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Jour 146 ☼ — Élie au Sinaï : quand Dieu refonde tout

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 19 du premier livre des Rois : la menace de Jézabel, la fuite d'Élie au désert, l'ange qui le nourrit, les quarante jours de marche jusqu'à l'Horeb, la théophanie du fin murmure du silence, puis la vocation d'Élisée. Le commentaire montre que ce récit est à la fois plus beau et moins beau que celui du mont Carmel : Élie s'identifie à Moïse, mais au lieu d'intercéder pour son peuple, il demande à mourir. Selon le frère, Élie a compris que le rêve d'une alliance fondée sur une institution politique — juges puis rois — a échoué. Dieu valide ce constat, mais ouvre une voie nouvelle : la théologie du petit reste et la figure du prophète, avec Élisée labourant douze arpents, symbole des douze tribus refondées.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite, on continue notre histoire d'Élie. Nous l'avions quitté la dernière fois en train de courir devant le roi Acab pour annoncer le retour de la pluie. Acab arrive maintenant dans son palais royal. Que va-t-il dire à sa chère et tendre ? 1 Rois, chapitre 19.

Lecture : 1 Rois 19

Le roi Acab avait rapporté à Jézabel comment le prophète Élie avait réagi et comment il avait fait égorger tous les prophètes de Baal. Alors Jézabel envoya un messager dire à Élie : « Que les dieux amènent le malheur sur moi, et pire encore, si demain à cette heure même, je ne t'inflige pas le même sort que tu as infligé à ces prophètes. »

Devant cette menace, Élie se hâta de partir pour sauver sa vie. Arrivé à Beer-Sheva, au royaume de Juda, Élie laissa son serviteur. Quant à lui, il marcha toute une journée dans le désert. Il vint s'asseoir à l'ombre d'un buisson et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c'en est trop. Reprends ma vie, je ne vaux pas mieux que mes pères. »

Puis il s'étendit sous le buisson et s'endormit. Mais voici qu'un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange. » Il regarda, et il y avait près de sa tête une galette cuite sur des pierres brûlantes et une cruche d'eau. Il mangea, il but et se rendormit.

Une seconde fois, l'ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange, car il est long le chemin qui te reste. » Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu.

Là, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Et voici que la parole du Seigneur lui fut adressée. Il lui dit : « Que fais-tu là, Élie ? » Il répondit : « J'éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l'univers. Les fils d'Israël ont abandonné ton alliance, renversé tes autels et tué tes prophètes par l'épée. Moi, je suis le seul à être resté, et ils cherchent à prendre ma vie. »

Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. »

À l'approche du Seigneur, il y eut un ouragan si fort et si violent qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan. Et après l'ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n'était pas dans ce feu. Et après ce feu, le murmure d'une brise légère.

Aussitôt qu'il l'entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. Alors il entendit une voix qui disait : « Que fais-tu là, Élie ? » Il répondit : « J'éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l'univers. Les fils d'Israël ont abandonné ton alliance, renversé tes autels, tué tes prophètes par l'épée. Moi, je suis le seul à être resté, et ils cherchent à prendre ma vie. »

Le Seigneur lui dit : « Repars vers Damas, par le chemin du désert. Arrivé là, tu consacreras par l'onction Hazaël comme roi de Syrie. Puis tu consacreras Jéhu, fils de Nimshi, comme roi d'Israël. Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, d'Abel-Mehola, comme prophète pour te succéder. Celui qui échappera à l'épée de Hazaël, Jéhu le tuera, et celui qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le tuera. Moi, je garderai en Israël un reste de sept mille hommes, tous les genoux qui n'auront pas fléchi devant Baal, et toutes les bouches qui ne lui auront pas donné de baiser. »

Élie s'en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t'en, retourne là-bas, je n'ai rien fait. »

Alors Élisée s'en retourna, mais il prit la paire de bœufs pour les immoler. Il les fit cuire avec le bois de l'attelage et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d'Élie et se mit à son service.

Commentaire

Quand je vous disais qu'Acab, il l'avait eue mauvaise, et que c'était en serrant les dents, si je puis dire, qu'il avait communié au sacrifice offert par Élie au mont Carmel. À peine arrivé devant sa femme, est-ce qu'il est en train de rendre grâce pour la pluie ? Pas du tout ! Il est en train d'expliquer comment Élie a tué tout le monde. Ce qui est vrai, mais ce qui est un peu réducteur, aussi.

Aussitôt, réaction de Jézabel. « Bel », Baal, c'est un nom théophore. C'est son dieu qui est humilié, ce qui lui fait dire à Élie qu'elle va le tuer. Mais pas folle la guêpe, elle doit avoir un peu peur d'Élie, et elle le lui fait dire par messager interposé. Élie en prend acte et s'en va.

Et là, c'est assez curieux, et d'ailleurs les commentateurs ne savent pas très bien quoi dire, parce que ce nouvel épisode est à la fois plus beau que le précédent, et moins beau que le précédent. Il est plus beau que le précédent, parce qu'on passe d'une réplique du mont Sinaï, le mont Carmel, au mont Sinaï lui-même. On passe d'un parallèle entre Élie et Moïse à une identification, au sens littéral du terme. Les quarante ans de Moïse, les quarante jours d'Élie, la manne dans le désert, les anges qui apportent du pain. Et on dit même que, selon la tradition, la grotte dans laquelle Élie allait au mont Sinaï, c'était la grotte dans laquelle Moïse a reçu les tables des dix commandements.

Et d'ailleurs aussi, pour reprendre la comparaison entre la première théophanie au mont Carmel et cette deuxième théophanie au mont Sinaï, on gagne quand même en beauté, parce qu'au mont Carmel, c'était quand même un peu caricatural, entre les effets spéciaux et puis cette espèce de dégoulinade de sang. Et là, on a le sommet de la mystique. Le tremblement de terre, le feu, l'ouragan, ce sont les éléments — la terre, le vent, le feu — à travers lesquels Dieu s'est déjà révélé dans l'Ancien Testament. Mais cette fois-ci, Dieu choisit le fin murmure du silence. La transcendance de Dieu, qui est un Dieu de la parole, une parole éternelle à partir de laquelle le monde a été créé, une parole ineffable dans le fin murmure d'un silence, un dernier élément que plus tard les chrétiens associeront à la grâce. Donc, quand même, là on gagne en profondeur.

Oui, mais en même temps, ce récit est moins beau, c'est ce que je vous disais. Élie ne va pas bien. Élie en a marre, et il veut rendre son tablier, et pour lui, partir, c'est remettre sa démission. Il est en train de dire à Dieu qu'il a échoué, et qu'il ne veut plus vivre. Je vous cite :

Maintenant, Seigneur, c'en est trop. Reprends ma vie, je ne vaux pas mieux que mes pères.

Et même, enfin, je vous ai dit qu'il y avait une identification entre Moïse et Élie. Oui, mais jusqu'à un certain point. Moïse, en voyant la première table de l'Alliance qui avait été brisée, monte en haut du mont Sinaï et intercède pour son peuple. Et Élie, lui, en voyant cette première Alliance qui a été brisée, remonte au mont Sinaï, et demande à Dieu de tuer tout le monde.

Petite parenthèse, parce que je vous ai dit que l'Alliance a été rompue. Alors, au mont Carmel, Élie a refait l'Alliance. Je suis désolé, cette Alliance, elle n'a pas duré longtemps. Elle a peut-être marché en haut du mont Carmel, peut-être que tout le monde a mangé et communié, mais enfin, le temps qu'Acab retourne dans son palais royal, et la persécution reprend. Donc, à nouveau, rupture de l'Alliance. Mais cette fois-ci, Élie, qui pourtant suit les pas de Moïse pour retourner au Sinaï, n'imite pas Moïse et n'intercède pas pour son peuple. Au contraire, il dit qu'il est resté le seul adorateur du Seigneur, et qu'il est le seul prophète qui reste. Ce qui est un peu vache, parce qu'on a vu qu'il y en avait d'autres.

Et les commentateurs ne savent pas très bien quoi dire. Est-ce que ça fait d'Élie quelqu'un d'aigri, ou au contraire quelqu'un de profondément mystique ? Les commentateurs s'arrachent les cheveux. Alors, quitte à s'arracher les cheveux, autant vous donner mon propre avis et ma propre opinion, pour ce qu'elle vaut.

Moi, je dis ceci. Élie a compris qu'Israël n'était pas sauvable. Et que, depuis le livre des Juges, ce doux rêve du peuple d'avoir un roi qui gouverne sur eux comme sur les autres nations, ce doux rêve de faire une alliance entre Dieu et eux à partir d'une institution politique — les juges d'abord, les rois ensuite — que ce rêve-là, que Samuel avait pourtant critiqué, là, pour le coup, on ne peut plus le cacher : il a échoué. On s'en doutait un peu, dès le début. Sauf que là, la Bible en prend acte. Ça ne veut pas dire que c'est raté à tout jamais. L'alliance avec David tient toujours. Mais que là, il faut passer à un autre plan, à une autre manière de faire une alliance avec le peuple.

Et on passe d'une première alliance qu'Élie avait tentée en haut du mont Carmel — entre le peuple et le roi Acab, et puis Dieu de l'autre côté — à une deuxième alliance en haut du mont Sinaï, qui est une alliance mystique. Le roi a disparu. Il n'y a plus que la figure du prophète. Et c'est à partir de cette figure du prophète que Dieu accepte de refonder son peuple.

Dieu commence par valider le constat d'échec d'Élie, et il promet d'exterminer Israël à partir de Jéhu et de Hazaël. Mais Dieu dit aussi, ce que d'ailleurs Élie n'avait pas proposé, c'est la phase lumineuse cette fois-ci : de refonder Israël à partir d'un reste. Et c'est la première fois qu'apparaît dans la Bible la théologie du petit reste. « J'ai gardé un petit reste, ceux qui n'ont pas ployé le genou devant Baal. » C'est une nouvelle théologie, c'est une nouvelle pédagogie, qui n'est plus la pédagogie de masse, avec des rois, avec des juges, avec des tribus. C'est une pédagogie à partir d'un reste, d'un reste pur, centré autour d'une mystique, celle du prophète, qui entend la voix de Dieu et à laquelle il faut obéir.

Et d'ailleurs, tout de suite après, alors que les commentateurs disent qu'Élie est en train de démissionner, c'est exactement le contraire qui se passe. Élie refonde Israël en assurant une transmission, cette fois-ci autour d'un disciple, Élisée. D'ailleurs, j'ouvre la parenthèse, mais Élisée qui cultive douze arpents de terre, si jamais on ne voit pas la symbolique de refonder les douze tribus, ah, quand même !

Et il est là, le cœur du livre des Rois. J'avais dit que dans le livre des Rois, la figure du prophète allait émerger, la figure d'un outsider qui réforme et qui refonde, à l'extérieur des institutions, le peuple d'Israël. C'est exactement là que ça se passe : en haut du Sinaï, en haut d'une montagne sacrée, là où Moïse avait fait une première alliance, Dieu révèle à nouveau qui il est et accepte de refonder Israël d'une nouvelle manière.

Psaume 104, deuxième partie.

Psaume 104b

Alors Israël entra en Égypte, Jacob émigra au pays de Cham. Dieu rendit son peuple nombreux et plus puissant que tous ses adversaires.

Il les fit se raviser, haïr son peuple et tromper ses serviteurs. Il envoya son serviteur Moïse, avec un homme de son choix, Aaron, pour annoncer des signes prodigieux, des miracles au pays de Cham.

Il envoie les ténèbres : tout devient ténèbre. Nul ne résiste à sa parole. Il change les eaux en sang et fait périr les poissons. Des grenouilles envahissent le pays jusque dans la chambre du roi.

Il parle, et la vermine arrive, des moustiques sur toute la contrée. Au lieu de la pluie, il donne la grêle, des éclairs qui incendient les champs. Il frappe les vignes et les figuiers, il brise les arbres du pays.

Il parle, et les sauterelles arrivent, des insectes en nombre infini qui mangent toute l'herbe du pays, qui mangent le fruit de leur sol.

Il frappe les fils aînés du pays, toute la fleur de la race. Il fait sortir les siens chargés d'argent et d'or. Pas un n'a flanché dans leurs tribus. Et l'Égypte se réjouit de leur départ, car il l'avait terrorisée.

Il étend une nuée pour les couvrir ; la nuit, un feu les éclaire. À leur demande, il fait passer des cailles ; il les rassasie du pain venu des cieux. Il ouvre le rocher : l'eau jaillit, un fleuve coule au désert.

Il s'est souvenu de la parole sacrée et d'Abraham, son serviteur. Il a fait sortir en grande fête son peuple, ses élus, avec des cris de joie. Il a donné les terres des nations en héritage, le travail des peuples, pour qu'ils gardent ses volontés et qu'ils observent ses lois. Alléluia !


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