Jour 150 ☼ — Trois rois, un prophète… et une fin qui déroute
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 3 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit la révolte de Mesha, roi de Moab, et la campagne menée contre lui par les trois rois coalisés d'Israël, de Juda et d'Édom, avec l'eau miraculeuse annoncée par Élisée. Le commentaire s'appuie d'abord sur la pierre de Mesha, preuve archéologique de cette guerre, puis explique les liens de vassalité qui font d'Israël un petit empire régional entraînant Juda dans ses guerres — et bientôt dans ses idolâtries. Il s'attache enfin à la fin déroutante du chapitre : le sacrifice du fils aîné du roi de Moab et la colère qui contraint Israël à rentrer chez lui, comprise comme la réponse de Dieu à un cri de détresse d'un peuple pressé jusqu'au sang. L'épisode se termine par le psaume 109.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, avec le royaume d'Israël, nous partons à la guerre. Cette guerre semble ressembler à beaucoup d'autres, et pourtant elle se termine par une énigme. Une énigme que je vous laisse, en exercice de lecture, le soin de me résoudre. On se retrouve après pour les commentaires.
Lecture : 2 Rois 3
Joram, fils d'Acab, devint roi sur Israël à Samarie, la dix-huitième année du règne de Josaphat, roi de Juda. Il régna douze ans. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, mais pas autant que son père et sa mère, car il supprima la stèle de Baal que son père avait dressée. Toutefois, il resta attaché au péché que Jéroboam, fils de Nebath, avait fait commettre à Israël. Il ne s'en écarta pas.
Mesha, roi de Moab, était éleveur de troupeaux. Il payait en tribut au roi d'Israël cent mille agneaux et cent mille béliers avec leur laine. Mais à la mort d'Acab, le roi de Moab se révolta contre le roi d'Israël.
Ce jour-là, le roi Joram sortit de Samarie et passa en revue tout Israël. Puis il partit et envoya dire à Josaphat, roi de Juda : « Le roi de Moab s'est révolté contre moi. Viendras-tu avec moi pour combattre Moab ? » Josaphat répondit : « Je monterai. Ce sera pour moi comme pour toi, pour mon peuple comme pour ton peuple, pour mes chevaux comme pour tes chevaux. » Il ajouta : « Par quel chemin monterons-nous ? » Joram reprit : « Par le chemin du désert d'Édom. » Ainsi partirent le roi d'Israël, le roi de Juda et le roi d'Édom.
Après sept jours de chemin, l'eau vint à manquer pour la troupe et pour les bêtes de somme qui suivaient. Le roi d'Israël dit alors : « Malheur ! Le Seigneur a donc convoqué les trois rois pour les livrer aux mains de Moab. » Josaphat demanda : « N'y a-t-il pas ici un prophète du Seigneur par qui nous puissions consulter le Seigneur ? » Un des serviteurs du roi d'Israël répondit : « Il y a ici Élisée, fils de Shafath, qui versait l'eau sur les mains d'Élie. » Josaphat dit alors : « La parole du Seigneur est avec lui. » Le roi d'Israël, ainsi que Josaphat et le roi d'Édom, descendirent vers lui.
Élisée dit au roi d'Israël : « Que me veux-tu ? Va trouver les prophètes de ton père et les prophètes de ta mère. » Le roi d'Israël lui répondit : « Non, car le Seigneur a convoqué ces trois rois pour les livrer aux mains de Moab. » Élisée reprit : « Par la vie du Seigneur de l'univers devant qui je me tiens, si je n'avais égard à Josaphat, roi de Juda, je ne te prêterais aucune attention, je ne te regarderais pas. Maintenant, amenez-moi un musicien. »
Dès que le musicien joua, la main du Seigneur fut sur Élisée. Celui-ci déclara : « Ainsi parle le Seigneur : creusez dans ce ravin des fosses et des fosses. Car ainsi parle le Seigneur : le vent, vous ne le verrez pas ; la pluie, vous ne la verrez pas. Et pourtant l'eau emplira ce ravin, et vous boirez, vous, vos troupeaux et vos bêtes de somme. Encore est-ce trop peu aux yeux du Seigneur : il va livrer Moab entre vos mains. Vous abattrez toutes les villes fortifiées, toutes les villes importantes. Tous les bons arbres, vous les couperez. Toutes les sources, vous les comblerez. Tous les champs fertiles, vous les dévasterez en y jetant des pierres. »
Or, au matin, à l'heure de l'offrande, voici que l'eau arriva par le chemin d'Édom, et la terre en fut inondée.
Tous les gens de Moab avaient appris que les rois étaient montés pour les combattre. On avait convoqué tous ceux qui avaient l'âge de porter les armes, et même ceux qui l'avaient passé. Ils avaient pris position sur la frontière. Au matin, quand ils se levèrent, le soleil brillait sur les eaux. Les gens de Moab virent devant eux les eaux rouges comme le sang. Ils dirent : « C'est du sang ! C'est du sang ! Sûrement les rois se sont entretués à coups d'épée, ils se sont frappés l'un l'autre. Maintenant, au pillage, Moab ! »
Ils s'approchèrent du camp d'Israël. Ceux d'Israël se dressèrent, ils frappèrent ceux de Moab qui s'enfuirent devant eux, et ils les pourchassèrent. Ils démolirent les villes, jetèrent chacun sa pierre dans les champs fertiles et les en recouvrirent. Toutes les sources, ils les comblèrent. Tous les bons arbres, ils les coupèrent. Finalement, il ne resta debout que les murs de Qir-Harèseth, et les frondeurs encerclèrent la ville et la frappèrent.
Le roi de Moab vit que le combat était trop fort pour lui. Il prit avec lui sept cents hommes portant l'épée pour tenter une percée vers le roi d'Édom, mais en vain. Il prit alors son fils aîné, qui devait régner après lui, et l'offrit en holocauste sur le rempart. Une grande colère vint sur Israël, qui leva le camp et retourna dans son pays.
Commentaire
Fun fact ! On a retrouvé des preuves archéologiques de ces guerres. On appelle ça la pierre de Mesha. Alors, la pierre de Mesha, c'est une stèle qui fait 1,15 m de haut, 60 cm de large, qui a été rédigée en moabite, une langue proche de l'hébreu, qu'on a découverte à Dibân, en Jordanie, qui date du IXe siècle, et qui confirme la guerre que vous venez d'entendre.
Continuons, si vous le voulez bien, ces quelques considérations archéologiques par d'autres considérations historiques, qui pourraient bien nous apprendre des choses assez étonnantes de la part d'Israël et de Juda.
Dans cette guerre, il était question de trois rois coalisés — le roi d'Israël, le roi de Juda et le roi d'Édom — contre un roi, le roi de Moab. Alors, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'Israël était comme le petit empire de la région, auquel les États voisins avaient prêté allégeance. Pendant cette période de l'histoire où les grands empires ont reflué, l'Égypte et les Hittites, la place est libre dans cette région du Moyen-Orient pour que le royaume d'Israël — qui est le plus peuplé, qui a noué des alliances commerciales avec les Phéniciens, chez qui passent aussi les routes commerciales — ait la place libre pour asservir les royaumes d'alentour.
À l'est du Jourdain, les royaumes d'Édom et de Moab avaient été vassalisés par le royaume du Nord, Israël. Et de la même manière, le royaume du Sud, Juda, était sous domination israélienne. Enfin, je rappelle que le royaume de Juda, c'est le parent pauvre de la région. C'est les ploucs qui habitent dans les montagnes. Excusez-moi, j'exagère, mais à peine. D'où la mention de ce Josaphat, roi de Juda, qui vient aider à la guerre le roi d'Israël. Ce n'est pas qu'il en ait eu envie, c'est qu'il n'avait pas le choix.
Cela vous explique la guerre d'aujourd'hui. Cela vous explique même la guerre dont on avait entendu parler à la fin du premier livre des Rois. Ces liens de vassalité, ce n'est pas une chose nouvelle. Ça n'a l'air de rien, mais ça va avoir des conséquences très précises. Parce que si Juda est sous influence d'Israël, ça a des conséquences militaires — vous les voyez partir en guerre — mais ça va avoir aussi des conséquences religieuses. Parce que les cultes idolâtriques qui avaient été adoptés au Nord, par contagion, vont se répandre au Sud. Souvenez-vous, on a vu des prophètes qui nous avaient expliqué comment Israël était comme une sorte de cancer qui avait fini par métastaser le royaume de Juda. Là, vous les voyez qui obligent leurs frères à prendre la guerre. Bientôt, vous les verrez obliger leurs frères à adorer Baal.
Bon, en tout cas, là, vous avez un État qui se rebelle, et donc le roi d'Israël oblige ses États vassaux à l'aider dans cette guerre. Voilà pourquoi Israël part en guerre, voilà pourquoi Juda est obligé de le suivre.
Maintenant, Moab qui se révolte, ça veut dire quoi ? Déjà, ça veut dire qu'Israël n'arrive plus à bien maintenir l'ordre dans la région. Ce petit empire qu'est Israël est en train de s'affaiblir. Voilà la première chose que signifie cette révolte. Mais ça peut peut-être aussi signifier autre chose, de plus énigmatique.
Et j'en viens à la fin de ce chapitre, cette histoire de sacrifice au dieu Kemosh, le dieu des Moabites. Je vous cite le verset :
Le roi de Moab prit son fils aîné, et comme il n'arrivait pas à gagner la guerre, il l'offrit en sacrifice en haut des remparts. Alors une grande colère s'abattit sur toute l'armée, et Israël rentra chez lui.
On lit ça, on ne comprend pas très bien. Parce que ce qui se passe, c'est que vous avez un prophète, Élisée, qui a prédit la victoire des Israélites, et les Israélites sont en train de gagner la guerre. Et à ce moment-là, en désespoir de cause, les Moabites offrent un sacrifice humain. On ne sait pas d'ailleurs à quel dieu : est-ce que c'est au dieu Kemosh, le dieu des Moabites, ou est-ce que c'est au Dieu d'Israël ? Ce n'est pas écrit dans le texte. En tout cas, la conclusion, c'est que Dieu leur donne la victoire finale, à eux. On se dit : c'est quand même curieux, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, la Bible, d'habitude.
Oui, sauf que quoi ? Pourquoi Mesha, roi de Moab, s'était-il en premier lieu rebellé contre Israël ? La réponse était au verset 4 :
Il payait en tribut au roi d'Israël cent mille agneaux et cent mille béliers avec leur laine.
Mes notes de bas de page disent : « chiffres peu vraisemblables ». C'est vrai que cent mille agneaux et cent mille béliers, ça fait quand même beaucoup. Alors, OK, on est habitué à des chiffres bibliques qui sont pas mal, parfois un peu exagérés. Mais ce que ça veut dire, ce n'est pas que c'est invraisemblable : ce que ça veut dire, c'est qu'Israël les pressait jusqu'au sang. Ce n'est pas par gaieté de cœur qu'ils se sont rebellés, ce n'est pas par volonté expansionniste, c'est parce qu'ils n'en pouvaient plus, qu'ils crevaient de faim et qu'il fallait qu'ils vivent.
Et quand on vous parle d'un roi qui sacrifie son fils en haut des remparts, son fils héritier, il ne faut pas imaginer que c'est par plaisir qu'il l'a fait, ce n'est pas par amour du sang et goût de la cruauté : c'est en désespoir. En désespoir de cause. Ils étaient tellement dans la détresse qu'ils en sont venus à cette extrémité. Il est possible que dans cette prière idolâtrique, païenne, il y ait eu un véritable cri de détresse auquel Dieu a voulu finalement donner raison. Les rois d'Israël, ici, ont remplacé les pharaons à asservir toute la région avoisinante.
Ce qui est d'autant plus curieux, c'est que vous avez vu cette prophétie d'Élisée qui avait prédit la victoire d'Israël. Eh oui ! Mais vous avez senti aussi comme c'était à contrecœur qu'Élisée avait fait cette prophétie. Et quand Dieu vous parle à contrecœur, vous savez, il faut toujours se méfier : ce n'est pas dit qu'il vous ait tout dit. Et là, Dieu a bien prouvé qu'il était capable de faire des miracles. Dieu a bien prouvé qu'il aurait été capable de donner la victoire aux Israélites. Mais il ne l'a pas fait. Parce que tout se mérite.
Psaume 109
Oracle du Seigneur à mon seigneur : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. »
De Sion, le Seigneur te présente le sceptre de ta force : « Domine jusqu'au cœur de l'ennemi. »
Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté : « Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré. »
Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek. »
À ta droite se tient le Seigneur : il brise les rois au jour de sa colère.
Il juge les nations : les cadavres s'entassent. Il brise les chefs, loin sur la terre.
Au torrent il s'abreuve en chemin, c'est pourquoi il redresse la tête.
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