Jour 151 ☼ — Élisée : miracles, subversion et foi vivante
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 4 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit quatre miracles d'Élisée : l'huile inépuisable de la veuve endettée, la naissance puis la résurrection du fils de la Sunamite, la marmite empoisonnée rendue mangeable et les vingt pains d'orge qui rassasient cent personnes. Le commentaire invite à repérer dans le texte les indices d'un mouvement de subversion politico-religieuse : Élisée, contrairement à Élie, ne cherche plus la confrontation avec le roi mais organise patiemment un réseau de communautés dissidentes, avec ses pauvres à secourir, ses mécènes et ses contre-sanctuaires. Le frère termine en rapprochant ces miracles de ceux de Jésus et en éclairant, par l'exemple d'Élisée, pourquoi le Christ s'est cantonné aux limites d'Israël.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, Deuxième livre des Rois, chapitre 4. Vous vous souvenez comment je vous avais dit qu'Élisée était en train de conduire, sous l'inspiration d'Élie, un mouvement de contre-réforme, un mouvement de subversion politique ? Essayez de voir dans le texte d'aujourd'hui les petits indices qui vous permettraient de le dire. Bonne écoute.
Lecture : 2 Rois 4
« Ton serviteur, mon mari, est mort. Tu sais que ton serviteur craignait Dieu. Or, le créancier est venu prendre pour lui mes deux enfants comme esclaves. »
Élisée lui demanda : « Que puis-je faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as dans ta maison. » Elle répondit : « Ta servante n'a rien du tout dans sa maison, juste un peu d'huile comme parfum. » Il reprit : « Va, emprunte au-dehors des vases à tous tes voisins, des vases vides, et pas en petit nombre. Puis rentre chez toi, ferme la porte sur toi et sur tes fils. Verse de l'huile dans tous ces vases. Une fois qu'ils seront pleins, mets-les de côté. »
Elle le quitta, ferma la porte sur elle et sur ses fils. Ceux-ci lui apportaient les vases, et elle y versait de l'huile. Lorsque les vases furent remplis, elle dit à son fils : « Apporte-moi encore un vase. » Il lui répondit : « Il n'y a plus de vase. » Alors l'huile cessa de couler.
Elle vint informer l'homme de Dieu qui lui dit : « Va prendre l'huile et acquitte ta dette. Tu vivras du reste, toi et tes fils. »
Un jour, Élisée passait à Sounam. Une femme riche de ce pays insista pour qu'il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu'il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s'arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse. Nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe. Et quand il viendra chez nous, il pourra s'y retirer. »
Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Élisée dit à Guéhazi, son serviteur : « Appelle notre Sounamite. » Guéhazi l'appela et elle se tint devant lui. Élisée reprit : « Dis-lui donc : voici que tu t'es donné beaucoup de peine pour nous. Que peut-on faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi ou au chef de l'armée ? » Mais elle répondit : « Je vis tranquille au milieu des miens. »
Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour elle ? Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n'a pas de fils et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l'appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. » Mais elle dit : « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonges à ta servante. »
Or, la femme devint enceinte. Et l'année suivante, à la même époque, elle enfanta un fils, au moment prédit par Élisée.
L'enfant grandit. Un jour que l'enfant était allé trouver son père auprès des moissonneurs, il se mit à crier : « Oh, ma tête, ma tête ! » Le père dit à un serviteur : « Porte-le à sa mère. » Le serviteur emporta l'enfant et le remit à sa mère. Celle-ci garda l'enfant sur ses genoux jusqu'à midi. Puis il mourut. Alors elle monta l'étendre sur le lit de l'homme de Dieu, ferma la porte et sortit.
Elle appela son mari et dit : « Envoie-moi, je te prie, un des serviteurs et une des ânesses. Je cours jusque chez l'homme de Dieu et je reviens. » Il dit : « Pourquoi vas-tu chez lui aujourd'hui ? Ce n'est pas une nouvelle lune, ni un sabbat. » Elle répondit : « Ne t'inquiète pas. » Elle fit donc seller l'ânesse et dit à son serviteur : « Conduis-moi, vas-y. N'arrête ma course que lorsque je te le dirai. »
Elle partit et se rendit auprès de l'homme de Dieu, au mont Carmel. Quand l'homme de Dieu la vit venir, il dit à Guéhazi, son serviteur : « Voici notre Sounamite. Maintenant, cours à sa rencontre et dis-lui : comment vas-tu ? Comment va ton mari ? Comment va ton enfant ? » Elle répondit : « Tout va bien. »
Arrivée auprès de l'homme de Dieu sur la montagne, elle saisit ses pieds. Guéhazi s'avança pour la repousser. Mais l'homme de Dieu lui dit : « Laisse-la, car son âme est dans l'amertume. Le Seigneur me l'a cachée, il ne m'a rien annoncé. » Elle dit : « Avais-je demandé un fils à mon seigneur ? N'avais-je pas dit : ne me donne pas de faux espoirs ? »
Il dit à Guéhazi : « Boucle ta ceinture, prends mon bâton dans ta main et va. Si tu rencontres un homme, ne le salue pas. Si un homme te salue, ne lui réponds pas. Tu mettras mon bâton sur le visage du garçon. » Mais la mère du garçon reprit : « Par le Seigneur qui est vivant et par ta vie, je ne te quitterai pas. » Alors il se leva et la suivit.
Guéhazi les avait précédés. Il avait mis le bâton sur le visage de l'enfant, mais pas le moindre son, aucun signe de vie. Il revint au-devant d'Élisée et lui annonça : « Le garçon ne s'est pas réveillé. »
Quand Élisée arriva dans la maison, il était mort, étendu sur le lit. Il entra, ferma la porte pour être seul avec lui, et il se mit à prier le Seigneur. Il monta sur le lit, se coucha sur l'enfant, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux et ses mains sur ses mains. Il resta étendu sur lui, et le corps de l'enfant se réchauffa. Le prophète redescendit et marcha de long en large dans la maison. Puis il remonta s'étendre sur l'enfant : celui-ci éternua sept fois et ouvrit les yeux.
Élisée appela son serviteur et lui dit : « Fais venir sa mère. » Le serviteur la fit venir. Lorsqu'elle arriva auprès de lui, Élisée lui dit : « Reprends ton fils. » Elle entra, tomba à ses pieds et se prosterna jusqu'à terre. Elle reprit son fils et sortit.
Élisée revint à Guilgal. La famine était dans le pays. Comme les frères prophètes étaient assis devant lui, il dit à son serviteur : « Prépare la grande marmite et fais cuire une soupe pour les frères prophètes. » L'un de ceux-ci sortit dans la campagne pour ramasser des herbes. Il trouva une vigne sauvage. Il cueillit des coloquintes sauvages plein son vêtement. Puis il revint et les coupa en morceaux dans la marmite de soupe, car on ne savait pas ce que c'était. On servit à manger aux hommes, mais dès qu'ils eurent mangé de la soupe, ils ne poussèrent qu'un cri : « La mort est dans la marmite, homme de Dieu ! » Et ils ne purent manger. Élisée dit : « Apportez de la farine. » Il la jeta dans la marmite et dit : « Sers les gens et qu'ils mangent. » Il n'y avait plus rien de mauvais dans la marmite.
Un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle, il apporta à Élisée, l'homme de Dieu, vingt pains d'orge et du grain frais dans un sac. Élisée dit alors : « Donne-le à tous ces gens pour qu'ils en mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? » Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : on mangera et il en restera. » Alors il leur donna, ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur.
Commentaire
Nous reprenons dans le texte ces petits indices qui permettent de se dire que oui, sous l'action d'Élie et maintenant d'Élisée, un petit mouvement de contestation politico-religieuse est bien en train de naître. Le petit reste promis par Dieu au mont Sinaï est en train de germer.
Ça commence avec une histoire de dette. La femme d'un prophète qui va voir Élisée pour qu'Élisée l'aide à payer ses dettes. Parce que, à cette époque-là, si elle n'arrive pas à payer ses dettes, elle va se retrouver transformée en esclave. Vous vous souvenez des prophètes, Osée et Amos, comment ils dénonçaient l'exploitation des pauvres par les riches à cette époque-là, et comment la réduction en esclavage était devenue une pratique institutionnelle. Oui, la Bible autorisait bien de mettre en esclavage des gens qui n'arrivaient pas à payer leurs dettes, mais c'était pour un temps et un temps seulement : il fallait les libérer tous les sept ans, l'année lévitique. Et puis ensuite, cette femme-là est une veuve, et elle a le droit normalement à une protection particulière, nous dit la Bible.
Ce que vous devez deviner à travers ce passage, c'est, un, l'injustice sociale, et deux, l'échec du système judiciaire. Parce que normalement, cette veuve devrait pouvoir se tourner vers le roi d'Israël pour qu'on lui fasse justice, mais elle n'y va même pas, c'est peine perdue, et elle se tourne vers un prophète. La seule chose qui peut l'aider, c'est un miracle. Alors, on rend grâce à Dieu de faire des miracles, mais on se dit aussi que, quand on en est là, ça veut dire que la situation en Israël était vraiment désespérée.
Ce qui est intéressant, c'est de voir comment réagit Élisée. Élisée aurait pu aller voir le roi pour lui rappeler ses devoirs, et je pense qu'Élie l'aurait fait. Élie était dans la confrontation. Élisée, lui, n'est pas dans la confrontation : il est dans la subversion. Le travail d'Élisée, c'est de prendre soin de ses communautés dissidentes, de ses communautés de prophètes. Ici, il s'occupe d'une de leurs veuves, pour leur permettre de vivre, de survivre, et même, pourquoi pas, de grossir.
Avec les miracles d'Élisée, en fait, on n'arrête pas de passer de lieu en lieu. C'est une véritable itinérance pour aller de communauté en communauté. C'est l'évêque qui visite les communautés de fidèles pour prendre soin d'elles.
Alors, on continue notre visite pastorale. On continue ensuite au nord, à Issachar, avec cette femme de Sounam, une femme riche, et qui représente, elle, l'élite israélite qui est restée fidèle. Ce sont eux qui financent cette œuvre et qui sont les mécènes de l'œuvre entreprise par Élisée. Donc, en fait, au-delà de la petite anecdote, c'est beaucoup plus structuré que ça n'en a l'air. On a commencé par voir les communautés, les pauvres dont il fallait prendre soin. Maintenant, il y a une visite des sponsors.
Et d'ailleurs même, on vous parle de sanctuaire dissident. La manière dont elle reçoit Élisée, c'est comme si elle lui construisait un petit temple. Symboliquement, ça représente à peu près la même chose. C'est en haut, sur une terrasse, comme le mont Sinaï. Une petite chambre, le sanctuaire ; une lampe, la Ménorah ; le lit, on pourrait peut-être voir là l'autel. Vous avez le pain, pour les pains de la proposition. Vous avez le siège, pour le trône. Bref, c'est une sorte de petit temple de Jérusalem.
Et si vous n'étiez pas convaincu par ce que je vous disais, verset 24 : pourquoi est-ce que, dans ce cas-là, c'est uniquement pendant les sabbats et les nouvelles lunes que cette riche femme se rend dans ce petit sanctuaire ? Et pourquoi est-ce qu'on y offre le produit de la récolte, les prémices ? C'est un contre-temple. Souvenez-vous : dans le nord, au royaume d'Israël, interdiction d'aller au temple de Jérusalem ; à la place, vous avez simplement le choix entre deux temples païens, Dan et Béthel, dans lesquels il y a en ce moment des veaux d'or. Eh bien oui, notre communauté dissidente qui s'organise est en train de se doter de contre-sanctuaires.
Bref, les choses s'organisent. Et derrière tout ça, la providence de Dieu, qui libère cette veuve de ses dettes, qui guérit cette communauté de prophètes empoisonnés et qui ressuscite le fils de cette riche femme.
Avant de terminer, si vous me permettez, une ou deux réflexions sur Jésus. Parce que vous sentez quand même que les miracles d'Élisée se rapprochent furieusement de ceux de Jésus ; que ce Guéhazi qui n'arrive pas à faire le miracle vous rappelle les disciples qui n'arriveront pas à guérir le lunatique ; et même que cet Élisée qui fait énormément de miracles ne les fait qu'à l'intérieur d'Israël. Comme plus tard, Jésus commencera par prêcher pour les brebis perdues de la maison d'Israël.
Et on se demande toujours : mais pourquoi est-ce que Jésus n'est pas parti à l'étranger ? Pourquoi est-ce que Jésus n'a pas prêché aussi aux païens ? Eh bien, vous avez la réponse avec Élisée. Ce n'était pas par chauvinisme que Jésus s'est cantonné aux limites d'Israël. C'était pour fonder en elle une communauté dissidente qui allait permettre de subvertir Israël, pour refaire d'elle la lumière des nations.
Psaume 110
Alléluia ! De tout cœur je rendrai grâce au Seigneur dans l'assemblée, parmi les justes.
Grandes sont les œuvres du Seigneur, tous ceux qui les aiment s'en instruisent. Noblesse et beauté dans ses actions : à jamais se maintient sa justice.
De ses merveilles il a laissé un mémorial ; le Seigneur est tendresse et pitié. Il a donné des vivres à ses fidèles, gardant toujours mémoire de son alliance.
Il a montré sa force à son peuple, lui donnant le domaine des nations. Justesse et sûreté, les œuvres de ses mains, sécurité, toutes ses lois, établies pour toujours et à jamais, accomplies avec droiture et sûreté.
Il apporte la délivrance à son peuple ; son alliance est promulguée pour toujours. Saint et redoutable est son nom.
La sagesse commence avec la crainte du Seigneur. Qui accomplit sa volonté en est éclairé. À jamais se maintiendra sa louange.
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