias. Tant et si bien que la grande invasion assyrienne échoue : Dieu envoie son ange frapper de peste l'armée assyrienne, qui est obligée de partir. Ça, on l'entendra dans le deuxième livre des Rois. Et ça, ça vous a donné la prédication de Nahoum, qu'on a entendue, Nahoum qui vous disait : ne vous inquiétez pas, l'Assyrie est peut-être au sommet de sa puissance, mais elle va tomber. Gros soupir de soulagement de la part du peuple judéen, même s'ils avaient quand même du mal à le croire. Et nous, on s'en est arrêté là.

Sauf qu'au roi Ézéchias va succéder son fils Manassé, qui, lui, est la crapule. Manassé, il fait partie du top 3 des pires rois, non seulement de Juda, mais d'Israël. Et en plus, il va régner extrêmement longtemps. Et alors là, c'est le paganisme à haute dose. Il fait construire des sanctuaires et des autels dans tout le pays pour le dieu Baal et sa déesse Astarté. On raconte même qu'il a sacrifié certains de ses fils pour faire de la magie et s'attirer la protection du dieu païen Moloch. Il instaure une persécution contre les prophètes à Jérusalem. Et d'après le Talmud, il finit par scier en deux le prophète Isaïe. Donc Manassé, c'est lui qui a cassé la religion du pays.

À la fin de sa vie, il va se convertir. Mais là, maintenant, il y a quelque chose qui a disparu dans Juda : la ferveur religieuse, elle n'est plus tout à fait là. On retrouvera même dans le Temple des statuettes idolâtriques de déesses de la fertilité païennes, probablement pour faire de la prostitution sacrée. Dans le Temple de Jérusalem !

Alors, c'est là que Dieu va envoyer des prophètes contre Juda. Et vous les avez entendus, c'étaient les prophètes Joël et Michée. Et là, nous commençons une troisième vague de prophètes, encore plus violente. Aujourd'hui, Sophonie.

Un peu de temps a passé : Sophonie a prophétisé, lui, au temps du roi Josias. Et le roi Josias, à travers tous ces rois qui étaient des crapules les uns après les autres, Josias, ce fut le miracle. En 620 avant Jésus-Christ. C'est le roi installé par les prophètes, qui se convertit et qui instaure dans Juda une réforme religieuse pour purifier la religion. Il fait détruire tous les sanctuaires païens. Et il remet l'alliance du Deutéronome : c'est vraiment la restauration du culte yahviste.

On pourrait se dire : voilà, super, avec Josias qui se convertit, maintenant c'est bon, Juda est retourné à Dieu. Sauf que quarante ans après, Nabuchodonosor arrive et rase tout. Alors on se dit : qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça se fait qu'après tous ces rois qui étaient des crapules, il y a eu un bon roi qui a tout restauré, et que ça n'a pas suffi, que Dieu a quand même tout détruit ?

Eh bien, c'est là que vous allez entendre le premier chapitre de Sophonie. C'est exactement à cette période-là. Et c'est pour ça que je vous dis que ce chapitre, il est extrêmement important. Parce que si vous ne le comprenez pas, vous avez l'impression qu'il y a eu une réforme religieuse au temps de Josias et que, quand même, Dieu a tout détruit. Alors, ça veut dire quoi ?

Eh bien, ce que ce chapitre 1 vous révèle, c'est que la réforme de Josias, elle était peut-être sincère de la part de Josias, mais dans tout le pays, elle n'a été qu'apparente. Le fond idolâtrique est resté le même. C'est le début de l'hypocrisie religieuse que Jésus dénoncera plus tard en face des pharisiens. Sophonie va parler des restes d'autels de Baal. Il va parler de ceux qui ne croient pas en Dieu. Il va vous dire qu'en fait, malgré la réforme religieuse entreprise par Josias — Josias qui était peut-être sincère —, cette réforme est restée totalement superficielle : il y a toujours autant de fraudes, autant d'indifférence religieuse, autant d'idolâtrie. D'où le jour du Seigneur qui va arriver.

Lecture : Sophonie 1

Parole du Seigneur qui fut adressée à Sophonie, fils de Kouchi, fils de Guedalia, fils d'Amarya, fils d'Ézéchias, au temps de Josias, fils d'Amon, roi de Juda.

Je vais absolument tout retirer de la face de la terre, oracle du Seigneur. Je vais retirer hommes et bêtes, oiseaux du ciel et poissons de la mer. Je ferai trébucher les méchants. Je supprimerai les hommes de devant la face de la terre, oracle du Seigneur.

Je lèverai la main contre Juda et contre tous les habitants de Jérusalem. Je supprimerai de ce lieu les restes des adorateurs de Baal, le nom des desservants d'idoles ainsi que leurs prêtres. Je supprimerai ceux qui se prosternent sur les terrasses devant l'armée des cieux, ceux qui se prosternent en jurant par le Seigneur, tout en jurant par Milkom leur roi. Je supprimerai ceux qui se détournent du Seigneur, qui ne cherchent pas le Seigneur et ne le consultent pas.

Silence devant le Seigneur Dieu, car il est proche, le jour du Seigneur. Oui, le Seigneur a préparé un sacrifice, il a consacré ses invités.

Il arrivera, en ce jour du sacrifice du Seigneur, que je visiterai les princes, les fils du roi et tous ceux qui s'habillent à la mode des étrangers. Je visiterai en ce jour-là tous ceux qui sautent par-dessus le seuil, ceux qui remplissent la maison du Seigneur de violences et de fraudes.

Il arrivera en ces jours-là, oracle du Seigneur, que résonne une clameur depuis la porte des Poissons, des hurlements depuis la ville neuve, un fracas formidable depuis les collines. Hurlez, habitants du Maktesh !

Il arrivera en ce temps-là que je fouillerai Jérusalem avec des torches. Je visiterai les hommes, ceux qui croupissent sur leurs ordures, ceux qui disent dans leur cœur : « Le Seigneur ne peut faire ni bien ni mal. » Leur richesse sera livrée au pillage et leur maison à la dévastation. Ils bâtiront des maisons et ne les habiteront pas. Ils planteront des vignes et n'en boiront pas le vin.

Il est proche, le jour du Seigneur, le grand jour. Il est proche, il vient en toute hâte. Amère, la clameur du jour du Seigneur : même le guerrier crie au secours.

Jour de fureur que ce jour-là, jour de détresse et d'angoisse, jour de tourmente et de tourment, jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuages et de sombres nuées, jour de sonnerie de cor et de cris de guerre contre les villes fortes et les hautes tours d'angle.

Je jetterai les hommes dans la détresse. Ils marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont péché contre le Seigneur. Leur sang sera répandu comme de la poussière, leurs cadavres jetés comme des ordures. Ni leur argent ni leur or ne pourront les sauver au jour de la fureur du Seigneur. Le feu de sa jalousie dévorera toute la terre, car il fera l'extermination terrifiante de tous les habitants du monde.

Commentaire

Alors, ça vous a plu ? Je crois que Sophonie, c'est un des passages les plus violents de la Bible. Et en fait, c'est ce que je vous disais : la liturgie catholique a choisi Sophonie pour exprimer la peur de la mort. D'où cette séquence que l'on utilisait dans la liturgie, avant, quand on enterrait les défunts, le Dies irae, dies illa, « ce jour-là, qu'il soit jour de colère », qui en fait exprime notre angoisse — la mort, quoi, la mort.

Je vous propose, ça va peut-être vous faire bizarre, mais de l'utiliser comme prière finale. Ce sera pour nous l'occasion de nous souvenir de tous nos défunts, de nous préparer nous-mêmes à notre mort, de ne pas minimiser ce que le jugement peut signifier, la transcendance de Dieu aussi, et en même temps de rester confiants dans son amour. Je suis d'accord pour dire que ce n'est peut-être pas forcément ce qui va transparaître, mais courage : le Nouveau Testament va arriver un jour.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Jour de colère, que ce jour-là, où le monde sera réduit en cendres, selon les oracles de David et de la Sibylle.

Quelle terreur nous saisira lorsque le Juge apparaîtra pour tout juger avec rigueur !

Le son merveilleux de la trompette, se répandant sur les tombeaux, nous rassemblera au pied du trône.

La mort surprise et la nature verront se lever tous les hommes pour qu'on paraisse face au Juge.

Le livre alors sera ouvert, où tous nos actes sont inscrits ; tout sera jugé d'après lui.

Lorsque le Juge siégera, tous les secrets de la vie, les vérités seront révélées, et rien ne restera impuni.

Dans ma détresse, que pourrais-je dire alors ? Quel protecteur pourrais-je implorer, alors que le juste est à peine en sûreté ?

Ô Roi d'une majesté redoutable, toi qui sauves les élus par grâce, sauve-moi, source d'amour.

Rappelle-toi, Jésus très bon, que c'est pour moi que tu es venu : ne me perds pas en ce jour-là.

À me chercher, tu as peiné. Par ta passion, tu m'as sauvé. Qu'un tel jour, un tel labeur ne soit pas vain.


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