Jour 146 ☾ — Dieu jaloux ? Non : Dieu fou d'amour !
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Résumé : Avant de lire Sophonie 2 et 3, le frère Paul-Adrien propose une deuxième mise au point sur trois erreurs fréquentes de lecture des prophètes : négliger les oracles contre les nations, croire que Dieu cherche à se venger, et comprendre la jalousie divine comme une mesquinerie. Il montre que les oracles contre les nations rappellent à Israël sa vocation universelle, que le « plan B » de Dieu consiste à ramener son peuple au plan A, et que la jalousie de Dieu exprime l'intensité folle de son amour. La lecture enchaîne les oracles contre les Philistins, Moab, Amon, l'Éthiopie et Ninive, puis le reproche à Jérusalem et l'annonce de la joie du reste d'Israël. L'épisode se termine par une prière d'abandon à l'amour brûlant de Dieu.
Introduction
Avec Sophonie, je vous rappelle qu'on en profite pour se poser et faire une petite mise au point. On a commencé hier avec une mise au point, un rappel des grandes lignes historiques des deux royaumes du Nord et du Sud. Aujourd'hui, deuxième mise au point sur quelques erreurs communes que l'on peut rapidement faire quand on écoute les prophètes. Et ça, ça vous fera une bonne introduction à la lecture d'aujourd'hui.
Première erreur : passer trop rapidement sur les oracles contre les nations d'alentour, Édom, Moab, Aram, etc. On se dit : moi, ça ne m'intéresse pas, moi ce qui m'intéresse, c'est les Israélites, ce n'est pas les nations à côté. Erreur. D'un point de vue géopolitique, ces oracles contre les nations vous soulignent que les difficultés que rencontrent les Israélites sont les difficultés de tout le monde, de tous ces petits États qui ont profité de la parenthèse ouverte avec le déclin des grands empires hittites, égyptiens. Et cette parenthèse est en train de se refermer et ils ne s'en aperçoivent pas. La question, c'est : comment est-ce qu'ils vont survivre alors que les grands empires mésopotamiens sont en train d'arriver ? C'est toute la question. Comment vous allez survivre dans un empire qui est plus grand et plus puissant que vous ? C'est là où vous retrouvez tout l'intérêt d'essayer de rendre la religion d'Israël plus universelle.
Mais ces oracles contre les nations ont aussi une signification religieuse. Un : ils permettent d'avertir Israël. Ce qui est en train d'arriver autour de vous, c'est ce qui vous est arrivé à vous. Deux : ça rappelle aussi que, normalement, Israël est censé sortir par le haut de cette crise et rayonner sur les autres nations par sa religion. Une religion pure. Une religion morale. Une religion destinée à s'étendre à la terre entière. Et même, pourquoi pas, convertir ces empires qui vont venir les conquérir. C'est les oracles qui vous rappellent que les nations convergeront vers Jérusalem. Sauf qu'en ce moment, à entendre d'ailleurs et les prophètes et les rois, ça sent plutôt bon le provincialisme religieux. Et c'est tout l'intérêt de ces oracles contre les nations, qui vous rappellent que l'exigence morale d'Israël doit aussi s'étendre aux autres nations. Et c'était tout l'intérêt d'un livre précisément comme Jonas. Et ces oracles contre les nations, vous allez les retrouver là.
Bon, on continue notre mise au point. Deuxième erreur que l'on pourrait faire en écoutant les prophètes : l'impression que Dieu cherche à se venger. Comme si Dieu était énervé et qu'il en faisait une affaire personnelle, un peu vexé. « Ah, vous n'avez pas voulu écouter ma voix ? Très bien, je tape du poing sur la table et je détruis tout. » Bon, ce n'est pas comme ça qu'il faut prendre les oracles qui parlent de vengeance, de purification, de restauration. Et ce n'est même pas comme ça qu'il faut non plus comprendre les malédictions qui étaient annoncées par Moïse. Souvenez-vous : plan A, vous suivez ma loi, tout se passera bien, je bénirai vos récoltes. Plan B, vous ne suivez pas ma loi, ça se passera mal, je vous maudirai, vous serez envahis.
En fait, il y avait un film comme ça, il y avait un héros qui se tournait vers l'autre héros et il lui disait : « C'est quoi ton plan B ? » Et le héros lui répondait : « Je n'ai pas de plan B, mon plan B, c'est de faire en sorte que le plan A fonctionne. » Le plan B de Dieu, ce n'est pas d'amener le malheur, le désastre et la malédiction. Le plan B de Dieu, c'est de mettre Juda et Israël dans une situation telle qu'ils n'aient pas d'autre choix que de revenir à Dieu pour appliquer le plan A. C'est la parabole du fils prodigue. Si vous êtes un père de famille et que vous voulez que votre fils retourne vers vous, eh bien vous le laissez partir dans son malheur et dans sa misère, quitte à ce qu'il mange un jour des caroubes, et que là, s'en rendant compte, eh bien il revienne vers vous. Ça, malgré les apparences, c'est une preuve d'amour.
Ce qui nous amène à la troisième erreur, quand on parle de colère et de jalousie. Et le mot de jalousie revient souvent dans Sophonie : « Je déverserai sur eux l'ardeur de ma jalousie. » La jalousie, c'est comme la colère en Dieu : ce n'est pas de la mesquinerie. Ça exprime l'intensité de son amour pour nous. Quand Dieu nous dit qu'il nous aime, ça veut dire qu'il nous aime vraiment. Et que ce n'est pas un petit amour « petite maison dans la prairie ». C'est la passion, c'est la folie. On ne sait pas pourquoi. Incompréhensible, ne cherchez pas. Personne ne sait pourquoi le créateur de l'univers, pourquoi à ses yeux nous avons autant de valeur.
Et la jalousie de Dieu, c'est ça. Comme si un père de famille disait à propos de sa fille : « Je suis jaloux du temps que je veux passer avec ma fille. » Alors là, on enlève de sa vie tout ce qui ne va pas, on essaye de mettre le boulot de côté, on essaye de faire en sorte d'avoir du temps libre pour passer du temps avec ses enfants. Parce que c'est ça, la jalousie d'un père pour son fils. Ça ne veut pas dire qu'on veut le garder pour soi, il va vivre sa vie. Mais ça veut dire : il est tellement précieux qu'on veut chérir chaque instant avec lui.
Je reprends ça de Phil Moore, dont je suis en train de lire le livre, le commentaire sur les prophètes mineurs, et je trouve que c'est assez juste. La seule chose que je rajouterais, c'est ce sentiment de transcendance, la sainteté en Dieu, qui exprime l'intensité, la puissance de son amour. Et je ne sais pas pourquoi, c'est ça qu'il veut mettre en nous. Il veut que nous soyons d'une même transcendance, d'une même sainteté. Et ça, c'est la jalousie de Dieu.
Et à travers toute la violence des images qui sont employées, ce n'est pas tellement la colère qu'il faut sentir. C'est l'intensité, la folie, la passion amoureuse. Je ne sais pas pourquoi Dieu nous aime à ce point, que s'il fallait détruire et le ciel et la terre simplement pour à nouveau nous serrer dans ses bras et remettre dans notre cœur la flamme de son amour transcendant qui est le sien, il le ferait sans aucune hésitation. Ça nous ramène à notre tout premier prophète, Osée. C'est l'image d'un Dieu qui nous aime comme un mari aime sa femme. Bon, là on n'est pas chez Osée, on est chez Sophonie, mais c'est toujours la même théologie.
Lecture : Sophonie 2-3
Serrez-vous, entassez-vous, nation sans désir, avant que vous soyez chassés comme la paille qui disparaît en un jour, avant que vienne sur vous la brûlante colère du Seigneur, avant que vienne sur vous le jour de la colère du Seigneur.
Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l'humilité. Peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère du Seigneur.
Voyez, Gaza va être abandonnée, Ascalon sera dévastée. Ashdod, en plein midi, sera dépeuplée, et Ékron déracinée. Malheur aux habitants des bords de la mer, à la nation des Crétois ! La parole du Seigneur est contre vous. Canaan, terre des Philistins, je vais te ruiner, te vider de tous tes habitants.
Les bords de la mer seront réduits en pacages, en prairies pour les bergers, en parcs à moutons. Ce sera un territoire pour ceux qui resteront de la maison de Juda. Là, ils mèneront paître leurs troupeaux au milieu des maisons d'Ascalon. Le soir, ils se reposeront, car le Seigneur leur Dieu les visitera. Il aura changé leur sort.
J'ai entendu les insultes de Moab et les sarcasmes des fils d'Amon, qui ont insulté mon peuple et se sont vantés de leur territoire. C'est pourquoi, par ma vie, oracle du Seigneur de l'univers, Dieu d'Israël, Moab deviendra comme Sodome, et les fils d'Amon comme Gomorrhe, le domaine du chardon, un monceau de sel, une terre à jamais désolée. Le reste de mon peuple les pillera. Ce qui subsistera de ma nation en héritera. Tel sera leur sort pour prix de leur orgueil, puisqu'ils ont insulté et traité de haut le peuple du Seigneur de l'univers.
Redoutable pour eux sera le Seigneur lorsqu'il aura réduit à rien tous les dieux de la terre. Alors toutes les îles des nations se prosterneront devant lui, chacune sur son propre sol.
Quant à vous, Éthiopiens, il dira : « Ils seront transpercés par mon épée. »
Il lèvera la main contre le Nord. Il fera périr Assour. Il fera de Ninive une terre désolée, aride comme le désert. En elle se reposeront les troupeaux et toutes sortes de bêtes. Même la hulotte, même le hérisson passeront la nuit parmi ses chapiteaux. Un ululement se fait entendre à la fenêtre, et sur le seuil se tient un corbeau. Le palais de cèdre n'est plus que ruine.
Telle sera la cité hautaine qui trônait avec assurance, elle qui disait en son cœur : « Moi, rien que moi ! » Comment est-elle devenue un lieu désolé, un repaire pour les bêtes ? Tous ceux qui passent près d'elle sifflent en agitant la main.
Malheur à la rebelle, l'impure !
Chaque matin, il rend son jugement, toujours présent quand le jour se lève. Et le malfaiteur ne connaît pas la honte.
J'ai supprimé des nations. Leurs tours d'angle ont été détruites. J'ai rendu leurs rues désertes. Plus personne n'y passe. Leurs villes sont ravagées. Plus un homme, plus un habitant. Je disais : « Au moins, tu me craindras, tu accepteras la leçon. À ses yeux ne peuvent s'effacer toutes les fois où je l'ai visitée. » Mais non. À peine levés, ils se sont mis à pervertir toutes leurs actions.
C'est pourquoi, oracle du Seigneur, j'ai dit : « Attendez-moi jusqu'au jour où je m'élèverai en accusateur. Ma décision rassemblera les nations, réunira les royaumes, pour verser sur eux ma fureur, toute l'ardeur de ma colère. Oui, le feu de ma jalousie dévorera toute la terre.
Alors je rendrai pures les lèvres des peuples, pour que tous invoquent le nom du Seigneur et d'un même geste le servent. D'au-delà des fleuves d'Éthiopie, ceux qui m'adorent, mes enfants dispersés, m'apporteront mon offrande. »
Ce jour-là, tu n'auras plus à rougir de tes méfaits, de tes crimes contre moi. Car alors j'extirperai de toi ceux qui se vantent avec insolence, et tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit. Il prendra pour habit le nom du Seigneur. Ce reste d'Israël ne commettra plus d'injustice. Ils ne diront plus de mensonges. Dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, et nul ne viendra les effrayer.
Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovation, Israël ! Réjouis-toi de tout ton cœur, bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi. Il a écarté tes ennemis. Le roi d'Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n'as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion. Ne laisse pas tes mains défaillir. Le Seigneur ton Dieu est en toi. C'est lui, le héros, qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse. Il te renouvellera par son amour. Il exultera pour toi et se réjouira comme au jour de fête.
J'ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l'humiliation. Mais voici, à l'œuvre contre tous tes oppresseurs ! En ce temps-là, je sauverai la brebis boiteuse, je rassemblerai celles qui sont égarées, et je leur donnerai louange et renom dans tous les pays où elles auront connu la honte. En ce temps-là, je vous ramènerai. En ce temps-là, je vous rassemblerai. Alors je vous donnerai louange et renom parmi tous les peuples de la terre, quand je ramènerai vos captifs. Et vous le verrez. » Ainsi parle le Seigneur.
Commentaire
La jalousie de Dieu. La puissance des images. Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, toi qui m'aimes au point de vouloir remuer et la terre et le ciel jusqu'à me retrouver, toi qui m'aimes comme un berger serait prêt à laisser quatre-vingt-dix-neuf brebis pour me retrouver, comme une femme serait prête à mettre sens dessus dessous toute sa maison pour une simple petite pièce de centime.
Seigneur, moi qui ne suis rien, toi qui es tout et qui veux mettre ton tout dans mon rien, l'ardeur de ta transcendance, la bonté à l'état pur, le feu dévorant de ta sainteté, en moi qui ne suis qu'un mortel, un pécheur, un rien du tout.
Toi qui, autour de moi, fais naître et mourir les peuples, les royaumes et les empires, pour que je puisse à nouveau te regarder et que tu puisses à nouveau me regarder.
Seigneur, je suis perdu dans cette histoire qui me dépasse. Je te demande de prendre pitié de moi, parce que je ne sais pas, je ne comprends pas. Je suis perdu dans un monde qui me dépasse. Je suis perdu dans un monde qui n'est pas le mien.
La seule chose que je sais, Seigneur, c'est que loin de toi je ne retrouverai jamais et le repos, et la paix, et le bonheur, et pourtant je n'arrête pas de le chercher loin de toi.
Seigneur, je t'aime. Je t'aime quand même, malgré tout, malgré ce que je suis. Pardonne-moi.
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