Jour 152 ☾ — Enlever le prépuce du cœur
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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit l'oracle contre Juda avec le chapitre 4 de Jérémie, qu'il introduit en annonçant quatre grands thèmes : la circoncision du cœur, le vent brûlant du jugement, les lamentations du prophète et le retour de la création au chaos primordial. La lecture s'achève sur l'image saisissante de Jérusalem qui se farde les yeux pour amadouer ses bourreaux. Le commentaire retrace toute l'histoire du rite de la circoncision — signe de l'alliance avec Abraham, appartenance au peuple sans cesse rappelée par Moïse et Josué, puis lutte contre le péché chez Jérémie — jusqu'à sa transformation intérieure par l'Esprit Saint chez saint Paul, et son accomplissement dans le baptême. L'épisode se termine par une prière pour demander la grâce d'un cœur circoncis.
Introduction
Jérémie, chapitre 4, qui poursuit l'oracle contre Juda que nous avions commencé à entendre hier. Avant que vous n'écoutiez ce chapitre, je vous en donne quelques thèmes intéressants pour que, quand ils vont arriver, vous puissiez y faire encore plus attention.
Vous entendrez d'abord parler de la circoncision de cœur. Ça, c'est un très très beau thème. C'est vraiment un très beau chapitre que vous allez entendre. Je vous donne le verset, verset 4 :
Soyez circoncis pour le Seigneur. Enlevez le prépuce de votre cœur.
Ensuite, vous entendrez un autre thème : le vent. Le vent du jugement qui purifie et qui détruit. Verset 11 :
En ce temps-là, on dira à ce peuple et à Jérusalem : « Au désert, un vent brûlant des hauteurs est en route vers la fille de mon peuple, non pour vanner, non pour épurer. »
C'est Dieu qui balaie le mal comme on balaie la poussière.
Et puis après — ça, j'aime énormément, je trouve ça très très beau —, vous entendrez des lamentations pathétiques extrêmement belles :
Ah, mes entrailles ! Mes entrailles ! Au fond de moi, je me tords de douleur.
Et puis après, le retour au chaos primordial :
Je regarde la terre, et voici, c'est un chaos. Le ciel, il a perdu sa lumière. Je regarde les montagnes, et voici, elles tremblent. Toutes les collines sont secouées.
Avec le jugement de Dieu et ce vent de colère, on est en train de revenir au chaos initial, au tohu-bohu de la Genèse.
Et à la fin, dernier thème : Dieu qui, pourrait-on dire, a presque de la peine pour Juda, tellement le spectacle qu'offre Juda est affligeant. Juda qui n'a à ce point plus aucune fierté que, dans une dernière tentative, il amadoue ses bourreaux en leur faisant les yeux doux, ce qui évidemment ne marchera pas, sauf à s'avilir encore plus à ses propres yeux. Je vous cite :
Tu te fardes les yeux pour les agrandir, c'est en vain que tu te fais belle. Ceux qui te convoitaient te méprisent, ils en veulent à ta vie.
Donc voilà, c'est tout ça, ce que vous allez entendre : la circoncision du cœur, le vent du jugement, le retour au chaos primordial, et puis Jérusalem qui tente d'échapper au désastre.
Lecture : Jérémie 4
Si tu reviens, Israël, oracle du Seigneur, c'est à moi que tu reviendras. Si tu fais disparaître tes horreurs loin de ma face, tu n'auras plus à errer. Alors tu jureras par le Seigneur vivant dans la vérité, le droit et la justice, et les nations se béniront en lui, en lui elles se glorifieront.
Ainsi parle le Seigneur aux gens de Juda et à Jérusalem : « Défrichez pour vous ce qui est en friche. Ne semez pas dans les ronces. Soyez circoncis pour le Seigneur. Enlevez le prépuce de votre cœur, gens de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma colère n'éclate comme un feu et ne brûle sans personne pour l'éteindre, à cause de la malice de vos actes. »
Annoncez-le en Juda, dans Jérusalem, faites-le entendre. Dites, sonnez du cor dans le pays, criez à pleine voix. Dites : « Rassemblez-vous, entrons dans les villes fortifiées. » Vers Sion, levez l'étendard. Cherchez un refuge, ne vous arrêtez pas, car c'est le malheur que je fais venir du Nord, et un grand désastre.
Le lion monte de son fourré, le destructeur des nations se met en route. Il sort de chez lui pour réduire ton pays en un lieu désolé. Les villes seront ruinées, vidées de leurs habitants. À cause de cela, revêtez-vous de toile à sac, lamentez-vous et gémissez, car l'ardente colère du Seigneur ne s'est pas détournée de nous.
Il arrivera en ces jours-là, oracle du Seigneur, que le cœur du roi et le cœur des princes défailliront, les prêtres seront consternés et les prophètes stupéfaits.
Alors je dis : « Ah, mon Dieu, vraiment, tu as bien trompé ce peuple et Jérusalem en disant : "Vous aurez la paix", tandis que l'épée nous atteint à la gorge. »
En ce temps-là, on dira à ce peuple et à Jérusalem : « Au désert, un vent brûlant des hauteurs est en route vers la fille de mon peuple, non pour vanner, non pour épurer. Un vent plein de violence me vient de là-bas, et moi, maintenant, je prononce contre eux des jugements. »
Le voici qui monte comme les nuages, ses chars sont pareils à l'ouragan, et ses chevaux plus vifs que les aigles. Malheur à nous, car nous sommes dévastés !
Lave ton cœur de tout mal, Jérusalem, afin d'être sauvée. Combien de temps encore accueilleras-tu en toi des pensées malfaisantes ?
Oui, une voix l'annonce depuis Dan, depuis la montagne d'Éphraïm, elle publie le malheur. Répétez-le aux nations. Publiez-le contre Jérusalem. Des assaillants arrivent d'un pays lointain. Ils élèvent la voix contre les villes de Juda. Comme les gardiens d'un champ, ils sont là, tout autour de Jérusalem. Car elle s'est révoltée contre moi, oracle du Seigneur.
C'est ta conduite et tes actes qui t'ont valu cela. Voilà ton malheur. Ah, quelle amertume ! Elle te frappe en plein cœur.
Ah, mes entrailles ! Mes entrailles ! Au fond de moi, je me tords de douleur. Mon cœur gémit en moi, je ne peux pas me taire. Oh, mon âme, tu as entendu l'appel du cor et le cri de guerre. On proclame désastre sur désastre, car tout le pays est dévasté. Soudain, mes tentes sont dévastées, ainsi que mes abris, en un instant. Combien de temps verrai-je l'étendard ? Entendrai-je l'appel du cor ?
Oui, mon peuple est fou. Ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants stupides. Ils n'ont pas de discernement. Ils sont sages, mais pour faire le mal. Mais ils ne savent pas faire le bien.
Je regarde la terre, et voici, c'est un chaos. Le ciel, il a perdu sa lumière. Je regarde les montagnes, et voici, elles tremblent. Toutes les collines sont secouées. Je regarde, et voici qu'il n'y a plus d'hommes. Tous les oiseaux du ciel ont fui. Je regarde, et voici que le verger est un désert. Toutes les villes sont détruites devant le Seigneur, devant l'ardeur de sa colère.
Ainsi parle le Seigneur : « Toute la terre sera désolée, mais je n'en ferai pas l'extermination. Aussi la terre sera-t-elle en deuil et là-haut le ciel s'obscurcira, puisque je l'ai dit et décidé. Je n'y renoncerai pas, je n'y reviendrai pas en arrière. »
À la clameur du cavalier et de l'archer, toute la ville prend la fuite. On s'enfonce dans les broussailles, on escalade les rochers. Toute ville est abandonnée et plus personne n'y habite.
Et toi, dévastée, que vas-tu faire ? Tu te revêts d'écarlate et tu te pares d'une parure d'or. Tu te fardes les yeux pour les agrandir. C'est en vain que tu te fais belle. Ceux qui te convoitaient te méprisent, c'est à ton âme qu'ils en veulent.
J'entends une voix comme celle d'une jeune femme en travail, comme l'angoisse d'une jeune accouchée. C'est la voix de la fille de Sion. Elle suffoque, elle étend les mains : « Malheur à moi ! Mon âme défaille devant les tueurs. »
Commentaire
Nous revenons sur cette histoire de circoncision de cœur, parce que c'est un thème qui est promis à une belle postérité.
D'abord, peut-être, pour rappeler l'origine de la circoncision. C'est un rite ancien, qui est attesté dans plusieurs civilisations. C'est l'homme qui est marqué au plus profond de sa virilité. Il y a quelque chose de très primitif là-dedans.
Dans la Bible, la circoncision revêt une signification particulière : c'est le signe visible de l'alliance entre Dieu et son peuple. Ça remonte à Abraham, on l'a entendu, Genèse 17 :
Tous vos mâles seront circoncis. Vous vous ferez circoncire la chair du prépuce. Ce sera le signe de l'alliance entre vous et moi.
Et c'était un rite qui, par la suite, était tombé en désuétude. Souvenez-vous notamment de Moïse : son fils a failli mourir, il avait fallu que ce soit la femme de Moïse, une étrangère, qui fasse circoncire son fils. C'est quand même un comble ! Moïse, dans le livre du Lévitique, va rappeler l'obligation de se circoncire. Mais là encore, il faut croire que ce n'était pas acquis, cette affaire-là, parce qu'en rentrant dans la Terre promise, à nouveau, Josué, on l'avait vu, a été obligé de circoncire une nouvelle fois le peuple en entier.
Donc vous voyez, c'est un rite qui a sa propre histoire, et il faut éviter de le prendre trop vite pour acquis. Notamment à l'époque de Jérémie, on s'aperçoit que cette circoncision était devenue peut-être quelque chose d'un peu idolâtrique, comme une sorte d'appartenance magique à un peuple que Dieu allait de toute façon protéger parce que voilà, c'était comme ça, une sorte de rite magique. D'où Jérémie 4, 4, que vous avez entendu :
Défrichez pour vous ce qui est en friche. Ne semez pas dans les ronces. Soyez circoncis pour le Seigneur. Enlevez le prépuce de votre cœur, gens de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma colère n'éclate comme un feu et ne brûle sans personne pour l'éteindre, à cause de la malice de vos actes.
Ici, c'est un changement majeur, parce que quand Jérémie vous dit « Enlevez le prépuce de votre cœur », ça veut dire : enlevez la dureté de votre cœur. La circoncision n'est plus vue comme une cause positive — l'alliance, appartenir à Dieu — mais comme une cause négative : c'est parce que le cœur est mauvais qu'il faut le circoncire. C'est une évolution dans le rite de la circoncision, on pourrait dire une moralisation. Se circoncire, c'est appartenir à Dieu, c'est l'alliance d'Abraham, mais maintenant ça veut dire appartenir à Dieu en enlevant le péché de son cœur.
Et cette évolution de la circoncision, ça vous donnera, dans saint Paul, la Lettre aux Romains, chapitre 2 :
Le vrai Juif, ce n'est pas celui qui l'est à l'extérieur. La vraie circoncision n'est pas celle qui est visible dans la chair. Le vrai Juif, c'est celui qui l'est intérieurement, et la vraie circoncision est celle du cœur, selon l'esprit et non selon la lettre.
C'est la dernière évolution de ce rite de la circoncision. Et ce que saint Paul rajoute, c'est que celui qui circoncit, celui qui enlève le péché du cœur, c'est l'Esprit Saint. C'est-à-dire que là, c'est encore une dernière étape. On était passé du signe de l'alliance — ça, c'était Abraham — à l'appartenance à un peuple, qu'il faut sans cesse rappeler — Moïse et Josué —, puis à une lutte contre le péché — Jérémie —, et maintenant ça devient une transformation intérieure opérée par l'Esprit Saint. Colossiens, chapitre 2 :
En lui, vous avez été circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite de main d'homme, par le dépouillement du corps périssable, la circoncision du Christ. Vous êtes ensevelis avec lui dans le baptême, pour ressusciter avec lui.
Saint Paul, là, dans ce que je viens de vous lire, est passé de la circoncision au baptême. C'est parce que la circoncision, c'est un rite qui a tellement évolué que, pour clarifier les choses, il a fallu trouver un autre rite qui reprenait tout ça : l'appartenance à un peuple, enlever le péché, la transformation intérieure. Et c'est devenu le baptême.
Nous terminons par une prière pour demander à Dieu la grâce d'être circoncis de cœur, de ne pas avoir la nuque raide et un cœur rebelle.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous te demandons, avec le couteau de ta parole, comme une épée à double tranchant qui pénètre jusqu'aux jointures de l'âme, nous te demandons que cette épée, que cette parole soit ce qui enlève le prépuce de notre cœur, la dureté de notre âme, la rébellion de notre volonté.
Nous te demandons la grâce de faire partie de ta famille, de ton peuple saint. Nous te demandons la grâce d'être sans péché. Et nous te demandons la grâce, Seigneur, que ce soit toi qui opères cela en nous. D'abord parce que nous en sommes incapables, et puis, Seigneur, parce qu'il ne suffit pas que nous soyons guéris, mais que ce soit par toi que nous soyons guéris.
Seigneur, circoncis nos cœurs.
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