Jour 150 ☾ — Jérémie : Dieu, blessé comme un époux trompé
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien poursuit la lecture parallèle du livre de Jérémie, commencée pour éclairer les derniers chapitres du deuxième livre des Rois. Il lit le chapitre 2 jusqu'au début du chapitre 3, où Dieu se souvient de la tendresse des jeunes années d'Israël avant de constater son infidélité. Le commentaire déploie l'image nuptiale de l'alliance : Dieu n'est pas un partenaire de contrat juridique mais un époux qui aime et attend la réciprocité, et dont la colère est celle d'un mari trompé. L'épisode s'achève par une prière pour les couples brisés par l'infidélité.
Introduction
Je vous rappelle que nous lisons, en parallèle du livre des Rois, le livre de Jérémie, pour mettre un zoom sur les derniers chapitres que nous allons entendre dans le deuxième livre des Rois. Et vous serez content, alors, d'avoir Jérémie, parce qu'il y a des choses que le livre des Rois va laisser un peu en suspens, et seul Jérémie nous permettra de lever le voile du mystère.
Donc pour l'instant, je vous l'accorde, il y a quelques siècles d'écart entre ce que vous lisez d'un côté, le deuxième livre des Rois, et Jérémie. Mais souvenez-vous, je vous ai dit : pas de panique, parce que le livre de Jérémie commence par des oracles contre Juda qui valent de manière intemporelle, en tout lieu, en tout temps. C'est un appel plus général à la repentance, Dieu qui met en lumière l'infidélité d'Israël. Donc nous commençons aujourd'hui Jérémie, chapitre 2, jusqu'au début du chapitre 3.
Est-ce que vous me permettez encore quelques remarques ? C'est juste pour vous permettre de bien raccrocher les wagons et de suivre l'évolution du texte que vous allez entendre. Ce que vous allez entendre, c'est une tonalité qui va changer. Dieu qui va commencer de manière nostalgique, en se rappelant l'amour de jeunesse qu'Israël et Juda avaient pour lui. Et puis ensuite, Dieu va s'apercevoir que cette épouse qu'il s'est choisie, cette épouse est en train de changer. Elle était fidèle, elle est en train de devenir volage, et même, elle est en train de devenir une débauchée.
Et en face de l'attitude d'Israël qui change, on va voir aussi l'attitude de Dieu changer. Dieu qui va passer de la nostalgie, le souvenir du premier amour, à quelque chose de plus proche de l'amertume, les premières tromperies, pour finalement passer à la colère. Et de la colère, dernière étape : il y a quelque chose d'encore pire que la colère en Dieu. On ne le savait pas, mais elle existe. La sidération. Dieu qui n'en croit pas ses yeux, c'est comme s'il n'arrivait même plus à comprendre ce qu'il avait en face de lui. C'est encore pire que la colère.
Lecture : Jérémie 2
La parole du Seigneur me fut adressée : « Va proclamer aux oreilles de Jérusalem. Ainsi parle le Seigneur : Je me souviens de la tendresse de tes jeunes années, ton amour de jeune mariée, lorsque tu me suivais au désert, dans une terre inculte. Israël était consacré au Seigneur, première gerbe de sa récolte. Celui qui en mangeait était coupable, il lui arrivait malheur. » Oracle du Seigneur.
Écoutez la parole du Seigneur, maison de Jacob, et toutes les familles de la maison d'Israël. Ainsi parle le Seigneur : « En quoi vos pères m'ont-ils trouvé injuste, eux qui se sont éloignés de moi, qui ont suivi des dieux de néant pour devenir eux-mêmes néant ? Ils n'ont pas dit : "Où est-il, le Seigneur, lui qui nous a fait monter de la terre d'Égypte et marcher dans le désert, terre aride et ravinée, terre sèche et sinistre, terre où personne n'est jamais passé, où aucun homme n'a jamais habité ?"
Je vous ai fait entrer dans une terre plantureuse pour vous nourrir de tous ses fruits. Mais à peine entrés, vous avez profané ma terre, changé mon héritage en abomination. Les prêtres n'ont pas dit : "Où est-il, le Seigneur ?" Les dépositaires de la loi ne m'ont pas connu, les pasteurs se sont révoltés contre moi, les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal. Ils ont suivi des dieux, ceux qui ne servent à rien.
C'est pourquoi, de nouveau, je vais faire un procès contre vous, oracle du Seigneur, un procès contre les fils de vos fils. Passez jusqu'au rivage de l'Occident et regardez, envoyez faire des recherches en Orient et regardez si pareille chose est arrivée. Une nation a-t-elle jamais changé de dieu ? Et ce ne sont même pas des dieux ! Or, mon peuple a échangé sa gloire contre ceux qui ne servent à rien. Cieux, soyez-en consternés, horrifiés, épouvantés, oracle du Seigneur.
Oui, mon peuple a commis un double méfait : ils m'ont abandonné, moi, la source d'eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l'eau.
Israël est-il un esclave acheté ? Est-il un esclave né dans la maison ? Pourquoi fait-il partie du butin ? Contre lui rugissent de jeunes lions, ils ont donné de la voix et livré son pays à la dévastation. Ses villes sont incendiées, vidées de leurs habitants. Même les fils de Nof et de Tapanès te rasent la chevelure.
N'est-ce pas toi qui a tout provoqué, toi qui as abandonné le Seigneur ton Dieu, au temps même où il te guidait sur le chemin ? Et maintenant, qu'as-tu à prendre le chemin de l'Égypte pour boire l'eau du Nil ? Qu'as-tu à prendre le chemin d'Assour pour boire l'eau du Fleuve ?
Que ta méchanceté te corrige, que tes infidélités te punissent ! Comprends et vois comme il est mauvais et amer d'abandonner le Seigneur ton Dieu, de ne plus me craindre, oracle du Seigneur, Dieu de l'univers.
Oui, depuis longtemps, tu as brisé ton joug, rompu tes liens. Tu as dit : "Je ne servirai pas." Mais sur toute colline élevée, sous tout arbre vert, tu te couches, prostituée.
Moi pourtant, j'avais fait de toi une vigne de raisin vermeil, tout entière d'un cépage de qualité. Comment t'es-tu changée pour moi en vigne méconnaissable et sauvage ? Tu aurais beau te lessiver à la soude et rajouter quantité de potasse, devant moi ta faute reste incrustée, oracle du Seigneur Dieu.
Comment peux-tu dire : "Je ne me suis pas souillée, après les Baals je n'ai pas couru" ? Vois ton chemin dans la vallée, comprends ce que tu as fait, chamelle volage dont les pistes s'embrouillent, ânesse habituée au désert : dans l'ardeur de son désir, elle aspire le vent ; son rut, qui peut le refouler ? Ils n'ont pas à se fatiguer, tous ceux qui la cherchent : en son temps, ils la trouvent.
Prends garde, tu vas avoir les pieds nus et le gosier assoiffé. Mais tu dis : "Rien à faire ! Non, j'aime les étrangers et je veux courir à leur suite."
Comme est confondu un voleur pris sur le fait, ainsi sont confondus les gens de la maison d'Israël, leurs rois, leurs princes, leurs prêtres et leurs prophètes, eux qui disent au bois : "Tu es mon père", et à la pierre : "Toi, tu m'as enfanté." Ils tournent vers moi leur dos, non leur visage. Mais au temps de leur malheur, ils disent : "Lève-toi, sauve-nous !"
Où sont-ils, les dieux que tu t'es fabriqués ? Qu'ils se lèvent, s'ils peuvent te sauver au temps de ton malheur ! Oui, tes dieux sont aussi nombreux que tes villes, ô Juda.
Pourquoi donc me faire un procès ? Vous vous êtes tous révoltés contre moi, oracle du Seigneur. En vain j'ai frappé vos fils, ils n'ont pas accepté la leçon. Votre épée a dévoré vos prophètes comme un lion destructeur.
Ô vous, gens de cette génération, voyez ce que dit le Seigneur : Ai-je été un désert pour Israël ? Ai-je été un pays de ténèbres ? Pourquoi ceux de mon peuple disent-ils : "Nous errons çà et là, nous n'allons plus vers toi" ? Une vierge oublie-t-elle ses ornements ? Une fiancée, sa parure ? Or mon peuple m'a oublié depuis des jours sans nombre.
Comme tu disposes bien ton chemin pour quêter l'amour ! Avec de tels chemins, tu enseignes même le mal. Même sur les pans de ton vêtement, on trouve le sang des malheureux, des innocents, que tu n'as pas surpris en flagrant délit. Et par-dessus tout cela, tu dis : "Je suis innocente, vraiment sa colère s'est détournée de moi." Mais voici que moi, j'entre en jugement avec toi, puisque tu dis : "Je n'ai pas péché."
Que tu es versatile, toi qui changes de chemin ! Même de l'Égypte, tu auras honte, comme tu as eu honte de l'Assyrie. De là aussi tu sortiras les mains sur la tête, car le Seigneur a rejeté ceux en qui tu mets ta confiance : avec eux tu ne réussiras pas.
Si un homme renvoie sa femme et qu'elle s'en aille de chez lui pour appartenir à un autre, peut-il encore revenir à elle ? N'en sera-t-elle pas profanée, cette terre-là ? Et toi, qui t'es prostituée à de nombreux amants, tu reviendrais à moi ? Oracle du Seigneur.
Lève les yeux vers les hauteurs et vois : en quel endroit ne t'es-tu pas livrée ? Pour eux, tu étais assise sur les chemins comme un Arabe dans le désert, et tu as profané le pays par tes prostitutions et ta malice. Aussi les averses ont-elles été retenues, et la pluie du printemps a-t-elle manqué. Mais tu avais un front de prostituée et tu refusais d'en rougir.
Et maintenant encore, ne m'appelles-tu pas : "Mon père, toi le guide de ma jeunesse ? Gardera-t-il rancune à jamais ? Tiendra-t-il rigueur jusqu'à la fin ?" Voilà ce que tu dis, puisque tu commets le mal et que tu y réussis.
Commentaire
Alors, revenons, si vous le voulez bien, sur cette même image qui a structuré tout ce chapitre : l'image de l'épouse. Cette image de l'épouse, on la retrouve dans d'autres religions de l'époque, on la retrouve aussi dans d'autres régimes politiques. Ça permet de qualifier une alliance : l'alliance entre un dieu et un peuple, l'alliance entre un roi et un peuple.
L'alliance, vous savez, on en a déjà parlé, c'est cette pédagogie centrale dans l'Ancien Testament. Ça vous a donné d'ailleurs le même mot que « testament ». Mais le mot testament, lui, donnait un côté très juridique : il y a des clauses, il y a un contrat, il y a des récompenses si on suit le contrat et il y a des malédictions si on ne suit pas le contrat. Bon, donc tout ça, c'est très bien, mais alliance-testament, ça ne fait pas vibrer non plus le cœur humain, si je puis dire. Ça manque de sentiment.
D'où l'usage d'une deuxième image, cette fois-ci plus poétique : l'image de la conjugalité, l'alliance nuptiale. Et là, eh bien oui, ça fait rêver. Alors, pour être extrêmement précis, on a d'abord utilisé une image végétale, celle de la vigne, parce que dans l'alliance, on trouve son plaisir et on trouve sa joie. Ça vous a donné Noé qui s'était enivré après avoir formé une alliance avec Dieu. Mais comme ça ne suffisait toujours pas, les prophètes ont eu recours à une autre image, l'image classique, une image humaine, celle du mariage.
Ça veut dire qu'à travers cette alliance, ce n'est pas un contrat juridique : c'est Dieu qui vous aime dans l'espoir que ce soit réciproque, que vous aimiez Dieu. La vraie clause du contrat, elle est là : la réciprocité des sentiments. Ça, c'est quelque chose que Jésus reprendra. En parlant de l'Église, il dira que l'Église est son épouse et que lui est l'époux.
Sauf qu'il y a ici quelque chose de tragique, parce que ce mariage, qui est censé exprimer la profondeur de l'engagement de Dieu vis-à-vis de nous, sert aussi à exprimer la violence de l'infidélité. Ça veut dire que quand on s'éloigne de Dieu, ça laisse autant de traces en lui que quand on trompe son conjoint. Toute la colère de Dieu que vous allez entendre, et qu'on n'arrête pas d'entendre dans les prophètes, c'est la colère d'un mari qui s'aperçoit qu'il a été trompé. Bon, eh bien, des histoires comme ça, ça arrive.
Nous terminons par une prière. Parce que moi, ce chapitre, il me fait penser à tous ces couples qui ne sont pas fidèles, et ça laisse des traces. Donc nous prions pour que Dieu puisse réparer ce qu'il peut encore réparer dans nos histoires, dans nos couples. Enfin bref : on prie pour les maris et les femmes adultères.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, toi qui es un Père plein d'amour, toi qui es un époux fidèle, nous te demandons, Seigneur, de regarder ceux qui se sont éloignés de toi, de regarder ceux qui cherchent ailleurs ce que seule la fidélité peut pourtant donner.
Seigneur, touche nos âmes. Réveille en nous le désir de revenir. Brise les chaînes de l'infidélité. Enlève l'amertume. Sèche les pleurs. Permets, Seigneur, à chacun d'accomplir sa parole.
Remplis nos cœurs, Seigneur, du désir de revenir à notre amour de jeunesse. Seigneur, répare ce qui est brisé. Guéris ce qui est cassé. Seigneur, renoue les histoires et répare les cœurs. Seigneur, pardonne et restaure. Fais briller ta lumière sur ceux qui l'ont oubliée et ramène dans tes bras ceux qui se sont égarés.
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